Document - Jamaica: Tivoli killings one year on – Facts and Figures

Jamaïque. Un an après les homicides de Tivoli - Faits et chiffres

AMNESTY INTERNATIONAL

Synthèse destinée aux médias

Index AI : AMR 38/003/2011 (Public)

AILRC-FR

Embargo : lundi 23 mai 2011, 05h01 TU (00h01 heure de Jamaïque)


Jamaïque. Un an après les homicides de Tivoli – Faits et chiffres


FAITS ET CHIFFRES

Le 24 mai, l'armée et la police jamaïcaine lançaient une opération conjointe dans le quartier de Tivoli Gardens, dans l'ouest de Kingston, en vue de procéder à l'arrestation de Christopher Coke, recherché aux États-Unis pour trafic d'armes et de drogue et de rétablir l'ordre dans le secteur après une flambée de violence.


Au cours des deux premiers jours de l'opération, au moins 74 personnes, parmi lesquelles des membres de la Force de défense de la Jamaïque, ont été tuées et au moins 54 personnes, parmi lesquelles 28 membres des forces de sécurité, ont été blessées.


Parmi les personnes tuées à Tivoli Gardens, plus de 40 auraient été victimes d'exécutions extrajudiciaires perpétrées par les forces de sécurité.


Pendant la période au cours de laquelle l'état d'urgence a été en vigueur (entre le 23 mai et le 22 juin 2010 dans un certain nombre de paroisses), plus de 4 000 personnes, parmi lesquelles plusieurs mineurs, ont été placées en détention sans être inculpées. La grande majorité des personnes interpellées ont été libérées sans avoir été inculpées.


Deux personnes qui auraient été placées en garde à vue, n'ont toujours pas reparu ; elles pourraient avoir été victimes de disparition forcée.


En janvier 2011, le médiateur déclarait que plus de 1 000 plaintes avaient été déposées auprès de ses services en lien avec l'opération Tivoli Gardens, notamment concernant des allégations d'exécutions extrajudiciaires, destruction volontaire de biens, pillage, détention arbitraire et agression (The Gleaner, 31 janvier 2011).


Des enquêtes sur les homicides sont en cours mais n'ont abouti à aucune conclusion pour l'instant.


Entre 2000 et 2010, plus de 2 200 personnes seraient mortes sous les balles de la police en Jamaïque, pourtant seuls deux policiers ont été condamnés pour leur implication dans des homicides (Sources : Statistiques de la police ; Jamaicans for Justice).


Les Tivoli Gardens avaient déjà été le théâtre « d'affrontements » entre forces de sécurité et bandes criminelles. En 2001, 27 personnes, parmi lesquelles deux membres des forces de sécurité, avaient été tuées. En 1997, trois femmes et un enfant avaient été tués. Ces homicides n'ont fait l'objet d'aucune poursuite.


LE DÉROULEMENT DES FAITS

23 mai – 18h00 – les autorités jamaïcaines décrètent l'état d'urgence pour un mois dans les paroisses de Kingston et St Andrew, pour tenter de rétablir l'ordre et arrêter Christopher Coke, recherché aux États-Unis pour trafic d'armes et de drogue.


23 mai – Au cours de la journée, plusieurs postes de police sont attaqués par des hommes armés ; deux commissariats sont incendiés. Deux policiers sont tués dans le secteur de Mountain View au cours de la nuit. Des informations circulent faisant état de barrages routiers tenus par des hommes lourdement armés dont certains seraient aussi postés sur des toits dans le secteur des Tivoli Gardens.


24 mai – L'armée et la police jamaïcaine lancent une opération conjointe dans le secteur des Tivoli Gardens dans l'ouest de Kingston en vue de procéder à l'arrestation de Christopher Coke et de restaurer l'ordre dans ce quartier. Au cours des deux premiers jours de l'opération, au moins 74 personnes, parmi lesquelles un membre de la Force de défense de la Jamaïque ((JDF) ont été tuées et au moins 54 personnes, parmi lesquelles 28 membres des forces de sécurité, ont été blessées. Seuls six armes à feu ont été récupérées lors de l'opération.


27 mai – Des journalistes sont autorisés à se rendre dans le secteur des Tivoli Gardens sous escorte militaire pour une visite guidée.


22 juin – Christopher Coke est arrêté.


22 juin – Le parlement jamaïcain vote la prolongation de l'état d'urgence pour un mois supplémentaire en l'étendant à la paroisse Ste-Catherine. Le Premier ministre informe le parlement que 87 armes à feu ont été récupérées dans le quartier ouest de Kingston.


25 juin – Christopher Coke est extradé vers les États-Unis.


22 juillet – L'état d'urgence est levé après le rejet par le parlement d'une nouvelle demande de prolongation d'un mois déposée par le gouvernement.



HISTOIRES INDIVIDIUELLES


Sheldon Gary Davis

Sheldon Gary Davis, 29 ans, a été tué par les forces de sécurité le dimanche 30 mai 2010 à Denham Town, quartier ouest de Kingston, à l'issue d'une garde à vue pour « contrôle d'identité ».


