Angola

Human Rights in RÉPUBLIQUE D’ANGOLA

Amnesty International  Report 2013


The 2013 Annual Report on
Angola is now live »

Chef de l’État et du gouvernement :
José Eduardo dos Santos

Contexte

En avril, l’Angola a présenté son rapport sur les droits humains à la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples.

Un nouveau parti politique, la Large convergence pour le salut de l’Angola-Coalition électorale (CASA-CE), a été enregistré auprès de la Cour constitutionnelle en avril. La CASA-CE a participé aux élections nationales du 31 août, le deuxième scrutin tenu depuis 1992 et le troisième depuis l’indépendance du pays, en 1975. En amont des élections, des informations ont fait état de violences politiques isolées commises par des membres du parti au pouvoir, le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), et visant l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA) et la CASA-CE, entre autres partis politiques. L’UNITA s’en serait également pris à des membres du MPLA. Le MPLA a remporté le scrutin avec près de 72 % des suffrages, mais environ 40 % de la population ne s’est pas rendue aux urnes. Malgré quelques irrégularités constatées avant les élections, les observateurs ont estimé que celles-ci avaient été libres et équitables. Les résultats ont été officiellement contestés par l’UNITA, la CASA-CE et le Parti de la rénovation sociale (PRS), mais les réclamations de ces partis ont été rejetées par la Commission nationale électorale (CNE), qui a considéré qu’elles étaient dépourvues de tout fondement.

Le 27 octobre, Media Investe, la société qui détient l’hebdomadaire Semanário Angolense, a censuré une édition de celui-ci à la suite, semble-t-il, de la retranscription dans cette édition d’un discours sur l’état de la nation dans lequel le dirigeant de l’UNITA, Isaías Samakuva, critiquait le gouvernement. Les tirages sur papier ont été brûlés, mais une version en ligne a été diffusée.

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Police et forces de sécurité

Des cas d’usage excessif de la force par la police ont été signalés, de même que des arrestations et des placements en détention arbitraires, y compris de manifestants pacifiques. Des policiers auraient également eu recours à une force excessive contre des détenus, provoquant la mort d’une personne au moins. De possibles cas d’exécutions extrajudiciaires perpétrées par des policiers ont également été recensés – dont un cas lié à sept jeunes hommes qui ont été retrouvés menottés et tués par balle à Cacuaco (Luanda). Aucune nouvelle information n’a été rendue publique au sujet d’enquêtes sur des violations des droits humains commises par des policiers dans le passé.

  • Le 3 octobre, Manuel « Laranjinha » Francisco a été arrêté par des policiers. Selon certaines informations, ceux-ci l’ont frappé avant de l’emmener au poste n° 17 du district de Cazenga, situé dans un quartier de Luanda communément appelé Antenove. Des témoins ont affirmé qu’il y avait également été passé à tabac. Le lendemain, la police a indiqué à la famille de Manuel Francisco qu’il avait été transféré au poste de police central de Cazenga, mais ses proches n’ont pu l’y trouver. Un peu plus tard dans la journée, ils auraient reçu un appel les informant que le corps de Manuel Francisco avait été découvert dans le district de Cacuaco et se trouvait à la morgue de l’hôpital de Luanda. Il portait semble-t-il des traces de coups ; il lui manquait notamment un ongle et une dent ; une des jambes était fracturée. Malgré la plainte déposée par la famille auprès de la police de Cazenga, la police n’a fait aucun commentaire sur les allégations selon lesquelles Manuel Francisco aurait été tué en détention. Elle n’a pas indiqué non plus si une enquête était en cours sur les circonstances de sa mort. On ne disposait d’aucune information supplémentaire à la fin de l’année.
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Liberté de réunion et d’association

Les autorités ont continué de réprimer la liberté de réunion partout dans le pays. Après celles qui avaient débuté en mars 2011, de nouvelles manifestations gouvernementales ont eu lieu durant l’année 2012, essentiellement dans les villes de Luanda, Benguela et Cabinda. Tout comme en 2011, non seulement la police n’est pas intervenue pour protéger les manifestants pacifiques contre les violences, mais elle a en outre fait usage d’une force excessive contre des protestataires et procédé à des arrestations et des placements en détention arbitraires. Elle a également eu recours à une force excessive lors de grèves organisées notamment par le Syndicat des professionnels de la santé de Cabinda, et lors d’une manifestation à Luanda d’anciens combattants des Forces armées populaires pour la libération de l’Angola (FAPLA). Les responsables présumés de brutalités et d’arrestations arbitraires lors des manifestations de 2011 n’ont pas été amenés à répondre de leurs actes.

