Annual Report 2013
The state of the world's human rights

5 November 2007

Défendre le journalisme

Défendre le journalisme
Par Jim Boumelha, président de la Fédération internationale des journalistes (FIJ)

Il est dans l’intérêt de tous que soient respectés la liberté de la presse et le droit des journalistes d’accomplir librement leur travail. Or, le nombre de membres de la profession tués risque d'atteindre un record cette année et les attaques visant des journalistes qui essaient de faire leur métier se poursuivent en toute impunité. Lors de la journée de la liberté de la presse, Amnesty International a soutenu l’appel lancé par la FIJ en faveur d’une action mondiale pour la protection des journalistes. L’action des deux organisations a convergé lorsqu’elles ont fait campagne cette année pour la libération du correspondant de la BBC Alan Johnston.

Mais ce ne sont pas simplement les agressions physiques qui empêchent les journalistes de faire leur travail. La campagne Stand Up for Journalism a tout d’abord été lancée par la National Union of Journalism (NUJ), le syndicat des journalistes britanniques et irlandais, en Grande-Bretagne et en Irlande pour protester contre les conditions de travail dangereuses et la recherche effrénée du profit qui sapent les fondements du journalisme de qualité. Cet appel a rapidement trouvé un écho auprès d'organisations autres que des associations de journalistes à travers toute l'Europe, et il a donné naissance à la première journée d'action jamais organisée pour attirer l'attention sur l'avenir incertain du journalisme.

Des dizaines de milliers de journalistes organisent des activités dans chaque capitale européenne pour mettre en lumière la grave crise que connaissent les médias du fait des pressions politiques, de la baisse des normes de qualité et des mauvaises conditions de travail. Mais le plus frappant, peut-être, ce sont les nouvelles alliances mises en place entre des médias et des organisations de citoyens pour lutter contre la crise de confiance du public.

Partout dans le monde, le journalisme est en situation de crise. Face à la baisse constante des ventes de journaux et à l'amenuisement régulier de l'audience des journaux télévisés aux heures de grande écoute, les propriétaires de médias ont réduit leurs moyens journalistiques ainsi que les dépenses pour la formation et le journalisme d’investigation.

Nous connaissons des temps très durs alors qu'il n'a jamais été aussi important de pouvoir compter sur un journalisme indépendant, conscient des enjeux actuels et respectueux de l'éthique. Nous savons tous que le bon journalisme, précis et fiable, permet d’informer le public et de l’aider à se faire une opinion par lui-même. Mais il n’est pas facile de lancer des appels en faveur d'un journalisme éthique et de meilleure qualité à une époque où les médias se livrent une féroce concurrence pour attirer les lecteurs et les téléspectateurs tout en essayant de faire face aux changements révolutionnaires que connaît le secteur.

Dans ces difficiles conditions, de bien trop nombreux employeurs ont manifestement oublié quelle est la mission du journalisme. Un grand nombre d’entre eux se montrent peu voire aucunement respectueux des droits de leurs employés et des normes de qualité de la profession. Ils sont trop souvent obsédés par les objectifs commerciaux et financiers.

Au Royaume-Uni, au cours des deux dernières années, plus de 6000 emplois ont été supprimés dans le secteur des médias. Récemment, les deux plus grands organismes de radiodiffusion ont annoncé de considérables réductions de coûts qui risquent d’avoir de graves répercussions sur la qualité de leur travail. La direction de la BBC a ainsi fait savoir qu’elle envisageait de supprimer 2000 postes, principalement dans le secteur de l’information et des émissions d’actualités et dans ses centres régionaux. Parallèlement à cela, ITV a l’intention de diviser par deux son budget alloué aux informations locales et de réduire considérablement le nombre de ses antennes régionales.

Aux États-Unis, les médias traditionnels – la radiodiffusion et la presse –, qui sont un élément vital de la démocratie moderne, connaissent des transformations tumultueuses. Knight Ridder, le groupe de presse américain qui a remporté le plus grand nombre de prix Pulitzer, a été démantelé. Des centaines de reporters et de rédacteurs de nombreux titres, notamment de l'Atlanta Journal-Constitution, du Boston Globe, du Cleveland Plain Dealer, du Dallas Morning News, du Los Angeles Times et du Washington Post, ont eu la gorge serrée au moment du rachat de leur journal.

