Documento - Llamada internacional (The Wire ) , Diciembre 2009/Enero 2010

Le Fil. Décembre 2009 / Janvier 2010

LE FIL

Décembre 2009/janvier 2010

Index AI : NWS 21/006/2009

[COUVERTURE]

Migrants : vers un nouvel avenir

[DEUXIÈME DE COUVERTURE]

ENSEMBLE, ROMPONS LE CERCLE VICIEUX DES MAUVAIS TRAITEMENTS

Photo de couverture : Des migrants d'Amérique centrale attendent le train qui les conduira vers le nord. Tierra Blanca, État de Veracruz, Mexique (juin 2009).

© Amnesty International (Photo Ricardo Ramírez Arriola)

Sur cette page : Un centre de détention pour réfugiés et migrants sur l'île de Lampedusa, en Italie (juillet 2007).

© UNHCR/A. Di Loreto

Sommaire

SUIVEZ LE FIL

JOURNÉE INTERNATIONALE DES MIGRANTS

Certains États incarcèrent des migrants afin de combattre l'immigration non autorisée. Dans de nombreux pays, les conditions de détention violent le droit international et ne respectent pas les droits humains. Agissez pour que cesse ce mépris pour les droits des migrants. PAGE 2.

ÉCRIRE POUR LES DROITS

Participez à l'action Écrire pour les droits à l'occasion de la Journée des droits de l'homme. Toutes les informations nécessaires se trouvent en PAGE 8.

Dans les pages centrales, découvrez les histoires d'hommes et de femmes qui ont besoin de votre solidarité et de votre soutien. Détachez ces pages et utilisez-les, seul-e ou avec d'autres personnes. PAGE 9.

LE GOUVERNEMENT PÉRUVIEN NÉGLIGE LES PEUPLES INDIGÈNES

Il y a six mois, les indigènes de Bagua se sont heurtés à la police et, bien que des manifestants et des habitants de la région soient morts, personne n'a eu à répondre de ces violences. Rendez-vous PAGE 15.

LE COMMERCE DES ARMES TUE LES CIVILS SOMALIENS

Malgré l'embargo sur l'armement imposé à la Somalie, le transfert d'armes vers ce pays en proie au conflit se poursuit. Un traité mondial sur le commerce des armes constitue un aspect essentiel de toute solution. Découvrez pourquoi en PAGE 16.

AGISSEZ

APPELS MONDIAUX

LISEZ, DIFFUSEZ, AGISSEZ

VOIR L'ENCART

DATES CLEFS POUR 2010

Pour vous aider à vous préparer pour 2010, nous avons placé une liste de dates clefs relatives aux droits humains sur trois marque-pages identiques, à votre intention et pour votre cercle de militants.

ET PUIS ENCORE ?

Merci d'utiliser notre poster (ci-dessus) le 18 décembre – Journée internationale des migrants – et autour de cette date (PAGE 10) ; lisez notre entretien avec le père Alejandro Solalinde Guerra, qui milite en faveur des droits des migrants (PAGE 13) ; découvrez nos récentes recherches en Turquie, au Nigeria (PAGE 7), en Chine, au Maroc et au Sahara occidental (PAGE 18), en République tchèque et en Égypte (PAGE 19).

Journée internationale des migrants

PRIS AU PIÈGE

Dans le monde entier, des centaines de milliers de migrants sont placés dans des centres de détention, car les États ont de plus en plus souvent recours à ce moyen pour contrôler l'immigration. Ces femmes et ces hommes ont couru de grands dangers, mettant souvent leur vie en péril dans l'espoir de trouver enfin la sécurité et d'améliorer leur situation économique. À chaque étape, ils risquent de se faire exploiter, dépouiller de leurs maigres biens, ou de voir leurs droits humains bafoués. Prêtez-leur votre voix le 18 décembre, à l'occasion de la Journée internationale des migrants.

Il y a deux ans, Sharif (son nom a été changé) a quitté son pays, le Bangladesh, en quête d'un emploi. Il a payé un agent de recrutement pour que celui-ci l'emmène en Malaisie. Dans ce pays, un recruteur a confisqué son passeport et l'a envoyé dans une maison où se trouvait une soixantaine d'autres migrants. On ne leur donnait pas assez de nourriture. Il y a passé plusieurs semaines, puis on lui a dit de partir. Il a dû payer pour récupérer son passeport et il a été contraint à chercher seul un emploi.

Environ un an plus tard, Sharif a été arrêté : l'entreprise qui l'employait n'était pas celle inscrite sur son permis de travail. Il est incarcéré depuis plus de dix mois au centre de détention de Lenggeng, l'un des pires camps de détention pour migrants de Malaisie.

Des millions de personnes dans le monde sont prises dans l'engrenage de la migration, de l'exploitation et de la détention. Les conflits, la pauvreté, la discrimination, le manque de débouchés ne sont que quelques-unes des raisons qui poussent des personnes à migrer et à laisser derrière elles tout ce qu'elles connaissent : leur foyer, leur famille, leurs amis. Certaines risquent leur vie pendant le voyage.

De nombreux migrants disposent, au départ, d'une autorisation légale mais deviennent ensuite des étrangers en situation irrégulière, n'étant pas autorisés officiellement à rester ou à travailler dans le pays d'accueil. Il arrive que leurs employeurs ou leurs agents de recrutement ne renouvellent pas leur permis de travail ou leur en fournissent un faux.

De nombreux migrants en situation irrégulière se retrouvent dans des centres de détention – qui, dans certains cas, sont en réalité des camps ou des prisons – car les États du monde entier ont de plus en plus souvent recours à la détention pour décourager l'immigration non autorisée.

En vertu du droit international, les migrants ne doivent être placés en détention qu'en dernier ressort, dans des circonstances exceptionnelles, pour la période la plus courte possible, après une appréciation au cas par cas de la légalité et la nécessité de cette mesure. Dans de nombreux pays, les conditions de détention ne sont pas conformes au droit international.

De graves atteintes aux droits humains

Les migrants en situation irrégulière et leur famille sont particulièrement exposés aux violations des droits humains. Souvent exploités par des trafiquants ou des employeurs sans scrupule, ils sont condamnés à vivre et travailler dans des conditions révoltantes. Parfois, les sociétés d'accueil les rejettent et pratiquent la discrimination à leur égard. Les autorités les arrêtent fréquemment de manière arbitraire et les maintiennent en détention.

Souvent, les locaux de détention sont sales et surpeuplés, et le personnel des centres de détention pour migrants se montre brutal. Des membres d'une même famille se trouvent parfois séparés. Il est difficile aux détenus d'obtenir une assistance juridique et de former un recours contre leur détention. Dans la plupart des cas, ils ignorent totalement à quel moment ils seront relâchés ou renvoyés dans leur pays d'origine.

En Malaisie, les autorités arrêtent et détiennent régulièrement des migrants soupçonnés d'être en situation irrégulière. En juillet 2009, Amnesty International a eu la possibilité sans précédent de se rendre dans trois centres de détention du pays, tous surpeuplés et ne respectant pas les règles d'hygiène élémentaires. Au centre de détention de Lenggeng, des représentants de l'organisation ont rencontré Sharif.

[citation en accroche]

« L'eau potable est aussi très sale, pleine de petits fragments de métal rouillé. En plus, les gardiens sont violents. »

[Fin citation en accroche]

« C'est très difficile, leur a-t-il expliqué. Il n'y a pas grand-chose à manger. Le matin, on ne nous donne qu'un peu de pain et du thé noir. Le midi et le soir, on nous donne un peu de riz blanc et un petit morceau de poisson séché. Il n'y a pas de fruits ni de légumes… J'ai toujours faim… Il y a des insectes qui me piquent sans arrêt, alors j'ai tout le temps la peau qui me démange et je suis malade. L'eau potable est aussi très sale, pleine de petits fragments de métal rouillé. En plus, les gardiens sont violents. »

Situé au sud et à proximité de Kuala Lumpur, la capitale, le centre de détention de Lenggeng est constitué d'enclos à ciel ouvert où s'entassent des centaines d'hommes.

Au camp de détention KLIA, à quelques minutes de l'aéroport international de Kuala Lumpur, des migrants sont également détenus dans des enclos surpeuplés.

De nombreuses personnes séjournent dans ces centres pendant des mois, sans bénéficier de soins médicaux convenables ni d'une assistance juridique, et sans disposer de suffisamment de nourriture ni d'eau vraiment potable. Ces mauvaises conditions sont à l'origine de maladies, et parfois de décès. Il n'existe aucune durée de détention minimale, et les migrants ne peuvent pas contester auprès d'une juridiction la légalité de leur détention.