La mère de Sheldon, Paulette Wellington a raconté ce qui s'était passé, lors d'un entretien avec un chercheur d'Amnesty International en Jamaïque :


« Cela s'est produit environ une semaine après que tout était fini à Tivoli. Sheldon et moi étions à la maison lorsque des soldats sont venus cogner à la porte. Il était environ 10 heures du matin. Ils ont dit qu'ils n'étaient là que pour un contrôle. Ils ont fouillé la maison. Lorsqu'ils ont vu Sheldon, ils lui ont demandé ses papiers et pourquoi il boitait en marchant. Ils ont dit : « Tu boites peut-être parce que tu as été blessé par balle », mais je leur ai expliqué que son pied était comme ça depuis qu'il avait été malade à l'âge de six ans et qu'il avait été opéré plusieurs fois. Ils l'ont emmené. Ils ont dit qu'ils voulaient procéder à un contrôle.


De la fenêtre, j'ai vu que les policiers le forçaient à monter dans une jeep. Il y avait quatre policiers dans cette jeep, mais ce n'était pas ceux qui avaient fouillé la maison. Moins d'une heure après, j'ai entendu des coups de feu de l'autre côté du bâtiment.


Dans l'après-midi, comme Sheldon n'était toujours pas rentré, l'ai commencé à le chercher. Je suis allée dans plusieurs commissariats, mais personne ne l'avait vu. Le lundi, j'y suis retournée. J'avais pris une photo avec moi et je la montrais aux gens pour essayer de le retrouver. Rien Le mardi, même chose. Chaque jour, je partais à sa recherche tôt le matin, dès mon réveil. Je ne pouvais rien avaler. Je voulais juste savoir où il était.


Le mercredi, à Kingston Mall, une femme policier a consulté un registre et m'a dit qu'il était mort. J'étais sous le choc et je me suis mise à pleurer. Elle m'a dit d'aller à la banque du sang parce que c'était là qu'il avait été tué.


J'y suis allée le jeudi matin. Un policier a mis beaucoup de temps avant de me répondre. À la fin, il m'a dit qu'ils l'avaient tué parce qu'il avait essayé de s'emparer de l'arme d'un soldat. Lorsque je suis allée à la morgue de Madden pour identifier le corps, je me suis trouvée mal. Puis je suis retournée au commissariat de Denham Town. Ils m'ont rendu son passeport. J'étais déjà venue deux fois dans ce commissariat et ils ne m'avaient rien dit, alors qu'ils avaient son passeport !


Un policier a eu pitié de moi et m'a prise à part pour me dire que la façon dont mon fils avait été tué était un acte barbare.


À cette époque, la police utilisait le bâtiment de la banque du sang pour détenir des gens. Lorsque j'y suis allée, plusieurs jeunes hommes m'ont dit avoir été témoins de la mort de Sheldon. Les policiers l'avaient mis sous un manguier et avaient fait feu sur lui. Un policier avait dit d'un ton brutal « T'es pas encore mort, mec ? » Il avait fait feu une seconde fois. Ces témoins ont trop peur pour venir témoigner. L'autopsie a été pratiquée un mois plus tard. Elle a montré deux impacts de balle, l'un au pied, l'autre à l'abdomen.


Je l'ai enterré le 4 juillet, jour de mon anniversaire. Pendant longtemps après sa mort, j'ai perdu la mémoire. Je pleurais tous les dimanches après être allée à l'église. Sheldon m'aidait beaucoup. Maintenant je suis seule, en grande difficulté financière et je ne sais pas comment payer les frais de scolarité pour ma fille.


J'aimerais que les coupables soient envoyés derrière les barreaux et faire un procès au gouvernement. Pourquoi un homme jeune voudrait-il s'emparer d'une arme alors avec tant de soldats autour de lui ? Et même s'il avait réellement tenté de s'emparer de l'arme, vous êtes dans l'armée, vous savez comment vous défendre face à quelqu'un qui essaie de vous désarmer ! Vous le faites tomber en maintenant l'arme pointée vers le haut pour tirer en l'air et vous lui passez les menottes. Au lieu de cela, la personne dont il essayait de prendre l'arme l'abat de deux balles ! Personne n'est idiot à ce point ! »


Dwayne Edwards et Dale Anthony Davis

Dwayne Edwards et un adolescent du nom de Dale Anthony Davis ont été vus pour la dernière fois alors qu'ils se trouvaient sous la garde des forces de sécurité au cours de l'opération de maintien de l'ordre qui s'est déroulée dans les Tivoli Gardens en mai 2010.


La mère de Dale Anthony Davis a déclaré à la presse qu'il avait été emmené par des policiers et des soldats venus le chercher chez lui dans le quartier de Tivoli Gardens le 25 mai 2010. Lorsque sa grand-tante malade, dont Dale aidait à prendre soin, a demandé où ils l'emmenaient, un des policiers a répondu qu'ils allaient au centre de détention de National Arena pour une vérification.


Le 8 octobre 2010, la BSI (unité de police) en charge de l'enquête sur la disparition des trois garçons déclarait que les « vérifications faites auprès du Bureau des renseignements généraux, de l'inspection des prisons et l'examen de la liste des personnes détenues à National Arena à Kingston, n'avaient donné aucun résultat. »La BSI confirmait également qu'ils ne se trouvaient pas parmi les 73 morts de l'opération menée dans le secteur des Tivoli Gardens.


La Commission d'enquête indépendante (INDECOM) a annoncé en janvier avoir repris le dossier de l'enquête sur la disparition de Dale Anthony Davis.


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