Depuis 2006, en Turquie, des milliers d'enfants parfois âgés de 12 ans seulement ont été poursuivis au titre de la loi antiterroriste pour leur participation présumée à des manifestations. Ces manifestations, principalement axées sur les sujets de préoccupation de la population kurde, ont souvent été l'occasion de violents affrontements avec la police.
Une fois arrêtés, de nombreux enfants ont été placés en détention dans des centres pour adultes, sans que leur détention ne soit enregistrée et sans qu'ils puissent consulter un avocat ni entrer en contact avec leur famille. Une fois inculpés, les enfants ont été, dans la plupart des cas, placés en détention provisoire pendant des périodes pouvant aller de plusieurs mois à plus d'un an. Au cours de leur détention, ils avaient rarement accès à des programmes éducatifs, à des centres de soins ou à des activités de loisirs. Beaucoup ont signalé des mauvais traitements et des actes de torture pendant leur arrestation et leur détention.
Au cours de l'année écoulée, le gouvernement turc a modifié la loi en vue de mettre fin à la pratique qui consistait à poursuivre des mineurs en justice aux termes de la législation antiterroriste uniquement parce qu'ils étaient soupçonnés d'avoir participé à des manifestations. En vertu de ces amendements, tous les enfants précédemment déclarés coupables aux termes de la Loi antiterroriste verront leurs condamnations annulées et tous les enfants poursuivis au titre d'autres lois seront jugés devant des tribunaux pour enfants et non devant des cours pénales spéciales pour adultes.
Cette mesure, sans conteste positive, n'a pas débouché sur la libération de tous les enfants, les tribunaux ayant mis beaucoup de temps à transférer les dossiers auprès de tribunaux pour enfants. En outre, certains départements ne sont pas pourvus de tribunaux pour enfants, et il est donc fort probable qu'un certain nombre de mineurs seront jugés devant des instances pour adultes.
Le fait de poursuivre des enfants devant les mêmes tribunaux que les adultes constitue une violation de la Convention relative aux droits de l'enfant et des dispositions de la loi turque relative à la protection des enfants. Les autorités turques doivent veiller à ce que le système de justice pour mineurs existant fonctionne conformément aux normes internationales en matière de droits humains et au droit turc.
Enfin, les autorités turques n'ont pas rempli leur obligation d'enquêter efficacement sur les allégations généralisées, concordantes et crédibles selon lesquelles les enfants ont subi des mauvais traitements au moment de leur arrestation et pendant leur détention dans le cadre des poursuites engagées contre eux.
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