La Libye constitue un point de passage privilégié pour les migrants originaires d'Afrique subsaharienne qui tentent de gagner l'Europe. Beaucoup n'y parviennent jamais. Certains sont refoulés par des États européens, comme l'Italie. D'autres sont arrêtés et placés dans des centres de détention en Libye. Ils y sont incarcérés, parfois pour une durée indéterminée, et ne sont pas en mesure de contester leur détention. En mai 2009, Amnesty International a visité le centre de détention de Misratah, situé à quelque 200 kilomètres de Tripoli, la capitale. Entre 600 et 700 détenus venus d'Érythrée, de Somalie, du Soudan, du Nigeria et d'autres pays s'y entassent dans des locaux prévus pour accueillir deux fois moins d'occupants. La surpopulation et le manque d'hygiène se font cruellement sentir.

En Corée du Sud, les opérations menées par les services de l'immigration constituent la principale stratégie du gouvernement pour faire appliquer la loi et s'attaquer à l'immigration irrégulière. Chaque mois, des milliers de travailleurs migrants en situation irrégulière sont ainsi arrêtés, placés en détention et expulsés. Cette répression massive a épuisé la capacité des centres de détention, contribuant à la surpopulation et aux mauvaises conditions de vie, et rallongeant le délai d'accès aux soins médicaux. Certains migrants en situation irrégulière sont incarcérés dans d'anciens immeubles de bureaux reconvertis en centres de rétention. Ces locaux sont totalement inadaptés : ils sont mal ventilés – certains n'ayant pas de fenêtre sur l'extérieur – et ne disposent pas d'une cour à l'air libre.

En Grèce, des mineurs isolés sont placés, pour une durée qui peut dépasser deux mois, dans des centres de détention pour migrants surpeuplés, et parfois sales. Dans certains cas, ils sont détenus avec des adultes. Par ailleurs, des enfants peuvent être séparés de leur famille et détenus dans un autre centre. En juin 2009, la législation a été modifiée afin d'augmenter de trois à six mois, voire à douze mois sous certaines conditions, la durée de détention des étrangers sous le coup d'un arrêté d'expulsion.

Protégés par le droit international

En vertu du droit international, les personnes détenues par les services de l'immigration doivent pouvoir consulter un avocat, bénéficier d'une assistance médicale et recevoir la visite des membres de leurs familles. Les conditions de détention doivent être conformes, entre autres, à l'Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus et à l'Ensemble de principes pour la protection de toutes les personnes soumises à une forme quelconque de détention ou d'emprisonnement, adoptés par les Nations unies.

Les États doivent respecter le droit des migrants à la liberté et à circuler librement, et proposer de nouvelles mesures permettant d'éviter la détention. La détention devrait être l'exception et non la règle. Elle ne devrait être utilisée qu'en dernier ressort et, si elle s'avère nécessaire, pour la période la plus courte possible.

La Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille, adoptée le 18 décembre 1990 par les Nations unies, cherche à promouvoir et à protéger les droits des travailleurs migrants. L'un des nombreux droits garantis par cette Convention est le droit des travailleurs migrants et des membres de leur famille à la liberté et à la sécurité de leur personne, ainsi qu'à la protection contre l'arrestation ou la détention arbitraires (article 16). Ce texte garantit, par ailleurs, l'accès aux services sanitaires et sociaux, ainsi que le droit de ne pas être soumis au travail forcé.

Pour l'instant, seuls 42 États ont ratifié la Convention. Malheureusement, la plupart des pays de destination des migrants ne l'ont pas fait.

Dans le cadre de la Journée internationale des migrants (18 décembre 2009), Amnesty International, consciente de la contribution des migrants à la société qui les accueille, appelle les États qui n'ont pas encore ratifié cette Convention à le faire. Les États qui l'ont ratifiée doivent l'intégrer au droit national et la mettre en application. Nous exhortons aussi les gouvernements à trouver des solutions permettant d'éviter la détention qui soient conformes aux normes internationales en matière de droits humains.

[Encadré]

L'Organisation internationale pour les migrations estime à 200 millions au moins le nombre de migrants internationaux dans le monde. Selon les Nations unies, entre 20 et 30 millions d'entre eux sont en situation irrégulière.

[Fin encadré]

AGISSEZ

Contribuez à faire cesser l'exploitation des travailleurs migrants par des trafiquants et des employeurs, ainsi que la détention arbitraire de migrants. Invitez votre gouvernement à ratifier la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille.

Vérifiez d'abord si votre gouvernement l'a ratifiée à l'adresse suivante :

http://sn.im/tbdx0

Si ce n'est pas le cas, écrivez au ministère compétent et exhortez-le à faire ratifier la Convention.

Si la ratification a déjà eu lieu, écrivez au ministère compétent et exhortez-le à veiller à ce que la Convention soit intégrée au droit national et mise en application.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur

http://sn.im/tbdxh

[P3 – légende grande photo]

Des migrants détenus dans le camp de Lenggeng, en Malaisie (juillet 2009)

© Amnesty International

[P5 – légendes photos]

Page précédente :

Un conteneur dans lequel des « migrants illégaux » ont été détenus sur l'île de Chios, en Grèce (avril 2005) © Refugee Solidarity Committee

Ci-dessous, dans le sens des aiguilles d'une montre en partant de la gauche :

Des agents des services de l'immigration sud-coréens (en uniforme bleu) arrêtent un travailleur migrant (en blouson rouge) tandis que deux militants sud-coréens (en bas) essaient d'empêcher l'arrestation, devant le bâtiment des services de l'immigration à Séoul (février 2004). © DR

Deux migrants interpellés par les autorités espagnoles à Melilla (octobre 2005). © Amnesty International

Intérieur d'un centre de détention pour réfugiés et migrants sur l'île de Lampedusa, en Italie (juillet 2007). © UNHCR/A. Di Loreto

FIL DIRECT

MESSAGE SUR LA MORTALITÉ MATERNELLE

Khairunissa Dhala, depuis la Sierra Leone.

« Au cours des deux dernières semaines, nous avons sillonné la Sierra Leone avec des militants, des musiciens et une troupe de comédiens en allant à la rencontre des communautés locales, notamment en zone rurale, en vue d'un dialogue sur les problèmes liés à la forte mortalité maternelle dans ce pays. Les musiciens qui voyageaient avec nous ont composé une chanson sur ce thème. »

Vous pouvez visionner la vidéo à l'adresse suivante : http://sn.im/tbdt0

Les femmes enceintes souffrent (paroles traduites de l'anglais)

Peuples de la terre, nos femmes enceintes souffrent.

Peuples de la terre, nos femmes enceintes meurent.

Ah maman, nos femmes enceintes souffrent.

Ah papa, nos femmes enceintes meurent.

Afrique, aujourd'hui beaucoup de femmes meurent en donnant la vie.

Sierra Leone, aujourd'hui beaucoup de femmes meurent en donnant la vie.

Ici il n'y a pas de remèdes, ici il n'y a pas d'hôpital parce qu'il n'y a pas d'argent, on ne s'occupe pas de nos femmes enceintes.

Le médecin ne vous soigne pas si vous n'avez pas d'argent.

Il faut tenir bon pour nos enfants et l'avenir de notre pays.

Et celles qui vivent au village, et celles qui n'ont pas d'argent, si elles veulent donner la vie, dites, comment feront-elles ? Gouvernement, les femmes ont besoin de soins pour construire une meilleure nation. Qui résoudra ce problème dans notre vie ?

Amnesty a tenu bon, alors tendons-nous la main et créons un meilleur projet pour nos femmes enceintes.

Peuples de cette terre…

Papa, mon frère, mon oncle, si ta femme est enceinte, emmène-la à l'hôpital. Ne la soigne pas à la maison parce que, si elle meurt, ce sera un grave problème. Le gouvernement doit aussi les aider. Les ONG ne les oublient pas non plus. Arrêtons la corruption ; nos mères meurent dans notre pays bien-aimé. Médecins, infirmières, vous devez les aider, ne les délaissez pas à cause de la pauvreté. Apportons notre aide parce que c'est la vie et, si on la rend belle, cela vaut plus que de l'argent.

Dans notre douce Sierra Leone, des femmes meurent chaque jour. Je le sens dans mon cœur pendant que des femmes meurent, chaque jour. Pourquoi des femmes devraient mourir à chaque seconde en salle d'accouchement ? Je dis que nous sommes fatigués. On ne s'occupe pas bien des femmes. La pauvreté aussi c'est un gros problème. Un accouchement contraint peut provoquer des complications après la naissance : saignements, infection qui affaiblit l'organisme, complications pour le nouveau-né. Femmes de Sierra Leone, levons-nous et résolvons ce problème dans notre douce Sierra Leone, dans notre douce Sierra Leone.

Peuples de cette terre…

Poursuivez votre lecture sur www.amnesty.org/livewire.

[Légende photo P. 6] Ci-dessous : Lancement de la campagne à Freetown, Sierra Leone (septembre 2009). © Amnesty International

COUP DE PROJECTEUR

LA POLICE NIGÉRIANE TUE SANS RESTRICTION

Christian Onuigbo, vingt-huit ans, père d'un enfant, a été abattu par la police sans raison apparente alors qu'il garait sa voiture à Jiwa, dans le territoire de la capitale fédérale, le 19 mars 2009 au soir. Les policiers ont tiré sans sommation et ne se sont pas identifiés. Christian Onuigbo n'était pas armé. L'homme blessé a passé toute la nuit au poste de police local ; les policiers ont attendu le lendemain matin pour le conduire à l'hôpital. Il a succombé à ses blessures le 21 mars.

