Document - D R Congo: Combatants in Bukavu must stop attacks on civilians

Amnesty International

BULLETIN D'INFORMATION 141/2004 page 2





RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Les combattants de Bukavu doivent cesser leurs attaques contre des civils

Index AI : AFR 62/013/2004
ÉFAI

Jeudi 3 juin 2004


COMMUNIQUÉ DE PRESSE


Amnesty International condamne dans les termes les plus forts les graves atteintes aux droits humains qui continuent de se produire dans la ville de Bukavu, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

« Le général Laurent Nkunda et le colonel Jules Mutebusi, dont les forces ont pris la ville le 2 juin, doivent veiller à ce que les combattants sous leur commandement respectent le droit international humanitaire et cessent leurs attaques contre des civils », a indiqué l’organisation.

Amnesty International demande également à la MONUC, la force de maintien de la paix des Nations unies en RDC, présente également à Bukavu, de faire le maximum pour protéger les civils dans la ville et ses environs.

Le général Nkunda et le colonel Mutebusi ont pris le contrôle de la ville après en avoir chassé les forces loyales au gouvernement de transition de la RDC. Un nombre indéterminé de civils a été tué durant les combats, beaucoup l’ont été par des tirs à l’aveugle d’obus ou d’armes à feu qui ont été le fait de toutes les forces en présence.

L’organisation a reçu des informations faisant état d’homicides, de viols et autres exactions commises par les forces de Nkunda et Mutebusi. Un commerçant du nom de Soleil aurait été exécuté sommairement vers cinq heures du matin le jeudi 3 juin, dans le quartier Ndendere ; des combattants avaient pénétré chez lui à la recherche d’argent et d’objets de valeur. Une personne de sa famille aurait été violée. Selon les informations reçues, Soleil avait déjà été contraint de remettre tous ses objets de valeur à deux groupes précédents de combattants qui avaient pillé sa maison.

Au moins six autres personnes auraient été tuées dans des circonstances analogues et des cas de viols ont également été signalés. En dépit d’informations qui nous sont parvenues ce jeudi, faisant état de l’accord donné par les forces de Nkunda et Mutebusi de rester cantonnées, le pillage de la ville par les soldats se poursuit de manière intensive.

D’autres atteintes aux droits humains ont également été répertoriées depuis le début des violences le 26 mai. Le viol d’une femme de dix-neuf ans par des soldats de Mutebusi le 27 mai dans le quartier de Nguba a été signalé, ainsi que des exécutions sommaires de civils lors de l’avancée des troupes de Nkunda sur Bukavu, en provenance du nord.

Le général Nkunda et le colonel Mutebusi ont affirmé que leur assaut sur Bukavu avait pour but de faire cesser les tueries et autres exactions commises par les forces pro-gouvernementales à l’encontre de la minorité banyamulenge de la ville. À ce jour, Amnesty International n’est pas en mesure de confirmer ces informations. Aucune enquête n’a pu être menée sur ces affirmations par les responsables des droits humains au sein de la MONUC du fait des violences. On estime qu’environ trois mille civils, des Banyamulenge pour la plupart, ont fui vers le Rwanda voisin depuis la semaine dernière, affirmant craindre des persécutions. Environ sept cents autres civils déplacés ont trouvé refuge à l’intérieur du complexe de la MONUC à Bukavu.

Un certain nombre de sources d’Amnesty International expliquent que les pillages s’accompagnent souvent de menaces de mort pour venger ce que les combattants décrivent comme des exactions commises contre des civils de l’ethnie banyamulenge.

Le Rwanda, qui soutient le groupe armé du RCD-Goma commandé, entre autres, par Laurent Nkunda et Jules Mutebusi, nie toute implication dans les violences. Toutefois, un certain nombre de sources à Bukavu continue de faire état de la présence de soldats rwandais dans la ville.

Le gouvernement de transition pour un partage du pouvoir est entré en fonction en juin 2003. Parmi ses tâches les plus urgentes, il y a l’intégration des différentes forces armées de RDC - notamment celles du RCD-Goma, dans une nouvelle armée nationale. Cette intégration se fait lentement, retardée par une mauvaise coordination et un manque évident de volonté des différents groupes armés pour placer leurs troupes sous le commandement d’une autorité centrale. L’échec du gouvernement de transition et de la communauté internationale à traiter cette question de l’intégration de façon efficace et rapide est l’un des facteurs majeurs responsables de l’insécurité dans l’est de la RDC.

Les violences à Bukavu menacent de faire dérailler le processus en cours et le fragile gouvernement de transition de la RDC. Des manifestations violentes ont eu lieu à Kinshasa et dans d’autres villes après les évènements d’hier. Amnesty International craint pour la sécurité des personnes perçues comme étant d’origine banyamulenge dans la capitale et qui ont dû se protéger des manifestants.

Nkunda et Mutebusi ainsi que le gros des troupes sous leur commandement font partie d’une aile dissidente du groupe armé RCD-Goma, aujourd’hui représenté dans le gouvernement de transition où il occupe l’un des quatre postes de la vice-présidence. Depuis longtemps déjà, des rumeurs circulent sur le retour au combat de dissidents du RCD-Goma dans l’est de la RDC. 


Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service de presse d'Amnesty International à Londres, au +44 20 7413 5566, ou consulter le site http://www.amnesty.org



La version originale a été publiée par Amnesty International,
Secrétariat international, 1 Easton Street, Londres WC1X 0DW, Royaume-Uni.
La version française a été traduite et diffusée par Les Éditions Francophones d'Amnesty International – Éfai –
Vous pouvez consulter le site Internet des ÉFAI à l’adresse suivante :
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