Libye : les mesures prises par les États européens pour les réfugiés abandonnés à leur sort sont totalement insuffisantes

Le camp de Choucha, en Tunisie, se trouve dans une région désertique isolée, où les conditions climatiques sont très dures.

Le camp de Choucha, en Tunisie, se trouve dans une région désertique isolée, où les conditions climatiques sont très dures.

© Amnesty International


19 September 2011

Les pays européens n'ont rien fait pour venir en aide aux milliers de réfugiés, originaires d'Afrique pour la plupart, abandonnés à proximité des frontières libyennes, s'indigne Amnesty International dans un nouveau rapport rendu public mardi 20 septembre.

Dans ce document intitulé C'est maintenant à l'Europe d'agir, l'organisation reproche aux gouvernements européens de n'avoir pas proposé de réinstaller les quelque 5 000 réfugiés qui vivent actuellement dans des conditions déplorables aux frontières entre la Libye et l'Égypte et la Tunisie. S'ils sont renvoyés dans leurs pays d'origine, ces réfugiés risquent d'être victimes de persécutions ou de se trouver de nouveau dans une situation de conflit.

« Face à la tragédie que vivent ces réfugiés déplacés aux portes de l'Europe, il s'agit d'une attitude affligeante », a déclaré Nicolas Beger, directeur du bureau européen d'Amnesty International.

« Cet immobilisme est d'autant plus choquant qu'en participant aux opérations de l'OTAN en Libye certains pays européens ont été parties prenantes au conflit à l'origine du déplacement involontaire de nombre de ces personnes. »

Les ministres des Affaires intérieures de l'Union européenne doivent résoudre d'urgence la question de la réinstallation – et ils peuvent commencer par y accorder une attention prioritaire lors du Conseil Justice et Affaires intérieures du 22 septembre prochain. »

Un millier de personnes environ, parmi lesquelles figurent des ressortissants érythréens, éthiopiens, irakiens, ivoiriens, palestiniens, somaliens et soudanais, sont bloquées au poste-frontière de Saloum, en Égypte.

La plupart loge sous des tentes de fortune, faites de couvertures et de bâches en plastique. Deux grandes tentes servent d'abri aux femmes et aux enfants.

Parallèlement, au camp de Choucha, en Tunisie, environ 3 800 réfugiés et demandeurs d'asile vivent dans une région désertique isolée, où les conditions de vie sont très difficiles.

Un homme venant du Soudan a déclaré à Amnesty International : « les êtres humains ont besoin de dignité et de liberté, mais il n'y a pas de liberté au Soudan et pas de dignité ici. »

Les réfugiés qui se trouvent actuellement en Tunisie et en Égypte ne peuvent rentrer chez eux car ils seraient exposés au risque réel de subir des persécutions ou d'autres préjudices graves, soit en étant délibérément pris pour cibles soit en raison des violences perpétrées sans discernement du fait du conflit perdurant dans leurs pays.

Le retour en Libye n'est pas non plus une option envisageable – le pays n'est pour l'instant pas en mesure d'apporter aux réfugiés une protection suffisante.

D'après les informations recueillies par Amnesty International, quand le conflit a débuté en février, les personnes originaires d'Afrique subsaharienne ont été prises pour cibles par les combattants anti-Kadhafi, qui les accusaient d'être des mercenaires à la solde du colonel.

Lorsque Benghazi et d'autres villes de l'est du pays sont passées sous le contrôle du Conseil national de transition (CNT), les forces anti-Kadhafi ont lancé des raids dans les maisons et ont tué ou agressé violemment des soldats de Kadhafi, des personnes qui lui étaient fidèles et des personnes originaires d'Afrique subsaharienne soupçonnées d'être des mercenaires.

Amnesty International considère que les personnes originaires d'Afrique subsaharienne demeurent exposées à un risque élevé de violences et d'arrestation arbitraire aux mains des forces anti-Kadhafi. L'organisation a publié il y a quelques jours un rapport essentiel engageant le CNT à prendre davantage de mesures pour protéger ces personnes des attaques menées en représailles.

L'Australie, le Canada et les États-Unis ont offert de réinstaller certains des réfugiés bloqués aux frontières libyennes.

En revanche, seuls huit pays européens ont proposé d'apporter leur aide en accordant moins de 700 places au total.

Gagnés par le désespoir, les réfugiés sont de plus en plus nombreux à retourner en Libye pour tenter d'embarquer sur les bateaux à destination de l'Europe et s'engager dans un voyage en mer périlleux, qui aurait coûté la vie à plus de 1 500 personnes depuis le début du conflit en Libye.

Amnesty International a appelé la communauté internationale, et en particulier les États membres de l'Union européenne, à assumer sa part de responsabilité en ce qui concerne la réinstallation des réfugiés fuyant la Libye.

L'organisation estime que les pays proposant des réinstallations doivent mettre à disposition des places en sus de leurs quotas annuels afin de faire face à cette situation d'urgence sans diminuer le nombre de places accordées dans le cadre d'autres situations et toujours aussi nécessaires.

« Les réfugiés bloqués à la frontière libyenne sont face à une cruelle alternative, a conclu Nicholas Beger. Il est temps que l'Union européenne assume ses responsabilités dans cette crise. »

North Africa: Europe, now is your time to act: Refugees forced out of Libya urgently need resettlement

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Index Number: MDE 03/002/2011
Date Published: 20 September 2011

In the wake of the conflict in Libya, thousands of refugees who were in the country at the time have been forced to flee again. Now, they have nowhere to go. The international community holds the solution: some states can offer to resettle them elsewhere. Yet so far, European countries have done little to help. Amnesty International supports UNHCR's Global Resettlement Solidarity Initiative for Libya and is calling on EU member states, to share responsibility for resettling refugees stranded in Egypt and Tunisia.


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