Au cours des dernières années, des milliers de personnes ont été tuées par la police nigériane. Beaucoup ont été victimes d'homicides illégaux en pleine rue, au niveau de barrages routiers, lors de leur garde à vue ou au cours de leur arrestation. Dans de nombreux cas, ces homicides illégaux peuvent s'apparenter à des exécutions extrajudiciaires puisqu'ils sont commis sur ordre direct de l'État ou avec sa complicité ou son assentiment.

La plupart du temps, les auteurs présumés ne sont pas traduits en justice et les familles de victimes ne parviennent à obtenir ni justice ni réparation. La famille de Christian Onuigbo n'ayant pas les moyens de payer son enterrement, son corps est toujours conservé à la morgue de l'hôpital.

Les autorités n'ont pas fait pratiquer d'autopsie et l'enquête sur la mort de cet homme n'a pas été menée à bien. En juillet 2009, le Comité sur les requêtes publiques de la Chambre des représentants a ordonné la tenue d'une audition aux fins de l'enquête sur les circonstances de la mort de Christian Onuigbo mais aucune date n'a été fixée.

Le rapport d'Amnesty International intitulé Killing at will: extrajudicial executions by the police in Nigeria sortira le 9 décembre.

AGISSEZ

Invitez la police du Nigeria à mener immédiatement une enquête approfondie et impartiale sur la mort de Christian Onuigbo. Exhortez-la à agir pour que les responsables présumés de violations des droits humains fassent l'objet de procédures disciplinaires et/ou pénales conformes aux normes internationales.

Rappelez-leur que la famille de Christian Onuigbo a le droit de savoir ce qui s'est passé et d'obtenir justice. Demandez qu'il soit pleinement accordé réparation à ses proches et, notamment, qu'ils reçoivent une indemnisation.

Engagez-les à veiller à ce que chaque décès ou blessure grave survenant pendant une garde à vue et chaque homicide illégal présumé, y compris ceux signalés par des témoins ou des proches de la victime, fasse l'objet d'une enquête satisfaisante et impartiale menée par un organisme indépendant.

Veuillez écrire à :

Mr Ogbonna Okechukwu Onovo

Inspector General of Police

Nigeria Police Force Headquarters

Loius Edet House

Shehu Shagari Way

Area 11 Garki, Abuja

Nigeria

Parry Osayande (DIG RTD)

Chairman of the Police Service Commission

Public Service Commission

PMB 5188

Garki

Abuja

Nigeria

Vous trouverez davantage d'informations à l'adresse suivante : www.amnesty.org/fr/region/nigeria

DES ENFANTS POURSUIVIS EN VERTU DE LA LÉGISLATION ANTITERRORISTE TURQUE

Des milliers d'enfants soupçonnés d'avoir participé à des manifestations contre les autorités turques font l'objet de poursuites. Le nombre de ces affaires a augmenté de manière inquiétante en 2008.

Deniz (son nom a été changé), seize ans, a raconté à Amnesty International qu'il avait été arrêté et battu par la police en octobre 2008. Il rentrait de l'école à pied alors qu'une manifestation se déroulait près de chez lui.

À son arrivée à la prison de Kürkçüler, à Adana, il aurait été battu à maintes reprises, jusqu'à l'évanouissement. À l'issue de près de trois mois de détention provisoire, il a été reconnu coupable d'infractions liées au terrorisme et condamné à quatre ans et neuf mois d'emprisonnement. Il a été libéré depuis et il attend actuellement qu'il soit statué sur son appel.

Des enfants, dont certains n'ont que douze ans, sont accusés d'infractions liées au terrorisme telles que l'appartenance à une organisation terroriste, ces accusations ne reposant que sur leur participation présumée à des manifestations.

Bon nombre de ces rassemblements ont eu lieu dans la province de Diyarbakır, dans le sud-est du pays, et dans la province d'Adana, dans le sud. Ils portaient sur les préoccupations de la communauté kurde, qui affirme notamment être privée de ses droits culturels. Lors des manifestations, des manifestants se sont heurtés à des policiers, et certains ont jeté des pierres et des cocktails Molotov. Les informations faisant état de mauvais traitements policiers pendant et après les manifestations sont nombreuses. Cependant, ces allégations font rarement l'objet d'une enquête et aucun policier n'a été poursuivi.

Parfois, la police place d'abord en détention avec des adultes les enfants arrêtés pendant les manifestations. Une fois inculpés, ils restent longuement en détention provisoire, dans certains cas avec des prisonniers adultes, et sont déscolarisés. Certains enfants sont ensuite jugés dans le cadre de procédures identiques à celles des adultes. Par ces pratiques, la Turquie enfreint les normes internationales en matière de droits humains, notamment la Convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant, ainsi que son droit national.

AGISSEZ

Engagez les autorités turques à se conformer à la Convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant et aux autres normes internationales. Demandez que des enquêtes impartiales et effectives soient ouvertes sans délai sur les allégations de mauvais traitements infligés à des enfants par des agents de la force publique et des gardiens de prison.

Veuillez écrire à :

Sadullah Ergin

Ministre de la Justice

Adalet Bakanlığı

06659 Ankara

Turquie

Fax : +90 312 4193370

Formule d'appel : Monsieur le Ministre,

Vous trouverez davantage d'informations à l'adresse suivante : http://sn.im/tbe0e

Journée des droits de l'homme

ÉCRIRE POUR LES DROITS

POUR CÉLÉBRER LA JOURNÉE DES DROITS DE L'HOMME, AGISSEZ CONTRE LES VIOLATIONS DES DROITS HUMAINS. PARTICIPEZ À L'ACTION D'AMNESTY INTERNATIONAL ÉCRIRE POUR LES DROITS, DU 5 AU 13 DÉCEMBRE 2009.

« J'ai passé neuf cents jours sur une “île de torture”, dont sept cents à l'isolement. Si j'ai tenu, c'est uniquement grâce au soutien des personnes qui s'inquiétaient de mon sort. C'est la seule chose qui m'a donné de la force. » Moutabar Tadjibaïeva, présidente d'Utiuraklar, une organisation de défense des droits humains indépendante et non reconnue en Ouzbékistan, a été condamnée à huit ans d'emprisonnement en mars 2006 et libérée début juin 2008. En décembre 2006, elle a reçu en prison des milliers de lettres de soutien envoyées par des participants à l'action Écrire pour les droits.

Cette action a lieu dans le cadre de la célébration de la Journée des droits de l'homme, le 10 décembre. Chaque année, dans le monde entier, des femmes et des hommes se rassemblent pour exiger que les droits des personnes soient respectés, protégés et réalisés, et se montrer solidaires avec ceux et celles dont les droits sont bafoués.

Les participants écrivent des lettres, envoient des fax et des courriels ou signent des pétitions. Ils demandent la protection des défenseurs des droits humains et la libération des prisonniers d'opinion. Ils dénoncent les injustices, demandent des comptes et expriment leur soutien aux personnes qui risquent leur vie et leur liberté en luttant pour les droits humains.

Cette année, Amnesty International lance une action en faveur de personnes subissant des atteintes aux droits humains en Colombie, en Égypte, en Guinée équatoriale, en Éthiopie, en Grèce, au Népal, au Nicaragua, dans les territoires palestiniens occupés, en Ouzbékistan et au Viêt-Nam. Vous trouverez des informations sur certains de ces pays dans les pages centrales de ce numéro.

Pour obtenir des détails sur d'autres personnes qui ont subi l'emprisonnement, la torture ou d'autres mauvais traitements pour avoir exprimé pacifiquement leurs opinions ou défendu les droits humains, rendez-vous sur : www.amnesty.org/fr/individuals-at-risk.

Participez à cette action. Écrivez une lettre. Envoyez un courriel. Les mots que vous écrirez, unis à ceux de milliers de participants, contribueront à faire pression sur les gouvernements et les organisations internationales qui ne font pas cesser ces atteintes. Ces mots aideront les personnes concernées à faire entendre leur voix.

AGISSEZ

Participez au marathon d'écriture de lettres d'Amnesty International, du 5 au 13 décembre 2009. Faites-le seul ou prenez part à l'une des nombreuses séances d'écriture de lettres organisées à travers le monde. Prenez contact avec un bureau d'Amnesty International près de chez vous, via www.amnesty.org.

Organisez un événement pour la Journée des droits de l'homme et invitez les gens à se réunir et à agir. Parlez des personnes et des communautés du marathon de 2009 sur votre blog, ou dans des réseaux sociaux.

Vous trouverez davantage d'informations à l'adresse suivante : www.amnesty.org/en/individuals-at-risk.

