Les arrestations se poursuivent au Myanmar

Des policiers dans les rues de Rangoun pendant les manifestations (Myanmar).

Des policiers dans les rues de Rangoun pendant les manifestations (Myanmar).

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Si un certain nombre de détenus ont été libérés au Myanmar (ex-Birmanie), Amnesty International estime qu’au moins 700 prisonniers d’opinion arrêtés lors des manifestations pacifiques de l’automne 2007 sont toujours incarcérés. De plus, environ 1 150 prisonniers politiques qui se trouvaient déjà en détention avant les manifestations de septembre n’ont toujours pas été libérés.

Amnesty International est indignée de constater que le gouvernement, contrairement aux garanties données début novembre par le Premier ministre Thein Sein à Ibrahim Gambari, représentant spécial des Nations unies, a continué d’arrêter des hommes et des femmes considérés comme des militants politiques pacifiques.

Les arrestations et procès de prisonniers d’opinion associés aux manifestations de l’automne dernier se déroulent dans un contexte d’atteintes aux droits humains généralisées dans le pays. Amnesty International estime que depuis les manifestations de septembre on est sans nouvelles de plus de 80 personnes, victimes probables de disparitions forcées.

L’organisation continue également de recevoir des informations faisant état de torture et d’autres mauvais traitements en détention, et de conditions carcérales extrêmement mauvaises. Un villageois de l’État d’Arakan serait mort en détention sous la torture le 25 novembre. Aucun progrès n’a été enregistré en vue d’autoriser le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à avoir accès aux détenus – une démarche qui pourrait contribuer à empêcher de nouvelles violations des droits humains, notamment des actes de torture et des disparitions forcées.

Amnesty International est également préoccupée par les nouvelles informations selon lesquelles des violations des droits humains sont commises dans l’État kayin, notamment des exécutions extrajudiciaires, des attaques contre les civils et des déplacements forcés. Ces violations font suite à l’offensive militaire menée dans cet État en 2006-2007, au cours de laquelle les forces armées se sont rendues coupables de crimes contre l'humanité sur des civils.


