Document - Somalia: In the line of fire: Somalia’s children under attack

Somalie. Dans la zone de feu. Les enfants victimes du conflit en Somalie

DANS LA ZONE DE FEU

LES ENFANTS VICTIMES DU CONFLIT EN SOMALIE

AMNESTY INTERNATIONAL

Document public

AFR 52/001/2011

AILRC-FR

Juillet 2011

Dans le sud et le centre de la Somalie, les enfants sont en permanence confrontés à des attaques. Leur vie est constamment en danger. Le conflit armé et les graves atteintes aux droits humains ont brisé leurs espoirs pour l'avenir. Leurs maisons sont bombardées, leurs proches tués et leurs écoles détruites ou fermées. Les violences sont souvent perpétrées sans discrimination : rien n'est fait pour épargner les civils, même les jeunes enfants.

Des enfants ont en outre été directement pris pour cibles. Des témoignages rapportent qu'Al Shabab, un groupe armé islamiste qui contrôle une grande partie de la Somalie, a recruté de force des enfants, dont certains n'avaient pas plus de huit ans, et fait des descentes dans des écoles. Ils indiquent aussi que ceux qui ne respectent pas les règles imposées par Al Shabab sont fouettés, mutilés ou tués.

Depuis deux décennies, l'accès des enfants aux soins de santé, à l'éducation, à la nourriture et à l'eau n'a cessé de diminuer. Des groupes armés refusent l'accès à l'aide humanitaire dans les zones sous leur contrôle, privant ainsi les enfants d'une protection contre la sécheresse.

Le présent rapport appelle les parties au conflit à mettre fin aux attaques contre les enfants et à assumer leurs responsabilités pour les crimes de guerre et les autres graves atteintes aux droits humains commises en Somalie. Il demande également à tous les États d'intensifier les programmes destinés à fournir une éducation et un soutien psychosocial aux enfants somaliens qui fuient le conflit.

Des enfants jouent dans le camp de réfugiés d'ifo, près de Dadaab, au Kenya, alors que le soleil se couche (décembre 2008). Les camps de Dadaab abritent plus de 200 000 réfugiés somaliens.

