Document - The Wire, March 2007. Vol. 37, No. 2



Le Fil d'AI


Mars 2007




Amnesty International

Document public

NWS 21/002/2007

ÉFAI



SOMMAIRE

Côte d'Ivoire : les violences sexuelles passées sous silence

Thaïlande : des réfugiés hmongs menacésd'expulsion

AI sur la scène internationale

Forum économique mondial

Les droits humains et la justice bafoués

AI appelle les États à ratifier la Convention contre les disparitions forcées

En bref

La peine de mort dans le monde

Des experts réunis en congrès à Paris

La condamnation à mort d'une mineure délinquante annulée en Iran

Un ancien condamné à mort décrit son expérience à AI

En bref

Appels mondiaux

Chine. Procès inéquitable

États-Unis. Les autorités américaines refusent un visa aux épouses de prisonniers cubains

Zimbabwe. Une association féminine est la cible de fréquentes arrestations

Iran. Une mineure délinquante risque d'être exécutée

Journée internationale de la femme (8 mars)

Le viol reste une menace pour des milliers de femmes dans le monde

Iran : les femmes signent pour une égalité de droits

Protégez les femmes et les fillettes du Darfour !

Une chaîne de solidarité en faveur des femmes en Biélorussie



Côte d'Ivoire:

les violences sexuelles passées sous silence


«Le premier jour, 40 hommes ont couché avec moi.»

Delphine, enlevée fin 2002 par un groupe d'opposition armé et victime de viols collectifs pendant plusieurs semaines


En janvier, des représentants du gouvernement et des membres du groupe d'opposition armé Forces nouvelles ont décidé de reprendre des pourparlers directs pour tenter de sortir le pays de l'impasse politique. Il n'était cependant pas question d'aborder le problème de l'impunité dont bénéficient les auteurs des viols et des autres violences sexuelles commis par toutes les parties au conflit armé actuel.


Depuis le début du conflit, en 2002, des milliers de femmes et de jeunes filles ont été victimes de viols et d'agressions sexuelles perpétrés de manière généralisée – parfois systématique – par des combattants ou par leurs alliés civils. Un grand nombre de femmes ont subi des tortures de nature sexuelle : elles ont été victimes de viols collectifs ou enlevées et soumises à l'esclavage sexuel par des combattants. Beaucoup ont été violées en public, devant leurs enfants ou près des cadavres de membres de leur famille. Or, personne n'a été amené à répondre de ces actes qui, perpétrés dans le cadre d'un conflit armé, constituent des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité.


Lors de ses dernières visites en Côte d'Ivoire, en 2005 et 2006, Amnesty International s'est entretenue avec un grand nombre de victimes de viols et d'autres violences sexuelles. Ces femmes ont expliqué qu'elles avaient été enlevées et gardées en tant qu'«objets»,et qu'on les avait prises pour cible à cause de leur appartenance ethnique ou de leur affiliation politique.


Fatou, une Malienne, a raconté à Amnesty International qu'un soldat des forces gouvernementales l'avait retenue à un poste de contrôle en mai 2005. «Quand il a découvert que j'étais malienne, il m'a agressée», dit-elle. Le soldat l'a ensuite emmenée dans un autre endroit. Fatou poursuit : «… il m'a jetée par terre et il m'a violée…Il m'a demandé de remonter dans la voiture et, en route, il m'a demandé de lui faire une fellation, il m'a frappée pour que je le fasse.Il m'a descendue de la voiture, […]il m'a déshabillée et m'a sodomisée.»Après cette agression, le militaire l'a laissée partir. Fatou a porté plainte dans un commissariat de police. À la connaissance d'Amnesty International, aucune enquête n'a été ouverte sur ces faits.


Les femmes victimes de viol n'ont quasiment pas la possibilité d'obtenir des soins médicaux ou un soutien psychologique. Elles continuent souvent longtemps de beaucoup souffrir physiquement et psychiquement. Une femme de trente-cinq ans violée par des membres d'un groupe d'opposition armé en 2002 a raconté à Amnesty International : «J'ai mal partout, surtout à l'utérus et au vagin,mes règles durent deux semaines.J'ai régulièrement des pertes de mémoire.»Beaucoup de femmes ont aussi été contaminées par le VIH/sida lorsqu'elles ont été violées par des combattants. Certaines sont mortes.


En 2004, l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) a été déployée afin de protéger les droits humains dans le pays «en prêtant une attention particulière aux actes de violence commis contre les femmes et les filles».La présence des soldats de l'ONUCI n'a cependant pas mis fin au climat d'impunité.


Amnesty International demande au gouvernement ivoirien, qui contrôle actuellement le sud de la Côte d'Ivoire, et aux Forces nouvelles, qui contrôlent le nord, de prévenir, de punir et d'éradiquer les violences sexuelles commises par leurs soldats et leurs sympathisants. Cela fait maintenant plus de six ans que ces crimes se multiplient en toute impunité, tandis que le monde détourne les yeux. Il est temps que chacun, y compris la communauté internationale, regarde les choses en face et veille à ce que justice soit enfin rendue.



Thaïlande :

des réfugiés hmongs menacés d'expulsion


Le gouvernement thaïlandais menace de renvoyer au Laos 153 réfugiés appartenant à la minorité hmong. Le 30 janvier, des agents des services de l'immigration ont traîné des femmes et des fillettes, qui pleuraient et criaient, hors de leur cellule du centre de rétention de Nong Khai, situé dans le nord-est de la Thaïlande. Ils ont utilisé du gaz lacrymogène contre les hommes et les jeunes garçons qui s'étaient barricadés dans leur cellule depuis plusieurs heures.


