Document - Sudan: Southern Kordofan Civilians Tell of Air Strike Horror

Soudan. Des civils du Kordofan méridional racontent l'horreur des frappes aériennes

30 août 2011

Soudan : Des civils du Kordofan méridional racontent l ' horreur des frappes aériennes

Les Nations unies doivent exiger l ' ouverture d ' un couloir humanitaire et la fin des bombardements aveugles

Les forces armées soudanaises bombardent indistinctement les zones peuplées de civils de la région des monts Nouba, dans le Kordofan méridional, et empêchent l'aide humanitaire d'arriver jusqu'aux personnes déplacées ; celles-ci sont désespérées, ont déclaré ce jour Amnesty International et Human Rights Watch.

Au cours d'une mission d'une semaine dans la région, des chercheurs des deux organisations ont enquêté sur 13 frappes aériennes ayant touché les régions de Kauda, Delami et Kurchi. Ces bombardements ont tué au moins 26 civils et en ont blessé 45 depuis le milieu du mois de juin. Les chercheurs ont également vu des avions du gouvernement décrire des cercles au-dessus de zones habitées par des civils et les bombarder, obligeant ainsi les habitants à se réfugier dans les montagnes et dans des grottes.

« La campagne incessante de bombardements tue et mutile des civils, hommes, femmes et enfants et entraîne le déplacement de dizaines de milliers de personnes, réduites à dépendre d'une aide humanitaire qui n'arrive pas. En outre, elle empêche des communautés entières de planter des cultures et de nourrir leurs enfants », a déclaré Daniel Bekele, directeur de la division Afrique de Human Rights Watch.

« Le gouvernement soudanais commet des meurtres en toute impunité et essaie d'empêcher le monde extérieur d'enquêter », a déclaré Donatella Rovera, conseillère d'Amnesty International en matière de réaction aux crises. « La communauté internationale, et plus particulièrement le Conseil de sécurité des Nations unies, doit cesser de tolérer cette situation et agir pour y mettre fin. »

Les civils n'ont aucun moyen de se protéger des bombardements aveugles. Des proches de victimes ont décrit à Amnesty International et à Human Rights Watch ce qu'ils subissaient. « J'ai entendu des explosions, puis un voisin a apporté le corps de Maryam à la maison, a expliqué la mère de deux fillettes tuées lors d'une frappe aérienne. Elle avait été touchée à la tête, une partie de son crâne avait été emportée. Il m'a dit d'aller au cimetière parce qu'ils y avaient emmené Iqbal. J'y suis allée, mais ses blessures étaient si affreuses que je n'ai même pas pu regarder. »

D'après des organisations humanitaires présentes sur le terrain, les bombardements, les attaques et les combats ont déplacé plus de 150 000 personnes dans les régions sous le contrôle des forces d'opposition. Or les conditions imposées par le gouvernement empêchent ces organisations de leur fournir une aide alimentaire ou autre. Environ 5 000 personnes ont traversé la frontière avec le Soudan du Sud pour rejoindre un camp de réfugiés dans l'État d'Unity.

Les bombes ont eu un effet désastreux sur la population civile. Les communautés déplacées, que les bombardements répétés ont obligées à quitter leurs foyers, vivent dans des conditions éprouvantes, dans des grottes, au sommet de montagnes, sous des arbres ou dans la brousse loin des villes. Elles manquent de vivres, de médicaments, d'installations sanitaires et d'abris contre les fortes pluies. De nombreuses familles déplacées ont expliqué aux chercheurs qu'elles se nourrissaient de baies et de feuilles et que leurs enfants souffraient de diarrhée et de paludisme.

Le 23 août, le président Omar el Béchir, qui est recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes graves commis contre des civils dans la région du Darfour, dans l'ouest du Soudan, a annoncé un cessez-le-feu unilatéral de deux semaines dans le Kordofan méridional, où les forces soudanaises combattent les forces d'opposition armées depuis début juin. Cependant, des organisations locales présentes sur le terrain affirment que, malgré le cessez-le-feu, le gouvernement continue de bombarder des zones habitées par des civils. Le président soudanais a également annoncé que ni les Nations unies ni les organisations humanitaires internationales ne seraient autorisées à aider les déplacés.

Lorsque les chercheurs étaient sur place, des avions Antonov larguaient des bombes presque quotidiennement sur les fermes et les villages. Par exemple, le 14 août, un avion a bombardé une zone près du village de Kurchi, à 70 kilomètres à l'est de Kadugil, détruisant la maison et les biens de Wazir al Kharaba. Les chercheurs ont également photographié trois bombes tombant d'un Antonov près de Kurchi, le 19 août à 17 h 15. Le 22 août, une autre frappe aérienne a gravement blessé un homme à la jambe, une femme âgée à la mâchoire et elle a endommagé une école.

« Les attaques aveugles menées dans des zones habitées par des civils et les conditions imposées à l'aide humanitaire pourraient être considérées comme des crimes de guerre et à des crimes contre l'humanité, a déclaré Donatella Rovera. De telles attaques doivent cesser et il faut immédiatement autoriser une évaluation indépendante des besoins humanitaires et permettre l'acheminement des secours. »

Aucune cible militaire évidente n'était visible près des zones soumises aux frappes aériennes dans lesquelles se sont rendus les chercheurs. Des témoins ont indiqué que des Antonov ou des chasseurs à réaction volant à haute altitude auraient largué des bombes sur des zones habitées par des civils qui, selon eux, ne se trouvaient à proximité d'aucune cible militaire.