© HCr/e. Hockstein

SOMMAIRE

41. INTRODUCTION

62. CONTEXTE

7LES PARTIES NATIONALES AU CONFLIT

93. LES ENFANTS VICTIMES D'ATTAQUES MENÉES SANS DISCERNEMENT, ENTRE AUTRES ATTAQUES ILLÉGALES

9LES ENFANTS TUÉS ET BLESSÉS À LA SUITE D'ATTAQUES MENÉES SANS DISCERNEMENT

10LES BOMBARDEMENTS AVEUGLES SYSTÉMATIQUES À MOGADISCIO

13AUTRES ATTAQUES ILLÉGALES A MOGADISCIO

15AUTRES AFFRONTEMENTS ARMÉS DANS LE SUD DE LA SOMALIE

16LES MOYENS D'EXISTENCE DES ENFANTS MENACÉS PAR LES ATTAQUES AVEUGLES ET LA VIOLENCE

184. RECRUTEMENT ET UTILISATION D'ENFANTS PAR LES FORCES ET GROUPES ARMÉS

18LE RECRUTEMENT D'ENFANTS PAR DES GROUPES ARMÉS

18ÂGE ET CIBLES

20MÉTHODES DE RECRUTEMENT

23ENTRAÎNEMENT ET UTILISATION D'ENFANTS

25LES SANCTIONS POUR L'OPPOSITION AU RECRUTEMENT DANS DES GROUPES ARMÉS : MENACES DE MORT, ENLÈVEMENTS ET HOMICIDES

26LE RECRUTEMENT DE FILLES PAR LES GROUPES ARMÉS

27L'ENGAGEMENT DU GFT DE SE PENCHER SUR LA QUESTION DES ENFANTS SOLDATS

27LES ALLÉGATIONS DE RECRUTEMENT ET D'UTILISATION D'ENFANTS PAR LES FORCES ARMÉES DU GFT

29LES ENFANTS LIÉS AUX MILICES PROGOUVERNEMENTALES

29LE TRAITEMENT PAR LE GFT DES ENFANTS RECRUTÉS PAR DES GROUPES ARMÉS

315. ATTAQUES CONTRE LES ÉCOLES ET L'ÉDUCATION

32DES ÉCOLES DÉTRUITES OU FERMÉES À LA SUITE D'ATTAQUES MENÉES SANS DISCERNEMENT ET DE VIOLENCES

33LES ATTAQUES VISANT DIRECTEMENT LES ÉCOLES ET LE PERSONNEL ENSEIGNANT

34AUTRES RESTRICTIONS À L'ACCÈS À L'ÉDUCATION

356. AUTRES ATTEINTES AUX DROITS HUMAINS VISANT LES ENFANTS

35LES HOMICIDES À TITRE DE « SANCTION » PERPÉTRÉS EN PUBLIC DANS LES ZONES CONTROLÉES PAR AL SHABAB

36ACTES DE TORTURE ET AUTRES FORMES DE MAUVAIS TRAITEMENTS INFLIGÉS À DES ENFANTS DANS LES ZONES CONTROLÉES PAR AL SHABAB

377. LES ENFANTS PRIVÉS D'ACCÈS À L'AIDE HUMANITAIRE

38L'IMPACT DU CONFLIT ARMÉ SUR LES CENTRES MÉDICAUX

39LES RESTRICTIONS DÉLIBÉRÉES D'AL SHABAB À L'ACCÈS À L'AIDE HUMANITAIRE

40LA TAXATION FORCÉE DES CIVILS

418. LES CONSÉQUENCES DURABLES DU CONFLIT ARMÉ

41LES ENFANTS NON ACCOMPAGNÉS OU SÉPARÉS DE LEUR FAMILLE

44LE TRAUMATISME RÉSULTANT DU CONFLIT

46L'ABSENCE D'ÉDUCATION ET DE MOYENS D'EXISTENCE : UNE GÉNÉRATION PERDUE

479. DROIT ET NORMES INTERNATIONAUX

47LE DROIT INTERNATIONAL HUMANITAIRE

49LA LÉGISLATION EN MATIÈRE DE DROITS HUMAINS

50DROIT PÉNAL INTERNATIONAL

5110. CONCLUSION

5211. RECOMMANDATIONS

59NOTES

1 . INTRODUCTION

Le sud et le centre de la Somalie sont le théâtre d'un conflit armé depuis la chute du gouvernement de Siyad Barré, il y a 20 ans. Les personnes qui sont nées en 1991 dans cette partie de la Somalie et qui entrent dans leur 20e année n'ont jamais connu le respect des droits humains, la paix, l'état de droit ni un gouvernement opérationnel. Le conflit armé a eu des effets extrêmement graves sur la société somalienne dans son ensemble, mais les enfants – qui, selon les estimations, représentent plus de la moitié de la population du pays  – sont particulièrement touchés par ses répercussions. Un adolescent de 15 ans a déclaré en mars 2010 à Amnesty International : « J'ai vécu la plus grande partie de ma vie dans la peur. » La Somalie est l'un des deux seuls pays au monde, avec les États-Unis d'Amérique, qui n'ont pas ratifié la Convention relative aux droits de l'enfant.

Les deux dernières décennies, qui ont été marquées par un conflit entre des seigneurs de la guerre et des clans en concurrence pour l'accès aux ressources, ont vu la désintégration des services publics, et les conséquences ont été très lourdes pour l'accès de la population somalienne aux services de santé, à l'éducation ainsi qu'à la nourriture et à l'eau, entre autres équipements et services de base. Selon les indicateurs fournis par des agences des Nations unies, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans, en augmentation par rapport à 2010, est estimé à 200 pour 1000 en 2011 ; on compte une infirmière ou sage-femme et 0,5 médecin pour 10 000 habitants . Selon le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), seuls 23 % des enfants d'âge scolaire sont inscrits ou vont à l'école primaire en Somalie ; le taux moyen net d'inscription ou de scolarisation dans l'enseignement primaire est de 85 % au niveau mondial . On estime à 98 % en Somalie la prévalence des mutilations génitales féminines, qui sont essentiellement pratiquées sur des fillettes de quatre à 11 ans.

