Le cercle vicieux des expulsions forcées

À Belgrade, des expulsions forcées de familles roms ont lieu au cas par cas depuis 2000. Toutefois, la Serbie entreprend de plus en plus de projets d’envergure liés aux infrastructures et, en prévision de ces projets, les autorités ont commencé à évacuer de manière systématique les campements roms de la ville. 

Le 31 août 2009, les habitants d’un campement rom situé sous le pont Gazela ont été expulsés de force par les autorités de la ville de Belgrade. Cette expulsion a eu lieu avant des travaux de réparation effectués sur ce pont, en mauvais état, qui sont partiellement financés par un prêt de 77 millions d’euros accordé par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement et la Banque européenne d’investissement.

Seules quelques unes des 178 familles roms concernées ont eu le temps de sauver leurs effets personnels avant l’arrivée des bulldozers et la destruction de leur logement. La plupart d’entre elles n’ont emmené que ce qu’elles pouvaient porter à la main. Environ 114 familles ont été transportées en bus vers six sites en banlieue de Belgrade et relogées dans des abris en métal, souvent surpeuplés, froids et humides. Soixante-quatre autres familles ont été conduites plus loin dans le sud de la Serbie. 

Jusqu’ici, les autorités belgradoises ont toujours refusé de proposer aux familles expulsées une solution de relogement convenable.

Il est certain que les autorités doivent développer les infrastructures de Belgrade mais il faut qu’elles mettent en place des garanties suffisantes pour faire en sorte que ce processus n’entraîne pas d’atteintes aux droits humains telles que des expulsions. Il est notamment nécessaire de consulter les personnes concernées afin de mettre au point une alternative aux expulsions. Si des expulsions doivent avoir lieu, les autorités doivent proposer une solution de relogement, une indemnisation et des recours légaux, et se conformer aux procédures régulières. 

L’évacuation du campement de Gazela a été conduite sans les garanties requises par le droit international. Menées sans ces garanties, les expulsions ont pour conséquences de marginaliser un peu plus les communautés roms en les éloignant encore de la ville, en les privant de leurs moyens de subsistance et en rendant plus difficile l’accès à l’enseignement et aux services de santé.

Les habitants de Belville, un autre quartier de Belgrade, vivent avec la menace permanente d’une expulsion depuis mars 2010. À cette époque, les autorités avaient annoncé qu’au moins 300 logements allaient être démolis afin de permettre le passage d’une voie d’accès à un pont qui doit être construit sur la Save. Ce projet de construction est financé par la Banque européenne d’investissement.

Les autorités de la ville de Belgrade ont cependant temporairement suspendu le projet d’expulsions, qui aurait dû être mis à exécution en mai. Selon les informations reçues en juin par Amnesty International, les autorités seraient actuellement en train d’élaborer un Plan de relogement.

Cependant, les habitants de Belville s’inquiètent terriblement pour leur avenir, car les responsables de la ville ne les ont pas informés de la raison pour laquelle l’expulsion a été retardée ni du moment où elle aura lieu. Les habitants n’ont pas été consultés à propos de ce Plan de relogement. Ils n’ont pas non plus été officiellement informés de l’existence d’une solution de relogement bien qu’ils pensent qu’ils seront déplacés vers plusieurs sites, repérés autour de Belgrade, sur lesquels ont été installés des préfabriqués.

À Belville, les maisons sont faites avec des matériaux recyclés, en particulier du bois et du carton, des briques et d’autres éléments de récupération. La plupart des familles construisent leur propre logement. La principale activité des résidents de Belville consiste à récupérer et à revendre des objets ou des matériaux recyclables, qu’ils trouvent facilement dans le centre de Belgrade et stockent près de leurs habitations. En cas d’expulsion, ces familles vont perdre leur seule source de revenu. 

Vingt-cinq ans après la création par l’ONU de la Journée mondiale de l’habitat, des centaines de millions de personnes à travers tous les continents ne peuvent pas faire autrement que de vivre dans des conditions et des logements inadéquats dans des bidonvilles ou des quartiers informels, et ce chiffre ne cesse de croître : elles seront 1,4 milliard d’ici 2020. 

Amnesty International travaille avec des partenaires pour mettre fin aux violations des droits humains que subissent les personnes qui vivent dans des bidonvilles et des quartiers informels dans toutes les régions du monde. Ce travail de campagne vise tout particulièrement à mettre un terme aux expulsions forcées, à garantir un accès égal aux services publics tels que l’eau, l’assainissement, l’éducation et la santé pour les habitants des bidonvilles, et à obtenir la participation active des populations aux décisions et aux processus qui ont des conséquences sur leurs droits fondamentaux. Au cours de l’année passée, Amnesty International a lancé une série d’actions sur le Cambodge, le Tchad, l’Égypte, l’Italie, le Kenya, la Roumanie, la Serbie et le Zimbabwe, entre autres. 

 En cette Journée mondiale de l’habitat rejoignez-nous. Rappelez aux gouvernements qu’ils ne peuvent pas affirmer qu’ils combattent la pauvreté ou qu’ils améliorent la qualité de vie en ville s’ils ne se préoccupent pas du milliard de gens qui vivent dans des bidonvilles, et de leurs droits humains.

Meilleure ville, meilleure vie ? Agissez pour que cela ne reste pas qu’un slogan.