02 septembre 2010
Non à la ségrégation des enfants roms dans les écoles slovaques

En Slovaquie, des milliers d'enfants roms continuent de recevoir une éducation au rabais en raison d'une discrimination généralisée et d'un système scolaire qui les met en situation d'échec.

L'état d'esprit d'hostilité envers les Roms qui prévaut depuis longtemps au sein du système éducatif du pays se solde parfois par l'enfermement d'enfants roms, dès la maternelle, dans des bâtiments ou des salles de classe et des couloirs séparés, même à la cantine, afin d'éviter qu'ils ne se mélangent avec les élèves non roms.

La ségrégation des enfants roms revêt diverses formes : dans plusieurs districts, ils suivent leur scolarité dans des écoles classiques qui pratiquent la ségrégation ethnique ou des classes qui proposent souvent un programme réduit.

Dans les régions où sont concentrés de nombreux Roms, au moins trois élèves sur quatre dans les écoles spéciales destinées aux enfants présentant des « handicaps mentaux légers » sont des Roms. À l'échelle du pays, les Roms constituent 85 % des enfants qui suivent un enseignement dans une classe spéciale. Pourtant, les Roms représentent moins de 10 % de l'ensemble de la population de la Slovaquie.

En Slovaquie, les écoles primaires classiques restent mal équipées et les professionnels de l'éducation ne sont pas souvent disposés à aider comme il se doit les élèves issus d'un milieu social défavorisé ou dont l'origine ethnique est différente.

Le slovaque n'est pas la langue maternelle de nombreux Roms. En raison de leur appartenance culturelle et de la grande pauvreté dans laquelle ils vivent, les enfants roms ont souvent besoin de cours de langue supplémentaires, d'un cursus préscolaire ou d'un soutien en classe. Nombre d'enfants roms sont souvent à la traîne, car ces besoins ne sont généralement pas satisfaits dans le cadre du système éducatif classique et ils en sont alors exclus – pour être inscrits dans des classes spéciales au sein d'écoles ordinaires ou dans des écoles spéciales.
 
Une fois qu'ils y sont placés, ils n'ont guère de chances de réintégrer le système scolaire classique. Par ailleurs, les élèves qui terminent leur cycle primaire en ayant suivi un programme spécial reçoivent un diplôme d'une valeur moindre, qui permet d'accéder uniquement à des établissements d'éducation secondaire spéciaux. Ces établissements proposent des formations professionnelles de deux à trois années pour devenir par exemple boucher, maçon, cordonnier, employé de maison ou jardinier.

La discrimination et la ségrégation au sein du système éducatif excluent les Roms de Slovaquie d'une participation pleine et entière à la société et les enferment dans un cycle de pauvreté et de marginalisation.

La loi sur les écoles adoptée en 2008 interdit toutes les formes de discrimination, en particulier la ségrégation. Toutefois, elle ne définit pas clairement la ségrégation, pas plus qu'elle ne propose de lignes directrices ni de mesures concrètes visant à aider les autorités chargées de l'éducation à l'identifier, la contrôler et la supprimer. Il faut encore adopter des mesures efficaces en vue de faire appliquer cette interdiction.

Le nouveau gouvernement a récemment déclaré qu'il s'engageait à éliminer la ségrégation scolaire dont les Roms sont victimes et a inclus cet engagement dans le programme de la coalition gouvernementale adopté en août 2010, ce qui constitue une évolution encourageante.

Le gouvernement slovaque a beaucoup à faire afin d'éliminer la ségrégation qui touche une part importante de la population du pays. La ségrégation dans l'enseignement est synonyme de stigmatisation pour les enfants dont les chances pour l'avenir sont impitoyablement amputées. Les choix que fait le gouvernement aujourd'hui auront des répercussions sur la vie de milliers d'enfants roms. Il a un rôle essentiel à jouer pour permettre aux Roms en Slovaquie de participer pleinement à la société slovaque et européenne.

Photo : des enfants roms dans une classe spéciale pour élèves présentant des « handicaps mentaux légers », à l'école primaire de Krivany, en Slovaquie (avril 2010). © Amnesty International

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Non à la ségrégation des enfants roms dans les écoles slovaques

Madame la Première ministre,

Des milliers d'enfants roms en Slovaquie font toujours l'objet de ségrégation dans des écoles ou classes spéciales et dans des écoles ou classes classiques réservées aux Roms, où leur est dispensé un enseignement au rabais. Cela ampute leurs chances pour l'avenir et les enferme dans un cercle vicieux de pauvreté et de marginalisation.

Je me permets de vous rappeler que le nouveau gouvernement s'est engagé à s'acquitter des obligations qui lui incombent au titre du droit international relatif aux droits humains et à mettre fin à la ségrégation fondée sur l'origine ethnique. Aussi vous exhortai-je à :

adopter des dispositions juridiques et politiques définissant clairement la ségrégation et fournir aux services de l'inspection de l'Éducation nationale les ressources nécessaires, notamment des lignes directrices et des procédures précises et détaillées permettant d'identifier, d'observer et de combattre la discrimination et la ségrégation sur le terrain ;
commencer à recueillir de façon systématique des données sur l'éducation, ventilées selon le genre et l'appartenance ethnique ;
rendre clairement obligatoire pour toutes les écoles la suppression de la ségrégation et apporter un soutien efficace pour les accompagner dans ce processus ;
proposer des mesures de soutien adaptées pour les enfants roms et non roms qui ont besoin d'une aide supplémentaire, afin qu'ils puissent développer au mieux leurs capacités au sein d'écoles ordinaires et afin de promouvoir un enseignement réellement ouvert à tous les enfants.

Veuillez agréer, Madame la Première ministre, l'expression de ma haute considération.

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