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3 August 2011

Au Guatemala, des anciens militaires ont écopé de 6 060 années de prison pour leur participation à un massacre

Un juge de la ville de Guatemala a condamné mardi 2 août quatre anciens soldats d'une unité d'élite de l'armée à plus de 6 000 ans de prison chacun pour leur rôle dans le massacre perpétré en 1982 dans le village de Dos Erres, dans le nord du pays.

« Cette condamnation historique laisse à penser que le Guatemala pourrait enfin se tourner vers le chemin de la justice au bénéfice des centaines de milliers de victimes des graves atteintes aux droits humains qui ont marqué la guerre civile, a indiqué Sebastian Elgueta, spécialiste de l'Amérique centrale à Amnesty International.

« Si le massacre de Dos Erres en 1982 a été particulièrement cruel, il n'est que la partie émergée de l'iceberg, et de nombreux crimes contre l'humanité et d'autres graves violations des droits humains doivent encore être résolus au Guatemala, y compris certaines affaires qui n'ont pas encore été ouvertes. »

Le 5 décembre 1982, des soldats d'une unité d'élite guatémaltèque sont entrés dans le village de Dos Erres, dans le département du Petén (nord du pays), et ont torturé et tué 250 hommes, femmes et enfants pendant trois jours avant de raser le village. La plupart des femmes et des jeunes filles ont été violées et de nombreux villageois, les enfants notamment, ont été jetés dans le puits du village.

Les anciens soldats Manuel Pop Sun, Reyes Collin Gualip, Daniel Martínez et le lieutenant Carlos Carías, ont été condamnés à une peine d'emprisonnement de 30 ans pour chaque meurtre et à 30 années supplémentaires pour s'être rendus coupables d'un crime contre l'humanité. Cette décision de justice est surtout symbolique, puisqu'aux termes de la loi guatémaltèque ils ne peuvent purger qu'une peine maximale de 50 ans.

Une commission Vérité soutenue par les Nations unies a établi qu'au cours du conflit interne guatémaltèque, qui a duré 36 ans, quelque 200 000 personnes ont été tuées ou ont « disparu », et que les forces de sécurité ont commis plus de 600 massacres, ciblant principalement les populations indigènes et rurales.

Les autorités ont ouvert une enquête sur le massacre de Dos Erres en 1994, mais les dizaines de recours formés par la défense ont fait traîner cette affaire devant les tribunaux pendant des années.

Les victimes ayant survécu au massacre ont témoigné lors du procès et avaient précédemment raconté à Amnesty International qu'un responsable de la base militaire locale avait ordonné cette opération pour couvrir le viol d'une femme du village par un militaire.

Les soldats condamnés continuent de clamer leur innocence.

« Bien que ce jugement constitue une avancée dans la lutte contre l'impunité au Guatemala, les soldats n'ont pas commis ces crimes de leur propre initiative et les autorités doivent remonter toute la chaîne de commandement afin de déférer à la justice ceux qui les ont planifiés et ordonnés », a indiqué Sebastian Elgueta.

En 2010, Gilberto Jordán, ancien soldat ayant lui aussi pris part au massacre de Dos Erres, a été arrêté aux États-Unis. Il a avoué aux autorités américaines qu'il avait participé au massacre et avait notamment jeté un bébé dans le puits du village. Il doit être extradé vers le Guatemala après avoir purgé aux États-Unis une peine de 10 ans de prison pour infractions à la législation sur l'immigration.

Par ailleurs, les autorités guatémaltèques ont interpellé l'ancien général Héctor Mario López Fuentes au mois de juin. Il est accusé d'avoir planifié et ordonné un génocide et d'autres crimes contre l'humanité commis contre les populations indigènes mayas en 1982 et 1983.

Un autre procès se déroule actuellement en Espagne pour juger Efraín Ríos Montt, ancien président du Guatemala, inculpé de génocide et d'autres violations graves des droits humains commises dans le cadre de la politique de la « terre brûlée » visant à combattre les groupes armés d'opposition.

AI Index: PRE01/387/2011
Region Americas
Country Guatemala
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