Ces 153 personnes, dont le statut de réfugié a pourtant été reconnu par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), risquent de subir de graves atteintes à leurs droits fondamentaux si elles sont renvoyées au Laos. Elles avaient été arrêtées en novembre et placées en détention à Bangkok, la capitale thaïlandaise, avant d'être transférées un mois plus tard dans le centre de Nong Khai.


Craignant de voir le gouvernement renvoyer ces réfugiés au Laos, plusieurs organismes et associations de défense des droits humains, dont le HCR et Amnesty International, avaient élevé des protestations. Les autorités thaïlandaises avaient réagi en déclarant fin 2006 que, pour des raisons humanitaires, ces 153 personnes ne seraient pas expulsées. Or, l'opération menée au début de l'année donne à penser que ces dernières ne sont toujours pas en sécurité.


Le 30 janvier, les femmes et les fillettes ont été embarquées dans des cars et conduites à la frontière laotienne. Deux femmes étaient enceintes de huit mois et une autre avait un bébé âgé de quelques semaines seulement. Deux hommes qui avaient été hospitalisés, l'un pour de graves problèmes hépatiques et l'autre pour une blessure par balle au visage, ont également été contraints de monter dans les cars.


Parallèlement, les agents de l'immigration ont appelé la police en renfort pour déloger les hommes et les jeunes garçons de la cellule dans laquelle ils s'étaient barricadés. Les policiers ont utilisé du gaz lacrymogène et ont tenté de scier les barreaux, mais ils ne sont pas parvenus à entrer. Selon des témoins, ils ont eu recours au gaz lacrymogène à trois reprises alors que 20 jeunes garçons se trouvaient dans la cellule.


Cette tentative d'expulsion a été stoppée pour des raisons qui n'ont pas été révélées, et les femmes et les fillettes ont été reconduites dans le centre de Nong Khai.


Le 26 janvier, 16 demandeurs d'asile laotiens appartenant à l'ethnie hmong ont été renvoyés au Laos. Ils sont apparemment incarcérés dans un centre de détention à Paksan, dans le centre du pays, et risquent de subir de graves violations de leurs droits fondamentaux. Aucune organisation internationale de défense des droits humains n'a pu se rendre auprès d'eux et on reste sans nouvelles du groupe depuis le 26 janvier. En décembre 2005, les autorités thaïlandaises ont renvoyé au Laos 27 réfugiés hmongs, dont 22 enfants séparés de leurs parents. Détenus au secret, ils seraient victimes de mauvais traitements, voire de torture. Leur renvoi forcé constitue une violation du droit international relatif aux réfugiés, de la Convention des Nations unies contre la torture et de la Convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant.


Le HCR a indiqué qu'il ne pourrait pas entrer en contact avec les 153 réfugiés hmongs s'ils étaient renvoyés au Laos. Il a ajouté : «Nous n'avons aucune garantie qu'[ils]seront trait[é]s correctement après leur retour dans ce pays.»


En vertu du droit international, les autorités thaïlandaises sont tenues de ne pas renvoyer des personnes dans un pays où elles risquent d'être soumises à de graves violations de leurs droits humains, notamment à la torture ou à d'autres formes de mauvais traitements. La Thaïlande doit respecter ses obligations internationales et ne pas entraver les démarches entreprises pour réinstaller ces 153 personnes dans des pays tiers.



AI sur la scène internationale


Forum économique mondial


Des dirigeants de gouvernements, d'entreprises et de la société civile du monde entier se sont réunis en janvier à Davos, en Suisse, à l'occasion du Forum économique mondial. La secrétaire générale d'Amnesty International, Irene Khan, a appelé les délégués à placer résolument au centre de tous leurs débats les droits humains des millions de personnes dont la vie est affectée par leurs décisions.


Elle a exhorté les dirigeants d'entreprise à respecter les droits humains dans le cadre de leurs activités et à ne pas encourager les atteintes à ces droits ni à s'en rendre complices, qu'elles soient commises par des gouvernements ou par des acteurs non étatiques.



Les droits humains et la justice bafoués


Selon Irene Khan, les discussions sur la sécurité et le terrorisme ont été extrêmement décourageantes et les participants ont raté une occasion d'agir. La secrétaire générale a déclaré que les États-Unis, le Royaume-Uni, le Pakistan et des États de l'Union européenne, parmi beaucoup d'autres, avaient violé des principes fondamentaux en matière de droits humains et de justice dans le cadre de leur lutte contre le terrorisme. Ces pays ont favorisé l'usage de la torture, mis en place un réseau honteux de centres de détention secrète et recouru à la détention illimitée sans inculpation ni jugement.


Au lendemain de la visite d'Amnesty International au Proche-Orient, Irene Khan a constaté avec satisfaction que les délégués israéliens et palestiniens présents à Davos se montraient optimistes quant à une avancée du processus politique. Elle a renouvelé l'appel lancé par Amnesty International à tous les dirigeants pour qu'ils prennent des mesures audacieuses et décisives afin de résoudre la crise qui perdure en Israël et dans les territoires occupés palestiniens, en plaçant les droits humains au cœur de toutes leurs initiatives.


Un débat intitulé Tenir les promesses faites à l'Afrique,auquel ont participé des stars de la musique pop et des personnalités politiques, a débouché sur la conclusion que les promesses en question étaient hypothéquées par la dette exorbitante, la corruption généralisée et le manque de volonté des acteurs concernés. Sadako Ogata, ancienne haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, a rappelé aux délégués que le problème des réfugiés devait cesser en Afrique et que le carnage au Darfour devait prendre fin.



