Libérez tous les prisonniers d'opinion du Zimbabwe

24 février 2009

  Roy Bennett, figure politique du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a été arrêté à l'aéroport à Harare le vendredi 13 février, par des policiers de la section du maintien de l'ordre de la police nationale du Zimbabwe. Il est détenu à la prison de Mutare.
Amnesty International estime que Roy Bennett a uniquement été arrêté et incarcéré pour avoir exercé son droit internationalement reconnu à la liberté d'association, et le considère par conséquent comme un prisonnier d'opinion. L'organisation demande donc sa libération immédiate et sans condition.
L'arrestation et l'incarcération de Roy Bennett fait suite à l'enlèvement et au placement en détention consécutif d'au moins 27 autres défenseurs des droits humains et militants au sein du MDC, parmi lesquels Jestina Mukoko et Broderick Takawira, qui se trouvent toujours à la prison de sécurité maximale de Chikurubi plusieurs mois après avoir été enlevés. Onze membres de la branche du MDC dirigée par Morgan Tsvangirai, le MDC-T, sont toujours portés disparus, selon ce parti.

Amnesty International estime que Jestina Mukoko et Broderick Takawira ont été enlevés, puis arrêtés et incarcérés uniquement en raison de leur action légitime en faveur des droits humains, et les considère à ce titre comme des prisonniers d'opinion. L'organisation a demandé à plusieurs reprises leur libération immédiate et sans condition.

Il est également possible que les autres personnes détenues à la prison de sécurité maximale de Chikurubi soient des prisonniers d'opinion. Amnesty International a demandé aux autorités zimbabwéennes de veiller à ce que tous les détenus politiques, connus ou non de l'organisation, soient inculpés sans délai d'infractions prévues par la loi, dans le respect des normes internationales d'équité des procès, ou immédiatement relâchés.

Le 14 février, la police de Bulawayo a arrêté dix militants qui avaient pris part à une manifestation pacifique. Sept femmes, militantes de l'organisation Femmes du Zimbabwe, debout ! et trois hommes de Radio Dialogue, une station de radio communautaire à but non lucratif, ont été placés en garde à vue au poste de police central de Bulawayo. L'une des femmes en garde à vue, qui allaite son bébé, a été séparée de celui-ci.
Au début, aucun avocat n'a été autorisé à s'entretenir avec ces détenus. Bien qu'ils aient tous été remis en liberté le 17 février, Amnesty International estime que ces 10 militants ont été arrêtés pour avoir exercé leur droit reconnu internationalement à manifester pacifiquement, et les considère à ce titre comme des prisonniers d'opinion.
Au-delà des atteintes qu'elles portent à certains traités internationaux relatifs aux droits humains auxquels le Zimbabwe est partie – en particulier le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l'homme –, l'arrestation et la détention de défenseurs des droits humains et de militants politiques enfreignent l'accord sur le partage du pouvoir signé par les partis politiques zimbabwéens en septembre 2008. Cet accord reconnaît de manière explicite les droits à la liberté d'action politique, de réunion et d'association.

À la suite de la signature de l'accord sur le partage du pouvoir en septembre 2008, la Constitution zimbabwéenne a été modifiée par le Parlement le 5 février afin d'ouvrir la voie à la formation d'un gouvernement d'unité nationale.

En février, les différents partis ont également créé un Comité conjoint de surveillance et d'application (JOMIC), chargé de contrôler et de mettre en œuvre cet accord. Le JOMIC est composé de quatre membres expérimentés de l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique et de quatre membres expérimentés de chacune des deux formations du MDC. CeComité est co-présidé par des personnes issues de chacun des partis. Dans le cadre de ses attributions, le Comité sera appelé à recevoir des informations et des plaintes faisant état d'éventuels problèmes dans la mise en œuvre, le contrôle de l'application et l'exécution de l'accord, et à réfléchir aux mesures qu'il conviendra peut-être d'adopter afin de garantir son application prompte et pleine.

Légendes photos :

(en haut) Jestina Mukoko, directrice du Projet de paix pour le Zimbabwe, est maintenue en détention depuis son enlèvement, il y a des mois de cela. © Projet de paix pour le Zimbabwe

(en bas) Le président Robert Mugabe et le Premier ministre Morgan Tsvangirai lors de la signature à Harare de l’accord de partage du pouvoir, le 15 septembre 2008. © AP/PA