Dans le même temps, de nombreux quotidiens, dont certains étaient réputés pour la qualité de leur couverture de l’actualité internationale, ont dû fermer les derniers bureaux qu’ils possédaient encore à l’étranger. CBS News, qui, il y a quelques années seulement, se vantait d’avoir 24 bureaux et correspondants dans 44 pays, ne possède maintenant plus que six bureaux à l’étranger, dont aucun en Afrique et en Amérique latine. Le groupe Time Inc. a procédé à 650 suppressions de postes début 2006. Parmi ceux qui ont été licenciés figurent Don Barlett et Jim Steele, deux des meilleurs journalistes d’investigation du pays. Une semaine après, on apprenait que Time Inc. avait versé la somme de quatre millions de dollars afin d’obtenir l’exclusivité pour la publication des photos de Shiloh, la petite fille d’Angelina Jolie et de Brad Pitt. La société de services Internet AOL fait actuellement l’objet d’un plan de restructuration massive de ses activités internationales. Cette restructuration comprend une réduction de 20 p. cent de ses effectifs à travers le monde.

Dans presque tous les pays, les médias connaissent actuellement une «transformation historique». Mais cette transformation s’opère dans un contexte de concentration croissante des entreprises de presse, avec des propriétaires absents, des investissements déjà récoltés, des salles de presse vides et, par voie de conséquence, une baisse de la qualité et de la confiance du public envers les médias.

La campagne Standing Up for Journalism ne représente que le début d’une contre-offensive ayant pour objectif de replacer les exigences de qualité et d'intégrité au cœur du journalisme. L’ampleur des activités organisées par des groupes de journalistes à l’occasion de cette journée est une preuve en soi de la crise mondiale qui touche les médias. La première étape de cette longue bataille consiste à attirer l’attention sur la nécessité d'un bon journalisme, précis et fiable, capable d’informer le public et de l’aider à se faire une opinion par lui-même.

Au Royaume-Uni et en Irlande, de très nombreuses activités vont être menées, dans certains cas avec la participation d'organisations de citoyens et en direction d’hommes politiques. En Belgique, en Croatie, en Finlande, en Islande, dans les pays scandinaves, en Slovaquie et en Espagne, ces activités consisteront principalement en des débats à la radio et à la télévision, des articles publiés dans les journaux nationaux et des tables rondes auxquelles participeront des journalistes, des propriétaires de médias et des représentants du gouvernement. En Belgique, l’événement principal sera la rencontre organisée entre Thomas Hammarberg, commissaire aux droits de l'homme au Conseil de l’Europe, Lorenzo Consoli, président de l'Association de la presse internationale (API, qui a son siège à Bruxelles) et des représentants de la Fédération européenne des journalistes (FEJ).

À Chypre, en France, au Portugal et en Roumanie, des journalistes manifesteront devant leur Parlement. Des journalistes allemands, grecs et serbes mèneront une grève symbolique. Le syndicat suédois a dressé une liste de doléances concernant la détérioration des conditions de travail des journalistes qui sera présentée à tous les propriétaires de médias.

Partout en Europe, des journalistes vont se mobiliser non seulement pour protester contre la stratégie de la terre brûlée utilisée par les employeurs mais aussi pour revendiquer à nouveau les valeurs éthiques de leur profession et signaler à la classe politique que la baisse de la qualité représente aujourd’hui une menace pour la démocratie.

Cet article a été rédigé par un collaborateur extérieur. Il ne reflète pas forcément la position d’Amnesty International sur les questions qu’il aborde.

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Amnesty International salue la libération d'Alan Johnston (4 juillet 2007)
Journée de la liberté de la presse : il faut agir au niveau mondial pour protéger les journalistes (3 mai 2007)

Autres liens utiles (Amnesty International ne saurait être tenue pour responsable du contenu des sites web externes):
Fédération internationale des journalistes
Site de la campagne Stand Up for Journalism

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