Annual Report 2013
The state of the world's human rights

4 December 2009

Honduras : des militants décrivent à Amnesty International une crise des droits humains cachée

Honduras : des militants décrivent à Amnesty International une crise des droits humains cachée
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Au moment où le président élu Porfirio Lobo s'apprête à prendre le pouvoir, de nouvelles questions se posent sur les événements qui ont eu lieu depuis le coup d'état de juin dernier.

Une délégation d'Amnesty International présente au Honduras s'est entretenue avec des militants des droits humains au sujet de la crise cachée qui affecte cette nation d'Amérique centrale.

Lire les entretiens avec les militants :

Dina Meza - « Nous sommes revenus en arrière de trente ans »
Donny Reyes - « La plupart des crimes contre les personnes LGBT ne sont pas résolus »
Alexis Quiroz - « La population doit être informée pour prendre des décisions objectives »

 

Gilda Rivera : « Les femmes sont plus en danger parce qu'elles sont considérées comme des citoyens de seconde classe »

Hilda Gilda Rivera travaille dans ce qui semble être une oasis calme à Tegucigalpa. Quand vous êtes là, au milieu des plantes et des peintures qui décorent le bâtiment, il est difficile d'imaginer ce que cette femme et son organisation entendent chaque jour. Parfois, une voiture inconnue arrive et se gare discrètement dans le quartier, sans raison apparente, reste là un certain temps et puis s'en va.

Gilda est la directrice du Centre pour les droits des femmes, un groupe de personnes qui recensent et combattent les violences commises contre les femmes au Honduras.  

Dans un rapport publié récemment, le Centre a dressé un tableau sombre de la situation des femmes dans ce pays où des centaines d'entre elles ont été victimes d'agressions sexuelles, de violences conjugales et de meurtres.

Gilda explique que la situation des femmes au Honduras a toujours été préoccupante mais qu'elle a empiré brutalement depuis le coup d'état de juin 2009.
« Lorsque toute la population est confrontée à des violations des droits humains, la situation est plus dangereuse encore pour les femmes parce que nous sommes considérées comme des citoyens de seconde classe », a déclaré Gilda.

Le Centre a recensé plusieurs cas de violences sexuelles contre des femmes qui auraient été commises par des membres des forces de sécurité depuis le coup d'état, dans le nord du pays en particulier.

« Arrêtée par des policiers à l'issue d'une manifestation, une femme a été emmenée dans un terrain vague et violée par quatre policiers. Elle a pu voir le nom de certains d'entre eux sur leur uniforme.

« Ils l'ont abandonnée sur place. Elle a été tellement terrorisée qu'elle a dû déménager. Voilà le genre de sanction imposée aux femmes qui osent parler, participer, se comporter comme des citoyennes. »

Gilda est convaincue que l'absence d'investigations et de décisions de justice pour les femmes ayant été victimes de violences entraîne de nouveaux abus.
« Le coup d'état nous a fait perdre une grande partie de ce que nous avions conquis ... la seule chose que les femmes ont gagnée ce sont des violences supplémentaires. »



DinaDina Meza: « Nous sommes revenus trente ans en arrière »
Dina Meza vit et exprime son engagement en faveur des droits humains à chaque occasion qui lui est donnée. En tant que journaliste, militante et membre du Comité des familles de détenus et disparus du Honduras (COFADEH), une des plus anciennes organisations de défense des droits humains, Dina sait que trop bien ce que cela veut dire de travailler dans des domaines qui ne plaisent pas toujours aux autorités.

Les cinq derniers mois ont été particulièrement chargés pour Dina et ses collègues du COFADEH. Les membres du Comité ont passé des jours et des nuits à rassembler des témoignages de menaces, harcèlement, violences policières, arrestations arbitraires, mauvais traitements et homicides dans tout le pays.

Le COFADEH a déposé des requêtes en habeas corpus et entrepris d'autres démarches auprès de la justice au nom des personnes touchées par la répression.

Le 23 septembre, la police a jeté des bombes lacrymogènes dans leurs bureaux à Tegucigalpa alors que Dina et ses collègues se trouvaient à l'intérieur. Par ce geste, ceux qui ont pris le pouvoir leur faisaient clairement savoir que défendre les droits humains faisait partie du problème, pas de la solution.

Dina est convaincue que le problème sous-jacent au Honduras est l'absence de justice qui règne depuis les années 1980 où des personnes étaient tuées ou disparaissaient aux mains des forces de sécurité.

« Les générations qui ont fait les frais de la répression dans les années 80 – ces hommes, ces femmes victimes d'homicides, de disparitions, et dont les proches n'ont toujours pas bénéficié de réparations –, l'impunité dont ont bénéficié les auteurs de violations des droits humains qui se déplacent librement dans les rues au Honduras : tout cela a à voir avec ce qui se passe aujourd'hui. Cela nous montre que lorsque la répression reste impunie, elle réapparaît, a déclaré Dina.