AI appelle les États à ratifier la Convention contre les disparitions forcées


Des centaines de milliers de personnes, dans presque la moitié des pays du monde, ont été victimes de disparition forcée depuis que ce crime a été imaginé par Adolf Hitler en 1941.


Le 6 février 2007, la nouvelle Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, après avoir été adoptée sans vote par l'Assemblée générale des Nations unies en décembre 2006, a été ouverte à la signature lors d'une cérémonie organisée à Paris par le gouvernement français. En présence de la haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme et du président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 57 États ont signé la Convention le premier jour, ce qui constituait un début prometteur. Il s'agissait notamment de 18 pays d'Afrique, 19 pays d'Europe, 11 pays d'Amérique latine et six pays d'Asie et du Pacifique. La Convention entrera en vigueur lorsqu'elle aura été ratifiée par 20 États.


Amnesty International a fait campagne pendant des années auprès des États pour qu'ils adoptent une convention qui aide à prévenir les disparitions forcées, à sanctionner leurs auteurs et à octroyer des réparations aux victimes et à leur famille. La pratique des disparitions forcées se poursuit dans toutes les régions du monde. Il est donc absolument nécessaire que les pays signent, ratifient et appliquent rapidement ce texte.


En vertu de la Convention, les États doivent notamment :


sa0 - déclencher l'action judiciaire sur leur territoire lorsqu'une personne est soupçonnée d'être l'auteur d'une disparition forcée, extrader ce suspect vers un autre État ou le remettre à une juridiction pénale internationale ;

- veiller à ce que les victimes de disparition forcée aient le droit d'obtenir réparation ;

- mettre en place des garanties rigoureuses pour protéger les personnes privées de liberté, notamment en interdisant de façon absolue la détention secrète ;

- prendre les mesures appropriées pour rechercher et localiser les personnes disparues et trouver des solutions aux problèmes rencontrés par leurs enfants et leurs proches ;

- instituer un comité d'experts chargé de contrôler la mise en œuvre de la Convention et habilité à agir sur des cas individuels.


Agissez !


Écrivez à votre ministre des Affaires étrangères pour lui demander de ratifier et d'appliquer la Convention sans délai.



En bref


Iran


Mansour Ossanlu, président du Syndicat des travailleurs de la régie des bus de Téhéran et de sa banlieue, a été libéré sous caution le 19 décembre 2006. Amnesty International ne dispose pas d'informations précises concernant la date de son procès.


Mansour Ossanlu avait été arrêté sans mandat en novembre 2006, devant chez lui, par des hommes vêtus en civil. On pense qu'il s'agissait de membres des forces de sécurité. Il a ensuite été conduit à la prison d'Evin. Il semble qu'il n'ait pas été autorisé à s'entretenir avec son avocat. Lorsque son épouse lui a rendu visite une semaine plus tard, Mansour Ossanlu s'est plaint de problèmes de vue à l'œil dont il avait été opéré quelques jours avant son arrestation. Il lui a dit qu'il ne recevait aucun traitement médical.


Amnesty International ignore la nature précise des charges retenues contre Mansour Ossanlu. L'organisation pense qu'il a été détenu uniquement en raison de ses activités syndicales, pourtant pacifiques, et de ses contacts avec des organisations internationales du travail et avec les Nations unies.


Voir Le Fil d'AId'août 2006.



Chili


La mort d'Augusto Pinochet ne doit pas faire obstacle aux poursuites judiciaires engagées contre d'autres responsables présumés de tortures, de «disparitions» et de meurtres commis sous son régime. Plus de 3 000 personnes ont été tuées ou ont «disparu» au cours des dix-sept années où son gouvernement militaire a été au pouvoir.


Amnesty International demande l'abrogation immédiate de la Loi d'amnistie (décret n° 2.191) qui a été adoptée sous le régime d'Augusto Pinochet et utilisée bien trop souvent pour mettre les responsables de violations des droits humains à l'abri de poursuites judiciaires. L'organisation a publié les noms de 20 officiers de haut rang qui sont tous accusés de graves violations de ces droits et dont le procès est toujours en cours après plusieurs années.


Augusto Pinochet est mort le 10 décembre 2006, le jour de la Journée des droits de l'homme.



La peine de mort dans le monde


Des experts réunis en congrès à Paris


Le troisième Congrès mondial contre la peine de mort s'est déroulé à Paris (France) du 1er au 3 février. La manifestation Paris 2007 a rassemblé plus de 600 abolitionnistes et décideurs venus de toutes les régions du monde.


La délégation d'Amnesty International comprenait des experts du Secrétariat international et des coordonnateurs Peine de mort de pays aussi divers que l'Allemagne, le Canada, le Japon ou encore la Tunisie.


Les délégués se sont penchés sur les voies de l'abolition en Afrique du Nord, dans la zone Asie/Pacifique et au Moyen-Orient, s'intéressant notamment aux réformes qui permettraient des avancées politiques et judiciaires dans ces régions. Deux grandes discussions ont été organisées : Islam : un débat autour de la peine de mortet Chine, peine de mort et Jeux olympiques de Pékin.


Le congrès a donné la parole à ceux qui ont été profondément affectés par ce châtiment : d'anciens condamnés à mort innocentés, des proches de condamnés à mort, mais aussi des proches de victimes de meurtre qui militent contre la peine capitale.


