Documento - COLOMBIE. CRAINTES POUR LA SÉCURITÉ. Les membres de communautés d'origine africaine vivant dans les bassins des rivières Jiguiamiandó et Curvaradó

ACTION URGENTE

DOCUMENT PUBLIC AMR 23/044/2005 – ÉFAI
Action complémentaire sur l’AU 272/05 (AMR 23/037/2005 du 17 octobre 2005) et sa mise à jour (AMR 23/038/2005 du 27 octobre 2005)

Avertissement : Amnesty International défend des individus sans prendre position ni sur leurs idées
ni sur les organisations auxquelles ils pourraient adhérer.

CRAINTES POUR LA SÉCURITÉ

COLOMBIE

Les membres de communautés d’origine africaine vivant dans les bassins des rivières Jiguiamiandó et Curvaradó

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Londres, le 16 décembre 2005


Amnesty International pense que la population d’origine africaine installée dans les bassins des rivières Jiguiamiandó et Curvaradó (département du Chocó) court un grand danger : elle aurait été menacée par des soldats et des paramilitaires soutenus par l’armée.


Selon certaines informations, le 10 décembre, des soldats appartenant à la 17e brigade de l’armée colombienne ont proféré des menaces contre des habitants de Pueblo Nuevo, dans le bassin de la rivière Jiguiamiandó. Ils auraient menacé de pénétrer dans leur village avec des paramilitaires et de réduire en cendres « toutes ces merdes qui ne sont pas à vous ».


D’après des informations reçues par Amnesty International, le Bloque Elmer Cárdenas (Bloc Elmer Cárdenas), un groupe paramilitaire bénéficiant du soutien de l’armée, a menacé de mener des opérations de commando contre les communautés d’origine africaine installées dans les bassins des rivières Jiguiamiandó et Curvaradó. Ce groupe opèrerait désormais sous le nom de Héroes del Atrato (Héros de l’Atrato) de façon à masquer, manifestement, le fait qu’il poursuit ses activités paramilitaires en dépit de son engagement dans un processus soutenu par le gouvernement qui viserait à démobiliser les groupes paramilitaires. D’après des témoins, les paramilitaires auraient déclaré : « Le problème avec ces Noirs, c’est qu’ils occupent les meilleures terres ; on va régler ça à notre manière ».


Les membres de ces communautés s’efforcent d’affirmer leur droit à la neutralité, en tant que civils, et ont demandé avec insistance aux combattants, qu’il s’agisse de l’armée et de ses alliés paramilitaires, ou des groupes de guérilla de gauche, de rester en dehors de leurs « zones humanitaires » (zonas humanitarias de refugio). La population civile de la région a été la cible de multiples menaces de mort et atteintes aux droits humains imputables aux paramilitaires, aux forces de sécurité et aux mouvements de guérilla opérant dans les environs. Le 24 octobre, on a retrouvé le corps sans vie d’Orlando Valencia dans une rivière de la région du bassin de la Curvaradó. Ce membre de la communauté d’origine africaine avait été abattu d’une balle dans la tête, après avoir été enlevé, semble-t-il, par des paramilitaires. Amnesty International ne dispose pas d’informations quant à l’évolution de l’enquête judiciaire sur sa mort.


INFORMATIONS GÉNÉRALES

Ces dernières années, un grand nombre de communautés d’origine africaine se sont efforcées d’obtenir les titres de propriété des terres qu’elles occupent depuis des années. Les habitants des bassins des rivières Jiguiamiandó et Curvaradó, qui en font partie, ont obtenu ces titres, mais ils sont fréquemment menacés de mort par les forces de sécurité et par des paramilitaires. Ces derniers veulent les contraindre à pratiquer la culture marchande de palmiers africains – dont l’huile peut être utilisée, notamment, pour la cuisine ou pour la fabrication du savon – et ils occuperaient une partie de leur territoire. La Cour interaméricaine des droits de l’homme de l’Organisation des États américains (OEA) a reconnu le lien qui existait entre les menaces des paramilitaires et la culture du palmier africain. Informée de multiples cas de menaces de mort émanant de paramilitaires qui opèrent avec le soutien de la 17e brigade, la Cour a pris une résolution, le 15 mars 2005, appelant les autorités colombiennes à garantir la sécurité de la population des bassins des rivières Jiguiamiandó et Curvaradó.


