11 avril 2011
Il faut mettre fin à la destruction d'un village bédouin et des sources de revenu de ses habitants


Photo : Une famille sur les ruines de sa maison après son expulsion forcée à al Araqib, dans le sud d'Israël (27 juillet 2010). Copyright : Oren Ziv/Active Stills

Le village bédouin d'al Araqib, situé dans la région du Néguev (sud d'Israël), a été rasé afin de laisser place à une forêt. Malgré les droits qu'ils ont depuis longtemps sur ces terres, plus de 250 hommes, femmes et enfants sont constamment exposés au risque d'être expulsés de leur domicile. De plus, ils sont privés d'accès aux terrains qu'ils utilisent pour cultiver des produits agricoles et élever du bétail.

À chaque fois que les habitants reconstruisent leurs abris de fortune, ceux-ci sont démolis par des bulldozers appartenant à l'Administration des territoires d'Israël, un organisme gouvernemental chargé de la gestion des terrains israéliens.

Les démolitions ont commencé sans préavis le 27 juillet 2010, lorsque les habitants ont été expulsés par plus de 1 000 policiers antiémeutes qui ont démoli au moins 46 habitations et autres constructions – dont des abris pour animaux –, déraciné plusieurs milliers d'oliviers et d'autres arbres et saisi les biens des résidents. Depuis, al Araqib a été détruit au moins 20 fois.

Le Fonds national juif, une organisation environnementale semi-gouvernementale, a maintenant planifié l'aménagement de toute la zone où se situe ce village et poursuit son travail en prévision de l'implantation d'une forêt. Il a pris soin de faire enlever de la zone tous les débris que les villageois utilisaient pour reconstruire leurs habitations après les précédentes démolitions.

En attendant, une cinquantaine d'hommes, de femmes et d'enfants continuent de se réfugier dans le petit cimetière voisin du village, seule zone qui n'a pas encore été détruite.

Ces derniers mois, les autorités israéliennes ont eu recours à une force injustifiée contre les habitants et les personnes qui les soutiennent. Depuis janvier, plusieurs habitants, dont des enfants, ont dû être hospitalisés à la suite de violences policières commises lors des démolitions.

Le 16 février, une quarantaine de policiers antiémeutes israéliens accompagnés de bulldozers ont forcé les familles locales à entrer dans le cimetière. Les villageois ont eu peur que même cette zone soit démolie lorsque les bulldozers se sont approchés du portail du cimetière et que les policiers ont tiré des balles à bout en mousse et projeté du gaz lacrymogène à l'intérieur à plusieurs reprises. Trois femmes et deux enfants ont dû être hospitalisés.

Le 17 février, au moins 60 habitants de Rahat, une ville bédouine voisine, ont entrepris de se rendre au village pour manifester leur soutien à ses résidents et prier dans la mosquée du cimetière. La police les a interceptés au carrefour menant au village et a tiré des munitions « non létales » pour disperser la foule. L'un d'eux, Awad Abu Freih, membre du Comité populaire d'al Araqib, a été arrêté après avoir tenté de négocier leur accès au village. Cinq autres personnes arrêtées en même temps ont été libérées le jour même, tandis qu'Awad Abu Freih l'a été le lendemain, après qu'un juge du tribunal correctionnel de Beer Sheva a statué qu'aucun motif ne justifiait de prolonger sa détention. Il va cependant être jugé pour des chefs d'accusation qui comprendraient notamment celui d'« incitation à la violence et au terrorisme ».

Depuis la mi-janvier, selon l'ONG locale Adalah, 25 habitants et des personnes qui les soutenaient ont été arrêtés et placés en détention pour avoir protesté et résisté contre les démolitions. Parmi ces personnes, la directrice du Forum pour la coexistence dans le Néguev a été arrêtée en janvier et inculpée d'invasion ou occupation par la force d'une propriété de l'État et de non-respect d'une décision de justice interdisant toute reconstruction à al Araqib.

Al Araqib fait partie des quelque 40 villages « non reconnus » d'Israël dont les habitants ne bénéficient pas de la sécurité d'occupation ni des services publics. Contrairement à ce qu'affirme l'Administration des territoires d'Israël, selon laquelle les villageois ont « envahi » ces terres, les résidents de ce village peuvent prouver par des documents la présence de leurs ancêtres sur place depuis l'époque ottomane. Ils ont entamé des procédures judiciaires afin d'obtenir la reconnaissance de leurs droits fonciers ancestraux. Certains de leurs recours sont toujours en instance, et ils sont prêts à tout pour rester sur leurs terres traditionnelles et reconstruire leurs sources de revenu.

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