Les Somaliens sont également confrontés à des crises humanitaires chroniques. En raison de l'insuffisance des pluies à la fin de 2010 et de l'aggravation de la sécheresse, les Nations unies estiment que le nombre de personnes touchées par la crise humanitaire et alimentaire en Somalie est passé de 2 millions à 2,4 millions durant le premier semestre de 2011, ce qui correspond à environ 32 % de la population du pays. Un enfant sur quatre, soit 241 000 enfants environ, souffre de malnutrition sévère ; la majorité de ces enfants vivent dans le sud du pays, auquel les organisations humanitaires ont difficilement accès . Les Nations unies ont annoncé en juin 2011 que le nombre de personnes touchées par la crise alimentaire s'élevait à 2,85 millions . L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait état depuis le début de l'année de milliers de cas de maladies graves liées à la qualité de l'eau ou de choléra qui affectent essentiellement les enfants âgés de moins de cinq ans . Les Nations unies ont prévenu qu'un nombre plus important encore de Somaliens risquaient d'être victimes de la crise humanitaire en raison de la sécheresse, de l'augmentation du prix des denrées alimentaires et des déplacements persistants de population liés au conflit .

L'intensification du conflit armé depuis la fin de 2006 a fait voler en éclats toute apparence de normalité que les Somaliens avaient réussi à construire malgré d'énormes obstacles. Malgré l'absence d'un gouvernement opérationnel, il y avait des groupes de la diaspora, des acteurs économiques et des écoles soutenues par la société civile dans les villes, et il était possible de s'arranger pour éviter les dangers représentés par les chefs de guerre et les milices claniques. L'entrée en Somalie des troupes éthiopiennes venues aider le Gouvernement fédéral de transition (GFT) à chasser l'Union des tribunaux islamiques a déclenché une nouvelle phase du conflit ; les attaques menées sans discernement, les assassinats ciblés et les atteintes aux droits humains ont commencé à faire partie de la vie quotidienne des civils. Ces agissements se poursuivent dans le cadre du conflit armé opposant les forces progouvernementales et des groupes islamistes armés, en particulier Al Shabab (Les Jeunes).

Le présent rapport est fondé sur plus de 200 témoignages d'enfants, de jeunes gens et d'adultes somaliens recueillis par Amnesty International en mars 2009 au Kenya et à Djibouti, dans la ville de Djibouti et dans le camp de réfugiés d'Ali Adde, ainsi qu'en mars et en juin 2010 au Kenya, dans les camps de réfugiés de Dadaab dans le nord-est du pays et dans la capitale, Nairobi. Les délégués de l'organisation se sont entretenus avec des réfugiés qui avaient fui récemment la Somalie, afin d'obtenir, dans la mesure du possible, une description à jour de la situation dans leur pays. Amnesty International continue d'observer la situation en Somalie par le biais de contacts réguliers avec des observateurs indépendants basés dans le pays et à l'étranger. Les témoignages reproduits dans ce document illustrent les souffrances considérables des enfants somaliens et l'aggravation de la crise des droits humains dans le pays. Le nom des personnes interrogées ainsi que d'autres détails personnels ne sont pas divulgués lorsqu'ils pourraient permettre d'identifier ces personnes et mettre en danger leur sécurité.

Aux termes de la Convention relative aux droits de l'enfant, est un enfant toute personne âgée de moins de 18 ans.

Le présent rapport contient également des témoignages d'adultes qui ont été victimes d'atteintes aux droits humains dans leur enfance ou qui ont fourni des informations sur ce que des enfants ont subi.

