This document is not available at this time.

Côte d'Ivoire : un climat de peur empêche le retour des personnes déplacées

Les homicides à caractère ethnique dissuadent les civils de quitter les camps pour retourner chez eux.

Les homicides à caractère ethnique dissuadent les civils de quitter les camps pour retourner chez eux.

© Amnesty International


28 July 2011

Les forces de sécurité gouvernementales et une milice soutenue par l'État ont crée, en Côte d'Ivoire, un climat de peur qui empêche des centaines de milliers de personnes déplacées suite aux violences post-électorales de retourner chez elles, affirme Amnesty International dans un rapport publié jeudi 28 juillet.

Le rapport intitulé « Nous voulons rentrer chez nous, mais nous ne pouvons pas ». Insécurité et personnes déplacées en Côte d'Ivoire : une crise persistante décrit comment les homicides et les attaques commises par les forces de sécurité gouvernementales (FRCI) et une milice composées de Dozos (chasseurs traditionnels) à l'encontre de personnes ciblées en raison de leur appartenance ethnique empêchent les personnes déplacées de quitter la sécurité toute relative offerte par les sites qui les accueillent de manière temporaire.

« Cette impasse qui empêche plus d'un demi-million de personnes de regagner leurs foyers ne peut plus être tolérée » a déclaré Gaëtan Mootoo, chercheur d'Amnesty International sur l'Afrique de l'Ouest.

« Les autorités doivent mettre en place une chaîne de commandement bien établie et démanteler les milices qui, malgré la fin du conflit, continuent de propager la peur parmi les populations. »

Le rapport d'Amnesty International montre comment les forces de sécurité gouvernementales (FRCI) et les Dozos continuent à perpétrer des homicides et à prendre pour cible des personnes uniquement en raison de leur appartenance ethnique, même après l'investiture du président Alassane Ouattara.

Les Dozos semblent prendre pour cible notamment le groupe ethnique des Guérés qui sont considérés comme étant des partisans de l'ancien président Laurent Gbagbo. Les hommes jeunes qui ont l'air d'être « costauds » courent un risque particulier d'être la cible d'attaques car ils sont présumés avoir été membres des milices pro-Gbagbo.

À Duékoué, dans le quartier Carrefour, où des centaines de civils ont été tués à la fin du mois de mars 2011, quelques Guérés ont osé retourner chez eux. Ceux qui ont regagné leur maison ont raconté à Amnesty International que des combattants dozos armés roulaient désormais fréquemment à moto sur la rue principale du quartier. Un habitant a dit à Amnesty International :
« Ils n'ont pas besoin de faire autre chose. Ils n'ont même pas besoin de descendre de leur moto. Le simple fait de venir ici aussi souvent avec leurs armes suffit pour nous maintenir dans la crainte. C'est ce qu'ils veulent. »
Amnesty International est particulièrement préoccupée par le « rôle de maintien de la sécurité » que les forces officielles (FRCI) ont confié aux Dozos. Des Dozos armés assurent la surveillance de postes de contrôle sur les routes principales de l'ouest de la Côte d'Ivoire dissuadant ainsi les personnes déplacées de retourner chez elles.

« La liberté avec laquelle les Dozos agissent désormais montre que leur comportement est toléré ou est même encouragé par les FRCI » a déclaré Gaëtan Mootoo.

« Le président Ouattara et le Premier ministre Guillaume Soro doivent s'atteler à créer une force de sécurité impartiale qui puisse assurer la protection de tous les citoyens ivoiriens quel que soit le groupe ethnique auquel ils appartiennent », a ajouté Gaëtan Mootoo.

Durant les mois de violences qui ont suivi l'élection présidentielle contestée en Côte d'Ivoire, des violations graves des droits humains, y compris des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre, ont été commis aussi bien par les forces loyales à Alassane Ouattara que par celles fidèles à Laurent Gbagbo.

Amnesty International a relevé qu'au cours de leur retraite d'Abidjan et durant leur fuite vers le Liberia début mai 2011, les mercenaires libériens et les milices pro-Gbagbo ont tué des dizaines de partisans avérés ou supposés d'Alassane Ouattara. La majorité de ses personnes appartenaient à la communauté dioula, qui est considérée comme étant favorable à Alassane Ouattara.

Un dioula a raconté à Amnesty International comment les mercenaires libériens avaient tué 24 personnes au village de Godjiboué (sud-ouest d'Abidjan) le 6 mai 2011 :
« Au moment de leur arrivée, les villageois ont été pris de panique. Chacun se cherchait, les gens ont couru pour aller en brousse. Mon père, qui était vieux et ne pouvait pas courir vite, s'est réfugié dans une maison. Les mercenaires l'ont poursuivi et l'ont abattu, lui ainsi qu'une autre personne. »

Amnesty International appelle le président Ouattara à mettre en place, de manière urgente, un plan d'action global pour rétablir la sécurité dans l'ensemble du territoire afin de créer les conditions d'un retour sûr et durable dans leurs foyers des personnes déplacées et des réfugiés. Cela doit inclure un programme efficace de désarmement, démobilisation et réinsertion des milices et autres forces irrégulières.

Étant donné que les forces de sécurité et les Dozos commettent actuellement des violations des droits humains, Amnesty International salue la décision de l'ONUCI d'établir huit camps militaires dans l'ouest du pays afin de remplir de manière plus efficace leur mandat de protection de la population civile.

« Les graves conséquences de cette récente vague d'insécurité et de déplacements de populations doivent être rapidement résolues, sinon elles porteront atteinte aux efforts de réconciliation menés dans un pays déchiré par une décennie de conflits ethniques et violents », a affirmé Gaëtan Mootoo.

How you can help

AMNESTY INTERNATIONAL WORLDWIDE