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1 July 2010

Bangladesh. Recours abusif à la force lors d'une descente des forces de sécurité

Les forces de sécurité du Bangladesh ont recouru à la force de manière abusive lors d'une descente au domicile d'un dirigeant de l'opposition le 27 juin dernier, a déclaré Amnesty International ce jeudi 1er juillet 2010.

Selon les témoignages recueillis par l'organisation, le Bataillon d'action rapide (RAB) a attaqué violemment des personnes réunies pacifiquement au domicile de Mirza Abbas, figure éminente du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) et ancien maire de Dacca.

Les victimes ont raconté que des militants et des membres de la famille de Mirza Abbas avaient été longuement passés à tabac sans qu'il y ait eu ma moindre provocation de leur part, avaient été privés de soins médicaux après leur arrestation, et avaient été contraints, pour obtenir leur libération, de signer des formulaires vierges, qu'Amnesty International soupçonne les forces de sécurité de vouloir utiliser pour établir de faux aveux.

L'organisation a photographié les blessures des hommes et des femmes victimes de ce passage à tabac.
Plus de 20 personnes ont été blessées pendant cette opération, dont la femme de Mirza Abbas, Afroza Abbas, et la mère de celui-ci, âgée de 85 ans.

Les sympathisants du BNP s'étaient réunis chez Mirza Abbas à la suite de son arrestation sur des accusations de violences pendant une grève générale organisée par le parti.

« Le gouvernement doit enquêter immédiatement sur les circonstances de cette incursion violente et veiller à ce que toutes les personnes blessées par les membres des forces de sécurité reçoivent justice et réparation », a déclaré depuis Dacca Abbas Faiz, chercheur d'Amnesty International sur le Bangladesh.

À l'heure où le pays est confronté à une série d'affrontements pendant des manifestations, Amnesty International appelle les autorités à ordonner aux forces de sécurité de respecter leur obligation d'agir avec mesure et de ne pas recourir abusivement à la force.

Au cours de ces deux derniers jours, au moins 80 personnes ont été blessées lors d'affrontements qui ont opposé la police à des travailleurs du textile en grève et à des manifestants protestant contre l'arrestation de trois dirigeants de la Société de l'islam, parti d'opposition.

Le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), principal parti d'opposition, a lancé un appel à la grève générale le 27 juin 2010. Cette grève, qui s'est dans l'ensemble déroulée dans le calme, a donné lieu à des affrontements entre la police et les manifestants dans certaines parties du pays, notamment à Dacca.

Des centaines de personnes ont été arrêtées pour leur participation présumée à ces violences, dont Mirza Abbas.

« Rien n'indique que les personnes rassemblées chez Mirza Abbas violaient la loi ou constituaient une menace pour quiconque ; l'intervention violente du RAB semble donc totalement injustifiée », a souligné Abbas Faiz. « Compte tenu des antécédents du RAB en matière d'utilisation abusive de la force, parfois létale, une réaction forte et immédiate des autorités est indispensable. »

Les membres du RAB affirment être entrés dans le bureau de Mirza Abbas, au rez-de-chaussée, après avoir été la cible de jets de briques de la part des militants présents.

Cependant, les images tournées par des journalistes, qu'Amnesty International a pu visionner, ne montrent aucune attaque contre les forces de sécurité à l'intérieur ni à l'extérieur de la maison. En revanche, elles montrent des membres du RAB attaquant les occupants de la maison.

Une femme a raconté à Amnesty International qu'elle était allée chercher de l'eau dans la cour quand les membres des forces de sécurité ont fait irruption et l'ont attrapée : « Ils m'ont frappé le dos, l'arrière des cuisses, les bras et les épaules avec une matraque. Je suis tombée mais ils ont continué de me frapper. »

Elle a dit avoir ainsi été battue par quatre ou cinq hommes jusqu'à ce qu'elle perde connaissance, et a expliqué qu'elle n'était pas allée à l'hôpital par crainte d'être arrêtée.

Une autre femme a raconté avoir été menottée devant la maison, puis attachée avec une corde et traînée dans la cour, où elle a été frappée.

Elle est restée au poste de police pendant huit heures, sans soins médicaux, et n'a été libérée qu'à la condition que son mari signe une feuille de papier vierge, qu'ils craignent de voir utilisée pour fabriquer de fausses preuves.

Une femme qui s'était réfugiée dans la salle de bain a raconté à Amnesty International que les membres du RAB l'avaient poursuivie, avaient forcé la porte et l'avaient traînée dehors avant de la frapper. « Je n'arrêtais pas de leur demander pourquoi ils me frappaient, mais ils ont continué et ils ne m'ont pas répondu. »

Un responsable du RAB a déclaré à Amnesty International : « Il aurait peut-être fallu faire preuve de plus de mesure ; s'il y a eu des abus, ils feront l'objet d'une enquête. »

Cependant, le gouvernement a pour l'instant ignoré les appels des membres du BNP et d'au moins un député de la Ligue Awami, parti au pouvoir, lui demandant de se saisir de la question des abus du RAB pendant cette opération.

« Le gouvernement du Bangladesh doit cesser de féliciter les forces de sécurité lorsqu'elles commettent des violations des droits humains ; il doit au contraire les obliger à rendre des comptes devant la loi », a souligné Abbas Faiz.

Amnesty International demande également que toutes les infractions éventuelles commises par des manifestants pendant la grève générale soient traitées par le système judiciaire, et non punies par les forces de sécurité en dehors de toute procédure légale.


Complément d'information

La Ligue Awami, parti actuellement au pouvoir, et le Parti nationaliste du Bangladesh, parti d'opposition, ont occupé alternativement le pouvoir depuis le début des années 1990. Lorsqu'ils sont au gouvernement, tous deux autorisent les forces de sécurité à attaquer des manifestations de l'opposition, à frapper les manifestants, à arrêter des membres de l'opposition, à traduire des opposants en justice pour des motifs politiques, et à infliger des actes de torture et d'autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, en toute impunité. Bien que des policiers aient déjà été traduits en justice pour des violations des droits humains, aucun membre du Bataillon d'action rapide n'a jamais été poursuivi en lien avec des allégations de recours abusif à la force ou de torture.

AI Index: PRE01/217/2010
Region Asia And The Pacific
Country Bangladesh
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