Annual Report 2013
The state of the world's human rights

13 October 2011

En Russie, le climat d'impunité et les attaques contre les journalistes réduisent la presse au silence

En Russie, le climat d'impunité et les attaques contre les journalistes réduisent la presse au silence

La photographie de cette femme aux cheveux blancs et portant des lunettes est devenue l'emblème des défenseurs des droits humains dans le monde entier. Elle symbolise les risques auxquels les journalistes militants sont confrontés en Russie.

Il y a cinq ans, la journaliste d'investigation Anna Politkovskaïa, qui écrivait des articles extrêmement critiques à l'égard du Kremlin et des actions militaires russes en Tchétchénie, a été tuée par balles dans l'ascenseur de son immeuble, à Moscou.

Ce meurtre a attiré l'attention internationale sur les violences dont sont victimes les journalistes en Russie, et éveillé de nombreux soupçons quant au fait que des représentants de l''État aient pu commanditer cet assassinat.

Roustam Makhmoudov, l'homme soupçonné d'avoir tiré sur la journaliste, a été arrêté en mai dernier en Tchétchénie, d'où il est originaire. Une autre personne liée au meurtre a été arrêtée au mois d'août. Il s'agit d'un ancien haut responsable de la police russe. Bien que l'enquête suive son cours, les autorités russes n'ont encore reconnu aucun coupable dans cette affaire, et de nombreuses questions restent sans réponse, notamment concernant les commanditaires de ce meurtre.

Comme l'a dénoncé Amnesty International à plusieurs reprises, peu d'initiatives sont prises pour faire cesser les menaces qui pèsent sur les journalistes russes et garantir que les attaques dont ils sont victimes fassent l'objet d'enquêtes sérieuses.

Elena Milachina, journaliste et ancienne collègue d'Anna Politkovskaïa au journal Novaïa Gazeta, affirme que la situation des journalistes et des défenseurs des droits humains s'est aggravée depuis l'assassinat d'Anna Politkovskaïa.

« Le nombre de journalistes et de militants des droits humains victimes de meurtres et d'agressions ne cesse d'augmenter d'année en année. Mais ces crimes ne font que très rarement l'objet d'enquêtes », déclare-t-elle.

D'après Elena Milachina, le meurtre d'Anna Politkovskaïa a réduit au silence de nombreux journalistes russes.

« Depuis ce qui est arrivé à Anna, les journalistes russes ont peur de s'exprimer. Nombre de mes collègues ont exposé publiquement leurs craintes de poursuivre leur travail. Ils ont peur de parler de la corruption, de raconter la vérité », ajoute-t-elle.

Le Comité pour la protection des journalistes a indiqué que 22 journalistes et professionnels des médias avaient été tués en Russie entre 2000 et 2010.

Elena Milachina a été victime d'une agression alors qu'elle couvrait les événements consécutifs à la prise d'otages de Beslan, en 2004. Elle a réussi à échapper à ses agresseurs. Mais deux semaines plus tard, une de ses collègues, qui travaillait sur le même sujet, a été attaquée par des voyous qui l'ont violemment frappée à la tête. Les journalistes ont signalé les faits à la police, mais aucune enquête n'a été ouverte.

Elena Milachina compare l'actuel paysage médiatique russe à celui de l'Union soviétique de la fin des années 1970 et du début des années 1980, lorsque le pays connaissait une stabilité économique et politique relative, mais que les critiques envers le Kremlin étaient muselées.

Bien que la Novaïa Gazeta soit autorisée à publier des articles critiquant le gouvernement actuel, Elena Milachina estime que ce journal fait partie des quelques tribunes tolérées à titre symbolique par le Kremlin pour faire croire que la Russie n'est pas un régime autoritaire.

« Bien entendu, la Russie a changé. Mais comme à l'époque soviétique, la majorité de la population est manipulée par la télévision publique, qui lui inflige un véritable lavage de cerveau. Ce pays compte 140 millions d'habitants, dont 70 % s'informent à partir de la télévision d'État », affirme la journaliste.

Pour Alexeï Simonov, président de la Fondation pour la défense de la glasnost (organisation défendant la liberté des médias), le principal problème est que les journalistes russes s'intéressent de moins en moins à la corruption ou aux atteintes aux droits humains car leurs révélations ne changent rien à la situation. Il est rare qu'une enquête journalistique débouche sur un jugement ou une condamnation. Ceux qui bafouent les droits humains sont souvent autorisés à poursuivre leurs activités en toute impunité.

« Si vos articles n'ont aucune influence sur le climat politique de votre pays, à quoi bon les écrire ? Nous ne sommes pas entendus », déplore-t-il.

Il cite l'exemple de l'avocat Sergueï Magnitski qui travaillait pour un cabinet américain et est mort en prison après avoir été détenu pendant 11 mois sans inculpation et avoir subi des mauvais traitements.

Les militants des droits humains pensent que Sergueï Magnitski a été placé en détention pour avoir mis au jour une fraude fiscale massive, impliquant notamment des enquêteurs et des procureurs.

« Plusieurs journaux russes ont récemment publié la liste des personnes soupçonnées d'être responsables de sa mort – des avocats, des juges, des membres du personnel carcéral, etc. Mais aucune d'entre elles n'a fait l'objet d'une enquête », déplore Alexeï Simonov.

Il a peu d'espoir que l'élection présidentielle de 2012 apportent un quelconque changement.

« Je ne pense pas que la situation puisse s'améliorer en Russie. Pendant l'élection, il y aura bien une petite fenêtre de liberté. Mais aussitôt le scrutin terminé, cette fenêtre sera refermée », ajoute-t-il.

Amnesty International considère que les autorités russes contribuent délibérément à instaurer un climat d'hostilité envers les journalistes et les défenseurs des droits humains.

« Officiellement condamnées, les attaques visant les journalistes sont en fait tolérées par les institutions, a déclaré John Dalhuisen, directeur adjoint du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International.

« Si la Russie entend devenir l'État de droit auquel va aspirer la prochaine génération post-soviétique, alors cette tendance doit être renversée rapidement. »

Read More

Russie. Les défenseurs des droits humains en péril (communiqué de presse, 7 octobre 2011)
Beaten up for speaking out: Attacks on human rights defenders and journalists in the Russian Federation (rapport, 5 octobre 2011)

Issue

Activists 
Freedom Of Expression 
Impunity 

Country

Russian Federation 

Region

Europe And Central Asia 

@amnestyonline on twitter

News

18 September 2014

Nigeria’s police and military routinely torture women, men, and children – some as young as 12 – using a wide range of methods including beatings, shootings and rape... Read more »

19 September 2014

The Guatemalan government is fuelling the fires of conflict by failing to consult local communities before awarding mining licences to companies.

Read more »
19 September 2014

A Thai court’s decision to uphold a 10-year prison sentence given to an editor and social activist for allegedly insulting the royal family continues the relentless erosion of... Read more »

19 September 2014

Ireland’s latest guidelines on abortion are mere window-dressing that will confuse health professionals and endanger women’s lives and rights.

Read more »
19 September 2014

The Egyptian authorities are putting at risk the life of a jailed activist, whose health has sharply deteriorated after more than 230 days on hunger strike, by denying him... Read more »