[Photos © Amnesty International]

CES DÉFENSEURS DES DROITS ONT BESOIN DE VOTRE SOUTIEN

www.amnesty.org/fr/individuals-at-risk

RITA MAHATO, NÉPAL

La défenseure des droits humains Rita Mahato a reçu des menaces d'enlèvement, de viol et de mort en raison de l'aide qu'elle apporte aux femmes du Népal ayant subi des violences. Elle est conseillère en matière de santé au Centre de réinsertion des femmes, qui a été pris d'assaut par des hommes du village hostiles au travail effectué par cette instance. Comme la police n'a fourni aucune protection à Rita Mahato et n'a pas enquêté sur ces menaces, elle craint pour sa vie.

AGISSEZ

Demandez aux autorités népalaises de prendre toutes les mesures possibles pour assurer la protection et la sécurité de Rita Mahato. Engagez-les à établir un plan national d'action en vue de la mise en œuvre de la déclaration des Nations unies sur les défenseurs des droits de l'homme, ce qui permettra aux défenseurs des droits humains de mener leurs activités légitimes sans crainte de représailles.

Inspector General of Police

Ramesh Chand Thakuri

Police Headquarters

GPO Box 407

Naxal

Katmandou

Népal

Fax : 977 1 4 415 593 ou 594

Courriel : info@nepalpolice.gov.np

Formule d'appel : Dear Inspector General, / Monsieur,

AZAM FARMONOV ET ALICHER KARAMATOV, OUZBÉKISTAN

Azam Farmonov (trente ans) et Alicher Karamatov (quarante et un ans) sont des prisonniers d'opinion. Ils ont été arrêtés le 29 avril 2006 alors qu'ils défendaient les droits d'agriculteurs locaux qui avaient accusé des responsables du district de malversations, d'extorsion de fonds et de corruption. Les deux hommes auraient été torturés, inculpés d'extorsion de fonds et auraient fait l'objet d'un procès inéquitable pour lequel ils n'ont pas bénéficié d'une défense en bonne et due forme.

L'état de santé d'Alicher Karamatov cause de graves inquiétudes. Depuis octobre 2008, il est traité pour une tuberculose à Sangorodok, un hôpital pénitentiaire situé près de Tachkent. Azam Farmonov est toujours détenu au camp de Yaslik.

AGISSEZ

Demandez la libération immédiate et sans condition d'Azam Farmonov et d'Alicher Karamatov, qui sont des prisonniers d'opinion. Demandez instamment que, dans l'intervalle, Alicher Karamatov reçoive un traitement médical approprié.

Head of the Directorate of Execution of Sentences

Ministry of Internal Affairs

Abdukarim SHODIEV

GUIN MVD Respubliki Ouzbékistan

Ferganskoye shosse, 25

Tashkent 700005

Ouzbékistan

Fax : 998 71 191 6835

Formule d'appel : Dear Mr Shodiev, / Monsieur,

MUSAAD ABU FAGR, ÉGYPTE

Musaad Suliman Hassan Hussein, connu sous le nom de plume de Musaad Abu Fagr, est écrivain et défenseur des droits humains en Égypte. Il a été arrêté en décembre 2007 à la suite de manifestations dans le Sinaï contre le projet des autorités de démolir des milliers d'habitations près de la frontière avec la bande de Gaza. Depuis le 15 février 2008, il est en détention administrative par décision du ministre de l'Intérieur. Son maintien derrière les barreaux bafoue plusieurs décisions de justice ordonnant sa remise en liberté, la dernière en date ayant été prononcée en octobre 2009. Cet homme est un prisonnier d'opinion.

AGISSEZ

Demandez la libération immédiate et sans condition de Musaad Abu Fagr, un prisonnier d'opinion détenu pour avoir exprimé ses convictions, de manière pourtant pacifique.

Ministry of the Interior

H.E. Habib Ibrahim El Adly

25 Al-Sheikh Rihan Street

Bab al-Louk

Le Caire

ÉGYPTE

Fax +20 22 796 0682 / 579 2031 / 794 5529

Courriel : moi@idsc.gov.eg, moi1@idsc.gov.eg, moi2@idsc.gov.eg, center@iscmi.gov.eg

[Toutes les photos © DR sauf Rita Mahato © Dixie]

[Poster central]

CAP SUR LES DROITS DES MIGRANTS

Les garde-côtes espagnols interceptent un bateau de pêche traditionnel chargé de migrants au large de l'île de Tenerife, Canaries (octobre 2007). © UNHCR/A. Rodriguez

AMNESTY INTERNATIONAL

ÉCRIRE POUR LES DROITS

ANCIENS MEMBRES DU PARTI DU PROGRÈS DE GUINÉE ÉQUATORIALE

Cinq anciens membres d'une formation d'opposition, le Parti du progrès de Guinée équatoriale (PPGE) sont détenus au secret depuis plus d'un an dans la prison de Black Beach à Malabo, capitale de la Guinée équatoriale, dans des conditions pouvant s'apparenter à un traitement cruel, inhumain et dégradant.

Gerardo Angüe Mangue, Cruz Obiang Ebele, Juan Ecomo Ndong, Emiliano Esono Michá et Gumersindo Ramírez Faustino, ainsi que Bonifacio Nguema Ndong, libéré depuis, ont été arrêtés arbitrairement par les forces de sécurité en mars et en avril 2008, à Malabo. Quelques-uns de ces hommes ont été torturés ou maltraités au cours de leur détention provisoire. Leur procès, qui a duré trois jours, n'a pas respecté les normes d'équité. Il a pris fin le 19 juin 2008. Le 7 juillet, les accusés ont été déclarés coupables de détention illégale d'armes et de munitions.

Amnesty International considère ces hommes comme des prisonniers d'opinion, arrêtés pour leur appartenance passée au PPGE.

AGISSEZ

Demandez la libération immédiate et sans condition des prisonniers d'opinion Gerardo Angüe Mangue, Cruz Obiang Ebele, Juan Ecomo Ndong, Emiliano Esono Michá et Gumersindo Ramírez Faustino. Demandez instamment au président de la Guinée équatoriale de faire en sorte que ces personnes soient traitées avec humanité pendant leur détention, qu'elles soient autorisées à recevoir la visite de leur famille, de leurs amis et de leurs avocats, et qu'elles bénéficient d'un traitement médical si nécessaire.

General Teodoro Obiang Nguema Mbasogo

Presidente de la República

Gabinete del Presidente de la República

Malabo

Guinée équatoriale

[Photos]

En haut, de gauche à droite : Marta María Blandón, Ana María Pizarro, Luisa Molina Arguello, Martha Munguía, Mayra Sirias.

En bas, de gauche à droite : Violeta Delgado, Yamileth Mejía, Juanita Jiménez, Lorna Norori.

[Première photo © Ipas, toutes les autres © Amnesty International]

DES DÉFENSEURES DES DROITS DES FEMMES, NICARAGUA

Neuf défenseures des droits des femmes font l'objet de poursuites judiciaires pour le rôle qu'elles ont joué en faveur d'une fillette, enceinte à la suite d'un viol à l'âge de neuf ans, qui a obtenu de pouvoir avorter légalement dans son pays. Il est à craindre qu'elles aient été visées en raison de leur action en faveur des droits humains, et notamment dans le domaine de la santé reproductive.

Ana María Pizarro, Juanita Jiménez, Lorna Norori, Luisa Molina Arguello, Marta María Blandón, Martha Munguía, Mayra Sirias, Violeta Delgado et Yamileth Mejía sont des militantes nicaraguayennes bien connues. En octobre 2007, l'Association nicaraguayenne pour la défense des droits humains, une ONG soutenue par l'Église catholique au Nicaragua, a porté plainte contre elles, en invoquant leur intervention dans le cas de la fillette de neuf ans.

Amnesty International craint que la plainte soit uniquement motivée par les activités de ces femmes en faveur de l'accès des femmes et des filles à des services de santé sûrs et efficaces en matière de sexualité et de procréation, y compris à l'avortement thérapeutique lorsque la grossesse est le résultat d'un viol ou d'un inceste ou lorsqu'elle met en péril leur vie ou leur santé.

AGISSEZ

Faites connaître au procureur général du Nicaragua votre inquiétude quant au fait que la procédure sans fondement engagée contre les neuf défenseures des droits humains est toujours en cours au bout de deux ans. Demandez que les services du procureur résolvent cette affaire et clarifient la situation juridique des intéressées. Engagez les autorités nicaraguayennes à faire en sorte que ces neuf femmes puissent poursuivre leurs actions de défense des droits humains sans subir d'intimidation. Veuillez mentionner le nom de chacune de ces femmes dans votre lettre.

Dr Julio Centeno Gómez

Fiscal General de la República de Nicaragua

Ministerio Público

Km 4, Carretera Masaya

Contiguo al Bancentro

Managua

Nicaragua

Fax : +505 2255 6832

Formule d'appel : Dear Attorney General, / Monsieur le Procureur général,

INTERVIEW

Alejandro Solalinde Guerra

Q Comment est né votre intérêt pour les droits humains ?

