Malaisie

Human Rights in MALAISIE

Amnesty International  Report 2013


The 2013 Annual Report on
Malaysia is now live »

Chef de l’État
Mizan Zainal Abidin
Chef du gouvernement
Najib Tun Razak
Peine de mort
maintenue
Population
27,9 millions
Espérance de vie
74,7 ans
Mortalité des moins de cinq ans (M/F)
12 / 10 ‰
Taux d’alphabétisation des adultes
92,1 %

Contexte

Najib Tun Razak était toujours à la tête du gouvernement, un an et demi après avoir succédé à Abdullah Badawi au poste de Premier ministre. Il avait jusqu’à mars 2013 pour convoquer des élections législatives. Le procès d’Anwar Ibrahim, un dirigeant de l’opposition inculpé de sodomie pour la deuxième fois en 12 ans, suivait son cours. Cet homme était poursuivi pour des raisons politiques et il était passible d’une peine d’emprisonnement assortie de l’interdiction d’exercer une fonction politique pendant cinq ans. Lors de l’annonce, en mars, d’une nouvelle politique économique pluriannuelle, Najib Tun Razak a appelé à une réforme de la politique de discrimination positive nationale, favorable aux Bumiputras (terme à valeur juridique regroupant les personnes d’ethnie malaise et les populations indigènes de l’est du pays).

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Liberté d’expression

Les autorités ont restreint la liberté d’expression en imposant aux publications l’obligation d’obtenir une licence officielle et en appliquant des sanctions pénales, au titre de la Loi relative à la sédition, aux personnes exprimant des critiques à l’égard du gouvernement.

  • En juin, le ministère de l’Intérieur a suspendu la distribution de Suara Keadilan, l’organe du principal parti d’opposition, le Parti de la justice du peuple (PKR), en refusant de renouveler sa licence de publication. En juillet, le gouvernement a de même bloqué la distribution d’un autre journal d’opposition, Harakah, édité par le Parti islamique panmalaisien (PAS).
  • Le blogueur Irwan Abdul Rahman, également connu sous le nom de Hassan Skodeng, a été arrêté en août, après avoir mis en ligne un texte satirique qui mettait en scène le président de la plus grosse entreprise de services publics de Malaisie s’opposant à une campagne d’économie d’énergie. Libéré sous caution, Irwan Abdul Rahman a été inculpé, au titre de la Loi de 1998 sur les communications et le multimédia, d’avoir fait un usage abusif d’Internet et d’avoir mis en ligne des contenus erronés ou offensants dans l’intention de nuire. Il était passible d’un an d’emprisonnement et d’une amende de 50 000 ringgits (15 500 dollars des États-Unis).
  • Les autorités ont fait pression sur une station de radio émettant en chinois pour qu’elle licencie l’animateur Jamaluddin Ibrahim, qui avait critiqué, dans son émission, la politique de discrimination positive du gouvernement. En août, la Commission malaisienne des communications et du multimédia a adressé à la station un courrier dans lequel elle accusait semble-t-il cette émission de porter atteinte à la sécurité nationale et de compromettre les relations entre les différentes communautés ethniques.
  • Le dessinateur politique Zunar a été arrêté en septembre par la police avant la sortie de son recueil Cartoon-o-phobia, dont un certain nombre d’exemplaires ont été saisis. Inculpé au titre de la Loi relative à la sédition, il risquait jusqu’à trois ans d’emprisonnement. Le ministère de l’Intérieur avait interdit en juin trois ouvrages précédents du dessinateur, qualifiés de « néfastes pour l’ordre public », en vertu de la Loi de 1984 relative à la presse et aux publications. Ce texte punissait le fait d’imprimer et de distribuer les dessins incriminés d’une peine pouvant atteindre trois ans d’emprisonnement, ou d’une amende maximum de 20 000 ringgits (6 200 dollars). Zunar a été libéré sous caution.
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Arrestations et détentions arbitraires