Des spécialistes en armement ont expliqué aux organisations que les munitions utilisées ne sont pas téléguidées et qu'elles sont souvent poussées manuellement hors des avions-cargos Antonov ou lâchées par d'autres avions avec des moyens qui ne permettent pas de viser. « Du fait de l'utilisation, dans des zones habitées par des civils, d'armes ne pouvant pas être dirigées avec précision sur des objectifs militaires, ces frappes sont par essence aveugles et constituent une violation du droit humanitaire international », ont déclaré Amnesty International et Human Rights Watch.

Dans les régions contrôlées par le gouvernement, les agences des Nations unies et diverses organisations humanitaires indiquent que les conditions de sécurité et la rigueur des restrictions imposées par le gouvernement leur interdisent d'accéder à beaucoup nombreuses personnes ayant besoin d'aide. Les autorités soudanaises ont empêché ces mêmes agences et organisations d'accéder aux populations vivant dans les zones contrôlées par l'opposition et de leur apporter des secours, car elles ont refusé d'autoriser les vols humanitaires et bombardé les pistes d'atterrissage où est déchargée l'aide humanitaire. Les 14, 19 et 24 juin, des avions du gouvernement, notamment des avions de chasse, ont bombardé la piste de Kauda et ses alentours.

Bien que le gouvernement ait annoncé le 20 août qu'il n'avait jamais limité l'accès aux monts Nouba, trois jours plus tard, le président Omar el Béchir a déclaré qu'aucun groupe international ne serait autorisé à se rendre dans cet État et que seul le Croissant rouge soudanais pourrait apporter une aide humanitaire.

En tant que parties au conflit, le gouvernement soudanais et les forces d'opposition doivent immédiatement accepter d'autoriser l'acheminement par voies aérienne et terrestre de l'aide humanitaire destinée à toutes les populations touchées, quel que soit l'endroit où elles vivent, ont déclaré Amnesty International et Human Rights Watch. Toutes les agences et organisations humanitaires doivent être autorisées à circuler librement pour aider les civils qui, maintenant, ont besoin d'aide de toute urgence, notamment de vivres et d'abris.

Le conflit entre le gouvernement soudanais et l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS) a débuté le 5 juin à Kadugli et Um Durein et s'est rapidement étendu à divers villes et villages où les forces du gouvernement et celles de l'APLS étaient en présence.

Les combats ont éclaté sur fond de tensions croissantes entre le parti du Congrès national, au pouvoir au Soudan, et le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS), qui dirige désormais le Soudan du Sud, devenu indépendant. Ces deux partis sont en désaccord sur les mesures de sécurité dans l'État du Kordofan méridional et sur l'élection contestée qui s'y est déroulée et à l'issue de laquelle Ahmed Haroun, candidat sortant au poste de gouverneur et ancien ministre des Affaires humanitaires lui aussi recherché par la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour, a été réélu de justesse.

Le Kordofan méridional abrite d'importantes communautés Noubas. Celles-ci entretiennent depuis longtemps des liens avec l'ancien mouvement de rébellion du sud du pays, lequel a combattu les forces gouvernementales soudanaises dans les monts Nouba durant la guerre civile qui a duré 22 ans et s'est achevée en 2005.Le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud est devenu un État indépendant ; le MPLS opérant au Soudan a alors pris le nom de MPLS-Nord et le groupe d'opposition armée qui agit au Kordofan méridional celui d'APLS-Nord.

Les chercheurs d'Amnesty International et de Human Rights Watch n'ont pas pu se rendre sur les lieux des combats ni pénétrer dans les zones contrôlées par les forces armées soudanaises où les violences ont éclaté. En revanche, ils ont pu s'entretenir avec des dizaines de personnes déplacées qui ont fui les combats à Kadugli et dans d'autres régions.

Selon des témoins, des soldats et des miliciens tiraient sur les gens dans la rue, perquisitionnaient systématiquement les maisons et contrôlaient les gens à des barrages en se référant à des listes de partisans connus du MPLS. Ces témoins ont également indiqué que des églises et des maisons avaient été détruites, pillées et incendiées, précisant que des maisons de membres notoires du MPLS avaient même été détruites au bulldozer.

Leurs récits concordent avec de nombreux éléments contenus dans le rapport publié, le 15 août, par le Haut-Commissariat aux droits de l'homme. Ce rapport s'appuie sur des recherches menées par les observateurs des droits humains de la Mission des Nations unies au Soudan (MINUS) avant la fin du mandat de cette dernière, début juillet, avant la déclaration d'indépendance du Soudan du Sud. Il fait état d'exécutions arbitraires et d'attaques généralisées contre des biens des civils, susceptible de constituer des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, ont déclaré Amnesty International et Human Rights Watch.

Le gouvernement soudanais a rejeté les conclusions du rapport des Nations unies et demandé au Conseil de sécurité d'ajourner tout débat avec le Kordofan méridional jusqu'à ce qu'il ait mené sa propre enquête sur les droits humains.

« Il semble que le Soudan tente de dissimuler de graves atteintes aux droits humains tout en continuant à bombarder des civils et à empêcher l'acheminement de l'aide humanitaire, a déclaré Donatella Rovera d'Amnesty International. Le Conseil de sécurité est resté silencieux bien trop longtemps. Il ne devrait pas rester sans rien dire alors que des civils sont bombardés. »

Le Conseil de sécurité s'est réuni le 19 août mais n'est pas parvenu à s'accorder sur une déclaration condamnant les violations des droits humains au Kordofan méridional ni à prendre des mesures concrètes, principalement en raison des objections émises par l'Afrique du Sud, la Russie et la Chine.

