Témoignage Italie

« Nous avons toujours rêvé que nos enfants auraient une maison pour vivre, pour qu'on ne les traite plus de ‘tsiganes’ et qu'ils soient traités comme tout le monde. »
Elpida Abaz

Ismet et Elpida Abaz
Ismet Abaz, 34 ans, et Elpida, 33 ans, sont des Roms de Macédoine arrivés en Italie en 1991. Ils ont tous deux un permis de séjour. Ils ont quatre enfants. Après avoir vécu dans de nombreux camps, ils se sont installés en 2000 dans celui de Tor de Cenci, un camp « toléré » au sud-ouest de Rome. Ce camp était autrefois « autorisé » mais a fait l'objet d'une requalification administrative récente. Depuis sept ans, Ismet travaille comme conducteur pour un projet de scolarisation des enfants roms géré par une ONG locale. Il a fait une demande de logement social mais n'a jamais eu assez de points pour être retenu.

Ismet s'exprime : « C'est une honte de devoir continuer à vivre dans un camp, dans des conditions pareilles. Nos enfants grandissent et nous ne voulons pas continuer ainsi. Nous sommes arrivés en 2000 [...] La police nous a amenés ici après nous avoir expulsés du camp de Casilino 700 [l'ancien, à Rome]. »

« Depuis, j'ai toujours habité dans ce conteneur [...] J'ai essayé de trouver un travail à Viterbo, mais il n'y avait pas beaucoup de boulot alors je faisais des allers et retours [...] J'ai aussi travaillé à Parme. Je déchargeais des caisses sur un marché. J'ai obtenu mon premier emploi permanent ici, à Rome, avec cette organisation qui gère le projet scolaire. Mais je ne travaille pour eux que trois heures par jour et ça ne suffit pas pour survivre. Je travaille partout et n'importe quand, du moment qu'il y a du travail. J'aime travailler […] Je vends de la ferraille et je fais aussi de la mécanique. »

Ismet ne gagne pas assez pour louer un appartement et il n'a pas droit à un logement social. « J'ai fait une demande de logement social il y a cinq ans mais je n'avais pas assez de points », explique-t-il. « Nous ne voulons pas que nos enfants tombent malades à cause des mauvaises conditions de vie dans le camp. Tous nos enfants vont à l’école. Mais leurs camarades de classe ne veulent pas venir ici, et nos enfants sont gênés de les inviter [...] Ma fille aînée prétend qu'elle est brésilienne parce qu'elle a honte de dire qu'elle vit dans ce camp. D'autres savent où elle habite et ne l'acceptent pas. »

Quelles vont être les conséquences du « plan Nomades » sur la famille d'Ismet et d'Elpida ? Ils n'ont été ni informés ni consultés à son sujet. Ismet n'a entendu que des rumeurs selon lesquelles le gouvernement voudrait les déplacer dans un camp plus grand. Il craint que sa famille soit envoyée dans un endroit avec d'autres Roms qu'il n'apprécierait pas nécessairement. « Ils vont nous mettre avec un autre groupe de gens que nous ne connaissons pas. Ce n’est pas bien. » Si cela devait se produire, il affirme catégoriquement : « Je préfère dormir dans la rue. »

Que veut-il vraiment ? « Je veux une maison et un travail. Je ne demande rien d'autre. »

« Je ne demande pas la lune. »
Saltana Ahmetovich (Nino)

Saltana Ahmetovich (Nino) est rom. Il est âgé de 30 ans. Il est né en Italie et a passé toute sa vie dans des camps. Ses parents, originaires du Monténégro, sont arrivés en Italie en 1969 et ont vécu à Milan, Naples puis Rome, où la plupart des membres de la famille se sont installés en 1979. Nino vit depuis 1996 dans une caravane à La Monachina, un camp « toléré » installé dans l’ouest de la ville.

Nino se souvient de son emménagement dans le camp de La Monachina en 1996 : « Nous habitions à Battistini [un camp situé à proximité] mais nous risquions d’être brûlés vifs ; des gens jetaient des cocktails Molotov sur nous parce qu’ils ne voulaient pas que nous restions là car nous étions près d’un secteur résidentiel. La police et les pompiers sont arrivés et nous ont dit de rejoindre nos proches à La Monachina. Avant, nous avions habité dans plusieurs camps à Milan et à Naples […] La police venait nous chasser parce que nous occupions des terrains publics et nous étions déplacés dans un autre camp. »
« Aujourd’hui je vis dans une caravane […] mais quand nous sommes arrivés à La Monachina nous n’avions rien […] Avec mon beau-frère et un ami nous avons construit une maison pour ma mère, ma sœur et ma nièce […] Tous les trois ans, il nous faut la démolir et la reconstruire parce qu’elle pourrit. »

Nino a eu toute une variété d’emplois, mais il lui est très difficile de trouver un poste permanent. Il est inquiet au sujet de sa situation actuelle. « Mon premier travail consistait à faire le ménage dans une église [...] Et puis j’ai quitté cet emploi et j’ai commencé à m’occuper d’une personne âgée. Mais cette personne a fini par mourir […] Ensuite j’ai vendu des plantes [et du] métal. Entre septembre 2008 et novembre 2009 j’ai entretenu un parc pas loin d’ici. J’ai obtenu ce poste par le biais d’un programme d’aide à l’emploi soutenu par le gouvernement. C’est terminé. Maintenant je vends du métal mais je ne gagne pas assez d’argent. Comment vais-je faire pour survivre ? Que vais-je faire ? »

« Je voudrais louer un appartement, mais avec quel argent ? Qui me donnera de l'argent pour payer ? Ma mère a fait une demande de logement social mais elle n'a jamais rien obtenu parce qu'elle n'avait pas assez de points. Je n’ai pas fait de demande de logement social, cela ne servirait à rien. Si je dis "Je m‘appelle Saltana Ahmetovic et j’habite à La Monachina", la municipalité ne me donnera jamais de logement. J’ai demandé l’électricité et je ne l’ai jamais eue, imaginez un logement ! »

Lorsqu'on lui parle du « plan Nomades », et qu'on lui dit que La Monachina n'est pas un des camps « tolérés » concernés par la restructuration, Nino répond : « Pourquoi ce camp ne serait-il pas restructuré ? Nous sommes italiens, je vote. Je ne veux plus rester ici. Je veux habiter dans une maison. Je veux une baignoire. Je veux du chauffage […] Je ne demande pas la lune. »