Document - Pakistan: Torture fears for two Pakistani students

Pakistan. Craintes de torture. Deux étudiants

AU 162/11, ASA 33/002/2011 – Pakistan 3 juin 2011 ACTION URGENTE PAKISTAN. CRAINTES DE TORTURE. DEUX ÉTUDIANTS On est sans nouvelles d'Abdullah et d'Ibrahim Mohamed El Sharkawi depuis leur disparition forcée présumée au Pakistan, les 25 et 29 mai. Amnesty International craint que les deux frères ne soient détenus par les services de renseignement pakistanais et qu'ils ne subissent des actes de torture ou d'autres mauvais traitements. Abdullah Mohamed El Sharkawi (22 ans) suit des études universitaires au métier d'ingénieur à Islamabad, la capitale pakistanaise. Le 25 mai, à 18 heures, il a quitté l'auberge de jeunesse où il réside pour se rendre dans un magasin et a disparu depuis lors. Alors qu'elle donnait une conférence de presse sur sa disparition le 27 mai, sa mère aurait reçu un appel d'Ibrahim, le frère cadet d'Abdullah, depuis Attock, située dans la province septentrionale du Pendjab. Il lui aurait dit que des hommes vêtus de l'uniforme de la police, affirmant appartenir à la « section spéciale de la police », se trouvait dans la maison pour l'interroger ainsi que ses frères et sœurs. Ibrahim Mohamed El Sharkawi (17 ans), étudiant dans une école publique d'Attock, a quant à lui disparu le 29 mai, après avoir quitté le domicile familial dans la matinée pour faire des courses dans la boutique située à proximité. Comme il ne revenait pas à la maison, l'un de ses frères est allé le chercher à la boutique. Le commerçant, affirmant avoir été témoin de la scène, a dit qu'il avait vu environ sept individus habillés en civil sortir de deux véhicules, suivre Ibrahim et le contraindre à venir avec eux. Il a ajouté qu'il avait remarqué que les véhicules avaient passé la nuit devant le domicile familial. Les proches des deux frères ont déclaré qu'ils étaient simplement étudiants et n'étaient affiliés à aucun mouvement politique. Ils craignent qu'ils n'aient été emmenés par des membres des services de renseignement pakistanais. La famille pense qu'Abdullah et Ibrahim ont été victimes d'une disparition forcée et qu'ils risquent d'être torturés ou de subir d'autres mauvais traitements, car leur père, Mohamed Abdel Rehim El Sharkawi, et leur frère, Abdel Rahman Mohamed El Sharkawi, avaient été placés en détention, torturés et extradés vers l'Égypte, respectivement en 1995 et en 2006. Par ailleurs, la famille ne dispose pas de papiers adéquats, ce qui les expose davantage aux violations, par exemple aux arrestations arbitraires et aux disparitions. Une partie de la famille est d'origine égyptienne tandis que les autres sont nés au Pakistan. Ils éprouvent cependant tous des difficultés à obtenir une carte d'identité pakistanaise. DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS (en ourdou, en français ou dans votre propre langue) : dites-vous préoccupé à l'idée qu'Abdullah et Ibrahim Mohamed El Sharkawi, qui est mineur, aient été arrêtés arbitrairement et soient maintenus en détention secrète depuis les 25 et 29 mai dans des circonstances s'apparentant à une disparition forcée ; engagez les autorités pakistanaises à ouvrir immédiatement une enquête et à révéler sans délai le lieu où les deux frères se trouvent, à veiller à ce qu'ils puissent recevoir la visite de leur famille, consulter l'avocat de leur choix et bénéficier de tous les soins médicaux dont ils pourraient avoir besoin, et à s'assurer qu'ils sont protégés contre la torture ou d'autres mauvais traitements ; insistez auprès des autorités pour qu'elles libèrent immédiatement les deux frères si elles les détiennent, à moins qu'ils ne soient transférés dans un centre de détention officiel, inculpés sans délai d'une infraction universellement reconnue et placés en détention provisoire par un tribunal indépendant. En outre, dans le cas d'Ibrahim Mohamed El Sharkawi, demandez-leur de tenir compte des besoins d'une personne de son âge et de le traiter conformément aux normes énoncées dans la Convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant ; appelez les autorités à diligenter une enquête et à amener les responsables de la disparition forcée des deux frères à rendre des comptes. ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 15 JUILLET 2011 À : P remier ministre Courriel : secretary@cabinet.gov.pk Room 404, 4th Floor, R Block, Syed Yousuf Raza Gilani Formule d'appel : Your Excellency, / Pakistan Secretariat Pakistan Secretariat Monsieur le Premier ministre, Islamabad, Pakistan Constitution Avenue Fax : +92 51 9202624 Islamabad, Pakistan Conseiller / Ministre de l'Intérieur Formule d'appel : Dear Minister, / Fax : +92 51 9213780 ; +92 51 9221596 Rehman Malik Monsieur le Ministre, Veuillez également envoyer des copies aux représentants diplomatiques du Pakistan dans votre pays. Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.

