Indonésie - Rapport 2009 d'Amnesty International

Human Rights in République d'Indonésie

Amnesty International  Report 2013


The 2013 Annual Report on
Indonesia is now live »

Chef de l'État et du gouvernement : Susilo Bambang Yudhoyono
Peine de mort : maintenue
Population : 234,3 millions
Espérance de vie : 69,7 ans
Mortalité des moins de cinq ans (M/F) : 36 / 26 ‰
Taux d'alphabétisation des adultes : 90,4 %

L'année a été marquée par une nouvelle dégradation de la situation en Papouasie et aux Moluques, où la liberté d'expression était régulièrement bafouée. Il y avait dans le pays 117 prisonniers d'opinion, un chiffre en nette augmentation. Les agressions à l'encontre de groupes religieux minoritaires et de leurs responsables se sont multipliées dans l'ensemble de l'archipel. La police et les forces de sécurité se sont de nouveau rendues coupables d'actes de torture, de recours excessif à la force et d'homicides illégaux. Aucune mesure n'a été prise afin de traduire en justice les auteurs de graves violations des droits humains commises par le passé dans la province de l'Aceh (Nanggroe Aceh Darussalam), en Papouasie et au Timor-Leste. Après la reprise des exécutions, en juin, 10 personnes au total ont été passées par les armes. L'Indonésie affichait le taux de mortalité maternelle le plus élevé d'Asie du Sud-Est.

Liberté d'expression
Comme les années précédentes, la liberté d'expression était soumise à d'importantes restrictions. Le nombre de personnes arrêtées et placées en détention pour avoir exprimé leurs opinions de manière pacifique était en augmentation et s'élevait à 32 au moins. Quatre-vingt-cinq personnes incarcérées au cours des années précédentes se trouvaient toujours en prison.
La loi interdisait toujours de hisser le drapeau de l'Étoile du matin en Papouasie, celui du Croissant de lune en Aceh ou le Benang Raja aux Moluques.
Papouasie
Un conflit d'intensité modérée opposait toujours les forces de sécurité et les indépendantistes de Papouasie. Des dirigeants communautaires ont reçu des menaces et ont fait l'objet de manœuvres d'intimidation de la part de militaires et de policiers. Des cas de torture, de mauvais traitements, de recours excessif à la force et d'exécutions extrajudiciaires commis par les forces de sécurité ont été signalés.
En août, au cours d'un rassemblement organisé à l'occasion de la Journée internationale des populations autochtones, la police a ouvert le feu sur un groupe de participants après que certains d'entre eux eurent déployé le drapeau de l'Étoile du matin, un geste proscrit par la loi. Un manifestant pacifique, Opinus Tabuni, a été retrouvé mort après l'intervention.
Sous le coup, respectivement, d'une peine de quinze et dix ans d'emprisonnement, Filep Karma et Yusak Pakage demeuraient incarcérés. Tous deux avaient été condamnés en 2005 pour avoir brandi le drapeau emblème de l'indépendance papoue.
Moluques
Vingt et un hommes qui avaient effectué une danse guerrière traditionnelle devant le chef de l'État et déployé le drapeau interdit Benang Raja ont été condamnés pour « rébellion » à des peines allant de sept à vingt ans d'emprisonnement, à l'issue de procès qui se sont poursuivis tout au long de l'année.

Liberté de religion
Les membres de la minorité religieuse ahmadiyya continuaient d'être victimes de discrimination, de manœuvres d'intimidation et de violences. Au cours d'un rassemblement interreligieux organisé en juin, des ahmadis ont été agressés par des sections du Front des défenseurs de l'islam (FPI). Les policiers qui suivaient le déroulement de la manifestation ne sont pas intervenus. À la suite de ces événements, le gouvernement indonésien a annoncé l'adoption d'un décret interministériel gelant les activités de la communauté ahmaddiya, plaçant de fait ses fidèles hors la loi. En octobre, Munarman, commandant de la milice du FPI, et Rizieq Shihab, dirigeant du FPI, ont été condamnés à dix-huit mois d'emprisonnement pour incitation à la violence lors du rassemblement.
Comme les années précédentes, des dignitaires chrétiens ont été la cible d'attaques et des églises ont été fermées en Papouasie.
En août, dans le district sud de Djakarta, trois personnes qui n'ont pas été identifiées ont roué de coups Benny Susetyo, prêtre catholique et défenseur des droits humains, jusqu'à ce qu'il perde connaissance.