  • En mars, les médias d’État ont diffusé des menaces visant les manifestants antigouvernementaux et proférées par un individu qui se réclamait d’un groupe anonyme affirmant défendre la paix, la sécurité et la démocratie dans le pays. Tout au long de l’année, plusieurs hommes non identifiés soupçonnés d’être de connivence avec la police ont infiltré des manifestations pacifiques et agressé des participants. Le 22 mai, des personnes qui s’étaient réunies pour organiser une manifestation ont été attaquées et frappées par des inconnus dans le quartier de Nelito Soares, à Luanda. Ce même mois de mai, des organisateurs de manifestations ont identifié quatre individus liés à la police qui, selon eux, figuraient parmi les agresseurs de manifestants pacifiques. Bien que la hiérarchie policière ait affirmé que des enquêtes avaient été ouvertes sur les menaces diffusées à la télévision et sur ces agressions, personne n’avait été amené à rendre des comptes à la fin de l’année.
  • À Cabinda, la police a utilisé des matraques et un canon à eau contre des membres du Syndicat des professionnels de la santé qui avaient organisé un piquet de grève devant l’hôpital de la province, entre le 30 janvier et le 3 février. La police ayant bloqué l’accès à l’hôpital le 3 février, les grévistes se sont installés le lendemain dans les bureaux de l’Union des syndicats de Cabinda. Ils ont été frappés par des policiers, qui les ont dispersés au moyen d’un canon à eau, arguant qu’ils manifestaient illégalement à proximité d’un bâtiment public. Dix-sept femmes et cinq hommes ont été arrêtés, puis relâchés le même jour.

La liberté d’association a été restreinte.

  • Le procès de 15 membres de la garde présidentielle, rattachés à la division centrale de protection et de sécurité au sein du Bureau militaire de la présidence angolaise, s’est ouvert le 15 septembre devant le tribunal militaire régional de Luanda. Ces hommes étaient jugés pour avoir « présenté des revendications collectives » : ils avaient signé le 11 septembre une pétition où ils contestaient la procédure de candidature aux postes subalternes et demandaient des salaires plus justes ainsi qu’une meilleure aide sociale dans le cas du décès d’un proche. Le procès n’était pas terminé à la fin de l’année.
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Liberté d’expression – journalistes

La liberté d’expression, en particulier celle de la presse, continuait d’être réprimée. Les pouvoirs publics ont tenté d’empêcher la publication de journaux ou d’articles perçus comme potentiellement hostiles au gouvernement. Les appels interjetés par Armando Chicoca et William Tonet, déclarés coupables de diffamation en 2011, n’avaient toujours pas été examinés.

  • Le 12 mars, une quinzaine de policiers de la Direction nationale des enquêtes judiciaires (DNIC) ont fait irruption dans les locaux du journal Folha 8 et ont saisi 20 ordinateurs. Ils procédaient dans le cadre d’une enquête sur la publication, le 30 décembre 2011, d’un photomontage raillant le président, le vice-président et le responsable du Bureau militaire. Sept membres du personnel du journal ont été interrogés par la DNIC en juin.
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Disparitions forcées

Deux cas de disparition forcée présumée ont été signalés au cours de l’année.

  • António Alves Kamulingue et Isaías Sebastião Cassule ont disparu les 27 et 29 mai respectivement. Ils avaient participé à l’organisation d’une manifestation devant rassembler le 27 mai d’anciens combattants et membres de la garde présidentielle qui entendaient réclamer les pensions et soldes leur étant dues.
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Droits en matière de logement – expulsions forcées

En dépit des débats au sein des pouvoirs publics sur l’amélioration de l’accès au logement, des expulsions forcées – certes d’ampleur limitée – ont de nouveau eu lieu cette année. Des milliers de personnes restaient sous la menace d’une telle opération. Plusieurs milliers de familles expulsées de force dans le passé n’avaient toujours pas été indemnisées. Le gouvernement s’était engagé en juin 2011 à reloger avant le mois d’avril 2012 plus de 450 familles de Luanda dont l’habitation avait été démolie entre 2004 et 2006. Aucune de ces familles ne l’avait été à la fin de l’année. En septembre, ONU-Habitat a annoncé qu’un accord de coopération avec l’Angola était en cours de préparation. Ce texte devait permettre l’envoi dans le pays, à compter de 2013, d’un représentant du programme des Nations unies chargé de prodiguer des conseils techniques en matière de logement à Luanda.

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Prisonniers d’opinion et prisonniers d’opinion probables

Mário Muamuene et Domingos Capenda ont été remis en liberté le 17 janvier 2012. Membres de la Commission sur le manifeste juridique et sociologique du protectorat des Lundas-Tchokwés, ils étaient restés incarcérés à la prison de Kakanda malgré l’expiration de leur peine le 9 octobre 2011.

Malgré les conclusions rendues en novembre 2011 par le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, qui demandait la libération des membres de la Commission arrêtés entre 2009 et 2011, cinq d’entre eux – Sérgio Augusto, Sebastião Lumani, José Muteba, António Malendeca et Domingos Henrique Samujaia – étaient toujours derrière les barreaux. D’autres membres de la Commission auraient été arrêtés durant l’année.

  • Le 12 février, Eugénio Mateus Sangoma Lopes et Alberto Mulozeno ont été interpellés et inculpés de crimes contre la sûreté de l’État. Selon certaines informations, des policiers de Lucapa s’étaient rendus chez eux et leur avaient demandé de se présenter au poste de police pour discuter de la Commission. Selon un document du tribunal, ils ont été condamnés en juin à dix-huit mois d’emprisonnement, pour rébellion.
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