« Nous avons la répression judiciaire, la répression policière, la répression militaire - que signifie tout cela ? Nous devons réformer et restructurer toutes ces institutions et recommencer sur de nouvelles bases. »



Donny Reyes : « La plupart des crimes contre les personnes LGBT ne sont pas résolus »
donny Avant que la crise politique n'éclate au Honduras, Donny Reyes essayait de mettre son pays à l'heure internationale en diffusant des informations sur les violences et la discrimination endurées par les lesbiennes et les gays et les personnes bisexuelles et transgenres.

Mais lorsque ce pays d'Amérique centrale a plongé dans la tourmente, les droits fondamentaux ont été mis de côté.

« Nous avions engagé des discussions avec le bureau du procureur général, avec des membres de la police et certains membres du gouvernement au sujet de la tenue d'enquêtes [sur les crimes perpétrés contre des personnes LGBT] et de l'ouverture de certains services publics. Tout ceci a pris fin après le coup d'état », a expliqué Donny.

Selon les informations publiées par l'organisation pour laquelle travaille Donny, l'Arc-en-ciel, le nombre d'homicides perpétrés contre des personnes transgenres a aussi fortement augmenté depuis le coup d'état.

Les recherches menées par l'Arc-en-ciel ont fait apparaître qu'il y avait eu 12 meurtres de personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres au Honduras en 2008. Dans les quatre mois qui ont suivi le coup d'état ce chiffre était de 14.

« Il s'agit là des morts violentes et des crimes que nous avons recensés. Ce chiffre n'inclut pas les nombreux autres crimes dont nous n'avons pas eu connaissance, ceux qui sont non résolus et restent impunis, a déclaré Donny.

Ce militant, qui a lui-même été victime de violences aux mains des forces de sécurité en 2007, a expliqué que la période la plus dangereuse avait été celle du couvre-feu mis en place dans plusieurs régions du pays pendant la semaine d'état d'urgence ayant suivi le coup d'état.

Pendant cette période au moins trois membres de la communauté LGBT ont été tués. Fabio Zamora a été abattu d'une balle dans la tête pendant qu'il travaillait dans un marché. Deux autres personnes ont été tuées : Marion Cardenas, d'une balle dans le front le 29 juin et Vicky Hernandez, de la même façon, à San Pedro Sula, pendant le couvre-feu, le 28 juin.

« Pendant l'état d'urgence, il régnait un climat de peur, de panique collective. Aucun mouvement ne pouvait se faire s'il n'avait pas été autorisé par les forces de sécurité, l'armée en particulier. Le jour où l'état d'urgence a été décrété, tout le monde a couru chez soi pour se cacher et trouver un refuge. Personne ne voulait endosser la responsabilité de ce que les autorités allaient faire ce jour-là. »



Alexis Quiroz : “The population needs to be informed to make objective decisions”
Dans le bureau d'Alexis, une vieille maison de Tegucigalpa, la télévision ne diffuse qu'une seule chaîne, Canal 36, une des principales chaînes d'information du pays. Mais il n'y a pas d'images à l'écran. Au lieu de cela un plan fixe sur lequel on peut lire : « Ils bloquent la fréquence de Canal 36 pour nous empêcher de vous informer. »

Cette phrase illustre bien la situation à laquelle sont confrontés les journalistes au Honduras, et le nouveau mode de fonctionnement des médias dans la crise politique hondurienne.

« Avant le coup d'état, nous avions quelques différences d'opinion avec le gouvernement mais il n'y avait pas de censure, a déclaré Alexis. Il n'y avait pas de violence contre les journalistes ou les personnes s'exprimant contre le gouvernement.


« Maintenant, il y a même des décrets qui stipulent que personne ne peut dire quoi que ce soit de négatif au sujet d'un représentant de l'État ; vous ne pouvez émettre une opinion défavorable au sujet d'une telle personne. »


C-Libre, l'organisation dans laquelle Alexis travaille, a recensé 130 cas de menaces, licenciements et attaques à l'encontre de journalistes depuis le coup d'état du 28 juin.


« De nombreux bureaux de presse sont occupés par l'armée, les agressions physiques contre des journalistes sont très nombreuses et il y a des menaces : ce sont les trois sujets de préoccupations les plus brûlants. Nous avons recensé au moins 130 cas, dont des fermetures de services de presse. »

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Des enquêtes indépendantes doivent être menées sur les atteintes aux droits humains commises au Honduras (nouvelle, 3 décembre 2009)

Issue

Activists 
Disappearances And Abductions 
Law Enforcement 
Sexual Orientation and Gender Identity 
Women 

Country

Honduras 

Region

Americas 

@amnestyonline on twitter

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