Document - Brazil: Indigenous community attacked, threatened

Brésil. Une population indigène attaquée et menacée

AU 241/12, AMR 19/010/2012 – Brésil 16 août 2012 16 août 2012

ACTION URGENTE

BRÉSIL. UNE POPULATION INDIGÈNE ATTAQUÉE ET MENACÉE

Une communauté d'Arroio Korá, des Indigènes vivant dans l'État du Mato Grosso do Sul, dans le centre-ouest du Brésil, a été attaquée par des hommes armés qui essayaient de la chasser de ses terres ancestrales. Une personne a disparu et on craint qu'elle soit morte. Cette population risque de faire l'objet de nouvelles violences.

Selon les membres de cette communauté, le 10 août 2012, une cinquantaine d'hommes armés ont encerclé le camp où vivent 400 Arroio Korá dans la municipalité de Paranhos, près de la frontière avec le Paraguay. Pendant plusieurs heures, ces hommes ont tiré des coups de feu, crié des menaces et brûlé les cultures. Les habitants se sont enfuis dans les buissons alentour. Un des résidents, Eduardo Pires, a disparu pendant l'attaque. Les membres de la communauté disent que les hommes armés l'ont emmené et craignent qu'il ait été tué. Le lendemain, Geni Centurião, âgée de deux ans, est morte. La cause du décès n'a pas été établie officiellement, mais les membres de la communauté disent que cette enfant s'est sentie mal pendant l'attaque et il était impossible de la nourrir.

Des policiers fédéraux se sont rendus dans la région peu après les événements, mais les Arroio Korá se sont plaints que les autorités n'aient pas enquêté sur la disparition d'Eduardo Pires, et affirment avoir besoin d'une protection permanente. Le bureau du procureur fédéral a appelé la police fédérale pour lancer des investigations sur cette attaque. Selon le Conseil indigène missionnaire, une ONG locale, les Arroio Korá pourraient faire l'objet de nouvelles agressions. Au cours des dernières années, plusieurs populations indigènes ont subi des attaques dans la municipalité de Paranhos dans des circonstances similaires (voir

http://www.amnesty.org/fr/library/info/AMR19/018/2011/fr et

http://www.amnesty.org/fr/library/info/AMR19/020/2009/fr).

Le 21 décembre 2009, le président brésilien de l'époque, Luiz Inácio Lula da Silva, a officiellement reconnu les terres des Arroio Korá. Pourtant, une semaine après, la Cour suprême a suspendu cette décision en raison d'une parcelle de ces terres (184 hectares sur un total de 7 176). Tandis que des agriculteurs continuent d'occuper la totalité du terrain, les Arroio Korá ont organisé une retomada, c'est-à-dire qu'ils ont récupéré la partie de leurs terres qui ne fait pas l'objet du litige.

DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS, en portugais, en anglais ou dans votre propre langue :

appelez les autorités à diligenter une enquête indépendante et minutieuse sur l'attaque du 10 août dernier, qui a visé la population Arroio Korá, ainsi que sur la disparition d'Eduardo Pires et la mort de Geni Centurião, et à traduire les responsables présumés en justice ;

exhortez-les à fournir une protection à cette population, dans le respect de ses souhaits ;

engagez-les à remplir leurs obligations en vertu de la Convention 169 de l'Organisation internationale du travail, de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et de la Constitution brésilienne de 1988, en achevant de procéder à la délimitation de terres ancestrales des Arroio Korá.

VEUILLEZ ENVOYER VOS APPELS AVANT LE 27 SEPTEMBRE 2012 À :

Ministre fédéral de la Justice

José Eduardo Martins Cardozo

Esplanada dos Ministérios, Bloco "T" 70.712-902 - Brasília/DF, Brésil

Fax : + 55 61 2025 7803

Formule d'appel : Exmo. Senhor Ministro, / Monsieur le Ministre,

Secrétaire d'État aux droits humains

Maria do Rosário

Setor Comercial Sul-B, Quadra 9, Lote C

Edifício Parque Cidade Corporate, Torre "A", 10º andar, Brasília, DF CEP: 70308-200, Brésil

Fax : + 55 61 2025 9414

Formule d'appel : Exma. Senhora Ministra, / Madame,

Copies à :

ONG locale

Conselho Indigenista Missionário, (CIMI)

CIMI Regional Mato Grosso do Sul

Av. Afonso Pena, 1557 Sala 208 Bl.B

79002-070 Campo Grande/MS, Brésil

Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques du Brésil dans votre pays (adresse/s à compléter) :

nom(s), adresse(s), n° de fax, courriel, formule de politesse

Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.