Le congrès s'est terminé le samedi 3 février par une marche dans les rues de Paris qui a réuni des centaines de personnes sous le mot d'ordre Dites non à la peine de mort !


http://www.abolition.fr/ecpm/french/congres.php



La condamnation à mort d'une mineure délinquante annulée en Iran


Mahabad Fatehi, également appelée Nazanin, a été rejugée et ne risque plus d'être exécutée. Le 14 janvier, un tribunal pénal de Téhéran a en effet acquitté la jeune femme de dix-neuf ans de l'accusation de meurtre avec préméditation. Il l'a cependant condamnée à verser la diya(prix du sang) à la famille de l'homme qu'elle a tué en mars 2005 en état de légitime défense. Bien qu'âgée de dix-sept ans seulement au moment des faits, elle avait été condamnée à mort en janvier 2006 et risquait par conséquent d'être exécutée. Cette sentence avait ensuite été annulée en mai 2006, à la suite d'une vague de protestation internationale, et un nouveau procès avait été ordonné (voir Le Fil d'AId'octobre 2006).


L'issue de cette affaire souligne que l'Iran doit procéder d'urgence à des réformes juridiques pour mettre fin à l'exécution des mineurs délinquants (personnes de moins de dix-huit ans au moment du crime).


Les autorités iraniennes envisagent depuis maintenant plusieurs années de se doter d'une loi interdisant le recours à la peine capitale contre les mineurs délinquants. Un projet de loi portant création de tribunaux spéciaux chargés de juger les enfants et les adolescents a apparemment été adopté au cours de l'été 2006, mais il doit encore être approuvé par le Conseil des gardiens, l'organe qui veille à la conformité de la législation iranienne avec les principes de l'islam.


En tant qu'État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et à la Convention relative aux droits de l'enfant, l'Iran n'a pas le droit d'exécuter des personnes qui ont été condamnées pour avoir commis un crime alors qu'elles avaient moins de dix-huit ans. Or, Amnesty International a relevé que l'Iran a exécuté 22 mineurs délinquants depuis 1990. Actuellement, au moins 24 mineurs délinquants seraient sous le coup d'une condamnation à mort dans ce pays.


Pour agir, reportez-vous à l'Appel mondial sur l'Iran dans ce numéro.



Un ancien condamné à mort décrit son expérience à AI


Juan Meléndez a passé dix-sept ans dans le couloir de la mort en Floride (États-Unis) pour un crime qu'il n'avait pas commis. Depuis qu'il a été innocenté en 2002, il se bat sans relâche pour l'abolition de la peine capitale. «C'est mon devoir de lutter contre la peine de mort,a-t-il déclaré à Amnesty International. Pour moi c'est très personnel.»


Arrêté en 1984 pour meurtre et vol à main armée, il a été condamné en quelques jours. «Le procès a débuté un lundi,raconte-t-il. Le mercredi ils ont examiné les preuves […]Le jeudi j'ai été déclaré coupableet le vendredi on m'a condamné à mort,tout ça la même semaine.»


Juan Meléndez a été reconnu coupable alors que l'accusation ne disposait d'aucune preuve matérielle et que plusieurs personnes avaient témoigné de son innocence. «Des témoins ont confirmé mon alibi,explique-t-il. Ils ont corroboré mes déclarations […] Des témoins ont dit que l'indic de la police m'en voulait.»


Il ajoute : «Tous mes témoins étaient afro-américains – des hommes noirs, des femmes noires.Je crois que ça a beaucoup joué.Le jury ne les a pas crus.»


En décembre 2001, sa condamnation a été annulée après qu'un juge eut conclu que l'accusation avait omis de produire des preuves cruciales.


L'année 2007 marque le 30e anniversaire de la reprise des exécutions aux États-Unis après dix ans de répit. Durant ces trente dernières années, plus de 1000 condamnés à mort ont été exécutés et plus de 100 autres ont recouvré la liberté après avoir été innocentés.


L'abolition de la peine capitale est un objectif auquel Juan Meléndez ne renoncera pas. «Je ne cesserai pas d'en parler tant qu'elle ne sera pas abolie,déclare-t-il. La peine de mort est cruelle, raciste, inutile.La justice, ce n'est pas ça.En tant qu'êtres humains, nous devons non seulement dire que nous ne croyons pas en la peine capitale mais aussi agir contre ce châtiment !»


USA: The experiment that failed – A reflection on 30 years of executions(AMR 51/011/2007).


Agissez !


http://www.efai.amnesty.org/peinedemort




En bref


Asie/Pacifique : lancement d'un réseau régional contre la peine de mort


Des militants, des organisations non gouvernementales, des associations de la société civile et des juristes de la région Asie/Pacifique ont lancé le Réseau asiatique contre la peine de mort (ADPAN) le 10 octobre 2006, à l'occasion de la quatrième Journée mondiale contre la peine de mort.


L'ADPAN mène des actions dans la région pour sensibiliser l'opinion publique au caractère inique de la peine capitale.


Ce réseau a vu le jour lors d'une réunion consultative d'Amnesty International organisée à Hong Kong en juillet 2006. Ses membres viennent des pays de la région : la Corée du Sud, l'Inde, l'Indonésie, la Mongolie, le Pakistan, les Philippines, Singapour et la Thaïlande, pour ne citer qu'eux.


http://www.abolition.fr/ecpm/french/article.php?art=452



Les exécutions se poursuivent au Japon


Le 25 décembre 2006, le Japon a exécuté quatre hommes. L'un d'entre eux était âgé de soixante-dix-sept ans.


Ces exécutions envoient un message négatif aux pays de la région à l'heure où certains, comme la Corée du Sud ou Taiwan, envisagent d'abolir ce châtiment. La peine capitale a été supprimée au Cambodge, au Népal, au Timor-Leste et, récemment, aux Philippines.