R Il y a quelques années, en voyageant dans l'État d'Oaxaca, au Mexique, j'ai vu les actes commis par des bandes criminelles contre les migrants et migrantes : enlèvements, violences sexuelles, menaces. De plus, ces gens voyaient leurs droits fondamentaux bafoués par les autorités locales. Je ne pouvais pas tourner le dos à cette réalité.

Q Quels sont les principaux problèmes que vous rencontrez dans votre travail de défense des droits humains ?

R Je subis sans cesse des gestes d'intimidation, de harcèlement, d'insolence de la part de personnes qui ne veulent pas que j'agisse en faveur des migrants. Les autorités locales, les bandes criminelles et les trafiquants de drogue veulent se débarrasser de nous, les défenseurs des droits humains, parce que nous les gênons. Mais nous devons tenir bon, malgré tous leurs assauts.

Q Quelles conséquences votre action a-t-elle sur votre vie et votre famille ?

R Je ne serai plus jamais l'homme que j'étais avant de me lancer dans la défense des droits des migrants. Ma famille est consciente des risques et les accepte. Maintenant que je mène ce combat en faveur de la justice pour les migrants, je ne pourrais plus revenir à une vie tranquille et confortable. Il y a tant à faire, et les gens pour qui je lutte le méritent tant !

Q Comment gardez-vous votre détermination ?

R Grâce aux migrants d'Amérique centrale qui arrivent chaque jour au centre d'accueil, espérant obtenir quelque chose à manger et un abri pour la nuit. Ils sont si vulnérables. Cela me fait mal de les voir ainsi, je veux les protéger, comme si j'étais leur père ou leur frère. Je me suis récemment rendu en Amérique centrale, et j'ai vu des pays en proie à la pauvreté et à la violence. Les migrants qui traversent le Mexique sont simplement en quête d'une vie meilleure, qu'ils espèrent trouver aux États-Unis.

Q. Que représente Amnesty International pour vous ?

R J'ai découvert grâce à Amnesty International qu'il y a davantage de bon que de mauvais en ce bas monde. Je suis passé l'an dernier par des moments très difficiles, mais je ne me sentais pas seul, car des hommes et des femmes du monde entier, des gens que je ne connaissais pas, m'écrivaient. Je sentais tout leur amour, et cela m'a aidé à continuer. J'appelle ça la mondialisation de l'amour.

Q Avez-vous un message pour nos lecteurs ?

R Les membres d'Amnesty International sont une preuve vivante que le monde dans lequel nous vivons peut devenir un monde meilleur. En mon nom et au nom des migrants, je voudrais remercier les membres d'Amnesty International de consacrer un peu de leur temps à nous protéger. Grâce à vous, loin de nous sentir seuls, nous sentons que nous appartenons à une famille.

Q Quel est l'enseignement le plus important que vous ayez retiré de votre action militante ?

R J'ai appris que les habitants de cette planète ne sont pas intrinsèquement bons, ni mauvais. Il y a des personnes pour qui les choses sont moins claires, parce que trois institutions – la famille, l'école et l'Église – ont manqué à leurs devoirs envers elles. Ces personnes font ce qu'elles font parce qu'elles ne différencient pas le bien du mal. Parce qu'elles n'ont pas reçu l'éducation nécessaire.

Le père Alejandro Solalinde Guerra est coordonnateur du Centre pastoral d'aide aux migrants dans le sud-ouest du Mexique et directeur d'un foyer pour migrants dans la municipalité d'Ixtepec (État d'Oaxaca).

Des trains de marchandises transportant des centaines de migrants d'Amérique centrale qui cherchent à gagner les États-Unis traversent cette ville, important carrefour ferroviaire du sud du Mexique. Les migrants font halte au foyer pour se reposer et s'alimenter un peu avant l'arrivée du train suivant, qui va les emmener plus loin vers le nord. Cibles privilégiées des bandes criminelles, ils sont parfois enlevés et maltraités à des fins de racket.

Amnesty International mène campagne en faveur du père Solalinde, qui est visé par des menaces, des tentatives d'intimidation et des actes de harcèlement.

[Photo © Amnesty International / Ricardo Ramírez Arriola]

MILITANTISME

CONSEILS PRATIQUES

SOYEZ CRÉATIFS

Avec un peu de créativité et d'imagination, on peut aller très loin en matière de militantisme. Votre message peut ainsi gagner en puissance et impliquer davantage votre public. Cela peut aussi contribuer à attirer l'attention des médias. Alors, si vous aimez les arts du spectacle, la création ou l'artisanat d'art, utilisez vos talents pour mener une action dont on se souviendra. Voici trois exemples de militantisme créatif de membres d'Amnesty International.

ACTIVITÉS MANUELLES AU ROYAUME-UNI

Amnesty International Royaume-Uni a incité ses jeunes militants à faire campagne contre les violations des droits humains commises par la police moldave en utilisant un mobile en forme de spirale créé à partir d'un gabarit envoyé par leur section. Sur la spirale figure, d'un côté, un appel aux autorités moldaves pour qu'elles mettent fin à la torture et autres mauvais traitements infligés aux personnes détenues par la police et, de l'autre, l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Cette action a rencontré un franc succès auprès des jeunes, et même des très jeunes. On a vu des enfants de huit ans ravis de fabriquer la spirale et de la colorier. C'était une manière vivante de prendre conscience de ce problème, et cela leur a donné envie de savoir ce qui se passerait par la suite.

Lancée en octobre 2007, l'action Spirale continue à être utilisée dans le cadre de la campagne sur la torture et autres mauvais traitements infligés aux personnes détenues par la police en Moldavie. Amnesty International Royaume-Uni, par exemple, a suscité la participation à cette action de 700 groupes de jeunes âgés de onze à dix-huit ans et de plus de 1 000 autres jeunes membres dans tout le pays.

THÉÂTRE DE RUE À SÉOUL

Des militants de Corée du Sud ont transformé une simple pétition demandant l'abolition de la peine de mort en un spectacle de rue qui a attiré un public nombreux dans une zone très fréquentée de Séoul. Deux personnages grandeur nature en papier mâché représentant une prisonnière, pieds et poings liés, et un bourreau pointant son fusil sur elle ont sillonné les rues.

Les spectateurs étaient invités à participer à cette action en signant des ballons portant l'inscription « Amnesty International ». Les ballons signés puis gonflés à l'hélium ont été attachés à la « prisonnière », qui s'est progressivement éloignée du sol, échappant ainsi au tireur. « Cette campagne a été conçue pour donner aux citoyens la possibilité non seulement de signer une pétition contre la peine de mort, ont déclaré les organisateurs, mais aussi de prendre conscience de la puissance de leurs signatures. »

Vous pouvez visionner un court film traitant de l'action Stop Executions, Save Lives à l'adresse suivante : http://sn.im/t9f6r.

ORIGAMI AU MEXIQUE

Au cours d'une action mondiale consacrée au jeune militant biélorusse et ancien prisonnier d'opinion Zmitser Dachkevitch, des membres, des groupes de jeunes et des sympathisants d'Amnesty International avaient envoyé aux autorités plus de 10 000 grues en papier plié pour attirer l'attention sur son cas.

Une grue géante, réalisée par de jeunes membres d'Amnesty International lors du Conseil international qui s'est tenu au Mexique, a été envoyée au ministère biélorusse de l'Intérieur. Refoulé à la frontière, le colis avait été transmis à une ONG locale de défense des droits humains, Viasna, qui avait réussi à le faire parvenir au ministère.

Zmitser Dachkevitch a bénéficié d'une libération anticipée et a quitté la prison de Sklou le 23 janvier 2008.

Vous pouvez visionner une vidéo et vous informer sur cette campagne à l'adresse suivante : http://sn.im/t9f50.

[P. 14 – légendes photos]

L'action Spirale des droits humains au Royaume-Uni (octobre 2009).

Une grue géante en papier plié au Mexique (août 2007).

Des personnages grandeur nature en papier mâché, Corée du Sud (été 2009).

[toutes les photos © Amnesty International]

COUP DE PROJECTEUR

LE GOUVERNEMENT PÉRUVIEN NÉGLIGE LES PEUPLES INDIGÈNES

Les communautés indigènes de Bagua ont payé cher le droit de manifester. Six mois après les affrontements entre des policiers et des manifestants pour les droits aux terres ancestrales, leurs porte-parole sont harcelés, leurs organisations sont menacées et les familles des défunts attendent toujours justice. Il est temps de faire pression sur le gouvernement péruvien.

Le 5 juin 2009, Felipe Sabio César Sánchez, trente ans, a été abattu par la police alors qu'il quittait l'hôpital de la ville de Bagua, dans la région d'Amazonas. Correspondant d'une radio et membre de l'Organisation des peuples indigènes du nord du Pérou (ORPIAN), il s'était rendu à Bagua pour participer aux manifestations indigènes organisées aux abords de la ville. Les peuples indigènes wampís et awajúns bloquaient une route qui conduit aux villes de Bagua et Bagua Grande pour exprimer leur indignation devant des lois qui menacent leurs droits à leurs terres ancestrales ; leur manifestation pacifique durait depuis plus de cinquante jours.

