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République tchèque : il faut en finir avec l'instruction au rabais dispensée aux enfants roms

La discrimination systématique contre les élèves roms se poursuit en République tchèque.

La discrimination systématique contre les élèves roms se poursuit en République tchèque.

© Amnesty International


13 January 2010

Les autorités tchèques continuent à placer des enfants roms dans des écoles destinées à accueillir des élèves présentant des « handicaps mentaux légers », leur dispensant ainsi une instruction de qualité inférieure, a déclaré Amnesty International dans un rapport rendu public mercredi 13 janvier 2010.

« Les discriminations dont sont systématiquement victimes les enfants roms dans le domaine de l'éducation continuent, bien qu'elles aient été dénoncées tant à l'échelon national qu'international. Les autorités tchèques doivent mettre fin à la ségrégation imposée aux enfants roms dans les écoles et agir afin d'éradiquer les causes sous-tendant cette discrimination », a déclaré Nicola Duckworth, directrice du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International.

Le rapport d'Amnesty International intitulé Czech Republic: Injustice renamed: Discrimination in education of Roma persists in the Czech Republic examine les discriminations systématiques continuant à caractériser le système éducatif tchèque en dépit d'un jugement prononcé en 2007 par la Cour européenne des droits de l'homme.

La Cour a ainsi estimé que la République tchèque avait fait acte de discrimination contre des enfants roms en les plaçant dans des « écoles spéciales » destinées aux élèves souffrant de handicaps mentaux légers, où ils recevaient une éducation de qualité inférieure.

Ayant adopté une nouvelle loi sur les écoles en 2005, les autorités tchèques se sont contentées de rebaptiser les « écoles spéciales » « écoles élémentaires pratiques », mais le système d'orientation des enfants vers ces écoles, où le programme d'enseignement est restreint, n'a pas réellement changé.

« Les mesures annoncées par les autorités tchèques en novembre dernier, ayant pour but de soutenir les enfants roms dans le cadre du système éducatif classique, ne vont pas suffisamment loin car elles ne sont ni exhaustives, ni légalement contraignantes », a déploré Nicola Duckworth.

Des délégués d'Amnesty International se sont rendus dans plusieurs écoles d'Ostrava où, en 1999, 18 mineurs roms ont déposé la plainte qui a finalement débouché sur le jugement de la Cour européenne.

L'organisation a découvert que les enfants roms continuaient à être surreprésentés dans les écoles et classes dites pratiques, destinées aux élèves présentant des « handicaps mentaux légers », et ce en raison de l'incapacité des établissements d'enseignement ordinaire à répondre à leurs besoins.

Dans certaines zones, les enfants roms représentent plus de 80 % des élèves des écoles élémentaires pratiques.

Certains enfants roms sont victimes d'une autre forme de ségrégation, lorsqu'ils se retrouvent dans des écoles réservées aux seuls Roms qui proposent souvent une instruction de moindre qualité, limitant ainsi leurs perspectives d'avenir, tant sur le plan éducatif que professionnel.

L'orientation vers des écoles et classes pratiques censées accueillir les élèves présentant des « handicaps mentaux légers » est déterminée par les résultats d'évaluations qui ne prennent pas en compte la différence des enfants roms d'un point de vue culturel et linguistique, et sont susceptibles d'être faussés par les préjugés des personnels chargés de mener l'évaluation.

« Le devoir consistant à veiller à ce que les enfants roms soient bien intégrés dans des écoles ordinaires revient aux autorités tchèques, qui se voient offrir là une occasion unique de remédier à des décennies de discrimination et de ségrégation », a ajouté Nicola Duckworth.

« L'éducation est le grand facteur permettant de rompre le cercle vicieux de la pauvreté et de la marginalisation qui font le quotidien d'une grande partie de la population rom du pays. Tant que les autorités tchèques ne donneront pas aux enfants roms les mêmes opportunités qu'aux autres, elles les priveront de la possibilité d'avoir un futur meilleur et de participer pleinement à la vie du pays. »

Amnesty International a appelé les autorités tchèques à :
  • suspendre tous les placements d'enfants dans des écoles pratiques et des classes réservées aux élèves souffrant de « handicaps mentaux légers » pour l'année scolaire 2010/11, en attendant que soit examinée la pertinence de ces filières et écoles ;
  • imposer dans le droit la déségrégation de l'éducation et adopter un plan global incluant des objectifs annuels clairs pour en finir avec la mise à l'écart des enfants roms à l'école ;
  • faire en sorte que des structures de soutien supplémentaires soient immédiatement mises à la disposition des enfants qui en ont besoin afin qu'ils participent réellement à l'école générale intégrée et qu'ils y développent au mieux leurs capacités.

 

Soutenez l'appel demandant à la ministre de l'Éducation Miroslava Kopicova de mettre fin à la discrimination dont sont victimes les enfants roms dans le système scolaire tchèque
(appel à l'action non disponible en français).

 


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