« La position de l'Afrique du Sud est particulièrement décevante, a déclaré Daniel Bekele de Human Rights Watch. En sa qualité de chef de file des États africains, ce pays devrait tout mettre en œuvre pour protéger les civils innocents du Kordofan méridional pour éviter que la terrible guerre civile qui a fait tant de morts ne se reproduise. »

Amnesty International et Human Rights Watch ont exhorté le Conseil de sécurité à condamner fermement le bombardement aveugle de régions habitées par des civils et les autres violations des droits humains perpétrées au Soudan, à exiger qu'il y soit mis un terme, à demander que les organisations humanitaires puissent accéder sans entraves à toutes les zones touchées, et à prendre des mesures concrètes pour garantir la présence d'observateurs des droits humains indépendants dans l'ensemble du Kordofan méridional.

Les deux organisations ont aussi instamment prié le Conseil de sécurité de mettre en œuvre les recommandations de la haut-commissaire aux droits de l'homme, laquelle a demandé l'ouverture d'une enquête indépendante sur les violations alléguées du droit international relatif aux droits humains et du droit humanitaire perpétrées au cours des hostilités dans le Kordofan méridional, et que les responsables présumés rendent compte de leurs actes.

Frappes aériennes sur des civils dans le Kordofan méridional

Bombardements aveugles

Selon Amnesty International et Human Rights Watch, depuis le début du mois de juin, les forces armées soudanaises bombardent indistinctement des zones habitées par des civils, faisant de nombreux morts et bien plus de blessés.

Des chercheurs de ces deux organisations ont enquêté sur 13 frappes aériennes au cours desquelles des dizaines de civils, dont de nombreux enfants, ont été tués ou blessés et leurs biens, détruits. Certains ont été touchés alors qu'ils se trouvaient dans leur maison ou à proximité, d'autres alors qu'ils cultivaient leurs champs, allaient chercher de l'eau ou faisaient leur marché au village.

Tous les témoins et victimes ont affirmé qu'aucun combattant de l'APLS-Nord, le groupe d'opposition armée, ne se trouvait dans ces zones avant ou pendant les bombardements. Aucun des faits sur lesquels des recherches ont été effectuées ne s'est déroulé à proximité du front ou dans des zones de combats.

Les fragments des bombes, celles n'ayant pas explosé, les cratères, les biens endommagés et diverses preuves matérielles trouvées sur les lieux bombardés ont corroboré les témoignages. Ceux-ci concordaient d'ailleurs avec d'autres éléments de preuves, notamment des photos et des vidéos réalisées par des membres des communautés immédiatement après les attaques, ainsi qu'avec des rapports médicaux et la nature des blessures décrites par le personnel médical qui a soigné les victimes.

Le type d'armement utilisé et la manière dont il a été utilisé – en l'occurrence des armes non téléguidées et larguées à haute altitude – prouvent aussi que ces bombardements ont été effectués aveuglément, ce qui contrevient aux dispositions du droit international humanitaire en vigueur.

Décès de femmes et d ' enfants

Angelo al-Sir, agriculteur, la quarantaine, a déclaré aux chercheurs que son épouse, qui avait eu 10 enfants et était enceinte, deux de ses enfants, son neveu et un autre parent, soit cinq personnes au total, avaient été tuées, le 19 juin, lors du bombardement d'Um Sirdeeba, village situé à l'est de Kadugli :

« Ma femme, Mahasin, ensemençait le champ à côté de chez nous quand nous avons entendu un avion, un Antonov, décrire des cercles au-dessus de nous. Elle a crié aux enfants : “Couchez-vous par terre, les bombes arrivent.” »

La bombe est tombée près de la maison de cette famille et son explosion a eu des conséquences désastreuses.

Mahasin, 35 ans, a été tuée sur le coup. Elle a été décapitée par des fragments de la bombe projetés dans le champ près de sa maison. Yasser, son fils âgé de neuf ans, se trouvait dans la cuisine où il aidait Amal, sa sœur aînée à faire la cuisine, lorsque des fragments de la bombe ont fait voler le mur en éclats et l'ont atteint au crâne. Des fragments ont également atteint à la poitrine sa petite sœur Amani, un an, qui était assise à l'extérieur, et ont tué sur le coup leur cousin Musa'ab al-Fakih, quatre ans, qui était assis à côté d'elle. Craignant d'autres bombardements, al-Sir et son voisin ont voulu transporter Yasser et Amani, les deux enfants blessés, vers les montagnes proches, mais ceux-ci sont morts dix minutes plus tard.

Des fragments de la bombe ont également tué Alsafi al-Hassan, un parent proche de la trentaine qui habitait avec la famille al-Fakih, alors qu'il était assis sous un arbre dans la cour de l'école près de la mosquée et donnait une leçon.

D'autres enfants des familles Al-Sir et Al-Fakih ont été blessés lors de la frappe. Amnesty International et Human Rights Watch ont rendu visite à cinq d'entre eux à l'hôpital où on continuait à les soigner deux mois après la frappe. Deux d'entre eux, Ruba al-Sir, trois ans, et Abbas al-Fakih, deux ans, avaient été très gravement blessés à la poitrine et dans le dos : dans les deux cas, des fragments avaient pénétré dans leurs poumons. Mawadda al-Fakih, trois ans, a eu le bas de la jambe gauche lacérée. D'autres fillettes, Saida al-Sir, cinq ans et sa sœur Husna, 11 ans, avaient reçu des blessures semblables.

Des parents et des voisins ont déclaré à Amnesty International et à Human Rights Watch que la zone avait subi d'autres bombardements, dont l'un avait tué une petite fille une semaine plus tard, dans les environs.

Le 22 juin, une autre frappe menée à Kauda, située à 120 kilomètres à l'est de Kadugli, a tué Fawziya Ibrahim Kulul, 24 ans, enceinte de huit mois et mère d'un garçon de trois ans, alors qu'elle gardait ses chèvres dans le champ près de sa maison. Ses parents et voisins ont précisé qu'au moins cinq bombes étaient tombées cet après-midi-là. La première a tué Kulul et la dernière, qui a explosé tout près des bureaux d'une organisation non gouvernementale locale, a endommagé une maison du voisinage.