Arrestations
Depuis le 1er novembre 2007, Amnesty International a recensé au moins 96 arrestations.
Arrestations en novembre : 45 au total
  • Le 2 novembre, Aung Kyaw Moe et Tin Yu, membres de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), ont été arrêtés.
  • Le 4 novembre, Zaw Zaw, membre de la NLD, a été arrêté dans une cafétéria du district de Kyeemyindaing, à Rangoun.
  • Le 4 novembre, U Gambira, chef de la nouvelle Alliance des moines de Birmanie et l’un des leaders des manifestations, a été arrêté et apparemment inculpé de trahison. Deux membres de sa famille qui étaient auparavant retenus comme « otages » pour l’obliger à sortir de la clandestinité ont été maintenus en détention.
  • Le 5 novembre, U Khaymarwuntha, vingt ans, moine au monastère de Zantila Kamahtan à Rangoun, a été arrêté pour avoir participé aux manifestations de septembre.
  • Le 12 novembre, quatre femmes et un homme âgé ont été arrêtés pour avoir fait campagne contre le projet de barrage sur le fleuve Irrawaddy dans l’État kachin. Ils ont été relâchés du poste de police deux jours plus tard.
  • Le 13 novembre, Su Su Nway, membre du mouvement de jeunes du principal parti d’opposition, la NLD, a été arrêtée pendant la visite du rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme au Myanmar. Bo Bo Win Hlaing, membre du même mouvement, a été arrêté en même temps que Su Su Nway alors qu’il collait des affiches antigouvernementales.
  • Le 14 novembre, au moins trois personnes ont été arrêtées sur un marché de fruits et légumes à Rangoun pour avoir fait circuler des pamphlets contre le gouvernement.
  • Le 15 novembre, les autorités ont investi un monastère à Sittwe, dans l’État d’Arakan (ouest du pays), et arrêté le moine U Than Rama, qui était recherché pour sa participation aux manifestations locales en septembre. Ce dernier aurait été battu pendant l’assaut et on ignore où il se trouve.
  • Le 15 novembre, un moine a été frappé et emmené en détention lorsque le monastère d’Aung Dhamma Pala à Rangoun a été pris d’assaut.
  • Le 19 novembre, Ray Thein (alias Bu Maung), secrétaire de la NLD dans l’État d’Arakan, a été à nouveau arrêté après avoir été brièvement placé en détention en septembre pour avoir organisé une manifestation contre la junte.
  • Le 20 novembre, Myint Naing, cadre de la NLD, a été arrêté.
  • Le 20 novembre, le politicien Soe Win a été arrêté.
  • Le 20 novembre, U Tin Ohn, chef communautaire rakhine, a été arrêté ; on ignore où il se trouve. D’autres leaders communautaires, comme Cin Sian Thang et U Aye Thar Aung, également de l’ethnie rakhine, Naing Ngwe Thein, du Front démocratique national mon, et U Hkun Htoo, dirigeant politique kachin, ont également été arrêtés les 20 et 21 novembre, puis libérés après avoir été interrogés.
  • Le 24 novembre, huit membres de l’Organisation pour l'indépendance kachin (KIO) ont été arrêtés, probablement en raison du refus de leur mouvement de dénoncer publiquement, comme l’exigeait le gouvernement, la déclaration de novembre d’Aung San Suu Kyi.
  • Le 26 novembre, Aung Zaw Oo, membre du groupe Défenseurs et promoteurs des droits humains, a été arrêté dans un salon de thé du centre de Rangoun, probablement pour avoir participé à l’organisation d’événements pour la Journée internationale des droits de l’homme, le 10 décembre.
  • Le 26 novembre, San Shwe Tun, président de la NLD dans l’État d’Arakan, a été de nouveau arrêté ; il avait été libéré de la prison d’Akyab le 5 novembre, à la fin de sa peine d’emprisonnement de trois ans.
  • Le 27 novembre, Win Maw, guitariste principal du groupe populaire Shwe Thansin, Myat San, ancien prisonnier politique détenu pendant une longue période et membre de l’Organisation étudiante tricolore, et Aung Aung, un ami des deux hommes, ont été arrêtés dans un salon de thé de Rangoun.
  • Le 27 novembre, Win Maung, secrétaire de village du Conseil national pour la paix et le développement (SPDC) dans l’État d’Arakan, a été arrêté pour sa participation aux manifestations de septembre.
  • Le 28 novembre, U Tin Hla, membre de la Fédération des syndicats de Birmanie (FTUB) et du Syndicat des cheminots birmans, a été arrêté avec sa famille ; il aurait aidé les cheminots à s’organiser et les aurait poussés à se joindre aux rassemblements de septembre. Son épouse et leurs deux enfants ont été libérés au bout de cinq jours.
  • Le 28 novembre, U Khin Hla, secrétaire de la NLD dans l’État d’Arakan, a été arrêté.
  • En novembre, un rappeur birman a été arrêté pour avoir rendu hommage, pendant un concert, aux moines ayant conduit les manifestations de septembre.
Arrestations en décembre : 29 au total
  • Le 2 décembre, Hajee Amir Hakim, cinquante-deux ans, de l’État d’Arakan, a été arrêté pour avoir écrit à la BBC une lettre détaillant les atteintes aux droits humains perpétrées par le SPDC contre la minorité rohingya. Il a été libéré le lendemain, après le versement d’un pot-de-vin à un policier par ses proches.
  • Le 2 décembre, Aung Zaw Win, un laïc, a été arrêté alors qu’il cherchait à obtenir des informations sur les moines expulsés.
  • Le 14 décembre, Khin Moe Aye, Kyaw Soe, Zaw Min, Min Min Soe, Htun Htun Win et Myo Yan Naung Thein, tous anciens prisonniers politiques et membres actuels des groupes Étudiants de la génération 88, ont été arrêtés en raison de leurs liens avec les militants qui ont filmé les manifestations de septembre et qui se sont exprimés dans les médias en exil.
  • Mi-décembre, sept militants, dont les anciens prisonniers politiques Aung Aung, Aung Gyi, Myat Hsan et Win Maw, ont été arrêtés pour avoir tenté d’envoyer des images vidéo des manifestations de septembre aux médias internationaux.
  • Les 17 et 18 décembre, cinq membres de la NLD ont été arrêtés dans l’État d’Arakan pour avoir organisé des campagnes d’affiches et de graffitis contre le gouvernement.
  • Le 18 décembre, neuf membres de l’Organisation de libération des nationalités de l'État chan, dont le chef de bataillon Bar Pray (alias Ye Naing), ont été arrêtés, apparemment pour des motifs politiques.
Arrestations en janvier : 22 au total
  • Le 2 janvier, les anciens militants étudiants Ko Ko Maung et Ko Min Han ont été arrêtés.
  • Le 2 janvier, Aung Moe Nyo, Htay Myint, Sein Win, Than Htun, U Ko Oo et Nay Myo Kyaw, membres de la NLD, ont été arrêtés dans la division de Magwe ; l’objectif était apparemment de les empêcher d’assister aux commémorations de l’indépendance dans un district proche.
  • Le 3 janvier, deux membres du mouvement de jeunes de la NLD ont été arrêtés.
  • Le 3 janvier, un moine et deux laïcs ont été arrêtés dans une maison à Rangoun au cours d’une opération visant à interpeller un militant.
  • Le 4 janvier, Htet Htet Aung, Ko Kyaw Kyaw et Kyaw Zin Win, tous membres du mouvement de jeunes de la NLD, ont été arrêtés.
  • Le 13 janvier, U Par Lay et U Maung Soe ont été arrêtés.
  • Le 15 janvier, deux membres du mouvement de jeunes de la NLD, Soe Min Oo et Kalar Shae, ont été arrêtés dans l’État d’Arakan après avoir scandé des slogans comme « Restaurez la démocratie », « Libérez les prisonniers politiques, y compris Daw Aung San Suu Kyi » et « Baissez les prix des produits de base ».
  • Le 15 janvier, Saw Wai, poète et dirigeant d’une organisation créée par des artistes pour venir en aide aux orphelins du sida, a été arrêté après que les autorités eurent décodé une partie de son poème intitulé 14 février, qui contenait un message caché critiquant le général Than Shwe.
  • En janvier, Ko Aung Gyi, ancien rédacteur en chef du magazine de sports 90 Minutes, a été arrêté à Rangoun.