"Will this day be my last?" The death penalty in Japan(ASA 22/006/2006)



Quatre exécutions en Arabie saoudite


Quatre hommes sri-lankais ont été exécutés le 19 févier. Depuis le début de l'année, l'Arabie saoudite a ainsi procédé à au moins 17 exécutions.


D'après une déclaration officielle du ministère de l'Intérieur, les quatre hommes ont été décapités pour avoir participé à une série de violents vols à main armée. Leur condamnation à mort avait, semble-t-il, été confirmée en appel.


Amnesty International craint que d'autres exécutions ne soient imminentes. Elle exhorte le roi Abdallah à commuer toutes les peines capitales.


Voir les Appels mondiaux du Fil d'AId'avril 2006.



Appels mondiaux


Chine


Procès inéquitable


MAO HENGFENGa été condamnée, en décembre 2006, à deux ans et demi de prison pour avoir cassé deux lampes de table. Elle avait été arrêtée le 30 juin 2006 et inculpée de «destruction volontaire du bien d'autrui».


Elle avait tout d'abord été interpellée par la police en mai 2006 et inculpée de «violation des conditions de résidence surveillée»,puis placée en «détention douce» dans une pension du quartier de Yangpu, à Shanghai, où elle avait été frappée par des policiers et contrainte de partager un espace restreint avec six autres hommes et femmes chargés de la surveiller. Mao Hengfeng a cassé deux lampes dans la pension alors qu'elle protestait contre son traitement.


Son procès n'a duré qu'une demi-heure et le tribunal n'a examiné que les éléments présentés par la police. Les avocats de Mao Hengfeng ont indiqué qu'on les avait harcelés et menacés pendant l'enquête pour les empêcher de faire leur travail.


Mao Hengfeng a été détenue au secret durant plus de huit mois. Grâce à l'intervention de son avocat, ses proches ont appris qu'elle avait subi des mauvais traitements. Ils n'ont cependant toujours pas été autorisés à lui rendre visite.


Depuis 1988, Mao Hengfeng adresse des requêtes aux autorités sur des questions de planning familial et de logement. Elle a été arrêtée à de nombreuses reprises dans le passé et a déclaré avoir subi des tortures et d'autres sévices. Elle a été condamnée à diverses peines de rééducation par le travail et a plusieurs fois été internée de force pour subir un traitement psychiatrique (voir les Appels mondiaux du Fil d'AIde mars 2005).


Amnesty International estime que Mao Hengfeng est une prisonnière d'opinion et que les inculpations dont elle fait l'objet visent à la punir de ses requêtes persistantes. Il ne fait aucun doute que son procès a été inéquitable et que sa peine est disproportionnée à l'infraction dont elle a été reconnue coupable.


Veuillez écrire aux autorités chinoises pour leur demander de libérer immédiatement et sans condition la prisonnière d'opinion Mao Hengfeng.


Envoyez vos appels au Premier ministre : Prime Minister, Wen Jiabao Zongli, Guowuyuan, 9 Xihuangchenggenbeijie, Beijingshi 100032, Chine.


Fax : +86 10 65292345 (via le ministère des Communications)


Courriel : gazette@mail.gov.cn


Formule d'appel : Monsieur le Premier ministre,



États-Unis


Les autorités américaines refusent un visa aux épouses de prisonniers cubains


ADRIANA PÉREZet OLGA SALANUEVA, toutes deux de nationalité cubaine, n'ont pas pu obtenir de visa de séjour temporaire pour rendre visite à leur mari emprisonné aux États-Unis. Gerardo Hernández, l'époux d'Adriana Pérez, et René Gonzáles, celui d'Olga Salanueva, purgent de lourdes peines de réclusion dans des prisons fédérales aux États-Unis. Ils ont été reconnus coupables, en 2001, d'avoir agi en tant qu'agents du gouvernement cubain sans s'être fait connaître auprès des autorités américaines.


Pour Amnesty International, le refus de délivrer un visa qui permettrait aux deux épouses de voir leur mari constitue une punition inutile et va à l'encontre des normes internationales selon lesquelles les détenus doivent être traités avec humanité et de l'obligation qui incombe aux États de protéger la vie de famille.


Entre 2002 et 2005, les autorités américaines ont rejeté les demandes de visa temporaire déposées par Adriana Pérez et Olga Salanueva, pour diverses raisons liées au terrorisme, à l'espionnage et à des questions de sécurité nationale. Pourtant, les deux femmes n'ont jamais été inculpées d'infractions de cette nature et leurs maris n'ont eux non plus jamais été inculpés ou reconnus coupables de terrorisme. Ces derniers sont actuellement soumis au régime carcéral général dans leur prison, ce qui donne à penser que les autorités ne les considèrent pas comme une menace pour la sécurité.


Adriana Pérez n'a pas été autorisée à rendre visite à son mari depuis son arrestation en 1998. Sa dernière demande de visa temporaire, qui remonte à octobre 2005, a été rejetée au motif que l'intéressée risquait de vouloir rester aux États-Unis à la fin de la période de séjour autorisée.


Olga Salanueva n'a quant à elle pas vu son mari depuis la veille de son procès, en 2000. Elle a vécu légalement aux États-Unis pendant près de deux ans au cours de la procédure judiciaire, mais a été expulsée lorsque son époux a refusé de négocier sa peine en échange d'une autorisation qui aurait permis à sa famille de rester dans le pays. La dernière demande de visa d'Olga Salanueva a été rejetée au motif que celle-ci ne peut plus entrer aux États-Unis puisqu'elle a fait l'objet d'une mesure d'expulsion.


Veuillez écrire aux autorités américaines pour leur demander d'accorder un visa de séjour temporaire aux épouses de René Gonzáles et de Gerardo Hernández et, s'il n'existe pas de motif de refus raisonnable, de leur permettre de rendre visite à leur mari aux États-Unis.