ACTION URGENTE PAKISTAN. CRAINTES DE TORTURE. DEUX ÉTUDIANTS INFORMATIONS GÉNÉRALES À la suite de la disparition d'Abdullah et d'Ibrahim Mohamed El Sharkawi, la famille a contacté une ONG pakistanaise, Défense des droits humains, et, par l'intermédiaire de cette ONG, divers représentants de l'État pour en savoir plus sur les enlèvements présumés des deux frères. Elle a fait une déclaration de disparition aux postes de police d'Islamabad pour Abdullah et d'Attock pour Ibrahim. Depuis que le Pakistan est devenu un allié majeur dans la « guerre contre le terrorisme » menée par les États-Unis à partir de fin 2001, des centaines voire des milliers de personnes, pakistanaises ou étrangères, ont été victimes de disparition forcée dans ce pays. Certaines ont été maintenus en détention illégale par les services de renseignement pakistanais et ont été victimes de « restitution » (elles ont été transférées illégalement vers des pays tiers où elles risquaient d'être torturées et de subir d'autres mauvais traitements). Le père d'Abdullah et d'Ibrahim, Mohamed Abdel Rehim El Sharkawi, et leur frère aîné, Abdel Rahman Mohamed El Sharkawi, avaient eux aussi été arbitrairement détenus et auraient été torturés par les services de renseignement et de sécurité pakistanais. Ils ont été extradés vers l'Égypte où, semble-t-il, ils ont subi de nouvelles tortures. Mohamed Abdel Rehim El Sharkawi a vécu en Égypte jusqu'en 1988. Alors qu'il se trouvait en Arabie saoudite pour le hadj (pèlerinage), il a appris que des agents du Service égyptien de renseignement de la sûreté de l'État s'étaient présentés à son domicile du Caire et qu'ils voulaient l'arrêter. Il a décidé de ne pas retourner en Égypte et s'est rendu au Pakistan, où il a épousé une Pakistanaise dont il a eu trois autres fils (parmi lesquels, Ibrahim). En 1989, son épouse et ses enfants égyptiens l'ont rejoint et, trois années plus tard, il a obtenu la nationalité pakistanaise. Au Pakistan, il a travaillé pour le Croissant-Rouge koweïtien et pour une ONG œuvrant en Afghanistan, l'Organisation pour la reconstruction de l'Afghanistan. Ingénieur en électronique, il était responsable du service électronique de l'organisation. Il s'est par la suite installé dans sa propre boutique d'électronique à Hayatabad, au Pakistan. Mohamed Abdel Rehim El Sharkawi a été arrêté avec d'autres hommes par les forces de sécurité pakistanaises en juillet ou en août 1994. En novembre 1994, le procureur général pakistanais a estimé qu'il n'avait commis aucune infraction au Pakistan mais qu'il devait être maintenu en détention car il était recherché par le gouvernement égyptien. En décembre 1994, les autorités égyptiennes ont demandé l'extradition de Mohammed et de cinq autres Égyptiens et leur inculpation d'infractions liées au terrorisme. Mohammed a engagé une action en justice, affirmant qu'en tant que citoyen pakistanais il ne pouvait pas être extradé vers l'Égypte, mais son extradition par les autorités pakistanaises a eu lieu le 26 mai 1995 avant qu'un tribunal ne puisse se prononcer sur son recours. Il a été arrêté à son arrivée en Égypte, maintenu en détention au secret et aurait été torturé. Par la suite, ayant été relaxé par une juridiction d'exception égyptienne, il s'est vu décerner un ordre de détention administrative. Il est resté derrière les barreaux malgré plusieurs décisions de justice ordonnant sa libération, avant d'être finalement remis en liberté le 17 mars 2011. Amnesty International a fait campagne en faveur de Mohamed Abdel Rehim El Sharkawi à partir de 2007 jusqu'à sa libération survenue récemment. Son fils, Abdel Rahman Mohamed El Sharkawi, le frère d'Abdullah et d'Ibrahim, a également été interpellé par les services de renseignement pakistanais en 2004. Il a été maintenu en détention par ces services pendant 14 mois. Au cours de cette période, il aurait été violemment torturé ; il aurait notamment été suspendu par les poignets et battu au point de perdre connaissance, il aurait reçu des décharges électriques et des menaces visant sa famille. En 2006, il a été extradé vers l'Égypte, où il a de nouveau été détenu et torturé par le Service de renseignement de la sûreté de l'État. Relâché en janvier 2006, il a subi une nouvelle arrestation en 2008 et a passé deux semaines en détention au secret au cours desquelles il a été torturé. Outre les épreuves évoquées ci-dessus, la famille a dû faire face à un autre problème au Pakistan : bien que le père, Mohamed Abdel Rehim El Sharkawi, se soit vu accorder la nationalité pakistanaise et que l'une de ses épouses soit pakistanaise, le reste de la famille rencontrait des difficultés pour obtenir la nationalité pakistanaise et se heurtait à de nombreuses complications au quotidien. La haute cour de Peshawar a statué en faveur de la famille en janvier 2010 et a ordonné aux autorités concernées de lui remettre des cartes d'identité pakistanaises. Elle n'a cependant toujours rien reçu. AU 162/11, ASA 33/002/2011, 3 juin 2011

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