Document - Somalia: Further information: Journalist and alleged rape victim found guilty: Abdiaziz Abdnur Ibrahim

Somalie. Un journaliste et une victime présumée de viol déclarés coupables

Action complémentaire sur l'AU 9/13, AFR 52/003/2013 – Somalie 19 février 2013

ACTION URGENTE

UN JOURNALISTE ET UNE VICTIME PRÉSUMÉE DE VIOL DÉCLARÉS COUPABLES

Le journaliste indépendant Abdiaziz Abdnur Ibrahim a été déclaré coupable d'outrage à une institution nationale, après avoir enquêté sur un viol présumé qui impliquerait des membres des forces gouvernementales. La femme qui a signalé le viol a aussi été déclarée coupable.

Les motifs qui sous-tendent les condamnations demeurent flous, mais le tribunal semble avoir déclaré ces deux personnes coupables en vertu du Code pénal somalien et de la charia (droit islamique). Le 5 février, Abdiaziz Abdnur Ibrahim a été déclaré coupable d'outrage à une institution nationale, de rédaction d'un article fallacieux et d'entrée sans autorisation au domicile d'autrui. La victime présumée, quant à elle, a été déclarée coupable d'avoir forgé de toutes pièces une affaire de viol portant atteinte à la sûreté de l'État.

Abdiaziz Abdnur Ibrahim, condamné à un an de prison, est détenu actuellement à la prison centrale de Mogadiscio. La femme qui a dénoncé le viol a aussi été condamnée à un an de prison mais le tribunal a différé sa peine d'un an pour cause d'allaitement. En revanche, il a ordonné la libération de son mari et de deux autres personnes, faute de preuves.

Le jugement s'appuie sur un entretien que la victime présumée a accordé le 8 janvier à Abdiaziz Abdnur Ibrahim au sujet du viol qu'auraient commis des membres des forces de sécurité gouvernementales en août 2012. Le 6 janvier, Al Jazeera avait diffusé un reportage sur le viol et les autres formes de violence sexuelle dans les camps de personnes déplacées à Mogadiscio. Abdiaziz Abdnur Ibrahim n'a pas participé à la réalisation de ce reportage.

Le procureur n'a fourni aucun élément justifiant une condamnation pour des infractions pénales. L'un des témoins cités par le ministère public était une infirmière qui n'avait même pas examiné la victime présumée. Le 2 février, premier jour du procès, une sage-femme a déclaré sous serment qu'elle n'avait pas conclu au viol à l'issue d'une palpation destinée à tester la laxité du vagin, pratique discréditée de longue date sur le plan médical.

Le juge n'a pas autorisé l'avocat de la défense à citer des témoins ni à présenter des éléments médicaux visant à réfuter les affirmations du ministère public. Les prévenus ont décidé d'interjeter appel, selon leur avocat.

DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS, en anglais, en somali ou dans votre propre langue :

appelez les autorités somaliennes à abandonner les charges retenues contre Abdiaziz Abdnur Ibrahim et la victime de viol présumée, et demandez-leur de libérer ce journaliste immédiatement et sans condition ;

priez-les de permettre à cet homme, en attendant sa libération, d'avoir librement accès à des avocats, à des médecins et à sa famille.

ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 2 AVRIL 2013 À :

Ministre de l'Intérieur et de la Sécurité nationale

H.E. Abdikaram Hussein Guled

Ministry of Interior

Mogadishu, Somalie

Courriel : guuleed20@hotmail.com

Formule d'appel : Dear Minister, / Monsieur le Ministre,

Ministre de la Justice

H.E. Abdullahi Abyan Nur

Ministry of Justice

Mogadishu, Somalie

Courriel : justicesom@hotmail.com

Formule d'appel : Dear Minister, / Monsieur le Ministre,

Ministre d'État auprès de la Présidence

H.E. Farah Sheikh Abdulkader

Office of the President

Mogadishu, Somalie

Courriel : faaraxsheekh@yahoo.com

Formule d'appel : Dear Minister, / Monsieur le Ministre,�

Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques de la Somalie dans votre pays (adresse(s) à compléter) :

Nom(s), adresse(s), n° de fax ; courriel ; formule d'appel.

Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.

ACTION URGENTE

UN JOURNALISTE ET UNE VICTIME PRÉSUMÉE DE VIOL DÉCLARÉS COUPABLES

COMPLÉMENT D'INFORMATION

Abdiaziz Abdnur Ibrahim est détenu arbitrairement depuis le 10 janvier dernier, à la suite de ses investigations concernant le viol que des membres des forces de sécurité somaliennes auraient commis sur une femme déplacée. Ce journaliste n'a pas publié les informations qu'il a obtenues lors de son entretien avec la victime présumée.

Le 18 janvier, le gouvernement a émis une déclaration publique dans laquelle il affirmait que les allégations de viol formulées par la femme avec laquelle Abdiaziz Abdnur Ibrahim s'était entretenu étaient fausses, et il accusait cet homme d'avoir inventé toute l'histoire. En déclarant les prévenus coupables dans la presse, avant même la tenue d'un procès, les autorités sont passées outre la présomption d'innocence, qui est un principe fondamental du droit à un procès équitable.

Au moins trois autres journalistes ont été interrogés par le Département central des enquêtes au sujet d'un reportage diffusé par Al Jazeera, dont un journaliste radio qui a été maintenu en détention pendant toute une nuit dans les locaux de l'Agence de sécurité nationale. Par ailleurs, Daud Abdi Daud a été arrêté le 5 février après s'être exprimé ouvertement lors de la condamnation d'Abdiaziz Abdnur Ibrahim et de la femme qu'il avait interviewée et avoir déclaré que « les journalistes ont le droit de réaliser des interviews ». Il a été libéré le 12 février.

En novembre 2012, le président somalien Hassan Sheikh Mohamoud a déclaré que les membres des forces de sécurité qui commettraient des viols seraient amenés à rendre des comptes et a proposé de leur infliger la peine de mort. Si des poursuites doivent effectivement être engagées à l'encontre des auteurs présumés de viols et d'autres violences sexuelles, Amnesty International est opposée à la peine capitale en toutes circonstances.

En Somalie, les signalements de viols et d'autres violences sexuelles à l'encontre de femmes et de jeunes filles vivant dans des camps de personnes déplacées à Mogadiscio sont fréquents. Ces sévices semblent parfois être imputables à des hommes portant des uniformes du gouvernement.

La police a le devoir de prendre des mesures concrètes pour empêcher les violences sexuelles et liées au genre, et d'enquêter avec la diligence requise sur toutes les allégations de viols et d'autres violences sexuelles. Lorsqu'il existe suffisamment d'éléments de preuve recevables, des poursuites doivent être engagées, dans le respect des normes d'équité des procès et sans recours possible à la peine de mort. De plus, les journalistes enquêtant sur de telles allégations ne doivent pas être pris pour cible.

Nom : Abdiaziz Abdnur Ibrahim

Genre : homme

Action complémentaire sur l'AU 9/13, AFR 52/003/2013, 19 février 2013

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