12 May 2010
Il faut protéger les femmes et les fillettes qui risquent de subir des violences sexuelles dans les camps haïtiens

Pascaline* a 21 ans. Depuis le séisme, elle vit dans l'un des 1 300 camps de fortune de Port-au-Prince où plus d'un million de personnes déplacées luttent pour survivre.

Une nuit, alors qu'elle était seule dans sa tente, un homme est entré. Il l'a violée et rouée de coups. Les voisins affirment que, s'ils ne sont pas intervenus, c'est parce qu'ils pensaient qu'elle était avec son compagnon.

Après son agression, Pascaline a reçu des soins médicaux et a réussi à porter plainte à la police. Cependant, aucune enquête approfondie n'a été menée et ce manque de réactivité a permis à l'auteur des faits de rester en liberté. Pascaline l'a revu plusieurs fois dans le camp et a peur qu'il ne la tue s'il découvre qu'elle a signalé l'agression.

Elle n'est pas la seule femme à connaître cette terrible situation. Amnesty International a recensé plusieurs autres cas de violences sexuelles au sein des camps où vivent des personnes déplacées par le tremblement de terre.

Céline*, une fillette de huit ans, a été violée alors qu'elle se trouvait seule dans sa tente. Sa mère était partie travailler en dehors du camp et n'avait personne pour la garder en son absence.

Fabienne*, une adolescente de 15 ans, a été violée alors qu'elle était sortie pour uriner, le camp n'étant pas doté de latrines. La mère de Fabienne a signalé le viol à un représentant des autorités administratives locales, qui ne lui a donné ni informations ni conseils.

Carline*, 21 ans, a été violée par trois hommes lorsqu'elle est allée uriner dans un coin reculé du camp, les latrines étant trop sales pour être utilisées.

De nombreux autres cas de violences sexuelles dont sont victimes des femmes et des fillettes haïtiennes ne sont pas signalés. En effet, celles-ci sont trop effrayées pour aller porter plainte à la police, soit parce que l'auteur des faits vit dans le même camp ou dans le même quartier qu'elles, soit parce qu'elles n'ont aucun autre endroit où aller.

Ne faisant pas confiance à la police pour les protéger, elles préfèrent se taire par crainte des représailles. Par ailleurs, les femmes et les fillettes qui vivent dans ces camps ne disposent pas des informations minimales concernant les services susceptibles de les aider en cas de violences sexuelles. Par conséquent, les auteurs demeurent impunis et les victimes sans protection.

Amnesty International est préoccupée par l'absence presque totale de la police dans les camps. L'inexistence des mesures de prévention et de protection, à laquelle s'ajoutent la promiscuité, l'insuffisance de l'éclairage et le manque d'installations sanitaires adaptées dans de nombreux camps, accroît la vulnérabilité des femmes et des fillettes.

Les autorités haïtiennes ont reconnu que leur réaction avait été jusqu'à présent trop faible et que, malgré les capacités limitées des forces de police dans la situation actuelle, il y avait beaucoup à faire, et ce de toute urgence. Cependant, elles n'ont pas pris les mesures nécessaires pour protéger les droits des femmes et des fillettes.

Amnesty International exhorte donc les autorités à être attentives à l'appel lancé par une victime de violences sexuelles : « Vous devez protéger les filles, parce que je ne veux pas que quelqu'un d'autre subisse tout ce que j'ai dû endurer ».

*Les noms ont été changés.

Légende photo : à Jacmel, en Haïti, une fillette marche dans le campement de Penchinat, où les personnes déplacées par le récent séisme se sont réfugiées dans des habitations de fortune. © Amnesty International

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