Zimbabue

Human Rights in RÉPUBLIQUE DU ZIMBABWE

Amnistía Internacional  Informe 2013


The 2013 Annual Report on
Zimbabue is now live »

Chef de l’État et du gouvernement
Robert Gabriel Mugabe
Peine de mort
maintenue
Population
12,8 millions
Espérance de vie
51,4 ans
Mortalité des moins de cinq ans
89,5 ‰
Taux d’alphabétisation des adultes
91,9 %

Contexte

Le gouvernement d’unité nationale n’a pas conduit à son terme le processus d’élaboration d’une nouvelle constitution, qui accusait plus d’un an de retard sur le calendrier prévu. Cela était essentiellement dû à un financement insuffisant de ce processus et à des querelles entre les différents partis au pouvoir. La ZANU-PF a continué de s’opposer aux réformes des médias et du secteur de la sécurité qui avaient été décidées dans le cadre de l’Accord politique global ; cet accord, cosigné par les trois principaux partis politiques du pays en septembre 2008, avait conduit à la création d’un gouvernement d’unité nationale en février 2009. Le 24 novembre, l’Autorité de radiodiffusion du Zimbabwe a accordé des licences commerciales au groupe de presse gouvernemental Zimbabwe Newspapers et à AB Communications, tous deux considérés comme proches de la ZANU-PF.

La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), en la personne du président sud-africain Jacob Zuma, a poursuivi son travail de médiation entre la ZANU-PF et les deux factions du MDC, qui se sont mises d’accord sur une feuille de route électorale. Mais, là encore, le climat de suspicion et de défiance régnant au sommet du pouvoir a gêné la mise en œuvre des accords. En juin, l’opinion s’est vivement émue des propos tenus par le général de brigade Douglas Nyikayaramba, qui a déclaré dans le journal gouvernemental The Herald que la ZANU-PF et les forces de sécurité ne faisaient qu’un et que le Premier ministre Morgan Tsvangirai constituait une menace pour la sécurité.

Le 31 mars, la Troïka de la SADC, l’organe chargé de la coopération en matière de politique, de défense et de sécurité, a appelé à la fin des violences au Zimbabwe, y compris à la fin des arrestations et des mesures d’intimidation visant les opposants à la ZANU-PF.

L’éventualité de la tenue d’une élection en 2011, évoquée surtout par le président Mugabe et les membres de la ZANU-PF, a exacerbé les tensions dans les zones rurales et les banlieues, principalement touchées par les violences de 2008 cautionnées par l’État. Selon certaines informations, des opposants présumés à la ZANU-PF ont fait l’objet de manœuvres de harcèlement et d’intimidation de la part de partisans du parti présidentiel, ce qui a déclenché des affrontements entre les différents partis dans certains endroits du pays. La police semble cependant n’avoir arrêté que des opposants à la ZANU-PF, donnant ainsi l’impression que les sympathisants de ce parti étaient au-dessus des lois.

À l’approche du congrès du MDC-T (branche du MDC dirigée par Morgan Tsvangirai) prévu en avril à Bulawayo, des heurts violents se sont produits entre des membres de cette formation qui visaient les mêmes postes. Les autres congrès du MDC-T organisés dans les provinces du Manicaland, de Masvingo, de Bulawayo et des Midlands ont également été marqués par des luttes internes.

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Liberté d’expression, d’association et de réunion

La police a invoqué la Loi relative à l’ordre public et à la sécurité pour entraver les activités politiques des deux factions du MDC. Tout au long de l’année, elle a perturbé leurs activités en empêchant les militants de se rassembler ou encore en s’abstenant d’intervenir lorsque des partisans de la ZANU-PF tentaient de perturber leurs réunions politiques. Dans certains cas, elle a fait usage d’une force excessive ou menacé de recourir à la force pour empêcher des réunions du MDC-T que la justice avait pourtant autorisées ; les forces de l’ordre n’ont empêché aucun des meetings de la ZANU-PF. Quand des violences ont éclaté entre camps opposés, la police a rarement interpellé des partisans de la ZANU-PF.

Une bande organisée liée à la ZANU-PF, appelée Chipangano, a commis des atteintes aux droits humains en toute impunité à Mbare, où elle est basée, et dans d’autres quartiers de Harare. Le 23 juillet, des membres de la bande ont investi le Parlement, interrompu une séance publique consacrée au projet de loi sur une commission des droits humains et frappé plusieurs personnes, dont un parlementaire et un journaliste. Présente sur les lieux, la police n’a procédé à aucune arrestation. En octobre, à Marondera et à Mutare, des groupes de partisans de la ZANU-PF ont perturbé les consultations publiques organisées par le Parlement au sujet du projet d’amendement de la loi électorale, entraînant de nouveaux retards dans le processus de réforme.