Des réfugiés somaliens ont décrit des atteintes atroces aux droits humains, notamment de nombreux homicides et blessures dont des civils, notamment des enfants, ont été victimes à la suite d'attaques menées sans discernement ou lorsqu'ils ont été pris dans des échanges de tirs, ou encore dans des maisons, des écoles ou des hôpitaux touchés par des tirs. Le recrutement d'enfants par des groupes armés est systématique. Des réfugiés somaliens ont exposé le cas de personnes tuées, enlevées ou menacées de mort et contraintes de fuir pour s'être opposées au recrutement. Des groupes armés attaquent également des écoles, des écoliers et des enseignants et ils imposent des restrictions au droit à l'éducation, particulièrement pour les filles. Des enfants ont également été sanctionnés par une peine de flagellation imposée en application de l'interprétation de la charia (droit musulman) faite par Al Shabab, et d'autres ont assisté à des exécutions sommaires ou publiques ainsi qu'à des amputations et des lapidations. Dans de nombreuses régions, les groupes armés privent la population civile de l'aide humanitaire et lui imposent des taxes alors même que la sécheresse menace la survie des enfants. La plupart de ces agissements constituent des crimes de guerre ou d'autres violations graves du droit international humanitaire.

Amnesty International estime que la véritable ampleur des atteintes aux droits humains commises dans le sud et le centre de la Somalie n'est pas connue en raison des difficultés croissantes rencontrées pour avoir accès à des informations précises sur la situation. Bon nombre de ceux qui étaient en contact avec le monde extérieur ont été tués, enlevés, réduits au silence par des menaces de mort ou ont fui le pays. Les observateurs extérieurs, y compris les journalistes, ne peuvent pas se rendre pour des raisons de sécurité dans de vastes régions du sud et du centre du pays. Il est consternant de constater que la communauté internationale n'a pas mis en place un mécanisme permettant d'enquêter de manière systématique sur les crimes de guerre et les autres atteintes graves aux droits humains commis en Somalie, à titre de première étape vers le respect de l'obligation de rendre des comptes. Le peuple somalien est véritablement abandonné à son sort et pris dans un cycle mortel de violence et d'impunité. Les appels répétés lancés par des organisations somaliennes et internationales de défense des droits humains en faveur de la mise en place d'une commission d'enquête indépendante et impartiale ou d'un mécanisme similaire chargé d'enquêter sur les crimes de droit international commis actuellement ou par le passé en Somalie n'ont toujours pas été suivis d'effets.

L'absence de mesures visant à s'attaquer à l'impunité persistante dont bénéficient les auteurs de crimes de guerre, entre autres violations du droit international, commis en Somalie et qui affectent des millions d'enfants et de jeunes, contraste fortement avec les moyens financiers et politiques considérables que la communauté internationale consacre à la lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes. Le Conseil de sécurité de l'ONU examine en effet des propositions visant à renforcer la compétence universelle et les législations nationales et à instaurer dans la région des tribunaux chargés de juger les pirates présumés. Aucune initiative similaire n'est cependant prévue pour obliger les auteurs de crimes de guerre à rendre compte de leurs actes.

Qui plus est, la communauté internationale consacre peu de moyens à la mise en œuvre de mesures permettant de faire face de manière appropriée aux conséquences persistantes du conflit armé sur la société somalienne, notamment au nombre croissant d'enfants séparés de leurs familles et isolés, aux traumatismes liés aux atteintes aux droits humains qu'ils ont subies ou dont ils ont été témoins, et à l'absence de possibilité d'éducation et de moyens d'existence pour toute une génération, même dans les régions où une telle aide peut être apportée sans problème de sécurité, par exemple dans les camps de réfugiés dans les pays voisins de la Somalie. Une jeune fille de 19 ans réfugiée dans les camps de Dadaab au Kenya a exprimé dans les termes suivants la frustration des jeunes Somaliens :

« Nous voulons une solution durable, mais nous savons que ce n ' est pas possible. Tout ce que nous avons c ' est un certain niveau de sécurité, rien d ' autre. Que peut-on donner d ' autre aux nouveaux arrivants ? Les jeunes sont ceux qui peuvent construire la paix dans notre pays. Nous voulons simplement qu ' on nous donne une chance. »