Le jour de la mort de Felipe Sabio César Sánchez, des policiers péruviens se sont rendus sur les lieux afin de démanteler ce barrage routier. Ils ont fait feu sans discrimination sur la foule et, tandis que les affrontements violents se propageaient dans les villes, ils ont commencé à tirer sur la population. Cinq personnes issues de communautés indigènes et cinq habitants des localités ont été tués, ainsi que 23 policiers. Au moins 200 personnes ont été blessées.

Dans la période qui a suivi ces événements violents, Amnesty International a appelé le gouvernement péruvien à diligenter dans les meilleurs délais une enquête indépendante et transparente sur les faits qui se sont déroulés ce jour-là. L'organisation a demandé avec force que le gouvernement en rende les conclusions publiques et traduise en justice les responsables présumés.

Six mois se sont écoulés, et les autorités continuent à se concentrer sur les enquêtes et les poursuites visant les manifestants indigènes. De plus, les victimes et leurs familles n'ont obtenu ni réparation ni indemnisation. Aucun des responsables présumés des tirs meurtriers contre les militants indigènes et les habitants des villes de la région n'a été inculpé ; l'avenir de nombreuses familles est très incertain.

La femme de Felipe Sabio César Sánchez est désormais seule pour subvenir aux besoins de ses quatre jeunes enfants (le dernier est né après la mort de son père). « [Mon] mari… est mort en défendant le territoire amazonien, a-t-elle déclaré à Amnesty International. Maintenant ses quatre enfants sont orphelins. Qui va les nourrir ? La seule personne qui pouvait subvenir à leurs besoins était leur père, mais il est mort et maintenant ils sont totalement orphelins. Le gouvernement devrait le reconnaître aussi, parce que nous sommes tous des Péruviens et des êtres humains. »

Le gouvernement tente de réduire au silence les communautés wampís et awajúns et harcèle leurs porte-parole : il a essayé d'interdire l'Association en ligne pour le développement de la forêt péruvienne (AIDESEP), la principale organisation indigène représentant ces communautés, et a porté des accusations sans fondement contre de nombreux dirigeants indigènes.

Amnesty International appelle le gouvernement péruvien à mettre fin à l'impunité des responsables des atteintes aux droits humains commises le 5 juin 2009. L'organisation exhorte également le gouvernement à veiller à ce que la voix des communautés indigènes soit entendue et à ce qu'elles soient consultées lorsqu'un texte de loi est susceptible d'affecter leurs droits.

AGISSEZ

Appelez le gouvernement péruvien à remplir sans délai ses obligations envers les victimes des atteintes aux droits humains commises à Bagua le 5 juin 2009 et à traduire en justice tous les responsables présumés de ces violations. Exhortez-le à mettre fin au harcèlement visant l'organisation indigène AIDESEP et les dirigeants indigènes qui doivent actuellement répondre d'accusations sans fondement. Demandez aux autorités de tenir leur promesse d'instaurer des mécanismes aptes à recueillir le consentement préalable, libre et éclairé des peuples indigènes lorsqu'un texte législatif est susceptible d'affecter leurs intérêts et leurs droits.

Veuillez écrire à :

Sr. Alan García Perez

Presidente de la República del Perú

Palacio de Gobierno

Plaza Mayor

Lima 1

PÉROU

[légende photo] Les proches de Felipe Sabio César Sánchez chez eux, dans la communauté indigène de Wawás, Imaza, département de l'Amazone (juillet 2009). © Ronar Espinoza – Vicanato de Jaén

COMMERCE DES ARMES

LE COMMERCE DES ARMES TUE LES CIVILS SOMALIENS

La population civile somalienne est décimée par un conflit armé qui fait rage depuis des années. Malgré un embargo des Nations unies sur les armes, celles-ci continuent à inonder le pays. Les Nations unies doivent sanctionner ceux qui alimentent le conflit somalien et mettre un terme à ce commerce mortel.

Au bout de vingt ans, le conflit armé somalien ne montre aucun signe d'atténuation. Les civils sont au cœur d'une crise des droits humains longtemps ignorée par la communauté internationale. Des dizaines de milliers de civils ont été tués ou blessés rien qu'au cours des trois dernières années, certains lors d'homicides ciblés, d'autres à la suite de bombardements effectués par l'une ou l'autre des parties au conflit dans des zones densément peuplées. « Nous sommes partis parce que le spectacle des morts et des blessés s'était banalisé, a expliqué aux représentants d'Amnesty International au Kenya une jeune Somalienne qui avait fui son pays peu de temps auparavant. Il y avait des corps partout. On ne pouvait aller nulle part sans croiser un cadavre. La nuit, on n'arrivait pas à dormir à cause des balles qui sifflaient. »

Selon les estimations des Nations unies, 1,5 million de Somaliens ont été déplacés en raison de l'insécurité depuis début 2007 et 3,5 millions, soit la moitié de la population, survivent actuellement grâce à l'aide humanitaire.

CEUX QUI ARMENT LA SOMALIE

Le conflit somalien ne se déroule pas en vase clos. Les pays voisins – notamment l'Érythrée, l'Éthiopie et le Yémen – fournissent les marchés privés de l'armement, florissants à Mogadiscio, ainsi que les parties au conflit telles que le gouvernement fédéral de transition (GFT) et des groupes armés comme l'Union des tribunaux islamiques et Al Shabab. Ainsi, en 2008, un transporteur aérien sud-africain a indiqué à Amnesty International que des équipages avaient, semble-t-il, transporté des kalachnikovs depuis l'Érythrée afin d'approvisionner l'Union des tribunaux islamiques. Ces transferts illicites d'armement et d'aide militaire au sein de la région contournent l'embargo sur les armes qui touche la Somalie depuis 1992. Ils sont alimentés par des afflux inconsidérés d'armes en provenance d'Europe, des États-Unis et d'Asie, destinés aux marchands d'armes somaliens.

Fin 2006, des soldats éthiopiens, appuyés par les États-Unis, ont évincé l'Union des tribunaux islamiques, qui contrôlait alors la majeure partie du centre et du sud de la Somalie, au profit du GFT. Les autorités éthiopiennes ont informé les Nations unies qu'elles avaient importé de Chine, de Bulgarie et de Corée du Nord pour plus de 32 millions d'euros d'armes militaires entre 2006 et 2009, bien que le Groupe de contrôle des Nations unies sur la Somalie ait qualifié la présence des forces éthiopiennes en Somalie de violation implicite de l'embargo sur les armes. Ces transferts se sont également déroulés au mépris des informations concordantes indiquant que les forces éthiopiennes et celles du GFT avaient commis de graves violations des droits humains.

Dans le même temps, face aux nouvelles offensives lancées en 2009 contre le GFT par Al Shabab et d'autres groupes armés, le gouvernement des États-Unis aurait envoyé depuis Entebbe (Ouganda) 40 tonnes d'armes aux forces du GFT. Amnesty International a appris que 19 tonnes de munitions ainsi que des mortiers de 81/82 mm avaient été ainsi expédiés. Ces envois ont été autorisés par le Comité des sanctions des Nations unies – qui peut décider d'accorder ou non des dérogations à l'embargo sur les armes – et ce malgré les informations concordantes indiquant que le GFT utilisait des mortiers et de l'artillerie pour mener des attaques aveugles et disproportionnées, et bien que le Groupe de contrôle des Nations unies ait révélé que des représentants de ce gouvernement avaient détourné l'aide à la sécurité au profit du marché des armes ou de groupes armés.

UNE SOLUTION MONDIALE À UN PROBLÈME MONDIAL

Il ne fait aucun doute que les échanges mondiaux d'armes doivent faire l'objet de solutions mondiales. Pour être efficace, l'embargo des Nations unies sur les armes en Somalie doit être renforcé par un traité international sur le commerce des armes. Un traité de ce type sera négocié aux Nations unies en 2010-2011. Il devra obliger les États à réguler de manière stricte leurs transferts internationaux d'armes et autre matériel militaire. Les transferts d'armes ne doivent pas être autorisés s'il existe un risque substantiel que celles-ci soient déployées ou détournées pour commettre de graves violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains.

En avril 2009, la communauté internationale, notamment les États-Unis, la France, l'Union européenne et l'Égypte ont promis de verser aux forces du GFT près de 143 millions d'euros d'aide à la sécurité et de mettre en place, en Somalie, une opération de maintien de la paix assurée par l'Union africaine.

Cependant, pour que les civils soient véritablement en sécurité, la communauté internationale doit prendre part au renforcement du contrôle et de l'application de l'embargo des Nations unies sur les armes. Elle doit également contribuer à l'élaboration de systèmes de responsabilisation et de gouvernance afin de faire en sorte que le GFT respecte les droits humains. En l'absence de telles garanties, les civils somaliens continueront à payer au commerce mondial des armes un lourd tribut en vies humaines.