Condamnations
Le 3 décembre, le chef de la police du Myanmar, Khin Yi, a annoncé lors d’une conférence de presse que les manifestants du mois de septembre ne seraient pas poursuivis s’ils avaient agi pacifiquement : « Seuls les individus coupables d’incendies volontaires ou en possession d’armes illégales seront traduits en justice. »


Or, plusieurs dizaines de prisonniers d’opinion ont été condamnés à des peines d’emprisonnement depuis le début de la répression, dont 15 au moins depuis le 1er novembre. Parmi les inculpations ayant donné lieu à des condamnations figure le fait d’avoir donné de l’eau à des moines qui manifestaient.

Condamnations en novembre : 6 au total
  • Le 7 novembre, Thet Oo, Zaw Htun et Myint Aye, tous membres du groupe Défenseurs et promoteurs des droits humains, ont été condamnés à deux ans de prison dans la division de Bago.
  • Le 9 novembre, Ba Myint et un autre membre de la NLD dans l’État kachin ont été condamnés à deux ans de prison après avoir été jugés en secret, sans l’assistance d’un avocat, par les tribunaux pénitentiaires des prisons de Bhamo et de Myitkyina respectivement.
  • Le 16 novembre ou juste avant cette date, Nyunt Aung a été condamné à deux ans d’emprisonnement dans la prison de Shwebo.
Condamnations en décembre : 9 au total
  • Le 5 décembre, Win Maung, secrétaire de village du Conseil national pour la paix et le développement (SPDC) dans l’État d’Arakan, a été condamné à deux ans et demi de prison pour sa participation aux manifestations de septembre.
  • Le 12 décembre ou juste avant cette date, U Khin Hla, secrétaire de la NLD à Taunggok, a été condamné à au moins quatre ans d’emprisonnement pour avoir aidé à lancer une manifestation conduite par la NLD début septembre. À la suite d’une querelle familiale, sa sœur avait par ailleurs porté plainte contre lui.
  • Le 18 décembre, Win Myint, membre de la NLD, a été condamné à Rangoun à trois ans de prison pour possession présumée d’un couteau de 22 centimètres. Il avait précédemment résisté à une demande du gouvernement, qui voulait qu’il quitte la NLD.
  • Le 21 décembre, dans la division de Sagaing, Shwe Thway a été condamné à deux ans et demi d’emprisonnement, et Ko Zaw Gyi et Ko Yazay à deux ans, pour avoir donné de l’eau à des moines qui manifestaient en septembre.
  • En décembre, U Zantila, supérieur du monastère de Zantila Rama, a été condamné à deux ans de prison pour diffamation après s’être plaint du fait qu’une somme d’argent avait été saisie au monastère pendant un raid.
  • En décembre, U Khin Hla, secrétaire de la NLD dans l’État d’Arakan, a été condamné à quatre ans d’emprisonnement.
  • En décembre, Ko Win Maung, membre d’un comité de village du district de Manaung, a été condamné à deux ans et demi de prison.

Pour en savoir pluS

Les arrestations de militants politiques continuent au Myanmar (nouvelle, 25 janvier 2008)

 

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