Le 26 juin, un avion a de nouveau lâché des bombes sur Um Sirdeeba. Elles sont tombées à quelque 200 mètres de celle du 19 juin, tuant Zarqa al-Saja, huit ans, qui s'était réfugiée sous un arbre. Sa mère, Mariam Zanga, a expliqué qu'elle-même et son mari travaillaient, à ce moment, dans leurs champs et qu'ils avaient laissé leurs enfants à la maison :

« Lorsque je suis arrivée à la ferme, elle était déjà morte. Je n'ai rien pu faire. Elle avait une blessure large à l'abdomen, ses intestins sortaient. »

Najwa Daud, trois ans, qui habitait dans le voisinage a également été blessée par des fragments de bombe. Par ailleurs, une frappe effectuée en août a blessé trois autres voisins.

Une frappe, effectuée le 26 juin sur le marché de Kurchi, a fait 13 morts parmi les civils, dont cinq enfants et trois femmes, et plus de 20 blessés.

Amnesty International et Human Rights Watch se sont rendus à Kurchi, sur les lieux où la bombe a explosé, et ils ont interviewé 25 témoins, victimes et des parents de victimes. Le détail des témoignages confrontés à d'autres éléments de preuve laisse clairement penser qu'il s'agit d'une attaque aveugle contre des civils.

Trois des bombes ont explosé dans un périmètre de 150 mètres sur 100 mètres autour de la pompe à eau et du marché du village, lieux habituellement fréquentés par des femmes et des enfants. Ce marché quotidien, aujourd'hui déserté, débordait d'activité avant l'attaque.

Les victimes ont principalement été des femmes et des enfants venus chercher de l'eau, ainsi que des chalands et des passants. On compte parmi les morts, la petite Makalina Teimas Suleiman, quatre ans, et sa sœur Breskela, trois ans. Leur sœur aînée Marcela, huit ans, a perdu presque tout son pied droit et une partie de son pied gauche. Sur son lit d'hôpital, elle a déclaré aux chercheurs :

« Nous étions près du puits, l'avion est arrivé et tout le monde s'est mis à courir. Ensuite, j'avais très mal aux jambes. Maintenant, je dois apprendre à marcher avec ces bâtons (béquilles). C'est très difficile. »

Sur des photos prises immédiatement après le bombardement, on voit, dans le champ près du puits, les corps de ses deux sœurs déchiquetés par des fragments de la bombe. Awatef Kober, la mère d'Iqbaal et de Maryam Musa al-Rahima, a expliqué aux chercheurs que ses filles étaient parties chercher de l'eau au puits quand les bombes ont explosé :

« J'ai entendu les explosions. Ensuite, un voisin a apporté le corps de Maryam à la maison. Elle avait été touchée à la tête et une partie de son crâne avait été emportée. Il m'a dit d'aller au cimetière parce qu'ils y avaient emmené Iqbal. J'y suis allée, mais ses blessures étaient si affreuses que je n'ai même pas pu regarder. »

Leur autre sœur Kechi, 8 ans, a été blessée lors de la frappe, mais elle a survécu. Peu avant cette attaque, cette famille était revenue chez elle après un séjour dans les grottes des montagnes environnantes où elle se cachait la plupart du temps pour se protéger des bombardements. La jeune Ikhlas Hassan Jaden, 13 ans, apportait son déjeuner à son frère, dans une échoppe du marché. Sa mère, Leila Ahmad, a déclaré aux chercheurs :

« J'ai entendu trois explosions. J'ai couru au marché parce que mes enfants y étaient. Sur le chemin, j'ai vu des gens courir à ma rencontre : ils portaient ma fille. Ses jambes étaient cassées et lacérées. Nous l'avons amenée au dispensaire de Kurchi, mais ils ont dit que, vu la gravité de son état, il fallait l'emmener à l'hôpital de Kauda. Elle est morte avant d'arriver à l'hôpital. »

Walid Osman Ali, 32 ans, boucher et père de deux jeunes enfants, a été tué alors qu'il tentait de s'abriter derrière l'une des échoppes. Nabil al-Amin Kua, propriétaire de l'échoppe, a ainsi décrit ce qui est arrivé :

« Pendant qu'il chargeait son téléphone, nous avons entendu un avion. Je me suis jeté au sol derrière le magasin et Walid est resté debout près du mur. De gros fragments ont été projetés contre le mur. Il a été touché à de nombreux endroits, et surtout à la taille. Il était pour ainsi dire coupé en deux. »

Outre ses 13 morts, le bombardement du marché de Kurchi a fait 20 blessés. Parmi eux, Bibiana Isaac, huit ans, qui était allée chercher de l'eau au puits. Le médecin qui l'a soignée a expliqué aux chercheurs que des fragments de bombe avaient sectionné l'une de ses vertèbres cervicales et que la partie inférieure de son corps était maintenant paralysée à partir de la taille.

Lors d'une frappe ultérieure, effectuée le 2 juillet vers midi, deux femmes, Nunu Angelu Karki, 24 ans, mère d'un bébé de quatre mois, et Nidal Hashim Wagana, 23 ans, ont été tuées par des bombes à Saraf Jamus, village proche de Kurchi.

Le père de Karki a déclaré que lorsque l'avion les avait survolés, sa fille s'était précipitée vers le trou que la famille utilisait pour s'abriter des bombes mais qu'elle avait été tuée avant d'avoir pu l'atteindre. Nairobi Luka, 12 ans, qui était avec elle, s'en est sortie avec des blessures légères. Shallu Bolis Abali, un voisin âgé de huit ans, a lui aussi été légèrement blessé.