2 . CONTEXTE

La Somalie est déchirée par la guerre depuis la chute du gouvernement de Siyad Barré en 1991. Après que 13 conférences de paix eurent échoué à sortir d'une situation d'effondrement de l'État, une Charte fédérale de transition (CFT) a été adoptée et 275 personnes ont été désignées comme membres d'un Parlement fédéral de transition (PFT) qui devait former un gouvernement fédéral de transition (GFT). Abdullahi Yusuf Ahmed a été désigné président du GFT en octobre 2004. Ce gouvernement jouit d'une reconnaissance et d'un soutien au niveau international, notamment de la part des Nations unies, des États-Unis et d'autres pays membres du Groupe de contact international sur la Somalie ainsi que de donateurs internationaux.

Le conflit armé s'est aggravé en termes d'intensité, de complexité et d'effets pour les civils depuis la fin de 2006, date à laquelle les forces armées éthiopiennes sont intervenues en Somalie pour aider le GFT à renverser l'Union des tribunaux islamiques, une coalition de tribunaux somaliens locaux qui a donné naissance par la suite à plusieurs groupes armés opposés au GFT. L'Union des tribunaux islamiques contrôlait alors la capitale, Mogadiscio, et d'autres régions du sud et du centre de la Somalie et une partie de la population civile lui attribuait le mérite d'avoir rétabli un certain niveau de sécurité par rapport aux crimes violents commis par les milices des seigneurs de la guerre. Les années 2007 et 2008 ont vu une augmentation considérable des bombardements aveugles de zones d'habitation civiles qui ont tué et blessé des dizaines de milliers de civils, ainsi que d'autres attaques menées sans discernement, d'homicides ciblés de journalistes, de militants de la société civile et d'employés d'organisations humanitaires, entre autres civils considérés comme soutenant l'une ou l'autre des parties au conflit armé interne . Selon des estimations des Nations unies, 600 000 personnes ont été déplacées par le conflit en 2007 et 800 000 en 2008. Des groupes somaliens de la société civile estiment que 16 000 personnes environ ont trouvé la mort dans le cadre du conflit en 2007 et en 2008 .

L'armée éthiopienne a quitté la Somalie en janvier 2009 aux termes de l'accord de paix de Djibouti conclu sous l'égide des Nations unies et signé en août 2008 par le GFT et la faction basée à Djibouti de l'Alliance pour la restauration de la démocratie en Somalie (ARS-Djibouti), un groupe armé d'opposition. À la suite de l'élargissement du Parlement fédéral de transition pour y inclure des membres de l'ARS-Djibouti et de la démission d'Abdullahi Yusuf de la présidence du GFT le 29 décembre 2008, Sheikh Sharif Sheikh Ahmed, chef de l'ARS-Djibouti et ancien dirigeant de l'Union des tribunaux islamiques, a été élu président du GFT. Malgré ces changements politiques, des groupes armés d'opposition, dont Al Shabab, ont juré de continuer à lutter contre le GFT et la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM), une force de paix de l'Union africaine basée à Mogadiscio.