Envoyez vos appels au directeur du Bureau des affaires cubaines au sein du Département d'État : Director Stephen G. McFarland, Office of Cuban Affairs, US Department of State, 2201 C Street NW, Washington, DC 20520, États-Unis.


Formule d'appel : Monsieur le Directeur,



Zimbabwe


Une association féminine est la cible de fréquentes arrestations


Depuis février 2003, des militantes de l'association Women of Zimbabwe Arise (WOZA, Femmes du Zimbabwe, debout !) ont été arrêtées à de multiples reprises par la police alors qu'elles manifestaient pacifiquement contre la détérioration de la situation sociale, économique et des droits humains au Zimbabwe.


En mai 2006, plus de 100 membres de WOZA et près de 70 écoliers ont été arrêtés après une manifestation pacifique organisée dans la ville de Bulawayo pour protester contre la hausse des frais de scolarité. Ces personnes ont été inculpées de «comportement susceptible de troubler la paix».Un policier de haut rang aurait menacé deux responsables de l'association.


Le traitement réservé à WOZA illustre le fait que les autorités tolèrent de moins en moins les manifestations – pourtant pacifiques – critiquant les politiques gouvernementales. Cette affaire montre également que la législation, en particulier la Loi relative à l'ordre public et à la sécurité et la Loi relative aux infractions diverses, peut être détournée de son but premier afin de permettre des arrestations et détentions arbitraires et de faciliter diverses autres violations des droits humains par la police.


Le 31 mars 2005, jour des élections législatives, environ 260 femmes, dont certaines portaient des bébés, ont été arrêtées par la police lorsque WOZA a tenté d'organiser une manifestation silencieuse pacifique à Harare, la capitale du pays, pour prier après le scrutin (voir LeFil d'AIde mai 2005).


Les militantes, y compris les mères avec leur bébé, ont passé la nuit dans une cour en plein air. La police leur aurait dit que si elles plaidaient coupables d'infractions mineures prévues par la Loi relative aux infractions diverses elles pourraient payer une amende et retrouver la liberté. En cas de refus, elles seraient maintenues en détention tout le week-end et inculpées aux termes de la Loi relative à l'ordre public et à la sécurité. Toutes les militantes (dont plusieurs étaient âgées, blessées ou avec leur bébé) ont accepté de payer l'amende. La Loi relative aux infractions diverses a ainsi une fois de plus été utilisée pour obtenir des «aveux» de culpabilité et pour régulariser des arrestations et détentions arbitraires.


Veuillez écrire aux autorités zimbabwéennes pour les exhorter à respecter le droit à la liberté d'expression, de réunion et d'association des membres de WOZA. Demandez-leur également de mettre fin aux arrestations arbitraires et aux manœuvres d'intimidation dont sont victimes les défenseurs des droits humains.


Envoyez vos appels au chef de la police : Police Commissioner Augustine Chihuri, Zimbabwe Republic Police, Police Headquarters, PO Box 8807, Causeway, Harare, Zimbabwe.


Fax : +263 4 253 212


Formule d'appel : Monsieur,



Iran


Une mineure délinquante risque d'être exécutée


DELARA DARABI,vingt ans, risque d'être exécutée à tout moment pour un meurtre commis lorsqu'elle avait dix-sept ans. Selon les informations reçues, elle a été condamnée à mort une seconde fois après avoir été rejugée et a tenté de se suicider en prison en janvier 2007.


Delara Darabi a dans un premier temps été condamnée à la peine capitale par la 10e chambre du tribunal ordinaire de Rasht, une ville située dans le nord de l'Iran. Par la suite, la Cour suprême a ordonné un nouveau procès, estimant que cette affaire présentait des «insuffisances». À l'issue de deux audiences qui ont eu lieu en janvier et juin 2006, Delara Darabi a de nouveau été condamnée à mort, cette fois par la 107e chambre du tribunal ordinaire de Rasht. La Cour suprême a, semble-t-il, confirmé la sentence en février 2007, ce qui signifie que la jeune fille peut être exécutée à tout moment.


Selon certaines informations, Delara Darabi et Amir Hossein, un garçon de dix-neuf ans, sont entrés par effraction chez une parente âgée de la jeune fille afin de la cambrioler. Amir Hossein l'aurait tuée au cours du vol. Delara Darabi a tout d'abord avoué avoir commis ce meurtre, avant de se rétracter. Elle affirme qu'Amir Hossein lui a demandé de s'en accuser afin qu'il puisse échapper à la peine capitale car il pensait que Delara Darabi, étant mineure, ne pourrait pas être condamnée à mort.


Pour en savoir plus sur la peine de mort en Iran, voir l'article La condamnation à mort d'une mineure délinquante annulée en Irandans ce numéro.


Veuillez écrire aux autorités iraniennes pour leur demander de commuer immédiatement la peine capitale prononcée contre Delara Darabi. Rappelez-leur cette disposition du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel l'Iran est partie : «Une sentence de mort ne peut être imposée pour des crimes commis par des personnes âgées de moins de 18 ans.»


Envoyez vos appels au guide spirituel : Ayatollah Sayed ‘Ali Khamenei, The Office of the Supreme Leader, Shoahada Street, Qom, Iran.


