Annual Report 2013
The state of the world's human rights

30 July 2010

Lutter et mourir pour les droits humains en République démocratique du Congo

Lutter et mourir pour les droits humains en République démocratique du Congo

Joseph Dunia Ruyenzi fait partie des centaines de militants des droits humains de République démocratique du Congo (RDC) risquant arrestations, harcèlement, menaces, voire la mort, en raison de leur travail.

À la tête de l'organisation non gouvernementale Promotion de la démocratie et protection des droits humains, basée à Goma, il peut témoigner de l'augmentation du nombre de menaces ayant visé militants et journalistes en RDC au cours de l'année écoulée.

En juin, Floribert Chebeya Bahizire, le défenseur des droits humains le plus en vue du pays, a été enterré à quelques jours de la commémoration du cinquantenaire de l'indépendance de la RDC. Son corps sans vie avait été retrouvé le lendemain d'une convocation par la police de Kinshasa.

Floribert Chebeya était le directeur général de l'une des plus importantes organisations congolaises de défense des droits fondamentaux et travaillait sur plusieurs affaires sensibles dans lesquelles était impliqué le chef de la police, le général John Numbi. La dépouille du militant a été découverte dans sa voiture tôt le 2 juin.

« Floribert Chebeya n'était pas un politicien, il n'était opposé ni au gouvernement ni à l'opposition. C'était un homme qui essayait d'acquérir une plus grande liberté et de promouvoir le respect des droits des citoyens », a expliqué Joseph Dunia Ruyenzi à Amnesty International, lors de sa visite à l'organisation.

« Il défendait les gens à Kinshasa, dans le Bas-Congo et dans l'Équateur, non pas pour des raisons politiques, mais par civisme et par amour pour son pays, l'humanité et ses concitoyens. »

Joseph Dunia Ruyenzi a rencontré Floribert Chebeya Bahizire et travaillé avec lui, alors qu'il s'efforçait de sensibiliser le public à l'importance des élections présidentielle et nationales de 2011.

« La capacité de Floribert Chebeya à inciter les gens à l'action et à mettre en place une action probante de défense des droits humains et de la démocratie a pu contrarier certaines personnes animées de mauvaises intentions », a-t-il ajouté.

« Les personnes négatives sont incapables de tolérer un homme tel que Floribert Chebeya. C'est ce dont les défenseurs des droits humains ont peur en RDC. »

Après avoir appris la mort de Floribert Chebeya, Joseph Dunia Ruyenzi a dit qu'il avait eu l'impression d'avoir perdu la voix. Comme d'autres militants, il s'est senti angoissé et menacé.

« Quand un grand défenseur des droits humains meurt, c'est comme si on coupait la tête des organisations de protection de ces droits », a-t-il également estimé.

« Nous ne pensons pas que les gens s'en relèveront tout de suite. Si ceux qui sont impliqués dans la mort de Floribert Chebeya et la disparition de son collègue Fidèle Bazana, qui était au volant du véhicule, ne sont pas traduits en justice selon des critères satisfaisants, nous craignons que cela ne détruise ou ne décourage le mouvement de défense des droits humains en RDC.

« Cette mort, la mort d'un géant tel que Floribert, nous fait craindre que d'autres abandonnent l'action en faveur des droits fondamentaux. Ils vont se demander pourquoi ils devraient défendre les droits humains s'il existe un risque qu'ils soient tués, que leurs meurtriers ne soient même pas déférés à la justice et que la vérité ne soit jamais connue, même pour un crime de cette gravité. »

Dans le cadre de son travail, Joseph Dunia Ruyenzi se rend dans des centres de détention pour effectuer un suivi des conditions carcérales.

Il se rend également dans des prisons secrètes (celles des services de renseignement militaire, des services d'immigration), qui échappent souvent à l'attention de la justice, afin de demander aux forces de sécurité de remettre les détenus aux services appropriés.

« Les personnes responsables de certains services pensent qu'elles n'ont pas de comptes à rendre à la justice. C'est un problème grave. Les forces de sécurité veulent souvent appréhender des gens sans prendre en compte le fait que seuls les cours et les tribunaux sont habilités à ordonner des arrestations », a-t-il rappelé.

Depuis 2002, Joseph Dunia Ruyenzi a fait l'objet de plusieurs arrestations en relation avec son travail. En décembre 2005, des collègues et lui-même ont été enlevés et conduits au centre de détention T2, administré par les services de renseignement militaire, à Goma, où ils ont été torturés. Ils ont finalement été relâchés à la suite d'un appel lancé par Amnesty International.

« Lorsque nous avons été arrêtés, puis avons nous-mêmes été frappés et torturés, nous avons vu d'autres personnes être traitées de la même façon, en particulier à T2 et à Chien méchant (un autre centre de détention militaire à Goma). »

« Si vous regardez l'officier qui vous attache les mains derrière le dos, il vous gifle. Si vous tournez la tête, il vous gifle de nouveau. C'est inhumain et dégradant. »

Bien qu'il ait été harcelé, menacé, soumis à une arrestation arbitraire et torturé, Joseph Dunia Ruyenzi est convaincu que le travail qu'il effectue avec son ONG en vaut la peine.

« Le travail accompli par notre organisation est utile et aide de nombreuses victimes. Nous sommes convaincus que sans lui, les violations des droits humains seraient massives, beaucoup plus nombreuses qu'actuellement. Nous avons également obtenu des réactions positives de la part des forces de sécurité, de la police et des services de renseignement dans certains cas. Nous pensons que la situation serait encore plus chaotique si l'organisation n'était pas active. »

« Des politiciens essaient de faire pression sur nous afin que nous abandonnions notre action militante en faveur des droits humains. Nous souhaitons seulement instaurer l'état de droit et bâtir un pays qui respecte les droits humains, sans relever d'un parti politique ni appartenir à un groupe particulier. »

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Issue

Activists 
Armed Groups 
Extrajudicial Executions And Other Unlawful Killings 
Freedom Of Expression 
Impunity 
Torture And Ill-treatment 

Country

Democratic Republic Of Congo 

Region

Africa 

@amnestyonline on twitter

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