Tchad : les expulsions forcées font des milliers de sans-abri

Expulsions forcées au Tchad.

Expulsions forcées au Tchad.

© Amnesty International


9 September 2009

Les autorités tchadiennes doivent mettre un terme aux expulsions forcées qui ont privé des dizaines de milliers de personnes de leur logement dans la capitale du Tchad, N'Djamena, a déclaré Amnesty International dans un rapport publié mardi 8 septembre 2009.

Ce rapport, intitulé Tchad. Maisons démolies, vies brisées. Pour en finir avec les expulsions forcées au Tchad, s'appuie sur des images satellite accessibles sans restriction, vérifiées lors de visites de sites et d'entretiens approfondis réalisés à N'Djamena en mai 2009, pour illustrer l'ampleur des démolitions qui ont eu lieu dans la capitale de janvier 2008 à fin juillet 2009.

Ces destructions ont été autorisées par le président tchadien en personne. En février 2008, Idriss Déby Itno a signé un décret permettant la démolition des constructions et bâtiments prétendument érigés sans permis. Nombre des démolitions qui se sont ensuivies bafouaient tant les normes internationales relatives aux droits humains que le droit tchadien.

« L'immense majorité des familles qui ont perdu leur foyer n'ont pas été consultées par les autorités, n'ont été prévenues de leur expulsion que tardivement, voire pas du tout, et ne se sont vu proposer ni relogement, ni indemnisation», a déclaré Tawanda Hondora, directeur adjoint du programme Afrique d'Amnesty International. Plongées dans des situations terribles, beaucoup ont été réduites à vivre dans les décombres de leur maison.

« Les autorités tchadiennes doivent respecter l'état de droit, a ajouté Tawanda Hondora. Elles doivent veiller à ce que le droit de toute personne à la protection de la loi soit respecté. »

Certaines familles ont été chassées par les autorités au mépris de décisions de justice interdisant leur expulsion. Dans le quartier de Diguel Est, par exemple, des habitants possédant des titres de propriété ont intenté une action en justice et un tribunal a émis une ordonnance en leur faveur. Cependant, le maire de N'Djamena a ignoré cette décision et a ordonné la démolition de leurs habitations. En réaction, le syndicat des magistrats a menacé de se mettre en grève.

« Ces images illustrent le sort révoltant réservé aux familles dont les maisons ont été détruites à la suite de la signature du décret par le président Déby, a déclaré Tawanda Hondora. Le rythme auquel ont progressé les démolitions de maisons à N'Djamena permet d'imaginer l'ampleur effarante des souffrances humaines subies. »

Les images satellite publiées dans Tchad. Maisons démolies, vies brisées montrent que plus de 3 700 constructions ont été détruites sur une période d'environ 385 jours, entre janvier 2008 et janvier 2009.

Dans le cadre de sa campagne Exigeons la dignité, lancée en mai 2009, Amnesty International exhorte le gouvernement tchadien à décréter un moratoire sur les expulsions massives, dans l'attente d'une interdiction claire et effective de cette pratique et de la mise en place d'un cadre juridique garantissant la protection des droits humains.

Les autorités doivent également veiller à ce que toutes les victimes d'expulsion forcée puissent bénéficier d'une solution de relogement convenable, d'une aide d'urgence et de la possibilité de saisir la justice et d'exercer des voies de recours effectives leur permettant notamment d'obtenir des réparations.

Dans le cadre de cette campagne, l'organisation demande aux gouvernements au niveau mondial de prendre toutes les mesures nécessaires, notamment en adoptant des lois et des politiques conformes au droit international relatif aux droits humains, afin d'interdire et d'empêcher les expulsions forcées.

Chad: Broken homes, broken lives - end forced evictions in Chad

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Index Number: AFR 20/005/2009
Date Published: 8 September 2009
Categories: Chad

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