Amnesty International et Human Rights Watch ont également mené des recherches sur les bombardements effectués en août. Par exemple, le 14 août, un avion a bombardé une zone près du village de Kurchi, à 70 kilomètres à l'est de Kadugil, détruisant la maison et les biens de Wazir al Kharaba, de ses deux femmes et de ses 11 enfants. Par ailleurs, le 19 août, à 16 h 30, les chercheurs ont vu un Antonov lâcher des bombes dans une zone au sud de Kurchi. Le 22 août, le jour suivant le départ des chercheurs, des bombes sont tombées sur Kauda, blessant un homme et une femme âgée et provoquant des dégâts dans une école.

Viola t ions du droit international humanitaire

Les bombardements aveugles constituent une violation du droit international humanitaire. Le droit international humanitaire interdit aux parties à un conflit interne, en l'occurrence l'armée soudanaise et les combattants de l'APLS-Nord, de mener des attaques qui touchent indistinctement les civils et les objectifs militaires. Il interdit également les attaques qui causent aux civils un préjudice disproportionné par rapport au bénéfice militaire directement escompté.

On qualifie d'aveugles les attaques qui ne ciblent pas un objectif militaire particulier, et l'usage de méthodes ou moyens de guerre qui ne permettent pas de cibler un objectif militaire spécifique ou dont l'impact ne peut être circonscrit, et qui, par conséquent atteignent indistinctement les civils ou les militaires. Les deux parties doivent prendre toutes les précautions possibles pour minimiser le préjudice infligé aux civils et à leurs biens, notamment, lorsque les circonstances le permettent, en prévenant les populations civiles suffisamment longtemps à l'avance des attaques susceptibles de les affecter.

Avec les Antonov, il est impossible de diriger des bombes sur des objectifs militaires déterminés. Les bombes sont lâchées à l'arrière de l'appareil, et les pilotes se fondent sur un certain nombre de paramètres, entre autres la vitesse et l'altitude de l'avion, pour calculer le moment du lancement. Une fois la bombe lâchée, sa trajectoire ne peut être modifiée. Lorsque des chasseurs lâchent ces bombes sur des zones habitées par des civils, ou font feu sur elles en utilisant des armes non téléguidées, il est fort à craindre qu'ils se livrent à des attaques disproportionnées ou aveugles.

Des centaines de milliers de personnes fuient les bombardements

Selon des organisations présentes sur le terrain et travaillant dans les cinq localités contrôlées par le MPLS-Nord, au moins 150 000 personnes ont fui leur domicile depuis le déclenchement du conflit, début juin. Mais ce chiffre pourrait être beaucoup plus élevé, car l'accès à nombre de zones contrôlées par le MPLS-Nord, où des dizaines de milliers de déplacés se sont réfugiés, est rendu difficile par les fortes pluies, la pénurie de carburant pour les véhicules et les problèmes de sécurité. Ce nombre risque d'augmenter dans les prochains mois, car les affrontements qui se déroulent dans diverses zones provoquent d'autres déplacements.

Amnesty International et Human Rights Watch ont discuté avec environ 150 déplacés. Certaines vivaient dans des abris de fortune au pied ou au sommet de montagnes à proximité d'énormes rochers où elles pouvaient se mettre rapidement à l'abri en cas de bombardement aérien. D'autres vivaient sous des arbres, à l'écart des grandes routes et loin des villes risquant davantage de subir des bombardements, ou encore dans des écoles fermées pour les vacances d'été.

D'autres encore avaient trouvé refuge dans des villes et des villages, chez des inconnus qui ont déclaré qu'ils se devaient d'aider des personnes qui autrement seraient sans abri. Les chercheurs se sont même rendus dans une zone où un millier de personnes s'étaient réfugiées dans des grottes et des maisons abandonnées au sommet d'une montagne pour fuir les bombardements que subissaient leur village, situé au pied de la montagne, et ses alentours. Elles avaient été rejointes par un autre groupe de 1 500 personnes venues de villages éloignés et fuyant également des bombardements.

Des besoins humanitaires pressants

Cela fait plus de deux mois que les autorités soudanaises bloquent toute assistance humanitaire destinée aux zones contrôlées par le MPLS-Nord et aux zones du Kordofan méridional qu'elles contrôlent. Or plus de 150 000 déplacés ayant fui les bombardements aériens et d'autres types d'attaques ont un besoin pressant d'aide alimentaire et humanitaire.

De très nombreuses personnes déplacées ont déclaré à Amnesty International et à Human Rights Watch qu'elles en étaient réduites à nourrir leurs enfants de feuilles et de baies sauvages parce qu'elles n'avaient reçu que peu ou pas d'aide humanitaire. Dans l'ensemble des zones contrôlées par l'APLS-Nord, les villageois n'ont pas eu la possibilité de cultiver leurs champs, ou de planter ne serait-ce qu'une fraction de leurs semences habituelles, parce que la plupart d'entre eux craignent des attaques ou parce que leurs terres se trouvent dans des zones contrôlées par les forces armées soudanaises et leur sont donc inaccessibles. La pénurie alimentaire risque de s'aggraver.

Le 20 août, trois agences des Nations unies ont tenté de mener une mission d'évaluation, selon les termes des Nations unies, dans « plusieurs zones » du Kordofan méridional, dont des zones contrôlées par le MPLS-Nord. Elles ont été escortées par des représentants du gouvernement soudanais, notamment par le renseignement militaire, et elles n'ont pu visiter que Kadugli, ville contrôlée par le gouvernement et où les autorités ne leur ont pas accordé l'autorisation de visiter d'autres zones.

