Honduras : Amnesty International adresse au nouveau gouvernement des recommandations en matière de droits humains

Le président hondurien Porfirio Lobo doit veiller à ce que les mesures nécessaires soient prises pour faire face rapidement et efficacement aux violences commises au cours des sept derniers mois.

Le président hondurien Porfirio Lobo doit veiller à ce que les mesures nécessaires soient prises pour faire face rapidement et efficacement aux violences commises au cours des sept derniers mois.

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28 January 2010

Amnesty International a rendu publique jeudi 28 janvier une série de recommandations qui sont adressées au nouveau président du Honduras, Porfirio Lobo, et qui visent à réparer les atteintes aux droits humains qui ont été commises depuis le coup d'État de juin 2009 et pour lesquelles des centaines de personnes cherchent à obtenir justice.

Ces 13 recommandations portent notamment sur les enquêtes à mener sur les atteintes aux droits humains perpétrées par les forces de sécurité, la nécessité de rejeter les lois d'amnistie pour les auteurs de ces crimes, la formation des juges en matière de législation internationale relative aux droits humains, et la mise en place d'un programme efficace de protection des témoins.

« Le coup d'État qui a eu lieu au Honduras a eu des effets dévastateurs et le pays a besoin d'urgence d'un programme de reconstruction en matière de droits humains, avec des objectifs clairs et un calendrier précis pour sa mise en œuvre, a déclaré Kerrie Howard, directrice adjointe du programme Amériques d'Amnesty International.

« Si le président Lobo souhaite rétablir l'état de droit et la confiance en son gouvernement, il doit veiller à ce que les mesures nécessaires soient prises pour faire face rapidement et efficacement aux violences commises au cours des sept derniers mois. »

Le rapport d'Amnesty International expose en outre brièvement 20 cas d'homicides perpétrés par des policiers, de détentions arbitraires, de coups et mauvais traitements infligés en détention, de violences sexuelles infligées à des femmes et des filles et de harcèlement exercé contre des journalistes, des juges et des militants, notamment.

Personne n'a eu à rendre des comptes pour ces atteintes aux droits humains et rares sont les enquêtes qui ont été ouvertes.

Le 1er août, Roger Abraham Vallejo, un enseignant de 38 ans, est mort à l'hôpital des suites d'une blessure à la tête ; il avait apparemment été blessé par une balle en caoutchouc tirée par un policier lors de la dispersion d'une manifestation à Tegucigalpa en juillet. Une enquête a été ouverte mais aucune avancée n'a été signalée concernant ces investigations.

Le 23 septembre, Gerson Ariel Cruz, un jeune homme de seize ans, a été grièvement blessé par la police à la suite de la dispersion d'une manifestation à Tegucigalpa. D'après un témoin direct, des policiers ont pourchassé des manifestants jusque dans un quartier résidentiel, et ils ont alors tiré sur eux à balles réelles. Gerson, qui avait participé à la manifestation, a reçu une balle dans le ventre.

Ses proches ont tenté de l'emmener aux urgences à hôpital mais ils ont dû rebrousser chemin à cause d'un barrage policier, ce qui les a fortement retardés. Gerson a survécu mais il ne s'est toujours pas remis complètement de ses graves blessures. Les tirs ont été signalés au procureur spécial chargé des droits humains et une enquête est en cours.

« Des enquêtes doivent être menées d'urgence sur les dizaines de cas d'homicides, de passages à tabac, de harcèlement sexuel et d'autres types de violences qui ont été commis par les forces de sécurité contre des membres de l'opposition et contre des personnes considérées comme hostiles au coup d'État, a ajouté Kerrie Howard. Les Honduriens attendent du président Lobo qu'il apporte des réponses et des solutions au sujet des centaines d'atteintes aux droits humains perpétrées par les forces de sécurité depuis le 28 juin 2009. »

Le président Porfirio Lobo a pris ses fonctions le 27 janvier. Il a été élu en novembre 2009 en pleine tourmente politique, le président Manuel Zelaya ayant été chassé du pouvoir en juin par des responsables politiques de droite soutenus par l'armée.

Pour en savoir plus :
Honduras: Recommendations to the new Honduran government following the coup of June 2009 (rapport, 28 janvier 2010)

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