  • Le 21 janvier, des délégués d’Amnesty International ont vu des sympathisants de la ZANU-PF, qui manifestaient à l’hôtel de ville de Harare, frapper des gens sous les yeux de policiers antiémeutes. Un lycéen a été roué de coups pour avoir pris une photo, et une jeune femme vêtue d’un t-shirt du MDC-T a été frappée et son t-shirt lui a été arraché. Gravement blessées, les deux victimes ont dû recevoir des soins médicaux. La police n’est pas intervenue pour faire cesser les violences.
  • En février, Douglas Mwonzora, le député local du MDC-T ainsi que 23 villageois du district de Nyanga (province du Manicaland) ont été arrêtés et placés en garde à vue. Ils ont été accusés de violences sur la voie publique à la suite d’affrontements entre des membres de la ZANU-PF et du MDC-T. Aucun membre de la ZANU-PF n’a été arrêté. Les 24 détenus ont obtenu une libération sous caution mais l’État a invoqué l’article 121 du Code de procédure pénale pour suspendre la décision et les maintenir en détention sept jours de plus. Par le passé, cet article avait déjà servi à prolonger la détention d’opposants présumés à la ZANU-PF.
  • Le 10 juillet, Welshman Ncube, dirigeant de la plus petite des deux factions du MDC, ainsi que plusieurs cadres de ce mouvement ont été incarcérés à Hwange après avoir été arrêtés à un barrage de police. Ils ont été relâchés quelques heures plus tard sans avoir été inculpés.
  • Dans la province du Matabeleland-Nord, la police a empêché la tenue de deux rassemblements du MDC-T prévus dans le district de Lupane et à Victoria Falls les 29 et 30 octobre respectivement, et auxquels Morgan Tsvangirai devait participer.
  • Le 6 novembre, des militants de la ZANU-PF ont perturbé un rassemblement que le MDC-T avait organisé au stade de Chibuku, à Chitungwiza, et ils auraient agressé des sympathisants du mouvement. Des violences ont alors éclaté, empêchant la tenue du rassemblement. La police, informée de la tenue de ce meeting, était présente mais n’a procédé à aucune arrestation. À la suite de cet épisode, le porte-parole de la police a déclaré que le maintien de l’ordre ne serait pas assuré lors des activités politiques du MDC-T, ce qui empêchait en pratique ce dernier d’organiser des rassemblements du fait des craintes pour la sécurité des participants. Cependant, un meeting du MDC-T a par la suite pu être tenu au même endroit car une présence policière a été assurée.
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Arrestations et détentions arbitraires

Cette année encore, des responsables des deux branches du MDC ont été interpellés pour des motifs politiques. Des dizaines de sympathisants du MDC ont également été arrêtés et certains ont passé plusieurs mois en détention en raison d’accusations motivées par des considérations politiques. Les arrestations qui avaient eu lieu les années précédentes pour des motifs similaires ont débouché sur des acquittements ou des classements sans suite.

  • Elton Mangoma, membre du MDC-T et ministre de l’Énergie et du Développement énergétique, a été arrêté le 10 mars sur des accusations de corruption forgées de toutes pièces. Il a par la suite été acquitté.
  • Le 14 avril, Moses Mzila, ministre de la Réconciliation nationale et de l’Intégration et membre du MDC, a été interpellé, apparemment pour n’avoir pas informé la police d’une réunion qui s’était tenue la veille à Lupane (province du Matabeleland-Nord). Un prêtre, Marko Mabutho Mnkandla, a été arrêté le même jour pour avoir célébré un office en mémoire des victimes de l’opération Gukurahundi, qui a eu lieu dans les années 1980 dans le Matabeleland et durant laquelle les forces de sécurité de l’État ont commis des atrocités.
  • En juin, Jameson Timba, ministre d’État auprès du Premier ministre, a été arrêté après avoir, semble-t-il, écrit dans un journal local que le président Mugabe avait menti au sujet des conclusions du sommet de la SADC qui s’était tenu à Johannesburg au début du mois.
  • Plus de 25 personnes ont été arrêtées à la suite de la mort d’un policier, Petros Mutedza, lynché le 29 mai, à Glen View, dans la banlieue de Harare. Sans mener de véritables enquêtes, la police a publié des déclarations incriminant des partisans du MDC-T et une vague de répression s’est abattue dans le secteur sur les sympathisants de ce mouvement. Certaines des personnes arrêtées ont été torturées durant leur garde à vue. Sept d’entre elles se sont vu refuser une libération sous caution et se trouvaient toujours en détention provisoire à la fin de l’année. Cynthia Manjoro, une militante des droits humains, a été interpellée parce que sa voiture aurait été aperçue près de l’endroit où les violences avaient été commises ; elle ne se trouvait pas dans le secteur au moment des faits et elle ne faisait pas partie des cadres du MDC-T.
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Défenseurs des droits humains