Le 23 août, le président al Béchir a déclaré qu'il n'autoriserait aucune agence étrangère à pénétrer dans l'État du Kordofan méridional. Depuis lors, des employés des Nations unies ont confirmé à Amnesty International et à Human Rights Watch que les autorités de cet État continuaient à leur interdire d'accéder librement à la plupart de ses zones, notamment à toutes celles contrôlées par l'opposition.

Le gouvernement fait barrage à l'aide

Depuis le début des combats, les Nations unies n'ont pu fournir de nourriture et d'assistance rudimentaire qu'à une minorité des déplacés, estimés à plusieurs dizaines de milliers, principalement à ceux se trouvant à Kadugli ou dans ses environs, car leur accès aux autres zones est extrêmement limité. Quelques rares organisations ayant pratiquement épuisé leurs réserves d'aide humanitaire et ne disposant que de très peu de véhicules, de pièces de rechanges et de carburant luttent pour aider les quelque 150 000 déplacés dans les zones contrôlées par le MPLS-Nord.

Une grande partie du personnel des Nations unies a évacué Kadugli et diverses zones du Kordofan méridional en raison de l'éclatement du conflit, début juin, et des importantes restrictions à leur liberté de déplacement à l'extérieur de Kadugli. Une autre partie a quitté la région au moment de l'expiration du mandat des Nations unies, le 9 juillet, jour de la déclaration d'indépendance du Soudan du Sud.

Depuis le 9 juin, les autorités soudanaises ne tolèrent plus les vols au départ de la capitale, Khartoum, et à destination du Kordofan méridional. Entre le 21 et le 26 juin, elles ont autorisé un certain nombre de vols des Nations unies à décoller pour des villes contrôlées par le MPLS-Nord, notamment Kauda, afin qu'elles puissent évacuer l'ensemble de leur personnel international et quelques employés nationaux.

Le 20 juin, Susan Rice, ambassadrice des États-Unis aux Nations unies a déclaré au Conseil de sécurité : « [les autorités soudanaises] ont menacé d'abattre des patrouilles aériennes de la MINUS, [...] ont pris le contrôle de l'aéroport de Kadugli et n'ont pas accordé aux vols de la MINUS l'autorisation d'atterrir ». Le colonel Khalid Al-Sawarmi, porte-parole des forces armées soudanaises, a démenti cette déclaration.

Néanmoins, le gouvernement a refusé d'autoriser des vols à décoller pour le Kordofan méridional, sauf pour évacuer le personnel et le matériel.

Baisse des réserves alimentaires, crise imminente

Quand les combats se sont déclenchés le Programme alimentaire mondial (PAM) disposait, dans ses entrepôts de Kauda – aux mains du MPLS-Nord depuis la mi-juin – de 700 tonnes de nourriture. Après l'évacuation du PAM, en juin, les organisations restées sur place ont, selon des groupes d'assistance locaux, pris la relève et distribué, au cours des 60 jours suivants, une ration de 10 jours à 100 000 déplacés. Il reste juste assez de nourriture pour distribuer une nouvelle ration de 10 jours à 23 000 personnes.

Des dizaines de déplacés ont raconté aux chercheurs que le peu de nourriture avait été rationné, puis qu'ils en avaient été réduits à utiliser, pendant des semaines, des feuilles et des baies sauvages pour faire leur soupe. Des mères ont déclaré que leurs enfants souffraient de diarrhées. Elles ne savaient absolument pas comment elles pourraient maintenir leurs familles en vie pendant les semaines à venir. Les personnes hébergées par des familles ont déclaré que leurs hôtes n'avaient que très peu ou pas du tout de nourriture à leur offrir. Selon le PAM, les récoltes ont été mauvaises en 2009 et 2010, au Kordofan méridional. Cela signifie que les communautés étaient déjà en difficulté avant le début du conflit.

La plupart des gens interviewés ont expliqué qu'ils n'avaient pas pu faire les semis – ou beaucoup moins qu'à l'ordinaire – parce qu'ils étaient terrorisés par les pilonnages aériens auxquels s'était livrée l'armée de l'air soudanaise en juin et juillet, mois pendant lesquels ils plantent normalement le sorgho, qui est un aliment de base dans cette région.

D'autres personnes ayant fui loin de leur domicile ont déclaré qu'elles n'avaient rien planté parce qu'elles ne pouvaient plus accéder à leurs champs.

Les responsables des communautés locales ont dit que les quelques personnes en mesure d'acheter du sorgho ou de s'en procurer en échange de bétail ne trouvaient pas suffisamment de nourriture sur les marchés ou n'avaient pas les moyens d'en payer le prix élevé. Selon le PAM, les marchés voient leurs réserves baisser parce qu'ils dépendent fortement du commerce avec le nord, maintenant coupé des zones contrôlées par le MPLS-Nord. Les prix grimpent rapidement.

L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a déclaré qu'elle s'attendait à une réduction importante des surfaces cultivées au Kordofan méridional. Des représentants de l'administration locale ont déclaré que, du fait de l'arrivée tardive des pluies, le problème s'accentuerait et que la plupart des zones auraient des récoltes extrêmement mauvaises en octobre et novembre. Le Famine Early Warning Systems Network, qui est un réseau chargé d'anticiper les famines, estime que dans cette zone les précipitations sont inférieures de 50 % à la moyenne. Selon ce réseau, la nourriture et les moyens de subsistance des civils touchés par le conflit, notamment les personnes déplacées, ont déjà atteint le niveau « crise », dernier degré avant l'« urgence ».

Les spécialistes de la nutrition qui analysent les dynamiques au Kordofan méridional craignent une augmentation du taux de malnutrition en raison des « effets cumulés de la faim, de la diarrhée, de la malaria et de la pneumonie ».

