Annual Report 2013
The state of the world's human rights

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1 April 2008

Jamaïque. Les pauvres sont les otages de la violence des bandes armées et de la négligence du gouvernement

(Kingston) Amnesty International a reproché ce mardi 1er avril aux autorités jamaïcaines d’avoir délibérément négligé les pauvres de la Jamaïque en ne s’attaquant pas à la corruption et à la violence qui déchirent certains quartiers des villes.

« Les Jamaïcains qui vivent dans les quartiers pauvres paient de leur vie cette insécurité publique. Ils sont otages des affrontements sans fin entre les bandes de malfaiteurs, des policiers qui tuent en toute impunité et des autorités qui ne font rien pour protéger leurs droits fondamentaux », a déclaré Fernanda Doz Costa, responsable des recherches sur la Jamaïque à Amnesty International.

Dans un nouveau rapport rendu public ce mardi 1er avril lors d’une conférence de presse à Kingston, l’organisation décrit la réalité quotidienne des centaines de milliers de Jamaïcains condamnés à vivre aux côtés de bandes armées violentes, à faire les frais d’opérations de police s’accompagnant d’un recours excessif à la force, et à être considérés avec mépris par les autorités.

La Jamaïque a l’un des taux de violence et d’homicides attribués à la police les plus élevés des Amériques avec environ 1 500 meurtres et 272 homicides imputables à la police en 2007 – soit en moyenne trois meurtres par jour et trois homicides imputable à la police tous les quatre jours. La plupart des victimes de crimes violents vivent dans des zones défavorisées, où elles sont également aux prises avec de nombreuses autres difficultés (chômage, accès réduit aux soins de santé et à l’éducation, approvisionnement limité en eau potable, réseaux d’assainissement insuffisants).

Les personnes vivant dans ces quartiers sont à la merci de chefs de gangs qui profitent des manquements de l'État pour contrôler de très nombreux aspects du quotidien de ces populations – collecte de « taxes », attribution d'emplois, distribution de nourriture et de « bourses d’études », et sanctions contre ceux qui transgressent les règles édictées par les bandes de malfaiteurs.

Les bandes armées ont été formées dans les années 60 par les deux principaux partis – le Parti national populaire (PNP) et le Parti travailliste jamaïcain (JLP). Les gouvernements et dirigeants politiques jamaïcains ont activement contribué à créer et maintenir un environnement où la violence des gangs pouvait se développer.

La violence au sein de ces quartiers est particulièrement aiguë lorsque des gangs rivaux s’affrontent pour le contrôle d’un territoire. Des populations entières sont coupées du monde par des barricades et ne peuvent sortir de chez elles après 17 heures. Les enfants, effrayés, ne vont pas à l’école et les adultes ne peuvent se rendre au travail, les transports étant interrompus.

Une habitante d’un de ces quartiers déshérités a tenu les propos suivants à Amnesty International : « La nuit, nous devions tous dormir par terre, que ce soient les enfants ou la grand-mère, tout le monde ; nous nous mettions sous le matelas car les tirs peuvent parfois traverser la maison et tuer. »

« Les gangs criminels ne représentent qu’une petite portion de la population de ces quartiers mais leurs actions sont dévastatrices : ils forcent des milliers de personnes à vivre en permanence avec la peur au ventre, et fournissent aux représentants du gouvernement un prétexte pour qualifier de délinquants tous les habitants de ces zones », a expliqué Fernanda Doz Costa.

En dépit des brutalités qu’ils subissent au quotidien, les résidents hésitent à signaler les violations, par peur des représailles des chefs de bandes, par manque de confiance dans la justice et par défiance envers les policiers.

« Il y a beaucoup de bons policiers en activité en Jamaïque, qui risquent leur vie chaque jour pour renforcer la sécurité des citoyens jamaïcains. Cependant, la volonté politique qui permettrait de déférer à la justice les auteurs présumés d’atteintes aux droits humains et d’en finir avec la corruption continue à manquer », a ajouté Fernanda Doz Costa.

Amnesty International demande aux autorités jamaïcaines de prendre de toute urgence les mesures qui s’imposent pour lutter contre les causes sous-jacentes de cette insécurité publique et de cette détérioration de la situation des droits humains ; elle les appelle en particulier à faire en sorte que le nombre d’homicides baisse dans les quartiers pauvres, à favoriser la mise en place d’un maintien de l’ordre respectueux des droits humains, et à réformer le système judiciaire pour donner de meilleures chances aux citoyens d’obtenir justice.

« La question n’est pas de savoir s’il faut agir et comment, mais de déterminer quand intervenir pour éviter que la crise ne fasse de nouvelles victimes ; et la réponse à cette question est : dès aujourd’hui.»

Le rapport « Let them kill each other » – Public Security in Jamaica’s inner cities sera disponible sur le site de l’organisation à compter du mardi 1er avril à 16 h 00 TU, à l’adresse suivante : http://www.amnesty.org/en/library/info/AMR38/001/2008/en Pour prendre connaissance de statistiques et d’études de cas en rapport avec la crise de la sécurité publique en Jamaïque, rendez-vous sur le site de l’organisation : www.amnesty.org

FIN

AI Index: PRE01/093/2008
Region Americas
Country Jamaica
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