Des journalistes agressés en Somalie sur fond de répression accrue contre les médias

À l'instar d'Al Shabab, les groupes armés contrôlent désormais de nombreuses villes à travers le pays.

À l'instar d'Al Shabab, les groupes armés contrôlent désormais de nombreuses villes à travers le pays.

© AP GraphicsBank


22 July 2010

Amnesty International demande aux autorités somaliennes et aux groupes armés d'opposition dans le pays de respecter la liberté d'expression, alors que le gouvernement intensifie sa répression contre le journalisme indépendant.

Depuis le mois de juin, une campagne de harcèlement et d'intimidation visant les journalistes a donné lieu à une série d'arrestations et d'interrogatoires. Les journalistes sont déjà en butte à de graves menaces de la part des groupes armés, 10 reporters ayant été tués au cours des 18 derniers mois.

La nouvelle synthèse d'Amnesty International, Somalia: Hard News: Journalists' lives in danger in Somalia, publiée le 22 juillet à l'occasion de la Journée des droits de l'homme en Somalie, rend compte du fait que les journalistes sont pris pour cibles dans le pays.

« Les journalistes somaliens ne sont pas en mesure d'informer la population locale sur les violences quotidiennes dont leur pays est le théâtre. Or, ce service est particulièrement crucial dans un conflit si dangereux que les médias internationaux ne peuvent en rendre compte de manière continue, a expliqué Michelle Kagari, directrice adjointe du programme Afrique d'Amnesty International.

« Les autorités somaliennes doivent enquêter sur les violences et les manœuvres de harcèlement que subissent les journalistes, tant de la part des groupes armés que de membres de leur propre gouvernement, et veiller à ce que la liberté d'expression soit respectée. »

Le gouvernement fédéral de transition de Somalie (GFT), soutenu par la communauté internationale, ne contrôle qu'une petite partie de la capitale Mogadiscio, tandis que le sud et le centre du pays sont aux mains des groupes armés.

Les deux principaux, Al Shabab et Hizbul Islam, font alliance contre le gouvernement, tout en se livrant régulièrement des combats.

Si les groupes armés représentent la menace la plus meurtrière pour les journalistes, ceux-ci subissent une pression croissante de la part du gouvernement qui mène depuis peu une campagne de répression contre le journalisme indépendant.

Le 26 juin, le correspondant du New York Times Mohammed Ibrahim a fui la Somalie après avoir été menacé par des membres des forces de sécurité gouvernementales, parce qu'il avait publié un article dans lequel il affirmait que les forces gouvernementales comptaient dans leurs rangs des enfants soldats.

Le 29 juin, plusieurs journalistes ont été blessés par des tirs de missiles dirigés sur une conférence de presse que donnait Al Shabab à Mogadiscio. Selon des journalistes locaux présents sur les lieux, ils étaient indirectement visés par le gouvernement fédéral de transition, hostile à la tenue de cette conférence de presse.

Le 1er juillet, la police a arrêté le journaliste Mustafa Haji Abdinur et le caméraman indépendant Yusuf Jama Abdullahi parce qu'ils prenaient des photos de leur collègue, le photojournaliste Farah Abdi Warsame, qui avait été touché lors d'échanges de tirs à Mogadiscio.

Les journalistes ont été questionnés et contraints de détruire leurs clichés. Farah Abdi Warsame n'a pu recevoir de soins qu'après avoir subi un interrogatoire.

« Au lieu de protéger les journalistes contre des groupes armés redoutés comme Al Shabab, les autorités somaliennes exacerbent les problèmes qu'ils rencontrent en renforçant le harcèlement dont ils sont victimes », a dénoncé Michelle Kagari.

Les groupes armés opposés au gouvernement somalien contrôlent désormais de nombreuses villes à travers le pays. Ils tuent, harcèlent et intimident les journalistes, ferment les stations de radio, censurent les sujets que peuvent aborder les médias locaux et empêchent fréquemment les journalistes de publier des informations qui leur semblent défavorables à leur égard. Par conséquent, il est quasiment impossible de diffuser des informations essentielles sur la situation du pays.

Le 5 mai, trois hommes armés ont abattu le journaliste de radio Sheik Nur Mohamed Abkey alors qu'il rentrait chez lui après avoir quitté la station publique Radio Mogadiscio – il s'agit du dernier journaliste assassiné.

Ces hommes l'ont enlevé près de son domicile, dans le sud de Mogadiscio, et lui ont ensuite tiré plusieurs balles dans la tête. Des membres d'Al Shabab ont revendiqué cet assassinat.

En 2009, neuf journalistes ont été tués, le plus grand nombre de victimes sur une année depuis 1991, lorsque le conflit armé a éclaté après l'effondrement du gouvernement de l'ancien président Mohamed Siyad Barré.

De janvier à mai 2010, un journaliste a été assassiné, tandis que nombre d'autres étaient enlevés et harcelés par les groupes armés.

Le gouvernement fédéral de transition a reçu le soutien militaire de troupes érythréennes, qui ont stationné en Somalie jusque début 2009. La Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM) assure désormais la protection des responsables du gouvernement et des institutions.

Le gouvernement fédéral de transition doit faire face à l'opposition de plusieurs groupes armés islamistes. Dans les deux camps, les groupes forgent et brisent souvent les alliances, ou se divisent en entités distinctes.

POUR EN SAVOIR PLUS
Speak out for Somali journalists (appel à l'action, 22 juillet 2010)

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AMNESTY INTERNATIONAL WORLDWIDE