Autres types d'aide nécessaire

Amnesty International et Human Rights Watch ont déclaré que les déplacés avaient également besoin d'autres types d'aide. Depuis début juin, les organisations n'ont distribué que 1 500 kits contenant des couvertures, des bâches en plastique, des ustensiles de cuisine et des moustiquaires. Les groupes d'aide ont déclaré qu'il ne leur restait que quelques centaines de kits. Dans une zone, les autorités ont indiqué que si des milliers de déplacés vivent dans des familles qui se débrouillent tant bien que mal pour les héberger, c'est parce qu'ils n'ont pas de bâches pour se fabriquer des abris.

La situation humanitaire actuelle rappelle celle du Kordofan méridional pendant le conflit du début des années 1990, lorsque l'armée soudanaise faisait barrage à toute aide destinée aux zones contrôlées par l'APLS, contraignant des milliers de civils à vivre dans les « camps de la paix » contrôlés par le gouvernement pour recevoir de l'aide. La famine s'est étendue, et des dizaines de milliers de civils sont morts de malnutrition et de maladies.

Obligation d'autoriser l'accès à l'aide humanitaire

Selon les lois de la guerre, toutes les parties au conflit, y compris des autorités soudanaises, doivent autoriser les convois humanitaires neutres à accéder rapidement et sans entrave aux civils dans le besoin, et faciliter leur passage sans faire de distinction. Les autorités soudanaises ont certes le droit de contrôler la livraison de l'aide, mais elles ne peuvent arbitrairement interdire aux organisations humanitaires qui sont neutres et aident indistinctement les populations lorsque leur survie est menacée d'accéder à ces populations : elles doivent leur autoriser cet accès.

Le Soudan n'aurait que le droit de restreindre temporairement les déplacements des agences humanitaires à l'intérieur ou en direction des zones contrôlées par l'APLS-Nord que si cette restriction répondait à de véritables impératifs militaires, comme la crainte que les secours n'interfèrent avec les opérations militaires. Le gouvernement soudanais n'a pas apporté la preuve de cet impératif.

Graves atteintes aux droits humains à Kadugli

Le conflit au Kordofan méridional a éclaté le 5 juin, soit quelques semaines à peine après la prise brutale par les forces gouvernementales, en mai, d'Abyei, zone contestée qui le jouxte. Les combats entre les forces gouvernementales et l'APLS ont débuté à Kadugli et à Um Durein, puis se sont rapidement étendus à d'autres viles du Kordofan méridional où les deux forces étaient en présence.

Amnesty International et Human Rights Watch n'ont pas pu se rendre à Kadugli ni dans les autres zones contrôlées par les forces armées soudanaises. Cependant, les chercheurs ont interviewé des dizaines de personnes ayant fui Kadugli dans les jours suivant le début du conflit et ayant été témoins ou victimes de violations des droits humains perpétrées par les forces soudanaises et les milices les soutenant. Leurs récits révèlent avec une constance absolue que les forces gouvernementales, aidées des milices, ont commis de graves atteintes aux droits humains dans cette zone.

Ils concordent avec la plupart des conclusions du rapport des Nations unies du 15 août, qui fait état de divers abus, notamment de nombreux cas d'exécutions extrajudiciaires et d'arrestations arbitraires, y compris d'employés des Nations unies, lors de perquisitions systématiques et de contrôles à des barrages.

Des dizaines de témoins de ces abus ont déclaré que les forces gouvernementales, notamment les forces armées soudanaises, la police de la réserve centrale, les Forces de défense populaire (FDP), groupe paramilitaire, et les milices les soutenant avaient lancé des obus et bombardé des quartiers résidentiels, pillé et incendié des maisons et des églises, tiré sur des civils et arbitrairement arrêté et exécuté des personnes soupçonnées d'entretenir des liens avec le MPLS.

Exécutions extrajudiciaires

Amnesty International et Human Rights Watch ont entendu de nombreux récits selon lesquels des personnes considérées comme des membres du MPLS avaient été exécutées de manière extrajudiciaire à Kadugli et dans d'autres zones du Kordofan méridional.

Khaled Kuku Masubar, 37 ans, employé d'une organisation de développement à Kadugli et interviewé à Um Sirdeeba, a déclaré qu'il avait vu un groupe de soldats dans un camion qui passait devant l'hôpital tirer sur Rizik Rizgullah Kacho, un civil, membre notoire du MPLS. « J'ai entendu le commandant dire : “Ceux-là sont du MPLS. Finissons-en avec eux.” » Masubar a également vu des soldats tirer sur un homme devant une église et le tuer, et il a vu beaucoup de corps « dans différents endroits et sous un arbre ».

Des témoins ont affirmé que les membres du Service national de la sûreté et du renseignement, de diverses forces de sécurité et des milices les soutenant avaient des listes des sympathisants présumés du MPLS sur lesquelles ils se fondaient pour procéder à des arrestations arbitraires lors des perquisitions systématiques, aux postes de contrôles et dans la rue.

Dans certains cas, ce sont des voisins de quartier, connus par les témoins comme des sympathisants du parti du Congrès national, le parti au pouvoir au Soudan, qui conduisaient les miliciens aux personnes qu'ils savaient être membres du MPLS. Par ailleurs, les forces de sécurité du gouvernement ont pénétré à l'intérieur de la « zone sécurisée » près de l'enceinte de la mission des Nations unies à Kadugli et y ont arrêté des personnes. À deux reprises au moins, elles ont exécuté des personnes près de l'enceinte.

« Quelqu'un m'a dit que mon nom était sur la liste. Alors j'ai décidé d'aller à la MINUS », se souvient LK, une femme de 29 ans membre du MPLS. Alors qu'elle fuyait le site de la MINUS, le 11 juin, elle a vu trois corps près de la rivière. Près de l'enceinte, elle a vu les forces de sécurité tirer sur deux jeunes.