Des défenseurs des droits humains ont cette année encore été victimes d’arrestations arbitraires, de placements illégaux en détention, d’inculpations à caractère politique et même de torture pendant leur garde à vue. Des membres de la ZANU-PF ont harcelé et cherché à intimider, en raison de leurs activités, des militants locaux se consacrant à la défense des droits humains. Les menaces et les intimidations de ce type se sont intensifiées quand la ZANU-PF a commencé à évoquer la tenue éventuelle d’une élection en 2011.

Le 19 février, Munyaradzi Gwisai et 44 autres militants ont été arrêtés par la police à Harare, lors d’une réunion-débat sur les implications des manifestations qui avaient eu lieu en Égypte et en Tunisie. Ils ont été maintenus en garde à vue au-delà du délai maximal de 48 heures prévu par la loi, et n’ont été informés qu’ils étaient accusés de trahison que quelques minutes avant d’être emmenés au tribunal, le 23 février. Ils n’ont pas pu obtenir de soins médicaux ni consulter un avocat et certains ont affirmé avoir été torturés par la police. Le 7 mars, 39 d’entre eux ont été relâchés. En juillet, les chefs de trahison ont été abandonnés pour les six accusés restants, mais ceux-ci devaient cependant toujours répondre de « complot visant à commettre des actes de violence » ou d’« incitation à la violence sur la voie publique ou participation à un rassemblement avec l’intention d’encourager la violence sur la voie publique, des troubles à l’ordre public et le sectarisme ».

Le 28 février, sept membres des organisations militantes Femmes du Zimbabwe, debout ! (WOZA) et Hommes du Zimbabwe, debout ! (MOZA) ont été arrêtés à Bulawayo. Selon certaines sources, ils ont été torturés pendant leur détention au commissariat central de la ville. Ils ont été remis en liberté deux jours plus tard, contre le versement d’une caution de 50 dollars des États-Unis et l’obligation de se présenter à la police deux fois par semaine.

Le 1er mars, 14 autres militantes de WOZA ont été interpellées à Bulawayo au cours de réunions portant sur des questions d’ordre social. Elles ont été libérées le jour même sans inculpation.

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Expulsions forcées

L’État n’a pas pris de mesures pour fournir une éducation aux milliers d’enfants touchés par la vague d’expulsions forcées menées dans le cadre de l’opération Murambatsvina en 2005. À Hopley et à Hatcliffe Extension, deux sites créés par les pouvoirs publics pour reloger les familles expulsées de Harare, plus de 2 000 enfants fréquentaient des écoles primaires non officielles, installées dans des bâtiments inadaptés et fonctionnant sans enseignants qualifiés ni fournitures scolaires. Plus de six ans après les expulsions forcées, la plupart des victimes se trouvaient dans une situation encore plus précaire qu’auparavant, l’État n’ayant pas proposé de solution satisfaisante.

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Droits des lesbiennes, des gays, des personnes bisexuelles et des transgenres

Des personnes continuaient d’être persécutées en raison de leur orientation sexuelle.

  • Le 20 octobre, Lionel Girezha et Ngonidzashe Chinya, deux hommes respectivement âgés de 27 et 28 ans, ont été arrêtés à Mbare, dans la banlieue de Harare, et inculpés de sodomie, accusation qu’ils ont niée. Les deux hommes ont été agressés par ceux qui les avaient dénoncés, puis placés en garde à vue. Quand leur procès s’est ouvert, des membres de la bande organisée Chipangano, liée à la ZANU-PF, ont harcelé les avocats et les ont menacés de représailles violentes parce qu’ils défendaient des hommes soupçonnés d’homosexualité. La police n’a pas protégé les avocats, qui ont déposé un recours auprès de la Haute Cour pour obtenir le dépaysement du procès initialement prévu à Mbare.

Dans une interview accordée à la BBC au mois d’octobre, Morgan Tsvangirai a déclaré soutenir les droits des gays. Sa prise de position a été critiquée par les médias contrôlés par l’État, qui ont tenté de l’exploiter à des fins politiques et d’inciter la population à la haine contre les « homosexuels ».

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