AGISSEZ

Veuillez demander au Comité des sanctions des Nations unies d'identifier les responsables des violations de l'embargo sur les armes et recommander des sanctions ciblées contre eux. Exhortez le Comité à n'accorder aucune dérogation à l'embargo sur les armes si :

- le financement, les armes ou la formation sont susceptibles de faciliter de graves violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains ;

- les informations concernant les destinataires des fonds, des armes et de la formation sont insuffisantes ;

- la nature des armes et de la formation, les voies d'approvisionnement, ainsi que les caractéristiques techniques et les références précises des armes ne font pas l'objet d'informations suffisantes permettant au Groupe de contrôle des Nations unies et aux gouvernements fournisseurs de détecter d'éventuels détournements ou mauvais usages.

Veuillez écrire à :

S.E. M. Claude Heller

Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire

Représentant permanent du Mexique aux Nations unies

Two United Nations Plaza, 28th Floor

New York, NY 10017

États-Unis

Veuillez aussi écrire à votre gouvernement en invitant les ministres compétents à faire pression en faveur d'un traité juridiquement contraignant sur le commerce des armes, incluant une règle d'évaluation du risque en matière de droits humains qui oblige les États à empêcher les transferts d'armes internationaux dès lors qu'il existe un risque substantiel que ces armes soient utilisées ou détournées pour commettre de graves violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains.

[Légendes photos Somalie]

À partir du haut à gauche, dans le sens des aiguilles d'une montre :

Maison touchée par des tirs d'artillerie à Ali Kamin, un quartier de Mogadiscio, en Somalie (avril 2007)

© DR

Des réfugiés somaliens attendent une distribution d'eau à Dadaab, au Kenya (décembre 2008).

© DR

Devant une ancienne fabrique de pâtes, les soldats éthiopiens exposent les armes qu'ils auraient saisies. Mogadiscio, Somalie (avril 2008)

© UNHCR/E. Hockstein

COUP DE PROJECTEUR

LES AUTORITÉS RÉPRIMENT VIOLEMMENT DES MANIFESTATIONS EN CHINE

De très nombreuses personnes - probablement des centaines - ont été blessées ou tuées le 5 juillet 2009 lors d'une manifestation pacifique violemment réprimée par la police et les forces de sécurité à Ürümqi, dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine.

Selon les chiffres et les dires officiels, 197 personnes ont trouvé la mort, dont la plupart étaient « des Hans innocents tués par des foules en colère », et 1 600 personnes ont été blessées. Cependant, les récits de témoins oculaires contredisent la version officielle des faits.

Cette manifestation avait pour but de rendre hommage aux victimes d'événements qui s'étaient produits deux semaines auparavant à Shaoguan, dans la province du Guangdong. Des travailleurs ouïghours avaient alors été roués de coups par d'autres travailleurs, des Chinois hans.

Selon des témoins oculaires, la violence s'est intensifiée lorsque la police et les forces de sécurité ont tenté de contenir la manifestation. Vers 16 h 10, les forces de sécurité, après avoir encerclé la place du Peuple, ont battu, regroupé et arrêté des centaines de manifestants. Un témoin a affirmé avoir vu des policiers frapper une femme enceinte qui tentait de s'éloigner d'un groupe de manifestants.

Plusieurs témoins ont indiqué que des policiers avaient tiré sur la foule : deux Ouïghours ont été abattus sous les yeux d'un témoin dans le quartier de Sanxihangzi ; un autre témoin dit avoir vu des policiers ouvrir le feu sur plusieurs milliers de jeunes manifestants rassemblés devant le grand magasin Rebiya Kadeer ; et un manifestant raconte qu'il était à l'arrière d'un groupe mais s'est brusquement retrouvé face aux policiers car ceux qui se tenaient devant lui avaient été blessés ou dispersés par les coups de feu. Des centaines de personnes auraient été tuées ou blessées lors de ce seul rassemblement.

Selon la version officielle des événements du 5 juillet, des Ouïghours sont responsables de la mort de Chinois hans, ce qui a probablement encouragé les représailles contre des Ouïghours qui ont eu lieu les 6 et 7 juillet.

AGISSEZ

Veuillez exhorter les autorités chinoises à autoriser l'ouverture d'une enquête indépendante et impartiale sur la répression des manifestations pacifiques du 5 juillet et les événements qui ont suivi.

Veuillez écrire à :

Président de la République populaire de Chine

Hu Jintao Guojia Zhuxi

The State Council General Office

2 Fuyoujie

Xichengqu

Beijingshi 100017

République populaire de Chine

Formule d'appel : Monsieur le Président,

[légende photo]

Une Ouïghoure proteste face à des membres de la police paramilitaire à Ürümqi, dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, en Chine (juillet 2009).

© Associated Press/Ng Han Guan

LES AUTORITÉS MAROCAINES PUNISSENT DES SAHRAOUIS POUR AVOIR SOUTENU L'AUTODÉTERMINATION

Sept défenseurs des droits humains sahraouis ont été arrêtés à Casablanca le 8 octobre 2009, alors qu'ils revenaient des camps de réfugiés de Tindouf, en Algérie. Le Front Polisario, qui réclame l'indépendance du Sahara occidental, est à la tête d'un gouvernement autoproclamé en exil à Tindouf. Les autorités marocaines n'ont prévenu les familles de ces militants qu'au bout de quatre jours. Ces sept personnes, qui sont peut-être des prisonniers d'opinion, sont toujours détenues et pourraient avoir à répondre d'accusations forgées de toutes pièces en raison de leur soutien public au droit des Sahraouis à l'autodétermination.

Au Sahara occidental, des défenseurs des droits humains ont été ces dernières années la cible d'une répression organisée par les autorités marocaines. La question du statut du Sahara occidental, territoire annexé par le Maroc en 1975, demeure taboue. Des militants qui surveillent les violations des droits humains commises dans cette région, recueillent des informations et attirent l'attention sur ces atteintes font l'objet de menaces et de manœuvres d'intimidation. Ils sont notamment exposés au harcèlement judiciaire, à des restrictions de leur droit de circuler librement, à des filatures et à des agressions verbales, pratiques qui visent, semble-t-il, à dissuader les militants de mener leurs activités en faveur des droits humains ou à les punir d'avoir exprimé leur soutien à l'autodétermination.

Plusieurs organisations sahraouies de défense des droits humains, telles que l'Association sahraouie des victimes de graves violations des droits de l'homme commises par l'État du Maroc (ASVDH) et le Collectif des défenseurs sahraouis des droits de l'homme (CODESA), n'ont pas pu être déclarées légalement en raison des obstacles dressés par les autorités marocaines. Depuis 2005, plusieurs militants de ces organisations ont été reconnus coupables, entre autres accusations, d'« appartenance à des organisations non autorisées » à la suite des nombreuses manifestations appelant à l'autodétermination du Sahara occidental.

Le 6 octobre 2009, cinq militants sahraouis se rendant en Mauritanie ont été arrêtés à la frontière par les autorités marocaines et longuement interrogés ; leurs papiers d'identité ont été confisqués. Ils ont finalement été libérés mais n'ont pas été autorisés à poursuivre leur voyage. Aucune explication officielle n'a été fournie pour justifier cette interdiction.

AGISSEZ

Veuillez appeler le Premier ministre marocain, Abbas El Fassi, à respecter le droit des militants sahraouis d'exprimer librement leurs opinions en faveur de l'indépendance du Sahara occidental et de recueillir des informations sur des violations présumées des droits humains.

Veuillez écrire à :

Monsieur le Premier Ministre

M. Abbas El Fassi

Département du Premier Ministre,

Palais Royal

Touarga, Rabat, Maroc

Fax : +212 537 76 99 95

Courriers électroniques : courrier@pm.gov.ma

UNE LEÇON D'INJUSTICE POUR LES ENFANTS ROMS DE LA RÉPUBLIQUE TCHÈQUE

En 1998, à l'âge de six ans, Sabrina a commencé l'école. Mais elle n'était pas traitée comme les autres enfants de sa classe. Selon sa mère, l'institutrice ne la faisait jamais participer aux activités et ne lui posait jamais de questions. La petite fille s'asseyait dans un coin pendant que les autres enfants effectuaient leur travail scolaire. Sa mère a alors été informée que Sabrina devrait rejoindre une école spécialisée dans l'accueil des enfants présentant des « handicaps mentaux légers ». Elle n'a pourtant jamais subi de tests destinés à repérer des difficultés d'apprentissage.

Sabrina fait partie des milliers d'enfants roms de la République tchèque qui ont été placés dans des écoles spécialisées. En novembre 2007, la Cour européenne des droits de l'homme a estimé que ce placement discriminatoire dans des écoles spécialisées violait le droit à l'éducation des enfants roms. Cependant, deux ans plus tard, la discrimination n'a pas cessé.