Police et autres forces de sécurité
Des policiers et des militaires se sont rendus responsables de violations des droits humains, notamment de brutalités lors d'arrestations – qui ont entraîné la mort dans certains cas –, d'actes de torture et de mauvais traitements contre des personnes détenues, de non-protection de personnes participant à des manifestations pacifiques et de pratiques corrompues.
En avril, le Comité contre la torture [ONU] a examiné le second rapport périodique de l'Indonésie. Tout en saluant certaines évolutions au plan législatif, il s'est déclaré profondément inquiet des nombreuses informations crédibles faisant état de « l'utilisation systématique et généralisée de la torture et des mauvais traitements sur les suspects en garde à vue », ainsi que du recours à la torture au cours d'opérations militaires.

Impunité
En janvier, la Cour suprême a condamné l'ancien pilote de ligne Pollycarpus Priyanto à vingt années d'emprisonnement pour avoir empoisonné, en 2004, le défenseur des droits humains Munir Said Thalib au cours d'un vol de la compagnie Garuda entre l'Indonésie et les Pays-Bas. Un ancien dirigeant de Garuda, Indra Setiawan, a été condamné en février à un an d'emprisonnement pour avoir falsifié les documents ayant permis à Pollycarpus Priyanto de voyager à bord du même avion que Munir Said Thalib. Accusé d'avoir organisé l'assassinat de Munir Said Thalib, un ancien directeur adjoint de l'Agence nationale du renseignement (BIN), Muchdi Purwoprandjono, a été acquitté faute de preuves en décembre. Trois témoins à charge, tous anciens membres de la BIN, étaient revenus sur leurs déclarations en septembre, ce qui laissait craindre que le cours de la justice n'ait été entravé.
Instituée dans l'objectif de rassembler des informations sur les crimes perpétrés au Timor-Leste en 1999 et de promouvoir la réconciliation, la Commission vérité et amitié a remis, en juillet, ses conclusions aux gouvernements du Timor-Leste et de l'Indonésie. Elle imputait la responsabilité des violations graves des droits humains aux milices autonomistes, mais aussi à l'armée, au gouvernement civil et à la police d'Indonésie. Les autorités indonésiennes ont salué la publication de ce rapport et fait part de leurs regrets au sujet des événements de 1999, mais n'ont pas présenté d'excuses.
Le mandat de la Commission vérité et amitié ne lui permettait pas d'engager des poursuites et cette instance n'a pas communiqué l'identité des auteurs des violations. En réaction à l'impunité dont jouissaient ces personnes, les Nations unies ont boycotté les investigations menées par la Commission et préféré reprendre les poursuites engagées par le Groupe d'enquête sur les crimes graves et par les procureurs du Timor-Leste, qui ont enquêté sur les violences de 1999.
En avril, la Cour suprême d'Indonésie a annulé la condamnation de l'ancien chef de milice Eurico Guterres qui s'était vu infliger une peine de dix ans d'emprisonnement pour crimes contre l'humanité commis au Timor-Leste. Sur un total de six accusés déclarés coupables en première instance, il avait été le seul à voir sa condamnation confirmée et à purger une peine de prison.

Peine de mort
L'Indonésie a repris les exécutions en juin, après quatorze mois d'interruption. Dix personnes ont été passées par les armes en 2008, alors que 11 exécutions avaient été enregistrées au cours des dix dernières années. Au moins 10 personnes ont été condamnées à la peine capitale ; au total, 116 prisonniers au moins restaient sous le coup d'une condamnation à mort.
Le 8 novembre, Amrozi bin H. Nurhasyim, son frère Ali Ghufron et Imam Samudera ont été exécutés. Ces trois hommes avaient été reconnus coupables de participation aux attentats perpétrés à Bali le 12 octobre 2002, qui avaient causé la mort de 202 personnes.
En décembre, l'Indonésie a voté contre une résolution de l'Assemblée générale des Nations unies appelant à un moratoire mondial sur les exécutions.

Droit à la santé
L'Indonésie affichait le taux de mortalité maternelle le plus élevé d'Asie du Sud-Est ; on estimait à 19 000 le nombre de décès maternels survenant chaque année. Le taux était nettement plus important dans les régions reculées ou au sein des communautés autochtones que dans les régions centrales et plus développées de l'archipel.

Visites et documents d'Amnesty International
Des délégués d'Amnesty International se sont rendus en Indonésie en mars, juillet, août et novembre.
Indonesia Briefing to the UN Committee Against Torture (ASA 21/003/2008).

Indonésie. Il faut qu’une enquête soit menée sur les mauvais traitements infligés à un prisonnier papou (ASA 21/019/2008).

Indonésie. Répression de la liberté d’expression aux Moluques (ASA 21/021/2008).