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Zimbabwe : les décès de nouveau-nés survenus dans un camp doivent faire l'objet d'enquêtes

Le rapport révèle un très grand nombre de décès de nouveau-nés dans le camp de Hopley.

Le rapport révèle un très grand nombre de décès de nouveau-nés dans le camp de Hopley.

© Amnesty International


2 diciembre 2010

Le gouvernement du Zimbabwe doit de toute urgence enquêter sur les décès de nouveau-nés survenus dans un camp qu'il a installé afin de reloger les personnes jetées à la rue dans le cadre du programme d'expulsions forcées massives mis en œuvre il y a cinq ans, écrit Amnesty International dans un rapport rendu public jeudi 2 décembre.

Ce document, intitulé Zimbabwe. No Chance to Live, Newborn death at Hopley Settlement (dont il existe une synthèse en français Zimbabwe. « Ils avalent le vent mauvais et meurent ». Les décès de nouveau-nés dans le camp de Hopley au Zimbabwe), dévoile qu'au moins 21 nouveau-nés sont morts à Hopley sur une période de cinq mois, mettant le doigt sur le très fort taux de mortalité infantile au sein de ce quartier informel.

« Lorsque les gens ont été transférés à Hopley, le gouvernement leur a promis une vie meilleure, mais ils sont en fait tombés de Charybde en Scylla, a déploré Michelle Kagari, directrice adjointe du programme Afrique d'Amnesty International.

« Bien des femmes avec lesquelles nous nous sommes entretenues ont le sentiment que leur accès restreint aux soins de santé a contribué à la mort de leurs bébés. D'autres pensent que leurs bébés sont morts de froid parce qu'elles vivent dans des cabanes faites de bâches en plastique.

« Le gouvernement doit veiller à ce que ces femmes aient accès à des soins maternels et infantiles afin de prévenir de nouveaux décès qui peuvent être évités. »

Le gouvernement a justifié son programme d'expulsions massives de 2005, l'Opération Murambatsvina, en faisant valoir que les habitants concernés vivaient dans des conditions déplorables.

Il a mis sur pied un programme d'attributions de logement baptisé Opération Garikai (Une vie meilleure) en vue de reloger plusieurs milliers de personnes victimes du programme d'expulsions, leur promettant un meilleur accès aux services élémentaires. Le campement de Hopley – situé à une dizaine de kilomètres au sud de Harare – s'inscrivait dans le cadre de ce programme.

« Les victimes de l'Opération Murambatsvina ont été abandonnées par le gouvernement et, cinq ans après avoir perdu leur logement et leur gagne-pain, leur situation continue de se détériorer », a indiqué Michelle Kagari.

Les femmes qui vivent à Hopley ont expliqué à Amnesty International qu'elles avaient parfaitement conscience de l'importance des soins maternels et infantiles, et que nombre d'entre elles en avaient bénéficié lors de grossesses précédentes, avant que le gouvernement ne les relègue à Hopley. Elles ont toutes affirmé vouloir accoucher dans un hôpital ou avec l'aide d'une accoucheuse qualifiée.

Beaucoup ont expliqué qu'elles ne pouvaient pas débourser les 38 euro requis pour s'inscrire et bénéficier d'un suivi prénatal. Ce tarif, qui s'applique à toutes les femmes enceintes au Zimbabwe, est tout particulièrement prohibitif pour les habitantes de Hopley, nombre d'entre elles ayant perdu leurs moyens de subsistance lors des expulsions forcées de masse qui se sont accompagnées de la destruction d'étals de marché et de commerces informels.

Par ailleurs, à Hopley, les femmes enceintes souffrent du manque de moyens de transport, lorsque leur travail commence. La maternité la plus proche se trouve en effet à Glen Norah, à environ huit kilomètres.

La municipalité de Harare ne dispose que de trois ambulances opérationnelles, pour une population de quelque deux millions d'habitants. Nombre de sociétés privées d'ambulance et de transport refusent de se rendre à Hopley, par peur de la criminalité, surtout la nuit.

