Annual Report 2013
The state of the world's human rights

11 December 2008

La police grecque inflige des violences punitives à des manifestants pacifiques

La police grecque inflige des violences punitives à des manifestants pacifiques
Selon des témoins oculaires, la police grecque a fait usage de la force de manière illégale et disproportionnée afin de contrôler les manifestations antigouvernementales.

De plus, des membres d’Amnesty International en Grèce ont signalé que des policiers chargés du maintien de l’ordre pendant les émeutes avaient infligé des violences punitives à des manifestants pacifiques au lieu de cibler les personnes qui incitaient à la violence et détruisaient des biens.

Dans ce contexte, l’organisation est préoccupée par les mauvais traitements subis par deux de ses membres, qui ont été frappés à coups de matraque par des policiers.

« Les images diffusées par les médias internationaux et les témoignages directs recueillis par Amnesty International apportent de plus en plus souvent la preuve de passages à tabac et d’autres mauvais traitements infligés par des policiers à des manifestants pacifiques », a déclaré Nicola Duckworth, directrice du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International.

D’après certains médias, des affrontements ont encore éclaté hier alors qu’une journée de grève nationale paralysait le pays. Des milliers de personnes ont défilé dans Athènes afin de protester contre la politique économique du gouvernement. Les aéroports ont été fermés et les vols annulés, les banques et les écoles étaient fermées, et certains services hospitaliers étaient, semble-t-il, restreints. Ce mouvement social était planifié depuis des semaines.

Les émeutes ont débuté dans la soirée du 6 décembre, à la suite de la mort d’Alexandros-Andreas (Alexis) Grigoropoulos, un garçon de quinze ans tué par un policier de l’unité des « gardes spéciaux », et elles se sont poursuivies pendant cinq nuits.

Il existe plusieurs versions des circonstances ayant conduit à la mort d'Alexandros Grigoropoulos.

Au dire des deux policiers impliqués dans ce drame, le véhicule dans lequel ils se trouvaient a été attaqué par un groupe de 20 à 30 jeunes gens. Au cours de la deuxième confrontation, l’un des policiers a utilisé une grenade incapacitante et l’autre a tiré deux balles en l’air et une vers le sol. L’une de ces balles a alors ricoché, blessant mortellement l’adolescent.

Selon les informations parvenues à Amnesty International, celui-ci était sorti avec des amis ce samedi soir-là. Vers 21 heures, deux policiers à bord d’une voiture se sont approchés du groupe de jeunes et un échange verbal s’est engagé.

Au moment où les policiers quittaient les lieux, l’un des jeunes a lancé une bouteille de bière en direction de leur véhicule. Ils se sont garés et sont revenus à pied vers le groupe ; des injures ont été échangées. Selon des témoins oculaires, l’un des policiers a visé les jeunes et tiré trois coups, dont l’un a blessé mortellement Alexis Grigoropoulos.

« Les déclarations de la police et celles des témoins se contredisent. Seule l’ouverture sans délai d’une enquête approfondie, indépendante et impartiale sur les circonstances exactes des tirs pourra établir la succession des événements et déterminer les responsabilités dans la mort du jeune homme », a indiqué Nicola Duckworth.

Les policiers ont été suspendus de leurs fonctions. L’auteur du coup de feu est inculpé d’usage illégal d’arme à feu et d’homicide volontaire, et son collègue, de complicité.

« Le meurtre d’Alexis Grigoropoulos et l’usage manifestement disproportionné de la force par les agents chargés du maintien de l’ordre durant les manifestations relèvent d’une pratique bien établie de violations graves des droits humains par la police, notamment l’utilisation abusive d’armes à feu et le recours excessif à la force, à la torture et à d’autres formes de mauvais traitements. En outre, les organes d’application des lois jouissent d’une totale impunité », a ajouté Nicola Duckworth.

Amnesty International a mené de nombreuses recherches sur les violations des droits humains commises par les forces de l’ordre en Grèce, et appelé à plusieurs reprises les autorités grecques à entreprendre une enquête minutieuse sur le système qui rend possibles de tels agissements.

Par ailleurs, l’organisation exhorte les autorités à prendre immédiatement des mesures pour briser la chaîne de l’impunité en instaurant des mécanismes chargés d’enquêter sur les fautes qui auraient été commises par des policiers dans l’exercice de leurs fonctions, à revoir la politique de maintien de l’ordre durant les manifestations, et à ratifier le Protocole facultatif se rapportant à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Amnesty International est consciente des difficultés auxquelles les autorités ont dû faire face lors de ces manifestations, au cours desquelles des centaines de bâtiments ont été incendiés et des dizaines de personnes ont été blessées. L’organisation souligne aussi que les pouvoirs publics grecs ont à la fois la responsabilité et l’obligation, aux termes du droit international, d’assurer la sécurité des personnes et des biens. Selon certains médias, la police antiémeute a tiré 10 coups de feu en l’air le 9 décembre, au cours des affrontements qui ont eu lieu lors des funérailles d'Alexis Grigoropoulos. Une enquête sur les circonstances de cet incident est actuellement en cours.

« Il est du devoir de la police, aux termes du droit international, de veiller à ce que les opérations de maintien de l’ordre pendant les manifestations se déroulent dans le respect des normes internationales, y compris celles relatives au recours à la force », a déclaré Nicola Duckworth.

Issue

Activists 
Economic, Social and Cultural Rights 
Extrajudicial Executions And Other Unlawful Killings 
Law Enforcement 

Country

Greece 

Region

Europe And Central Asia 

@amnestyonline on twitter

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