Courriels : info@leader.iret istiftaa@wilayah.org


Formule d'appel : Excellence,



Journée internationale de la femme (8 mars)


Le viol reste une menace pour des milliers de femmes dans le monde


Selon une étude de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) datant de 1997, une femme sur cinq sera victime d'un viol ou d'une tentative de viol au cours de sa vie. Par ailleurs, d'après un rapport de 2003, chaque jour 147 femmes sont violées en Afrique du Sud. Ce fléau ne se limite toutefois pas aux pays de l'hémisphère sud : aux États-Unis, une femme serait violée toutes les quatre-vingt-dix secondes.


Dans le monde entier, en temps de guerre comme en temps de paix, des femmes et des jeunes filles sont victimes de viols et d'autres sévices sexuels, qui sont commis tant au domicile que dans des lieux publics. Ces violences provoquent un terrible traumatisme. Pourtant, même après que les faits ont été signalés, il n'est pas rare que les victimes se heurtent à des obstacles quasiment insurmontables pour obtenir justice. Il arrive même qu'elles soient chassées de chez elles, de leur famille ou de leur village parce qu'on leur reproche d'avoir jeté la «honte»sur leur entourage.


Les gouvernements doivent veiller à ce que les victimes de viols et d'autres violences sexuelles reçoivent les soins médicaux et l'aide psychologique dont elles ont besoin. Ils doivent aussi prendre immédiatement des mesures pour mettre fin à l'impunité dont bénéficient les auteurs de ces violences et faire clairement savoir que le viol et les autres formes de violence sexuelle sont inacceptables et seront fermement sanctionnés conformément à la loi.


Agissez !


Demandez que justice soit rendue pour Inés Fernández Ortega et Valentina Rosendo Cantú, au Mexique, et pour Bitondo Nyumba, en République démocratique du Congo.


http://www.efai.amnesty.org/femmes


Inés Fernández Ortega et Valentina Rosendo Cantú ont été violées par des soldats dans l'État mexicain de Guerrero, respectivement en février et en mars 2002. Ces viols n'ont pas été punis à ce jour et les deux affaires sont aux mains de la justice militaire.


Pour les besoins de la procédure, les deux femmes doivent se rendre dans une caserne pour signer leur plainte devant le procureur militaire. Elles risquent d'être alors la cible de tentatives d'intimidation.


Veuillez écrire aux autorités mexicaines pour leur demander de prendre immédiatement des mesures afin que ces affaires soient transférées aux autorités civiles compétentes. Exhortez-les aussi à veiller à ce que les auteurs présumés de ces viols soient traduits en justice et à ce que les victimes obtiennent des réparations appropriées. Envoyez vos appels au chef de l'État : Felipe de Jesús Calderón Hinojosa, Presidente de los Estados Unidos Mexicanos, Residencia Oficial de ‘Los Pinos', Casa Miguel Alemán, Col. San Miguel Chapultepec, México DF, CP 11850, Mexique.


Bitondo Nyumba, cinquante-six ans, a succombé après avoir été blessée par des soldats de l'armée régulière qui l'ont agressée et violée en mai 2005 en République démocratique du Congo. Deux soldats arrêtés en août 2005 pour leur implication présumé dans le viol ont été remis en liberté sans explication. Les proches de Bitondo Nyumba ont déposé une plainte et ont reçu par la suite des menaces émanant de militaires appartenant à la même brigade que les auteurs présumés du viol. La famille a dû déménager dans un autre village.

Veuillez écrire aux autorités congolaises pour leur demander de mener sans tarder une enquête judiciaire indépendante et exhaustive sur le viol de Bitondo Nyumba et de veiller à ce que les auteurs présumés de cet acte soient traduits en justice. Envoyez vos appels au président de la République : S. E. Joseph Kabila, Président de la République, Présidence de la République, Kinshasa-Ngaliema, République démocratique du Congo.




Iran : les femmes signent pour une égalité de droits


«Pendant que les frères vivaient heureux, avaient une vie sociale et allaient à des fêtes, les sœurs étaient toutes retenues prisonnières par des hommes qui exigeaient qu'elles fassent la cuisine, le ménage et des enfants. À la mort de mon père, mes frères ont hérité de la plupart de ses biens. C'est trop tard pour moi maintenant, mais ça me fait plaisir de penser que ma signature va peut-être permette à des jeunes femmes de ne pas souffrir comme j'ai souffert.»

Une signataire de soixante-seize ans


Des militantes iraniennes ont lancé une campagne courageuse : elles réclament l'abrogation des dispositions légales discriminatoires envers les femmes. Dans un pays où les femmes sont considérées comme des citoyennes de seconde zone, elles demandent une réforme des lois qui instaurent une importante discrimination, notamment en ce qui concerne le mariage, le divorce, la garde des enfants et l'héritage.


Le droit iranien est très défavorable aux femmes. Les crimes sont par exemple punis moins sévèrement lorsque la victime est une femme que lorsqu'il s'agit d'un homme. Devant les tribunaux, le témoignage d'une femme a moitié moins de valeur que celui d'un homme. L'âge légal du mariage est fixé à treize ans mais le père peut demander la permission de marier sa fille à un âge encore plus précoce – avec un homme qui est souvent beaucoup plus âgé. Les hommes peuvent pratiquer la polygamie et ont le droit de divorcer à leur convenance.


Le 12 juin 2006, plusieurs centaines de femmes et d'hommes se sont rassemblés pacifiquement à Téhéran, la capitale du pays, pour protester contre ces lois discriminatoires. La manifestation a été violemment dispersée par les forces de sécurité et environ 70 personnes ont été arrêtées.


Deux mois après, des organisations féminines iraniennes ont lancé une campagne visant à recueillir un million de signatures en faveur d'une pétition réclamant l'abrogation des lois discriminatoires.