  • En janvier, la police a fait irruption dans un cours privé d’enseignement coranique, près de Kuala-Lumpur, et a interpellé une cinquantaine de personnes en vertu de la Loi relative à la sécurité intérieure. La plupart ont été rapidement libérées mais plusieurs ressortissants étrangers qui se trouvaient parmi elles ont été sommairement expulsés vers des pays comme la Syrie, où ils risquaient d’être torturés en raison de leur appartenance présumée à des groupes politiques d’obédience islamique.
  • Au mois d’août, à Petaling Jaya, la police a arrêté une trentaine de personnes sur quelque 300 manifestants pacifiques qui entendaient marquer le cinquantième anniversaire de la Loi relative à la sécurité intérieure. Toutes les personnes interpellées ont été remises en liberté par la suite. La législation malaisienne, qui soumet tout rassemblement de plus de cinq personnes à l’obtention préalable d’une autorisation, limite fortement les manifestations publiques et la liberté de réunion.
  • Mohamad Fadzullah Bin Abdul Razak, un Malaisien âgé de 28 ans, a été arrêté en juillet, au titre de la Loi relative à la sécurité intérieure, à son retour de Thaïlande. Le gouvernement l’accusait de faire partie d’un réseau terroriste international. Il a fait l’objet, en vertu de cette même Loi, d’une ordonnance de placement en détention pour une période de deux ans, mesure permettant de maintenir indéfiniment un suspect en détention, sans inculpation ni procès.
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Réfugiés et migrants

Selon le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, qui s’est rendu en Malaisie au mois de juin, le placement en détention des réfugiés constituait dans ce pays une pratique « systématique ». Outre la détention pour atteinte à la législation sur l’immigration, les travailleurs immigrés étaient couramment soumis à des conditions de travail abusives.

  • Le gouvernement a annoncé en août son intention de doubler ou presque les effectifs du Corps des volontaires du peuple (RELA), milice affectée à certaines tâches de police, qui s’occupe notamment d’arrêter les migrants et les réfugiés accusés d’avoir enfreint la législation sur l’immigration. Les miliciens du RELA se livraient fréquemment à des extorsions d’argent sur des migrants et des réfugiés, voire à des violences. Le gouvernement a en outre réinstauré la présence de membres du RELA dans les centres de détention des services de l’immigration, après les en avoir retirés en 2009.
  • Les conditions de vie dans ces centres de détention pour migrants étaient toujours aussi médiocres. En juin, quelque 500 demandeurs d’asile birmans ont entamé une grève de la faim pour protester contre la pénurie d’eau récurrente dont souffrait le centre de détention des services de l’immigration de Lenggeng.
  • Sept agents des services de l’immigration et deux ressortissants étrangers auraient été arrêtés en octobre pour leur participation présumée à un trafic d’êtres humains. Ils n’ont cependant pas été inculpés et ont été placés en détention, sans aucun procès, au titre de la Loi relative à la sécurité intérieure.
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Torture et autres mauvais traitements

  • La bastonnade a été appliquée pour toute une série d’infractions, notamment pour des atteintes à la législation sur l’immigration. Au total, plus d’une soixantaine de délits et de crimes étaient passibles de ce châtiment. En l’espace d’une seule semaine, de très nombreux travailleurs immigrés ont été expulsés vers l’Indonésie, après avoir été soumis à la bastonnade pour des infractions à la législation sur l’immigration.
  • Pour la première fois dans l’histoire de la Malaisie, trois femmes ont également été soumises à la bastonnade, en février. Ces trois femmes, toutes de confession musulmane, avaient été déclarées coupables de relations sexuelles extraconjugales et leur peine a été exécutée au titre de la charia, près de Kuala-Lumpur. En avril, la première femme du pays à avoir été condamnée à une telle peine, Kartika Sari Dewi Shukarno, a vu la sentence prononcée contre elle en 2009, qui la condamnait à six coups de bâton, commuée en une peine de service d’intérêt général.
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Peine de mort

Les tribunaux ont condamné au moins 114 personnes à « être pendues par le cou jusqu’à ce que mort s’ensuive », d’après des informations fournies par l’agence de presse de l’État Bernama et par d’autres médias malaisiens. Les autorités n’ont pas rendu public le nombre d’exécutions ayant effectivement eu lieu.

Plus de la moitié des sentences de mort dont on a eu connaissance ont été prononcées pour possession de substances illicites au-delà d’une quantité donnée, infraction obligatoirement punie de la peine capitale. Dans ces affaires, les accusés devaient répondre de trafic de stupéfiants. Aux termes des lois relatives aux stupéfiants, ils étaient présumés coupables tant qu’ils ne pouvaient pas fournir la preuve de leur innocence, ce qui était contraire aux normes internationales en matière d’équité des procès.

Une condamnation avérée sur six concernait des personnes originaires d’autres pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), dont l’Indonésie (trois personnes), le Myanmar, Singapour, la Thaïlande (trois ressortissants de chacun de ces trois pays) et les Philippines (deux personnes).

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