Le gouvernement actuel du président Álvaro Uribe Vélez a entamé un dialogue avec les groupes paramilitaires soutenus par l’armée colombienne. La principale formation paramilitaire, les Autodefensas Unidas de Colombia (AUC, Milices d'autodéfense unies de Colombie), a déclaré un cessez-le-feu en décembre 2002, or, depuis cette date, plus de 2 300 personnes ont « disparu » ou ont été tuées. Amnesty International continue de recevoir des informations faisant état d’atteintes aux droits humains perpétrées par des paramilitaires, avec la complicité des forces de sécurité, dans des régions où ces formations sont censées être démobilisées. Les paramilitaires ont fréquemment tué des personnes qu’ils accusaient d’entretenir des liens avec des mouvements de guérilla ; de leur côté, ces mouvements sont responsables de la mort de nombreux civils auxquels ils reprochaient de collaborer avec leurs ennemis.


ACTION RECOMMANDÉE : dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite possible aux destinataires mentionnés ci-après(en espagnol ou dans votre propre langue) :

– dites-vous préoccupé par la sécurité des populations d’origine africaine installées dans les bassins des rivières Jiguiamiandó et Curvaradó (département du Chocó), qui ont été menacées d’incursions par des paramilitaires bénéficiant du soutien de l’armée ;


– priez les autorités de prendre toutes les mesures jugées nécessaires par ces communautés en vue de les protéger, conformément aux nombreuses résolutions adoptées par la Cour interaméricaine des droits de l’homme de l’Organisation des États américains (OEA), notamment celle du 15 mars 2005 ;


– demandez qu'une enquête exhaustive et impartiale soit menée sur les liens existant entre les forces de sécurité et les groupes paramilitaires opérant dans le département du Chocó, que les résultats de ces investigations soient rendus publics et que les personnes soupçonnées de soutenir ces groupes ou d’en faire partie soient traduites en justice ;


– exhortez les autorités à mener une enquête exhaustive et impartiale sur la mort d’Orlando Valencia, qui a été tué par balle ;


– engagez les autorités à prendre des mesures immédiates pour démanteler les groupes paramilitaires, conformément aux recommandations formulées par les Nations unies.


APPELS À :

Président de la République :
Sr. Presidente Álvaro Uribe Vélez
Presidente de la República
Palacio de Nariño
Carrera 8 No. 7-2
Santafé de Bogotá, Colombie
Fax : +57 1 337 5890
Formule d'appel : Excmo. Sr. Presidente Uribe, / Monsieur le Président de la République,

Ministre de l’Intérieur et de la Justice :

Sr. Sabas Pretelt de la Vega

Ministro del Interior y de Justicia

Ministerio del Interior

Av. Jiménez No 8-89

Bogotá

Colombie

Fax : +57 1 560 4630

Formule d’appel : Sr. Ministro, / Monsieur le Ministre,


Fiscal General de la Nación [qui chapeaute le système judiciaire]:

Dr. Mario Germán Iguarán

Fiscal General de la Nación

Fiscalía General de la Nación,

Diagonal 22B 52 01 (Ciudad Salite), Bogotá

Colombie

Fax : +57 1 570 2000 (un message préenregistré en espagnol vous indique alors de composer le numéro de poste 2017)


COPIES À :

ONG de défense des droits humains :

Comisión Intereclesial Justicia y Paz

Calle 50, No13-19, Oficina 203

Bogotá, Colombie


ainsi qu'aux représentants diplomatiques de la Colombie dans votre pays.



PRIÈRE D'INTERVENIR IMMÉDIATEMENT.
APRÈS LE 27 JANVIER 2006, VÉRIFIEZ AUPRÈS DE VOTRE SECTION S'IL FAUT ENCORE INTERVENIR. MERCI.

La version originale a été publiée par Amnesty International,
Secrétariat international, 1 Easton Street, Londres WC1X 0DW, Royaume-Uni.
La version française a été traduite et diffusée par Les Éditions Francophones d'Amnesty International - ÉFAI -
Vous pouvez consulter le site Internet des ÉFAI à l'adresse suivante :
http://www.efai.org

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