JO de Pékin: quel héritage pour les droits humains?

Des patientes du Centre de désintoxication obligatoire de la ville de Kunming reçoivent un enseignement contre la drogue (juillet 2005).

Des patientes du Centre de désintoxication obligatoire de la ville de Kunming reçoivent un enseignement contre la drogue (juillet 2005).

© Guang Niu/Getty Images


1 April 2008

En 2001, Liu Jingmin, vice-président du Comité de candidature de Pékin aux Jeux olympiques (JO), a déclaré que si l’organisation des JO était confiée à la capitale chinoise cela « contribuerait au renforcement des droits humains ». Sept années se sont depuis écoulées et le bilan de la Chine en matière de droits humains ne s’est guère amélioré, selon le nouveau rapport d’Amnesty International.

Beaucoup espéraient que les Jeux serviraient de catalyseur pour des réformes, mais l'on constate à présent que l’actuelle vague de répression qui s’abat sur les militants et les journalistes a lieu non pas malgré, mais bien à cause de l’organisation des JO, toujours d’après ce rapport intitulé People's Republic of China: The Olympics countdown – crackdown on activists threatens Olympics legacy (à paraître en français).

Certaines évolutions positives telles que la réforme du système d’application de la peine de mort et une plus grande liberté d’information accordée aux journalistes étrangers sont éclipsées par le blocage de la réforme du régime de la détention sans procès, par la répression contre les défenseurs des droits humains et par la censure d’Internet.

Le rapport attire également l’attention sur la récente répression menée au Tibet par les autorités chinoises, qui a donné lieu depuis le 10 mars 2008 à de graves violations des droits humains. Les autorités chinoises auraient, entre autres, recouru à une force non nécessaire et excessive, notamment à la force meurtrière, à la détention arbitraire et à l’intimidation.

Des centaines de personnes ont été arrêtées à la suite des manifestations. Ces personnes, notamment celles qui sont soupçonnées d’« activités séparatistes », risquent d’être maltraitées ou torturées par les forces de sécurité chinoises.

Compte tenu du black-out quasi total sur le Tibet et les régions environnantes, il est difficile de vérifier les informations qui nous sont communiquées, et cette chape de silence vient bafouer l'engagement qu'avaient pris les autorités de garantir une « liberté totale des médias » à l’approche des Jeux.

En Chine aussi, de nombreux militants ont été incarcérés à l’issue de procès motivés par des considérations politiques, et sont des prisonniers d’opinion. Un nombre croissant de personnes sont placées en résidence surveillée. Des crimes contre la sécurité nationale définis en termes vagues, comme le « séparatisme », la « subversion » et le « vol de secrets d'État » sont utilisés pour engager des poursuites contre des personnes menant des activités légitimes et pacifiques de défense des droits humains.

Yang Chunlin, militant des droits à la terre, a été condamné à cinq ans de prison le 25 mars pour « incitation à la subversion ». Il avait fait circuler une pétition intitulée Nous voulons les droits humains, pas les Jeux olympiques. Il n’avait pas été autorisé dans un premier temps à consulter un avocat, au motif que cette affaire touchait à des « secrets d’États ». Il aurait été torturé par la police au cours de sa détention, mais on l’a empêché, devant le tribunal, de faire état de ses allégations de torture.

Ye Guozhu, un militant du droit au logement, purge une peine de quatre ans de prison pour avoir demandé l’autorisation d’organiser une manifestation contre les expulsions forcées à Pékin. Il a été condamné en décembre 2004 pour avoir « cherché à provoquer un conflit et troublé l'ordre public » car il s’était opposé à la saisie et à la démolition de bâtiments dans le cadre des travaux de construction liés aux JO de 2008.

En mai 2006, Pékin a étendu le recours à la forme de détention sans jugement appelée rééducation par le travail, dans le but de « nettoyer » la ville avant les Jeux. Cette pratique vise ceux qui ont commis des infractions mineures mais qui ne sont pas considérés comme des criminels au regard de la loi. Ces personnes sont contraintes à travailler durant de longues heures et peuvent être détenues jusqu’à quatre ans. La rééducation par le travail fait l’objet de nombreuses critiques en Chine. La réforme de ce système, annoncée de longue date mais aujourd’hui dans l’impasse, constituerait une amélioration notable sur le plan des droits humains.

Wang Ling, une militante du droit au logement de Pékin, aurait été condamnée à quinze mois de rééducation par le travail en octobre 2007 pour avoir signé des pétitions et fabriqué des banderoles afin de protester contre la démolition de son habitation, destinée à faire de la place pour la construction des sites olympiques. Elle serait détenue dans le centre de rééducation par le travail de Daxing, dans la capitale.

En dépit des promesses qu’elles ont faites en juillet 2001 de laisser une « liberté complète aux médias », les autorités continuent d’utiliser le délit d’« incitation à la subversion » et d’autres infractions relatives à la sécurité de l’État pour poursuivre et emprisonner les écrivains et les journalistes qui exercent leur droit fondamental à la liberté d’expression.

Internet fait également l’objet d’une vaste censure. Des affichettes de la police avertissent désormais un grand nombre des 210 millions d’internautes chinois de ne pas se rendre sur les sites « illégaux ». Cette police virtuelle est visiblement destinée à encourager l’autocensure en rappelant aux utilisateurs que les autorités surveillent de près les activités sur la Toile. Il semble également que la Chine ait mis en place le système de censure et de filtrage sur Internet le plus étendu, le plus sophistiqué et le plus vaste au monde.

L’envoi de SMS est lui aussi contrôlé. En décembre 2007, les autorités de la ville de Pékin ont publié un avis afin de faire savoir que les personnes utilisant des SMS pour « mettre en danger la sécurité publique » ou « répandre des rumeurs » feraient l’objet d’une enquête.

La Chine reste le pays du monde qui a le plus recours à la peine de mort, même si les autorités chinoises ont déclaré que le rétablissement du contrôle judiciaire des condamnations à mort par la Cour populaire suprême avait entraîné une réduction importante du nombre d’exécutions en 2007. Pour étayer de telles affirmations, encore faudrait-il publier des statistiques nationales complètes et d’autres informations détaillées sur la peine capitale dans le pays. La baisse du nombre d’exécutions pourrait en effet s’expliquer en partie par le fait que de plus en plus de prisonniers sont en attente de leur exécution pendant que la Cour populaire suprême examine leur dossier.

Le rapport d’Amnesty International demande à la Chine d’autoriser immédiatement les enquêteurs de l’ONU et les observateurs indépendants à se rendre au Tibet et dans les régions voisines ; de mettre un terme aux arrestations arbitraires, à l’intimidation et au harcèlement des militants ; de mettre fin à la détention administrative punitive ; d’autoriser tous les journalistes à rendre compte de la situation sur l’ensemble du territoire chinois de manière exhaustive et en toute liberté ; de relâcher tous les prisonniers d’opinion et de réduire le nombre d’infractions passibles de la peine capitale, en prélude à l’abolition de ce châtiment.

Pour en savoir plus

Les droits humains en Chine et les Jeux olympiques de Pékin

People’s Republic of China: The Olympics countdown – crackdown on Tibetan protesters (31 mars 2008)

 

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