« Elle [la police de la réserve centrale] a fusillé deux garçons, Khaled, 18 ans et Amr, 16 ans, a-t-elle indiqué. C'était les fils de Saleh, un chauffeur d'Abdelaziz [al-Hillu], [vice-gouverneur et dirigeant du MPLS]. Ils ont volontairement tué ces deux garçons : j'ai vu quelqu'un les mettre en joue et ensuite, j'ai vu leurs corps après l'exécution. Leurs corps reposaient sur le sol. »

Un autre témoin, FA, ressortissante soudanaise également employée par les Nations unies, a déclaré : « Le 7 juin, les forces armées soudanaises, le renseignement militaire et les milices ont commencé à arrêter des gens dans l'enceinte de la MINUS ». Elle a indiqué que le 8 juin, deux véhicules de la police de la réserve centrale s'étaient arrêtés aux grilles de l'entrée principale de la mission et que celle-ci avait tué Nimiri Philip, un fournisseur de services des Nations unies :

« Ils l'ont fait sortir par la grille principale et ont essayé de le tuer juste devant la grille. Beaucoup de femmes déplacées se sont mises à hurler, alors ils l'ont fait monter dans un véhicule, l'ont tué et ont abandonné son corps. »

Pillages et destructions de bâtiments, y compris d'églises

Des dizaines de personnes interviewées par Amnesty International et Human Rights Watch ont déclaré avoir été témoins de la destruction et du pillage de maisons et d'églises. « Ils ont emporté les toits de zinc et ont brûlé le reste, a déclaré RHA, une femme de 29 ans originaire de Hagar Al Nar qui a vu, de chez elle, les maisons de ses voisins pillées et incendiées.

Des membres du clergé ont signalé que des soldats et des miliciens avaient pillé les bâtiments de quatre églises et du Conseil des Églises du Soudan à Kadugli et avaient détruit une église à Um Durein. Martin Boulos, responsable d'une église interviewé à Juba, a déclaré qu'alors qu'il était caché dans l'enceinte du Conseil des Églises du Soudan il a vu des milices et la police tirer à l'intérieur de la maison réservée aux invités et piller le bureau.

« Ils ont brisé toutes les portes et fenêtres de la maison réservée aux invités, ils ont pris ce qui les intéressait et ils ont brûlé le reste, a déclaré le responsable d'une autre église. Ensuite ils sont allés dans le bureau, puis dans la cathédrale et y ont cassé beaucoup de choses. »

La destruction volontaire d'édifices religieux est considérée comme un crime par le droit international humanitaire.

Violence sexuelle

Plusieurs témoins ont également signalé des viols commis par des soldats du gouvernement. RKA, 24 ans, est originaire d'un village du nord-est de Kadugli. Elle a déclaré que sept soldats des forces armées soudanaises l'avaient violée dans la brousse près d'un poste de contrôle situé aux environs de Heiban, alors qu'elle retournait à son village après l'éclatement du conflit à Kadugli.

« Ils ont pris mon appareil photo, mon sac et mon passeport et ils m'ont emmenée dans la brousse », a-t-elle déclaré. Après le viol, elle s'est réfugiée à Juba. Elle n'a pas de nouvelles de son fils ni des autres membres de sa famille, dont elle est séparée depuis l'attaque et qui vivent dans une zone contrôlée par l'armée.

Un avocat interviewé à Juba, MBA, a déclaré que sa voisine et sa fille de 16 ans lui avaient demandé de l'aide à la suite du viol de la jeune fille par des soldats à Kadugli, trois jours après le début des combats. « Sa fille avait du sang sur les jambes, a-t-il dit. Je lui ai donné un antibiotique et j'ai nettoyé sa blessure avec des chiffons et du sel ». MBA a ajouté qu'il avait aussi reçu un appel téléphonique d'une voisine âgée de 25 ans, violée chez elle par trois miliciens. « Elle ne pouvait pas bouger, ils l'avaient battue » a-t-il indiqué.

Retours forcés à Kadugli

Des témoins originaires de Kadugli ont également raconté qu'au cours des semaines qui ont suivi le début du conflit, des représentants du gouvernement avaient essayé de forcer les déplacés qui s'étaient réfugiés à la mission des Nations unies à retourner à Kadugli. Le 20 juin, des représentants des autorités locales auraient pénétré dans l'enceinte sécurisée jouxtant le camp, où s'étaient concentrés environ 10 000 déplacés et ils auraient ordonné aux gens de retourner chez eux à Kadugli ou de se regrouper dans des écoles et au stade de Kadugli. Le 18 juin, le gouverneur Haroun a annoncé par la voie des médias locaux que les fonctionnaires devaient rentrer chez eux sinon leurs salaires ne leur seraient pas versés.

Selon les Principes directeurs des Nations unies relatifs au déplacement de personnes à l'intérieur de leur propre pays, les déplacés ont le droit de chercher à se mettre en sécurité dans n'importe quelle partie de leur pays et le droit de ne pas être réinstallés dans un lieu où leur vie, leur sécurité et leur liberté, ou leur santé seraient en danger.

Autres allégations

Des témoins, y compris des employés des Nations unies, ont parlé aux chercheurs de deux fosses communes situées aux environs de Kadugli, à Tillo et près d'une vallée, dans le village de Murta. Toutefois les chercheurs n'ont pas pu corroborer ces affirmations, en raison de l'insuffisance des témoignages et de l'impossibilité d'accéder à ces zones. Par ailleurs, des personnes ont indiqué aux chercheurs – et ceux-ci considèrent que ces informations sont crédibles – que des mines anti-véhicules avaient été posées à Kadugli, dans ses environs et dans d'autres zones stratégiques, mais il a été impossible de savoir qui les avait posées.

FIN

How you can help

AMNESTY INTERNATIONAL WORLDWIDE