L'AMISOM a été créée en janvier 2007 par le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine avec un mandat initial de six mois. Le déploiement de l'AMISOM a été approuvé par la résolution 1744 adoptée en février 2007 par le Conseil de sécurité des Nations unies. Elle a pour tâche essentielle d'apporter une protection militaire au GFT et à ses institutions . Aux termes des accords de cessez-le-feu conclus à Djibouti entre le GFT et l'ARS-Djibouti, l'AMISOM est également chargée d'assurer la sécurité dans les zones évacuées par les troupes éthiopiennes. Depuis le retrait de l'armée éthiopienne de Somalie, les groupes armés opposés au GFT ont multiplié les attaques contre les troupes de l'AMISOM en exigeant leur départ du pays ; l'AMISOM a ainsi été entraînée dans le conflit armé. En juillet 2010, à la suite d'attentats à l'explosif perpétrés à Kampala qui ont été revendiqués par Al Shabab et ont coûté la vie à 76 personnes au moins, l'Union africaine aurait demandé un changement du mandat de l'AMISOM de manière à lui permettre d'attaquer la milice Al Shabab plutôt que d'assurer simplement sa propre défense et celle du GFT contre les attaques. Les Nations unies auraient refusé considérant que le mandat de l'AMISOM était suffisamment large . À la fin de 2010, l'AMISOM était composée de quelque 8 000 soldats ougandais et burundais. En décembre 2010, à la demande du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine, le Conseil de sécurité a autorisé une augmentation des effectifs de l'AMISOM, les faisant passer de 8 000 à 12 000 militaires . La même résolution a autorisé l'AMISOM à « prendre toutes mesures voulues pour mener à bien [son] mandat » et demandé au secrétaire général des Nations unies de continuer à fournir des conseils sur le concept révisé des opérations de l'AMISOM. En mars 2011, les autorités burundaises ont annoncé l'envoi de 1 000 soldats supplémentaires à Mogadiscio . À la fin de mars, les autorités ougandaises et burundaises ont déclaré que chacun des pays enverrait 2 000 soldats supplémentaires pour renforcer l'AMISOM .

Après le retrait de l'armée éthiopienne, les groupes islamistes armés ont continué d'affronter à Mogadiscio les forces du GFT soutenues par les troupes de l'AMISOM. Ils ont lancé plusieurs offensives militaires qui ont causé des pertes importantes parmi les habitants de la capitale, par exemple en mai 2009 et en août 2010. Al Shabab a revendiqué plusieurs attentats-suicides perpétrés contre le GFT et l'AMISOM et dont certains auraient également tué et blessé des civils. Des affrontements sporadiques se sont poursuivis dans d'autres régions du sud et du centre de la Somalie, notamment à Kismaayo et à Dobley en octobre 2009, dans la région de Galgadud au début de 2010, et à Beletweyne en novembre 2010. Depuis la mi-2008 des factions armées de la milice Al Shabab ont pris le contrôle de la plus grande partie du sud et du centre de la Somalie où elles imposent des règles strictes à la population, certaines visant à écraser toute dissidence et d'autres basées sur leur interprétation de la charia.

En février 2011, les troupes du GFT et de l'AMISOM ont lancé une offensive à Mogadiscio pour chasser Al Shabab de la capitale. Au même moment, des groupes armés entretenant des liens assez lâches avec le GFT et qui auraient été soutenus par l'Éthiopie et le Kenya ont attaqué des villes contrôlées par Al Shabab dans le sud du pays à proximité de la frontière kenyane, entre autres Belet, Hawo, Luuq et Dobley. Les combats continuaient au moment de la publication du présent rapport, les deux parties au conflit prétendant avoir remporté des victoires militaires.

La poursuite du conflit armé s'ajoutant à une situation humanitaire précaire a provoqué des déplacements massifs de populations au cours des quatre dernières années tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays. En juin 2011, environ 1,46 million de personnes étaient déplacées à l'intérieur de la Somalie et quelque 750 000 étaient enregistrées comme réfugiés dans des pays voisins . Le nombre réel de réfugiés est probablement beaucoup plus élevé, beaucoup ne se faisant pas enregistrer. Selon les Nations unies, 33 000 personnes environ ont été déplacées par les combats entre février et avril 2011 dans le cadre de l'offensive militaire lancée par le GFT . Les personnes déplacées à l'intérieur du pays dans le sud et le centre de la Somalie, dont les enfants, sont particulièrement vulnérables car elles n'ont pratiquement pas accès à l'aide et vivent dans des camps où les violences exercées par d'autres civils sont plus répandues.

