Honduras : des photos et des témoignages de manifestants montrent l'importance des violences policières

Femme hospitalisée après avoir participé aux manifestations pacifiques.

Femme hospitalisée après avoir participé aux manifestations pacifiques.

© Amnesty International


19 August 2009

Amnesty International a publié le 19 août une série de photos et de témoignages mettant en évidence les graves brutalités infligées par la police et l'armée à des manifestants pacifiques dans la capitale hondurienne, Tegucigalpa. L'organisation a attiré l'attention sur le recours à des arrestations massives et des passages à tabac comme moyen de punir les personnes exprimant leur opposition au coup d'État perpétré en juin avec le soutien des militaires.

La multiplication des violations des droits humains appelle de manière plus urgente encore la mobilisation de la communauté internationale en vue de trouver une solution à la crise politique.

Les photos et les témoignages ont été recueillis par une délégation d'Amnesty International qui s'est entretenue avec un grand nombre des 75 personnes détenues au poste n° 3 de la police métropolitaine de Tegucigalpa après que la police, soutenue par l'armée, eut dispersé une manifestation pacifique le 30 juillet.

La plupart de ces personnes présentaient des blessures consécutives aux coups de matraque infligés par les policiers ou provoquées par des pierres et d'autres projectiles qui les avaient touchées. Aucune n'avait été informée au moment de l'arrestation des raisons de celle-ci, du lieu où elle allait être conduite ni des charges retenues contre elle. Toutes ont été remises en liberté au bout de quelques heures.

« Les arrestations arbitraires massives et les brutalités infligées aux manifestants constituent aujourd'hui au Honduras un problème grave et de plus en plus préoccupant, a déclaré Esther Major, chercheuse sur l'Amérique centrale à Amnesty International.

« Les arrestations et les mauvais traitements sont actuellement utilisés à titre de châtiment contre celles et ceux qui s'opposent ouvertement au gouvernement de facto, et comme outil de dissuasion destiné à quiconque envisage de descendre dans la rue pour exprimer sans violence son mécontentement quant aux troubles politiques que traverse le pays », a poursuivi Esther Major.

Dix étudiants figuraient parmi les personnes placées en détention le 30 juillet. Tous avaient été frappés par la police à coups de matraque dans le dos, sur les bras et derrière les jambes. L'un d'eux a déclaré : « Les policiers lançaient des pierres ; ils nous ont coincés, nous ont fait tomber, face contre terre, et nous ont frappés. Ils nous ont pris nos appareils photo et ont continué à frapper ceux qui relevaient la tête ; ils nous ont frappé encore au moment où nous sommes montés dans les fourgons. »

Plusieurs des manifestants avec lesquels Amnesty International s'est entretenue ont déclaré que les policiers ne portaient pas d'accessoire permettant de les identifier à première vue. Certains, ont-ils indiqué, leur ont dit : « Ne nous regardez pas, fils de putes ! ». D'autres avaient le visage masqué par un bandana, selon ces témoignages.

« Nous manifestions pacifiquement, a déclaré à Amnesty International F. M., un enseignant de cinquante-deux ans arrêté lui aussi le 30 juillet. Soudain, la police a chargé et je me suis mis à courir. Des policiers m‘ont attrapé et ont crié : “Pourquoi vous soutenez tous le gouvernement de Zelaya ?” Ils m'ont frappé. On ne m'a pas dit pourquoi j'étais détenu. »

« Le recours à une force excessive et à des arrestations arbitraires massives comme moyen de répression de la contestation ne fait qu'exacerber davantage les tensions et entraîne de graves violations des droits humains, a indiqué Esther Major. La force ne doit être employée que dans les circonstances les plus extrêmes, et certainement pas comme un outil destiné à empêcher les citoyens d'exercer leur droit légitime de manifester pacifiquement. »

Amnesty International est également préoccupée par les actes de harcèlement et d'intimidation dont sont victimes les défenseurs des droits humains, ainsi que par les restrictions imposées à la liberté d'expression et les nombreuses attaques perpétrées contre des journalistes – des organes de presse ont été interdits, du matériel a été confisqué et des journalistes et des cameramen ont été brutalisés.
La situation des droits humains dans le reste du pays serait tout aussi préoccupante qu'à Tegucigalpa, voire plus. La police et l'armée ont installé des postes de contrôle sur les routes principales et freinent, ou même refusent, l'entrée des organisations de défense des droits humains dans les zones où des violations sont signalées.

Les préoccupations en matière de droits humains au Honduras se sont accrues après que le président démocratiquement élu, José Manuel Zelaya Rosales, eut été déposé, le 28 juin, et expulsé du pays par un groupe de responsables politiques soutenus par l'armée et emmenés par Roberto Micheletti, alors président du Congrès national. Le pays est en proie à des troubles de grande ampleur depuis le coup d'État, et de nombreux affrontements ont opposé l'armée et la police à des citoyens qui manifestaient. Deux personnes au moins sont mortes après avoir été atteintes par des balles tirées lors des manifestations.

Honduras: Human rights crisis threatens as repression increases

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Index Number: AMR 37/004/2009
Date Published: 19 August 2009
Categories: Honduras

Concerns about human rights in Honduras have intensified since the democratically elected President Zelaya was forced from power on 28 June 2009 and expelled from the country by a military backed group of politicians. In this document Amnesty International highlights serious human rights concerns which include the increasingly disproportionate and excessive use of force being used by the police and military to repress legitimate and peaceful protests across the country. Media workers and human rights defenders who are legitimately carrying out their vital work covering events have also been targeted.


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