Documento - Estados Unidos: Violencia sexual contra mujeres indígenas de Alaska y del resto de Estados Unidos

AMNESTY INTERNATIONAL


Synthèse destinée aux médias


Index AI : AMR 51/070/2007 (Public)

Bulletin n° : 070

Embargo :24 avril 2007 15h00 TU


États-Unis.La violence sexuelle contre les femmes amérindiennes et indigènes d’Alaska

Synthèse sur l’Oklahoma, le Dakota du Nord et du Sud et l’Alaska



Le rapport d’Amnesty International Maze of Injustice: The failure to protect Indigenous women from sexual violence in the US s’intéresse principalement à trois régions, qui soulèvent des problèmes distincts sur le plan juridictionnel : l’Oklahoma, l’Alaska et la réserve sioux de Standing Rock (Dakota du Nord et du Sud). Il montre que, quel que soit le lieu ou le cadre juridique, les conclusions sont les mêmes :beaucoup des femmes indigènes victimes de violence sexuelle n’obtiennent pas justice.


L’Oklahoma

Les territoires tribaux d’Oklahoma n’étant pas d’un seul tenant mais séparés par des territoires relevant de l’État, il faut parfois plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour déterminer si ce sont les autorités tribales, de l’État ou fédérales qui sont compétentes pour tel ou tel crime.


• Ainsi, Amnesty International a eu connaissance du cas de deux femmes amérindiennes qui auraient été violées en réunion par trois hommes non indigènes en Oklahoma ; cependant, comme elles avaient les yeux bandés, les personnes qui leur apportaient un soutien psychologique craignaient qu’elles ne puissent pas dire si les viols avaient eu lieu sur le territoire fédéral, de l’État ou tribal et que, du fait de la complexité de la répartition des compétences en Oklahoma, elles n’obtiennent jamais justice.


• Selon une autre personne chargée du soutien psychologique aux victimes : « Quand on appelle la police, [le] sheriff dit “mais c’est un territoire indien”. Alors la police tribale arrive et dit le contraire. Alors ils se chamaillent et ne font pas le travail […] c’est-à-dire qu’ils viennent sans kit pour recueillir les preuves médicolégales, etc. »


La réserve sioux de Standing Rock

• Cette réserve, d’une superficie de 920 000 hectares, est à cheval sur le Dakota du Nord et le Dakota du Sud et est surveillée par la Brigade de police de Standing Rock.En février 2006, cette brigade, aux moyens largement insuffisants, comptait six ou sept agents de police et deux enquêteurs.


• Il est arrivé qu’il n’y ait qu’un seul policier de service pour toute la réserve. Les femmes doivent souvent attendre des heures, voire des jours, avant de recevoir une réponse de la police, pour peu qu’elles en reçoivent une. De nombreuses victimes ont dit avoir subi plusieurs fois des violences sexuelles au cours de leur vie, aux mains de différents hommes.


• Certaines ont dû faire plus d’une heure de trajet jusqu’à l’hôpital du Service de santé des Indiens, à Fort Yates, parfois pour s’apercevoir qu’aucun employé de l’hôpital n’était en mesure de réaliser un examen médicolégal pour agression sexuelle.Le personnel envoie parfois les femmes dans un établissement médical de Bismarck, à 130 kilomètres de là – mais celles qui font le voyage doivent alors subir des temps d’attente interminables et repartent parfois sans même avoir pu bénéficier de l’examen en question.Si elles se rendent dans un hôpital qui ne dépend pas du Service de santé des Indiens, elles doivent généralement avancer les frais. Ces facteurs peuvent constituer des obstacles non négligeables qui découragent les femmes de porter plainte et de demander un examen médicolégal.


L’Alaska

En raison de la complexité du système juridique, ce sont les organes de l’État plutôt que les organes fédéraux qui se chargent de l’application des lois. Or, l’État a cherché à limiter la compétence des autorités tribales dans le domaine pénal, sans pour autant faire appliquer la loi de manière satisfaisante.


• D’après les statistiques du FBI, l’Alaska est l’État des États-Unis où les viols sont les plus courants.Les femmes indigènes d’Alaska sont aussi confrontées à un niveau élevé de violence sexuelle, tant dans les régions rurales qu’en zone urbaine.Une étude a conclu que, entre 2000 et 2003, les indigènes d’Alaska vivant à Anchorage avaient 9,7 fois plus de risques de subir des agressions sexuelles que les autres habitants de la ville. En outre, les forces de l’ordre sont totalement absentes d’au moins un tiers des villages indigènes d’Alaska, inaccessibles par la route. Pour bénéficier d’un examen médicolégal à la suite d’une agression sexuelle, les femmes doivent parfois faire un voyage coûteux pour atteindre un hôpital ou une clinique.


• Une fois, un indigène d’Alaska, devenu violent, a frappé sa femme avec un fusil de chasse et s’est barricadé dans une maison avec quatre enfants. Comme il n’y avait pas de forces de police dans le village, les habitants ont appelé les agents de la police de l’État, basés à 250 kilomètres de là.Ceux-ci ont dû affréter un avion pour atteindre le village ; quand ils sont arrivés sur les lieux au moins quatre heures plus tard, l’homme avait violé une jeune fille indigène de treize ans sur un lit, à côté d’un nourrisson qui pleurait et sous les yeux de son frère de cinq ans et de son cousin de sept ans. Souvent, la réponse aux crimes commis dans les villages d’Alaska n’arrive que plusieurs jours plus tard.


Le rapport Maze of Injustice: The failure to protect Indigenous women from sexual violence in the US est disponible à compter du 24 avril 2007 sur :http://web.amnesty.org/library/Index/ENGAMR510352007