LES PARTIES NATIONALES AU CONFLIT

La présence des troupes éthiopiennes en Somalie et leur comportement ont stimulé l'opposition armée au GFT bien que l'Union des tribunaux islamiques ait subi, dans un premier temps, un revers militaire. Des éléments restants des troupes de l'Union des tribunaux islamiques se sont regroupés au sein d'Al Harakat al Mujahidin Al Shabab ou Al Shabab (Mouvement de la jeunesse, généralement appelé Al Shabab) et d'autres groupes armés d'opposition, dont le Hizbul Islam (Parti de l'islam), une coalition formée au début de 2009.

Le groupe islamiste armé Al Shabab est actuellement la faction la plus puissante opposée au GFT . Depuis la mi-2008, des factions armées affiliées à Al Shabab ont progressivement pris le contrôle de la plus grande partie du sud et du centre de la Somalie, y compris de villes importantes comme Merka et Kismaayo sur la côte, Baidoa qui avait été le siège du Parlement fédéral de transition, Beletweyne non loin de la frontière éthiopienne, ainsi que Belet Hawo et Dobley à la frontière kenyane. Al Shabab et des groupes armés qui lui sont alliés contrôlent également plusieurs districts de Mogadiscio ainsi que des zones en périphérie de la capitale, dont le corridor d'Afgoye où quelque 410 000 personnes déplacées ces dernières années par les combats se sont installées .

Al Shabab a pris le contrôle de certaines zones après avoir battu les troupes progouvernementales ou d'autres groupes armés d'opposition et d'autres zones en négociant avec des clans locaux et leurs milices. Certains chefs désignés par Al Shabab sont originaires des zones qu'ils contrôlent. Un agriculteur originaire d'un village proche de Jamame, dans la région du Bas-Juba, a déclaré à Amnesty International : « Le chef local d'Al Shabab est de la région, il était paysan. » Dans d'autres localités, Al Shabab aurait désigné des chefs venant d'autres régions ou appartenant à d'autres clans pour éviter semble-t-il que des chefs locaux ne favorisent les membres de leur propre clan et n'assouplissent le contrôle du groupe sur la population locale.

Le programme politique d'Al Shabab pour la Somalie tel qu'il a été présenté par certains de ses porte-parole est de chasser le GFT et l'AMISOM de Somalie et d'imposer au pays sa propre interprétation de la charia. Certains de ses chefs ont affirmé faire allégeance à Al Qaïda. Parmi les membres d'Al Shabab figureraient des combattants étrangers et des Somaliens de la diaspora venus combattre en Somalie. Cette milice a revendiqué plusieurs attentats-suicides perpétrés en Somalie ainsi que l'attentat à l'explosif de juillet 2010 à Kampala, la capitale de l'Ouganda, indiquant qu'il s'agissait de représailles pour le rôle joué par l'AMISOM à Mogadiscio.

Hizbul Islam, une coalition de plusieurs groupes armés d'opposition formée au début de 2009, est dirigé par Sheikh Hassan Dahir Aweys, ancien chef de l'Union des tribunaux islamiques qui s'est brouillé avec Sheikh Sharif Sheikh Ahmed à propos du processus de paix de Djibouti, rentré en Somalie en 2009 après avoir vécu en exil en Érythrée. Hizbul Islam et Al Shabab ont uni leurs troupes pour lancer en mai 2009 une offensive contre le GFT et l'AMISOM. Toutefois, à la fin de 2009, ces deux groupes armés s'affrontaient pour le contrôle de la ville et du port de Kismaayo ainsi que d'autres territoires dans le sud du pays. Hizbul Islam a fusionné avec Al Shabab en décembre 2010.

Les forces de sécurité du GFT sont théoriquement composées de membres des anciennes armée et police et des services de renseignement du GFT précédent ainsi que de membres de l'ARS-Djibouti, le groupe armé qui était dirigé par Sheikh Sharif Sheikh Ahmed. D'autres milices liées à des clans et à d'anciens seigneurs de la guerre sont également actives en Somalie du côté du GFT. L'un des principaux défis auxquels le GFT est confronté est d'établir un commandement, avec un contrôle et une discipline unifiés, sur ses forces de sécurité et milices disparates. Le GFT s'est engagé publiquement à respecter les droits humains. Il n'exerce toutefois aucun contrôle véritable sur le territoire depuis deux ans, hormis dans quelques quartiers de Mogadiscio, et il n'a pas été en mesure de prendre des initiatives concrètes pour alléger les souffrances de la population somalienne.