Un rassemblement public devait accompagner le lancement de la campagne, en août, mais les autorités l'ont empêché. Le site de la campagne (http://en.we4change.comà l'heure actuelle) a toutefois pu être lancé le même jour. Il présente la pétition, intitulée Un million de signatures pour changer les lois discriminatoires, que tous les Iraniens sont invités à signer.


Cette pétition ne représente qu'une facette de la campagne destinée à faire changer les choses grâce à des actions menées par les militantes et par la société civile. Les bénévoles reçoivent un minimum de formation juridique et partent sillonner le pays pour promouvoir la campagne et recueillir des signatures. Elles s'entretiennent avec des femmes chez elles, dans des lieux publics (parcs, universités, centres de soins) ou lors de rassemblements religieux. Elles les écoutent exposer leurs problèmes puis leur parlent de leurs droits et de la nécessité de réformer la législation.


L'Iran est partie à plusieurs traités internationaux relatifs aux droits humains qui visent à éliminer la discrimination fondée sur le genre. Les militantes jouent un rôle essentiel en rappelant à leur gouvernement qu'il doit respecter ses responsabilités.



Protégez les femmes et les fillettes du Darfour !


Il est impossible de savoir combien de femmes ont été violées depuis le début du conflit armé au Darfour (Soudan) en 2003. Elles se comptent certainement par milliers.


Une femme déplacée par le conflit a raconté à Amnesty International, en 2006, qu'elle avait été attaquée par des hommes en uniforme près de Goz Beïda, au Tchad : «Ils nous ont frappés et nous ont dit que nous, les Noirs, nous n'allions pas rester ici, qu'ils allaient tous nous éliminer.Ensuite, ils se sont emparés de ma demi-sœur, qui n'avait que dix ans.J'ai vu deux d'entre eux s'allonger avec ma demi-sœur. Ensuite ils sont partis.Quand nous sommes allées voir, elle était grièvement blessée et elle saignait.Elle a continué de perdre son sang pendant deux jours, puis elle est morte.»


Amnesty International demande une nouvelle fois le déploiement immédiat d'une force efficace de maintien de la paix afin de protéger les femmes et les fillettes du Darfour contre les violences sexuelles.


Participez à notre journée mondiale pour le Darfour le 29 avril 2007


Pour en savoir plus sur les manifestations prévues : http://www.globefordarfur.org/fr


Pour en savoir plus sur la situation des femmes et des fillettes au Darfour et dans l'est du Tchad : http://www.amnesty.org/resources/pdf/sudan_crisis_2006/svaw_casesheet-fra.pdf




Action mondiale pour la Journée de la femme


Afin de célébrer la Journée internationale de la femme, le 8 mars, Amnesty International encourage les gens du monde entier à allumer des bougies dans les lieux publics. L'année 2007 marque l'anniversaire de deux événements importants qui ont conduit à la Journée internationale de la femme.


Il y a cent cinquante ans, le 8 mars 1857, des ouvrières travaillant dans des usines de textile et d'habillement à New York, aux États-Unis, protestèrent pour dénoncer leurs salaires de misère et leurs conditions de travail inhumaines. Ce fut l'un des premiers mouvements de protestation ouvrière qui aient été menés par des femmes à travers le monde.


Un peu plus d'un siècle plus tard, en décembre 1977, les Nations unies instauraient la Journée pour les droits de la femme et la paix internationale. Les pays décidèrent finalement de célébrer cette journée le 8 mars. Depuis sa création, il y a trente ans, la Journée internationale de la femme a pris une ampleur mondiale. Elle permet de braquer les projecteurs sur la situation de millions de femmes à travers le monde et de réclamer que l'égalité des genres soit inscrite dans la loi, que les femmes bénéficient de conditions de travail équitables et sures, et qu'elles aient le droit de ne subir aucune forme de violence.


À l'occasion de ces deux anniversaires, les membres d'Amnesty International allumeront 180 bougies dans leur ville ou leur village pour demander aux gouvernements de prendre des mesures d'urgence afin de mettre fin aux viols et aux autres violences sexuelles au domicile, à l'école, au travail ou dans la rue.


http://www.efai.amnesty.org/femmes



Une chaîne de solidarité en faveur des femmes en Biélorussie


Les membres d'Amnesty International ont formé une chaîne internationale dans le cadre de la campagne contre la violence domestique en Biélorussie. Dans ce pays, les organisations non gouvernementales (ONG) se heurtent parfois à des lois qui peuvent être utilisées pour entraver leur travail et leur accès à des fonds étrangers. En plus de son action de pression sur le gouvernement, Amnesty International souhaitait manifester, d'une manière originale, sa solidarité avec les associations féminines locales. Elle a donc eu l'idée de créer une chaîne de soutien direct en utilisant le chocolat.


Le principe est simple : les membres d'Amnesty International envoient du chocolat et des messages de solidarité aux ONG féminines en Biélorussie, qui les transmettent aux femmes et aux enfants affectés par la violence domestique.


Les sections et groupes d'Amnesty International ainsi que les associations féminines et les victimes qu'elles défendent ont été enthousiasmés par cette initiative. La section belge (flamande) a annoncé cette action sur son site Internet et des groupes appartenant aux sections autrichienne, britannique, néerlandaise et suisse, entre autres, ont également rejoint cette chaîne du chocolat.


Une ONG biélorusse a déclaré à Amnesty International : «Ça fait du bien et c'est très motivant de savoir que des femmes, des sœurs, dans d'autres pays, nous soutiennent et s'intéressent à ce que nous faisons.Cette marque de solidarité est très importante. À nos yeux, cela signifie qu'un travail en réseau est en train de s'accomplir, sans proclamations tonitruantes ni grandes déclarations.»

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