ACTION URGENTE

BRÉSIL. UNE POPULATION INDIGÈNE ATTAQUÉE ET MENACÉE

COMPLÉMENT D'INFORMATION

L'État du Mato Grosso do Sul comporte certaines des zones indigènes les plus petites, les plus pauvres et les plus densément peuplées du Brésil : des îlots de pauvreté entourés de grandes plantations de soja et de canne à sucre et d'élevages de bétail, où les conditions de vie et la situation sanitaire sont déplorables. Quelque 43 000 Guaranis-Kaiowás y mènent une existence précaire, la désintégration des structures sociales ayant entraîné un taux élevé de violence, de suicides et de malnutrition. Frustrés par la lenteur du processus de délimitation des terres, cette population a commencé à se réinstaller sur ses terres ancestrales mais elle fait l'objet de manœuvres d'intimidation et de violences.

Au cours des dix dernières années, le combat des Guaranis-Kaiowás pour leurs terres a engendré beaucoup d'attaques et d'homicides, surtout dans la municipalité de Paranhos, où la communauté des Arroio Korá est installée. En 2009, un enseignant a été tué et un autre a disparu lors d'une attaque sur le village de Pirajuí. Lors d'une autre attaque dans la même région en 2011, des témoins de la communauté Guaiviry affirment que le dirigeant indigène Nísio Gomes a été la cible de coups de feu avant d'être enlevé. Son corps n'a jamais été retrouvé.

Bon nombre de communautés sont expulsées de force et finissent par s'installer le long des routes. Leurs membres sont menacés par des agents de sécurité engagés pour les empêcher de se réinstaller sur leurs terres, et sont en proie à des problèmes de santé en raison des conditions de vie précaires dans leurs abris temporaires et du manque de soins médicaux. Beaucoup d'entre eux sont tués ou blessés lors d'accidents de la circulation.

En novembre 2007, le ministère de la Justice, le parquet fédéral, la FUNAI (Fondation nationale de l'Indien) et 23 responsables indigènes ont signé un accord (Termo de Ajustamento de Conduta, TAC) engageant la FUNAI à identifier 36 terres ancestrales guaranis-kaiowás avant avril 2010. Un manque de ressources et des problèmes juridiques ont retardé le processus d'identification, qui n'a toujours pas eu lieu.

Seules les terres de la communauté arroio korá ont été officiellement reconnues en 2009 par le président brésilien de l'époque. Cependant, la Cour suprême a contesté cette décision en raison d'une parcelle de ces terres. Des agriculteurs continuent d'occuper le reste du terrain et rien n'a été fait pour les chasser.

La Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, signée par le Brésil en 2007, et la Convention 169 de l'Organisation internationale du travail, à laquelle cet État est partie, énoncent toutes deux le droit des peuples indigènes à disposer de leurs terres ancestrales et appellent les États à créer des mécanismes par le biais desquels ce droit peut être examiné et reconnu. La Constitution brésilienne de 1988 proclame également ce droit et dispose qu'il appartient au Brésil de procéder à la délimitation des terres concernées.

De nouvelles mesures ont été prises récemment : toute éventuelle identification de terres indigènes doit maintenant être examinée par le bureau du président avant approbation. Les ONG locales craignent que cela compromette le droit constitutionnel à la terre des peuples autochtones. Le parquet fédéral a récemment émis un décret (Portaria 303), basé sur les conditions du verdict historique rendu en 2009 par la Cour suprême concernant la réserve de Raposa Serra do Sol. Ce texte suscite des inquiétudes car il menace la légitimité et l'autonomie des délimitations actuelles et futures. Plusieurs groupes indigènes y sont totalement opposés.

Personnes concernées : communauté arroio korá

Genre : hommes et femmes

AU 241/12, AMR 19/010/2012, 16 août 2012

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