Bien que les écoles spécialisées aient été rebaptisées écoles « pratiques », peu de choses ont changé. Les enfants roms sont toujours fortement surreprésentés dans ces établissements ; ils constituent parfois plus de 80 % des effectifs.

Souvent défavorisés socialement, les enfants roms ont besoin d'une attention et d'un soutien particuliers que les écoles élémentaires classiques sont fréquemment peu désireuses ou incapables de leur apporter. Écarter ces enfants du système éducatif classique semble être une solution plus simple. Beaucoup se retrouvent dans des écoles réservées aux Roms, où le niveau est bien plus faible que dans les autres établissements. Ceux qui sont scolarisés aux côtés d'enfants non roms sont souvent placés dans des classes séparées ou subissent des discriminations. Leurs droits sont en permanence bafoués.

AGISSEZ

Invitez la ministre de l'Éducation tchèque, Miroslava Kopicová, à instaurer pour l'année scolaire 2010-2011 un moratoire sur le placement d'enfants dans des écoles et des classes primaires pour élèves présentant des « handicaps mentaux légers ». Exhortez-la à reconsidérer le bien-fondé de l'existence de telles écoles et la nécessité d'un cursus spécial pour les élèves présentant des « handicaps mentaux légers ». Appelez la ministre à élaborer et à adopter un plan global incluant des objectifs annuels clairs en vue d'éliminer la ségrégation scolaire des enfants roms.

VEUILLEZ ÉCRIRE À :

Miroslava Kopicová

Ministre de l'Éducation, de la jeunesse et des sports

Karmelitská 7

118 12, Prague 1

République tchèque

Fax : +420 234 811 753

Pour en savoir plus, rendez-vous sur http://sn.im/tbe3h

[légende photo]

Des enfants roms suivent un cours de première année dans une école primaire pour élèves présentant des « handicaps mentaux légers » à Ostrava, en République tchèque (février 2009).

© Amnesty International

ÉCRASÉS PAR LA PAUVRETÉ : LES ZONES DANGEREUSES DU CAIRE

« Nous sommes allés voir les responsables du quartier [en juin 2009] et on nous a répondu : “Lorsque la montagne s'effondrera sur vous, on viendra récupérer vos corps.” »

Voilà ce que déclarait en août 2009 à Amnesty International Mohamed Abdel Aal, un travailleur de Moraba Hafez, une zone située dans l'est du quartier informel (bidonville) de Manshiyet Nasser, au Caire, qui compte un million d'habitants, parmi les plus pauvres de la capitale.

Les propos tenus par les responsables du quartier étaient particulièrement cruels car un tragique éboulement avait eu lieu à Duwayqa moins d'un an auparavant. En septembre 2008, des rochers s'étaient détachés des collines du Moqattam, tuant au moins 107 personnes. Selon des survivants, le bilan est beaucoup plus lourd car beaucoup de corps étaient sous les décombres et n'ont jamais été retrouvés.

Depuis neuf ans, Mohamed Abdel Aal vit à Moraba Hafez avec sa mère et ses quatre frères et sœurs dans un logement en briques de trois pièces recouvert d'une toiture en bois. De petites pierres tombent sur leur toit et celui des voisins depuis des mois. Sa mère dit qu'ils déménageraient s'ils avaient de l'argent.

Située dans le quartier d'Al Madariss, la dizaine de bâtiments de Moraba Hafez est implantée au pied d'un escarpement de la colline. Les eaux usées des habitations situées au bord de cet escarpement s'infiltrent dans la roche, qui les absorbe et devient instable.

Peu après l'éboulement de Duwayqa, un comité mandaté par les autorités locales a inspecté Moraba Hafez et a expliqué aux habitants que la zone était dangereuse et qu'ils allaient être relogés. En août 2009, personne n'avait encore été évacué ni consulté au sujet du relogement. Les habitants sont terrifiés à l'idée de subir le même sort que les personnes mortes sous les décombres lors de la catastrophe de Duwayqa.

Un nouveau rapport d'Amnesty International, intitulé Enterrés vivants : délaissés et piégés par la pauvreté dans les bidonvilles du Caire (index AI : MDE 12/009/2009), traite de l'éboulement de Duwayqa un an après la catastrophe. Il montre clairement que les autorités n'ont pas tenu compte des signaux d'alarme ni protégé la vie des personnes vivant dans la pauvreté à Manshiyet Nasser, et rassemble des informations sur les violations de leurs droits qui s'en sont suivies, notamment les expulsions forcées.

© Amnesty International

AGISSEZ

Appelez les autorités égyptiennes à prendre des mesures urgentes pour éviter que d'autres personnes ne soient tuées dans les zones dangereuses du Caire.

Veuillez écrire à :

Dr Abdel-Azim Morsi Wazir

Governor of Cairo

Cairo Governorate

7 Abdin Square, Al Gomhoriya Street

Cairo

Égypte

Courriers électroniques :

Cairogov@Cairo.gov.eg

Formule d'appel : Dear Governor, / Monsieur le Gouverneur,

[légende photo]

Mohamed Abdel Aal montre un trou causé par les éboulements de la falaise (août 2009).

LE SAVIEZ-VOUS ?

UN CONDAMNÉ À MORT MONGOL A ÉTÉ GRACIÉ

La peine capitale prononcée contre le prisonnier mongol Buuveibaatar a été commuée en août 2009, après la grâce accordée par le président mongol Tsakhiagiin Elbegdorj.

Buuveibaatar, trente-trois ans, a été déclaré coupable de meurtre en janvier 2008 et condamné à mort le 1er août 2008 par le tribunal du district de Bayangol, dans la capitale mongole, Oulan-Bator.

Après son arrestation, il a été interrogé toute la nuit sans pouvoir entrer en contact avec un avocat. Son père affirme que Buuveibaatar avait commis cet homicide en état de légitime défense et a « avoué » le meurtre après avoir été battu par la police lors de sa garde à vue.

Buuveibaatar avait épuisé tous les recours juridiques dont il disposait et sa vie ne pouvait plus être sauvée que par une grâce présidentielle. Il va continuer de purger une peine d'emprisonnement.

Amnesty International a demandé en juillet 2009 que Buuveibaatar soit gracié. Sam Zarifi, directeur d'Amnesty International pour l'Asie-Pacifique a déclaré : « Nous saluons la décision de grâce du président Elbegdorj, mais ce n'est qu'une première étape. Le gouvernement mongol doit mettre en place un moratoire sur la peine de mort et commuer les peines de toutes les personnes qui se trouvent toujours sous le coup d'une condamnation à mort en Mongolie. »

CAMPAGNE SUR LA MORTALITÉ MATERNELLE EN SIERRA LEONE

La Sierra Leone a l'un des taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde. Parmi les nombreux obstacles rencontrés par les femmes de ce pays dans l'accès aux soins médicaux, on peut citer l'insuffisance des services médicaux, le manque de personnel médical compétent et les coûts élevés.

Le rapport d'Amnesty International intitulé Inabordable. Le coût de la santé maternelle en Sierra Leone (AFR 51/005/2009) a été présenté à Freetown le 22 septembre 2009 et, en parallèle, une campagne nationale visant à réduire la mortalité maternelle dans ce pays a été lancée. La secrétaire générale d'Amnesty International, Irene Khan, a assisté à cet événement dans le cadre de sa mission de haut niveau.

Après ce lancement, une caravane composée de délégués du Secrétariat international d'Amnesty International et de représentants des sections sierra-léonaise et burkinabé de l'organisation a sillonné le pays pendant douze jours afin de sensibiliser plus de 20 000 personnes aux questions liées à la santé maternelle. Plus de 50 000 personnes ont signé une pétition et une carte postale adressées au président de la Sierra Leone, l'exhortant à faire de la mortalité maternelle une priorité. Ces documents ont été remis au président en novembre.

Informez-vous sur la mission, le rapport et le film à l'adresse suivante : http://sn.im/t793z.

Suivez la caravane sur http://sn.im/t9v1i

[P. 20] À droite : La caravane d'Amnesty International utilise la musique et le théâtre tout au long de son parcours pour sensibiliser les habitants de la Sierra Leone au droit à la santé maternelle.

© Amnesty International

PRÉCISIONS

L'article du numéro d'août-septembre sur les disparitions forcées (Le Fil vol. 39, numéro 4, « Une plaie qui reste à vif ») comportait des photos de personnes dont Amnesty International a suivi le cas au fil des années. Les lecteurs pouvaient penser que toutes les personnes représentées étaient toujours considérées comme « disparues ».

Or il nous a été signalé notamment que Suresh Ale Magar et Bishnu Pukar Shrestha, deux Népalais, avaient été libérés. Notre intention était de présenter quelques personnes parmi les centaines dont Amnesty International a cherché à protéger les droits. Le Fil souhaite présenter ses excuses à tous ses lecteurs et sympathisants si cela a pu prêter à confusion.

[Phrase en 4e de couverture]

« Je ne pouvais pas tourner le dos à cette réalité »

Alejandro Solalinde Guerra

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