Annual Report 2013
The state of the world's human rights

17 July 2009

Lettre des parents d'Anastassia Babourova, journaliste russe assassinée

Lettre des parents d'Anastassia Babourova, journaliste russe assassinée
L'avocat et défenseur des droits humains Stanislav Markelov et la journaliste Anastassia Babourova ont été tués par un homme non identifié il y a six mois – le 19 janvier 2009 – dans le centre de Moscou.

Stanislav Markelov a été abattu vers 14 heures, après avoir assisté à une conférence de presse au cours de laquelle il avait évoqué son projet de former un recours contre la libération anticipée d'un ancien colonel russe condamné pour le meurtre d'une jeune Tchétchène.

Anastassia Babourova, une journaliste du Novaïa Gazeta qui accompagnait Stanislav Markelov, a été grièvement blessée lorsqu'elle a essayé de stopper le meurtrier. Elle est morte le jour même à l'hôpital, sans avoir repris connaissance.

Le principal service d'enquêtes de la commission d'investigations du bureau du procureur général enquête actuellement sur le meurtre de Stanislav Markelov et d'Anastassia Babourova.

Ce qui suit est une lettre envoyée par les parents d'Anastassia Babourova à Amnesty International.

Nous souhaitons remercier les militants d'Amnesty International pour l'intérêt et la sollicitude dont ils ont fait preuve au sujet de Stanislav Iourevitch Markelov et de notre fille bien aimée, Anastassia Babourova.

Nous espérons que les demandes formulées par la communauté internationale auprès du président et du gouvernement russes auront une influence positive sur le cours de l'enquête et contribueront à ce que le meurtrier et les commanditaires de ce meurtre soient traduits en justice. Il est condamnable de se montrer indifférent face à un quelconque crime et de ne pas le sanctionner, à plus forte raison lorsque des personnes sont tuées. Nul n'a le droit de mettre un terme à une vie humaine.

Le travail effectué par l'avocat Stanislav Markelov et la journaliste Anastasisa Babourova relevait de la défense des personnes, de la nature et de notre environnement contre les ingérences grossières et la destruction. Ils aimaient la Russie et se battaient pour sauver son image. Anastassia était scandalisée par les atteintes à la dignité humaine :

« C'est dur de regarder dans les yeux un étudiant coréen que deux jeunes voyous viennent de frapper à la tempe avant de sauter d'un tram en marche et de s'enfuir en courant. Ils ont sauté hors du tram, fait le salut nazi et disparu. Il est clair qu'ils copiaient les méthodes des voleurs sévissant dans le métro »
19 novembre 2007

Ou encore : « Je ne pouvais pas dormir ; j'ai quitté la maison à sept heures du matin et j'ai vu une victime de meurtre gisant par terre »
9 août 2008

Ces lignes sont éprouvantes à lire pour toute personne raisonnable. Comme tous les parents, nous avons essayé de protéger notre fille de la violence. Mais elle la remarquait quand même, et faisait tout son possible pour protester contre celle-ci.

Anastassia était très exigeante envers elle-même, responsable, honnête, gentille, belle à l'intérieur et à l'extérieur. Elle était fidèle en amitié et toujours prête à sacrifier ses propres intérêts pour un ami. Notre fille était aussi altruiste que l'était Stanislav Markelov, qui aidait tout le monde sans rien attendre en retour et ne profitait pas du malheur des autres.

Stanislav Markelov et Anastassia Babourova étaient très instruits. Stanislav donnait des conférences vraiment merveilleuses sur l'histoire de l'État russe. Éblouis, les gens l'écoutaient avec tant d'intérêt !

Anastassia parlait couramment l'anglais, le français et l'ukrainien, a terminé le lycée avec les meilleures notes imaginables, participait à des compétitions d'échecs à un niveau avancé, s'y connaissait en programmation informatique, pratiquait le yoga et les arts martiaux, et devait obtenir son diplôme de journalisme à l'université publique de Moscou. Elle était excitée à l'idée de sauter en parachute et de suivre les explorateurs de souterrains à Sébastopol. Et elle continuait à nous préserver, nous ses parents, de toute angoisse.

L'éminent écrivain ukrainien Nicolaï Ostrovski a un jour dit : « Une seule vie est donnée à chacun d'entre nous, et l'on devrait vivre de sorte à ne pas se tourmenter au sujet d'années vécues sans but, à ne pas ressentir la honte brûlante d'un passé mesquin et insignifiant, et à pouvoir dire, au moment de sa mort : j'ai consacré toute ma vie et tous mes efforts à lutter pour libérer l'humanité. »

Nous pensons que la vie de Stas et de Nastia a été guidée par ces mots. Notre fille nous a écrit pour nous dire que sa vision du monde s'est construite alors qu'elle était encore à l'école :
« Souvenez-vous des livres que je lisais alors ! »

Elle était fière de son activité professionnelle, et nous a écrit : « Je veux vraiment que vous, mes parents, sachiez ce que je fais ! »

Et nous lisions ses articles économiques dans Izvestia, mais ne savions rien de son travail pour Novaïa Gazeta.

Ce tueur doit être bien endurci et sûr de son impunité s'il est capable d'abattre Stanislav et notre fille devant tous ces passants, tout en conservant son calme. De les abattre et tout aussi calmement de quitter la scène du crime. Et Stanislav et Nastia, qui était encore vivante, gisaient dans la neige dans des mares de sang. Et pas un des passants n'est venu à leur aide, personne n'a aidé à empêcher le tueur de quitter les lieux.

C'est pourquoi nous pensons qu'il est important de rappeler aux dirigeants russes qu'il faut trouver et punir leur meurtrier et les commanditaires de ce crime.

Avec notre gratitude, Edouard Fyodorovitch Babourov et Larissa Ivanovna Babourova.

Issue

Activists 
Freedom Of Expression 
Impunity 

Country

Russian Federation 

Region

Europe And Central Asia 

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