Le 19 février 2010, Megan, 40 ans, a donné naissance à des jumeaux prématurés, vers minuit, et n'a pas pu trouver de moyen de transport pour se rendre à la maternité. Elle a accouché dans sa cabane. Ses deux bébés sont morts alors qu'elle était en route pour la maternité le lendemain matin. C'était sa cinquième grossesse. Ses quatre premiers enfants, nés avant que la famille ne soit relogée à Hopley par le gouvernement, sont tous en vie.

Fadzai, 25 ans, a accouché le 26 février 2010 et a donné naissance à une petite fille qui est décédée le jour même. Elle pense que son bébé est mort parce qu'elle n'a pas pu le maintenir au chaud.

« L'accès restreint aux services de santé est l'une des causes du nombre élevé de décès de nouveau-nés à Hopley, a affirmé Michelle Kagari. Des interventions peu onéreuses et des services de santé élémentaires pourraient sauver de jeunes vies, ainsi que celles des mamans. »

Il semble que les autorités ne fassent pas grand cas des décès de nouveau-nés survenus à Hopley. Un conseiller municipal de Harare a expliqué à Amnesty International que le conseil et le gouvernement ne disposaient pas de données démographiques sur la population de Hopley, pourtant nécessaires, selon eux, à la mise sur pied d'interventions en matière de santé.

Il n'existe aucun chiffre officiel, mais le gouvernement zimbabwéen estime que le taux de mortalité néonatale s'élève en moyenne dans le pays à 29 décès pour 1 000 naissances vivantes.

« Les autorités du Zimbabwe n'ont pas jugé bon de surveiller la situation sanitaire à Hopley. Elles doivent prendre immédiatement des mesures afin de lutter contre le nombre de décès de nouveau-nés qu'ont mis en lumière les recherches d'Amnesty International », a souligné Michelle Kagari.

Amnesty International engage le gouvernement zimbabwéen à écarter de toute urgence les menaces qui pèsent sur la santé et la vie des nouveau-nés, en prenant sans délai toutes les mesures nécessaires pour garantir aux femmes et aux jeunes filles enceintes à Hopley, et dans tous les autres campements de l'opération Garikai, l'accès aux soins de santé maternelle et infantile.

En outre, le gouvernement doit s'attaquer de toute urgence aux conditions de vie déplorables qui font planer l'ombre de la maladie et de la mort sur les nouveau-nés et les femmes et les jeunes filles enceintes.

Enfin, il doit mettre en place de toute urgence un système de surveillance sanitaire afin de suivre la situation globale dans les campements de l'Opération Garikai, y compris à Hopley, en prêtant une attention toute particulière à la mortalité et à la morbidité maternelles, néonatales et infantiles.

La plupart des personnes qui vivent aujourd'hui à Hopley y ont été déplacées de force par le gouvernement. Elles vivaient à Porta Farm, quartier informel de la banlieue de Harare.

Le gouvernement les avait déplacées à Porta Farm après les avoir expulsées de force des environs de Harare en prévision de la réunion des chefs de gouvernement des pays du Commonwealth de 1991.

Porta Farm a été détruit dans le cadre de l'Opération Murambatsvina, malgré trois décisions de justice interdisant au gouvernement d'expulser ses habitants sans proposer de solutions de relogement.
 
Ce rapport s'inscrit dans le cadre de la campagne mondiale d'Amnesty International Exigeons la dignité, qui vise à mettre fin aux atteintes aux droits humains qui font sombrer les gens dans la pauvreté et les y maintiennent. Cette campagne encourage les gens dans le monde entier à exiger que les gouvernements, les grandes entreprises et les autres détenteurs du pouvoir écoutent la voix de ceux qui vivent dans la pauvreté, et reconnaissent et protègent leurs droits. Pour en savoir plus, rendez-vous sur les pages du site Exigeons la dignité.

Pour en savoir plus
Zimbabwe. No Chance to Live, Newborn death at Hopley Settlement (rapport, 2 décembre 2010)

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