Document - Moroccan authorities criticized for cracking down on Témara protests

Maroc et Sahara occidental. Les autorités marocaines critiquées pour leur répression des manifestations à Témara

AMNESTY INTERNATIONAL

Déclaration publique

Index AI : MDE 29/004/2011 (Public)

AILRC-FR

17 mai 2011


Les autorités marocaines critiquées pour leur répression des manifestations à Témara


Amnesty International s'est inquiétée mardi 17 mai des informations qui lui sont parvenues selon lesquelles les forces de sécurité marocaines auraient fait un usage excessif de la force contre des manifestants pacifiques le 15 mai 2011.


Les manifestants avaient appelé à un pique-nique de protestation pour exiger la fermeture d'un centre de détention secret à Témara, au sud de la capitale Rabat. Cette manifestation s'inscrivait dans le cadre d'une campagne de dénonciation de la torture et des mauvais traitements à Témara, lancée en avril et début mai par d'anciens détenus, des prisonniers condamnés pour des infractions liées au terrorisme, des journalistes, des militants des droits humains et des organisations de défense des droits humains.


Selon des témoins oculaires avec lesquels Amnesty International s'est entretenue, les manifestations et rassemblements organisés à Rabat, Fès, Tanger et Témara ont été dispersés à coups de matraque par les forces de sécurité marocaines, qui ont également frappé les manifestants à coups de pied et de poing. Des manifestants qui tentaient de se rassembler à Témara en ont également été empêchés par les forces de sécurité. De très nombreuses personnes ont été blessées, notamment à la tête. Des dizaines de manifestants ont été interpellés par les forces de sécurité et ont passé plusieurs heures en détention avant d'être remis en liberté.


Les manifestations avaient été organisées par le Mouvement du 20 février, qui appelle à des réformes au Maroc et s'inspire de mouvements similaires en faveur du changement ailleurs au Moyen Orient et en Afrique du Nord.


La répression brutale des manifestations par les forces de sécurité marocaines a été menée par des soldats, des membres de la police anti-émeute et les Forces Auxiliaires Marocaines (FAM).


Des victimes et des témoins oculaires ont expliqué à Amnesty International que les forces de sécurité s'étaient mises à la recherche de nombreuses personnes avant le début des rassemblements et que celles-ci n'avaient pu arriver à Témara où les manifestations devaient avoir lieu.


À Témara, les forces de sécurité en très grand nombre auraient encerclé les manifestants et les auraient frappés avec des bâtons.


Oussama el Khelifi, coordinateur du Mouvement du 20 février, a déclaré à Amnesty International qu'il avait perdu connaissance après avoir été frappé par derrière à coups de bâton sur la tête et les épaules par des membres des forces de sécurité à Témara, à environ 1 kilomètre du centre de détention de Témara. Souffrant de blessures à la tête et au nez, il avait été transporté dans un hôpital de Témara qu'il a quitté le 16 mai 2011.


À Tanger, des familles de prisonniers condamnés pour des infractions liées au terrorisme, d'anciens prisonniers et des militants des droits humains qui tentaient d'organiser un rassemblement à Témara, ont été stoppés par les forces de sécurité près de Bir Ashifa et leurs permis de conduire ont été confisqués.


Selon les informations rassemblées par Amnesty International, plusieurs manifestants ont été physiquement agressés par des membres des forces de sécurité à Tanger dans des circonstances qui restent à éclaircir, peut-être après une altercation entre forces de sécurité et manifestants. Au moins deux manifestants, deux frères, Ahmed et al Mofadhal Shahboun, ont été arrêtés par les forces de sécurité et emmenés vers une destination inconnue. Leur famille a passé des heures à essayer de contacter différents postes de police ; les deux hommes ont finalement comparu le 16 mai 2011 devant le tribunal de première instance de Tanger. Les faits dont ils sont accusés restent incertains.


À Fès, une tentative de rassemblement pour rejoindre la manifestation de Témara a été stoppée par les forces de sécurité. Plus tard le même jour, au moins deux manifestations ont été organisées par le Mouvement du 20 février, pour protester contre la répression exercée à l'encontre des manifestants mais aussi pour réclamer plus de libertés. Plusieurs personnes auraient été conduites dans des véhicules de la police et molestées avant d'être relâchées. Plusieurs ont été gravement blessées.


Khadija Hemimis, une femme de 55 ans, a dû être hospitalisée pour deux points de suture à l'oreille. Ses deux filles ont été frappées par les forces de sécurité à coups de pied et avec des bâtons.


Le Syndicat national de la presse marocaine a critiqué les autorités marocaines qui s'en sont pris physiquement à des journalistes lors de la manifestation de Témara à Rabat. Les forces de sécurité auraient frappé au moins cinq journalistes au cours des manifestations.


Dans une déclaration officielle à l'agence Maghreb Arabe Presse (MAP), Khaled Naciri, ministre de la communication, a affirmé que les manifestations n'avaient pas été autorisées et que leur dispersion était donc légitime. Le ministre a nié que le gouvernement gère des centres de détention secrets, déclarant que le centre de Témara était un site administratif de la Direction de la surveillance du territoire (DST). Il a ajouté que le ministre de la justice avait donné ordre au procureur général et au Conseil national des droits de l'homme (CNDH) de procéder à une inspection de ce centre. Il n'a toutefois pas donné de date pour cette inspection.


Amnesty International demande instamment aux autorités marocaines de respecter le droit de réunion pacifique, garanti par l'article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques auquel le Maroc est État partie. L'organisation condamne tout recours excessif à la force pour disperser des manifestations pacifiques et appelle les autorités marocaines à mener des enquêtes approfondies, impartiales et indépendantes sur les allégations de recours excessif à la force par les forces de sécurité et à veiller à ce que les responsables soient soumis à l'obligation de répondre de leurs actes.


Amnesty International appelle également les autorités à révéler la vérité sur le centre de détention de Témara et à le fermer. Les détenus doivent être placés uniquement dans des lieux de détention reconnus – garantie principale contre la torture et les atteintes aux droits humains.


Complément d'information

Les manifestations et rassemblements du 15 mai 2011 étaient organisés par des groupes réclamant une réforme politique et le respect des droits humains au Maroc. Ils faisaient suite aux manifestations en faveur de réformes qui ont eu lieu dans tout le pays le 20 février 2011, auxquelles des milliers de personnes ont participé et qui se sont déroulées en grande partie sans que les forces de sécurité n'interviennent. Ces manifestations se sont poursuivies en mars, avril et mai.


Début mai 2011, le Mouvement du 20 février a appelé à une manifestation pour condamner la pratique de la torture et les mauvais traitements au centre de détention de Témara et réclamer sa fermeture.


Le centre de détention de Témara, tenu par la DST, serait l'un des principaux lieux de torture au Maroc. Amnesty International a recueilli les témoignages de dizaines de personnes arrêtées en application des mesures « anti-terrorisme » qui auraient été victimes d'actes de torture et autres mauvais traitements dans ce centre. Leur détention dans ce lieu est restée à la fois secrète et non reconnue, en violation de la loi marocaine et des engagements internationaux en matière de droits humains.

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