Les quartiers pauvres en proie aux violences des gangs et de la police en Jamaïque

Vidéo sur la crise des droits humains dans les quartiers pauvres en Jamaïque (en anglais).

© Amnesty International

2 April 2008

En Jamaïque, les habitants des quartiers pauvres des villes sont en proie aux violences des gangs et de la police. Les policiers responsables d’atteintes aux droits humains font rarement, voire jamais, l’objet de poursuites en justice.

Dans un nouveau rapport intitulé Jamaica: ‘Let them kill each other’: Public security in Jamaica’s inner cities Amnesty International montre que les autorités jamaïcaines négligent délibérément les quartiers les plus pauvres et ne font rien pour combattre la violence qui les déchire, ainsi que ses causes. La police recourt à la force de manière abusive et est responsable de centaines de morts par balle et d’exécutions extrajudiciaires.

« Les Jamaïcains qui vivent dans les quartiers pauvres paient de leur vie cette insécurité. Ils sont les otages de la lutte incessante que se livrent des gangs et des policiers qui tuent en toute impunité, a déclaré Kerrie Howard, directrice adjointe du programme Amériques d’Amnesty International.

La Jamaïque présente l’un des taux de meurtres et d’homicides commis par la police les plus élevés des Amériques. En 2007, environ 1 500 meurtres ont été perpétrés et la police a été responsable de 272 homicides. Dans les quartiers défavorisé, les chefs de gangs profitent des manquements de l'État pour contrôler de très nombreux aspects du quotidien : ils prélèvent des « impôts », attribuent des emplois, distribuent de la nourriture et sanctionnent ceux qui transgressent les règles qu’ils édictent.

« Les gangs ne représentent qu’une petite portion de la population de ces quartiers mais leurs agissements sont dévastateurs : à cause d’eux des milliers de personnes vivent en permanence dans la peur et les représentants du gouvernement considèrent comme des délinquants tous les habitants de ces secteurs, a ajouté Kerrie Howard.

Malgré toute cette violence, les habitants hésitent à signaler les abus dont ils sont victimes par peur de représailles de la part des chefs de bandes, parce qu’ils n’ont pas confiance dans la justice et parce qu’ils se méfient des policiers en poste dans leurs quartiers.

Ravin Thompson, qui était âgé de dix-huit ans, a été tué en juillet 2007 par des policiers et des soldats alors qu’il parlait avec sa tante, chez elle. Les forces de l’ordre étaient à la poursuite d’un autre jeune homme qui s’était engouffré dans la maison.

La tante de Ravin a insisté pour aller avec lui à l’hôpital dans la jeep des soldats, mais selon elle, pendant le trajet elle a été poussée hors du véhicule. Lorsqu’elle est arrivée à l’hôpital, Ravin était mort. L’autopsie a plus tard révélé que son corps présentait quatre blessures par balle. Or, sa tante et d’autres personnes présentes lorsqu’il avait été blessé sont certaines qu’il n’avait été touché qu’au bras et à l’épaule. Elles affirment qu'il a été tué dans la jeep, avant l'arrivée à l'hôpital.

Selon le compte rendu établi par la police, le jeune homme a été victime d’une « fusillade ». La police a ouvert une enquête, mais à la connaissance d'Amnesty International aucun policier n’a été inculpé dans le cadre de cette affaire.

« En Jamaïque, de nombreux policiers qui font bien leur travail risquent chaque jour leur vie afin d’améliorer la sécurité des citoyens. Mais ils n’arriveront pas à faire changer les choses tant que les responsables d'atteintes aux droits humains ne seront pas déférés à la justice et tant que la corruption n’aura pas été éradiquée, a poursuivi Kerrie Howard.

Amnesty International demande aux autorités jamaïcaines de prendre de toute urgence des mesures efficaces pour lutter contre les causes sous-jacentes de cette insécurité et de cette détérioration de la situation des droits humains ; elle les appelle en particulier à faire en sorte que le nombre d’homicides baisse dans les quartiers pauvres, à favoriser la mise en place d’un maintien de l’ordre respectueux des droits humains, et à réformer le système judiciaire pour améliorer l’accès à la justice.

« La question qui se pose, ce n’est plus de savoir si et comment il faut agir, mais quand ces réformes urgentes seront mises en place pour que cette crise cesse et pour que d’autres vies ne soient pas sacrifiées. Et la réponse à cette question doit être : dès aujourd'hui », a souligné Kerrie Howard.

Pour en savoir plus

Jamaica: Gangs and police violence in the inner cities

 

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