Annual Report 2013
The state of the world's human rights

8 October 2010

Philippines : un agriculteur raconte le « cauchemar » de sa disparition forcée

Philippines : un agriculteur raconte le « cauchemar » de sa disparition forcée

Raymond ManaloRaymond Manalo, jeune homme chaleureux à la voix douce et au sourire communicatif, est l'antipode des horreurs liées à sa disparition forcée et aux actes de torture qui lui ont été infligés par les forces de sécurité philippines.

« J'ai vécu un cauchemar qui me hantera pour toujours et la vie de ma famille a été détruite, mais le gouvernement n'a rien fait pour m'aider, a déclaré Raymond à des représentants d'Amnesty International au début d'un voyage de 73 jours visant à faire connaître son histoire en Europe.

« Je dois dénoncer les violations des droits humains se déroulant aux Philippines et aider les autres personnes qui ont subi une disparition forcée. »

Cet agriculteur de 29 ans est l'une des rares victimes vivantes de ce type de crime. Il a été enlevé au domicile de sa famille par des hommes armés en février 2006, aux côtés de son frère Reynaldo. Pendant les 18 mois qu'il a passés dans un lieu de détention inconnu, il a été soumis à des actes de torture répétés par des militaires avant que son frère et lui ne tentent une évasion audacieuse.

Ils ont retrouvé leur famille depuis mais leur combat se poursuit. Personne n'a été puni pour les violences infligées à ces deux frères, accusés d'être des membres de la Nouvelle Armée du peuple, bien qu'ils aient nié appartenir à ce groupe armé communiste.

Après avoir été emmenés par les forces de sécurité, ils ont été détenus dans une cellule sur un camp militaire avec 12 autres personnes enlevées. Ils y ont été privés de nourriture et régulièrement torturés.

« Nous étions comme leurs esclaves. J'ai toujours des cicatrices aux endroits où ils m'ont marqué la peau avec des boîtes en fer blanc incandescentes. Ils m'ont donné des coups de pied, m'ont frappé avec [des morceaux de] bois, m'ont battu tout en me faisant couler de l'eau dans les narines, s'est rappelé Raymond.

« Mais je ne voulais pas mourir. Je savais que mes parents me chercheraient et cela m'a permis de tenir. Mon frère et moi, quel que soit ce qu'ils voulaient faire, nous y résistions. »

Après avoir surmonté cette épreuve, Raymond a été présenté à un homme appelé « le boucher ». Celui-ci, alors officier responsable dans l'armée, a joué un rôle de premier ordre dans la lutte contre les insurgés communistes.

Il a permis à Raymond d'aller rendre visite à ses parents sous escorte militaire. Il lui a ordonné de veiller à ce que sa famille ne parle à personne de sa détention, ne porte pas l'affaire devant les tribunaux et n'en fasse part à aucune organisation de défense des droits humains.

Dans les semaines qui ont suivi, Raymond s'est vu offrir la possibilité de s'engager dans l'armée car ses ravisseurs étaient, semble-t-il, impressionnés par sa robustesse. Les deux frères ont été emmenés sur l'exploitation d'un militaire, dans la province de Pangasinan (nord du pays). Il y ont labouré la terre pour le compte du propriétaire, et ce sans rémunération. Raymond s'est tenu à son plan, tout en attendant le bon moment pour s'échapper.

« Un jour, l'occasion s'est présentée. Nos “gardiens” étaient totalement saouls et, pendant qu'ils dormaient, mon frère et moi nous sommes enfuis vers le côté de l'exploitation où il n'y avait pas de maisons et nous avons réussi à atteindre l'autoroute. »

Cependant, les histoires de ce type sont rares. Le témoignage épouvantable de Raymond sur sa période de détention indique que d'autres victimes de disparitions forcées ne retrouveront peut-être jamais leurs proches.

Parmi ces personnes figurent Karen Empeño et Sherlyn Cadapan, des étudiantes enlevées dans la province de Bulacan, près de Manille, alors qu'elles effectuaient des recherches sur les communautés paysannes dans le cadre de leur thèse.

« J'ai entendu une femme implorer la pitié… c'était Sherlyn. Elle était suspendue la tête en bas et les militaires lui donnaient des coups dans l'estomac, jouaient avec ses parties génitales dans lesquelles ils ont enfoncé un morceau de bois. Karen était roulée en boule près de Sherlyn, à moitié nue, et sa peau était couverte de brûlures de cigarette », a indiqué Raymond.

La mère de KarenConcepcion Empeño est l'une des personnes qui se sont associées à Raymond dans son voyage en Europe, sur l'invitation d'Amnesty International. Depuis la disparition de sa fille, en 2006, elle n'a reçu aucune nouvelle d'elle et conserve un espoir, bien que ténu, que celle-ci soit toujours en vie.

« Lorsque j'ai entendu ce à quoi Raymond avait assisté, mon rêve de retrouver Karen a volé en éclats, explique en larmes Concepción, qui appelle les autorités philippines à punir les auteurs des crimes dont ont été victimes sa fille et d'autres personnes.

« Avant cela, je n'étais pas une militante, mais cela a fait de moi une militante. Quel que soit le travail commencé par Karen, je vais le poursuivre. J'ai appris ce pour quoi elle se battait.

« Dans mon pays, si vous êtes un militant ou que vous participez à une manifestation, vous devenez un ennemi de l'État, ce qui constitue un crime grave. Je veux révéler au monde les violations des droits humains se déroulant aux Philippines. » Concepción est aujourd'hui la vice-présidente de Desaparecidos, un groupe de familles de victimes de disparition forcée.

« J'ai vraiment l'espoir que la communauté international puisse faire quelque chose car mon gouvernement ne fait rien. L'armée et le pouvoir en place sont dans le déni total. Nous voulons simplement obtenir justice. »

Raymond s'est échappé il y a trois ans et, depuis lors, la justice a été insaisissable. Ses tentatives visant à constituer un dossier pénal contre les militaires qui l'ont soumis à des violences ont été retardées ou rejetées par les tribunaux, et cet homme vit dans la peur constante d'être de nouveau enlevé.

« Je suis libre, mais pas réellement. Les militaires peuvent m'enlever à tout moment, ils ont juste besoin d'ôter leurs uniformes et de leur faire de manière anonyme, explique Raymond.

« Je suis très en colère car j'ai été enlevé et je ne comprends même pas pourquoi. J'ai trouvé la force de m'exprimer ouvertement parce que je veux obtenir justice pour les violences que j'ai subies et celles infligées à d'autres personnes disparues.

« C'est aussi un moyen de me protéger. Je ne peux pas retourner sur mon exploitation. Mes parents ont dû vendre le peu de terres que je possédais pour porter mon affaire devant les tribunaux et pour me rechercher lorsque j'étais détenu. Je ne peux pas mener une vie normale. Je crains toujours pour ma vie et celle de mes proches. Je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve… »


Photos : © Amnesty International

Issue

Activists 
Detention 
Disappearances And Abductions 
Human Rights Standards 
Prison Conditions 
Torture And Ill-treatment 

Country

Philippines 

Region

Asia And The Pacific 

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