Ahlu Sunna Wal Jamaa (ASWJ), est un groupe soufi qui a pris les armes contre Al Shabab à la fin de 2008 après que la milice eut profané des tombes soufies dans le centre de la Somalie. Le 15 mars 2010, le GFT et ASWJ ont signé un « accord-cadre de coopération » qui officialisait une alliance militaire et reconnaissait l'autorité de facto du groupe armé dans des régions du centre du pays. Aux termes de cet accord, ASWJ a obtenu des postes gouvernementaux et a accepté d'intégrer ses troupes dans les forces de sécurité du GFT. Des chefs d'ASWJ ont toutefois accusé le GFT de ne pas respecter les termes de l'accord. Les forces d'ASWJ sont présentes dans les régions de Galgadud et du Hiran et à Mogadiscio ; elles seraient également actives dans la région de Belet Hawo, au sud du pays. Cette milice recevrait une aide militaire de l'Éthiopie.

D'autres parties au conflit et groupes armés non mentionnés, comme des milices claniques dans des régions particulières ou des bandes de délinquants armés, sont souvent imbriqués ; ces dernières années ils ont conclu des alliances ou en ont changé, ou ont connu des scissions. Des informations font régulièrement état de défections au sein des principales parties au conflit, à savoir le GFT et Al Shabab. Citons, entre autres, des membres des forces de sécurité du GFT qui auraient rejoint des groupes armés d'opposition parce que leur salaire n'était pas versé ou des factions de groupes armés qui rejoignent le GFT par rancune contre leurs anciens alliés .

Le GFT reçoit un soutien politique et une aide financière des Nations unies, de l'Union africaine et du Groupe de contact international sur la Somalie, bien que ceux-ci manifestent une impatience croissante face à ses divisions internes et à son incapacité à progresser vers la réalisation des objectifs énoncés dans le processus de paix de Djibouti et la période de transition . L'accord de Kampala signé en juin 2011 prévoit la prolongation de la période de transition d'août 2011 à août 2012 ainsi que la démission du Premier ministre et un remaniement du gouvernement du GFT . Les États-Unis ont transféré des armes au GFT en 2009, notamment des obus de mortier. La France et l'Allemagne ont entraîné certaines recrues militaires du GFT au cours des deux dernières années et l'Union européenne a commencé en 2010 à entraîner les forces de sécurité du GFT en Ouganda. L'embargo de l'ONU sur les armes à destination de la Somalie en vigueur depuis 1992 permet des exemptions pour la fourniture d'armes et de matériel militaire ainsi qu'une assistance technique visant exclusivement à développer les institutions sécuritaires du GFT, sous réserve que le Comité des sanctions en soit avisé au préalable et qu'il ne formule aucune objection à ces demandes.

Amnesty International appelle tous les États à mettre un terme aux fournitures d'armes à la Somalie et au financement des achats d'armes tant que de véritables garanties ne seront pas mises en place pour veiller à ce que ces armes ne servent pas à commettre des violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains .

Des armes en vente au marché de Bakara, à Mogadiscio (mai 2004).

© Reuters/STR

3 . LES ENFANTS VICTIMES D ' ATTAQUES MENÉES SANS DISCERNEMENT, ENTRE AUTRES ATTAQUES ILLÉGALES

« Les enfants sont innocents et pourtant ils sont atteints par des balles perdues quand ils mangent, dorment, se promènent ou vont à l ' école. »

Déclaration d'un adolescent somalien de 14 ans à Amnesty International en mars 2010

L'insécurité permanente et le déclenchement imprévisible des combats dans le sud et le centre de la Somalie ont des conséquences sur la vie des enfants dans tous les domaines. Leur vie et leurs moyens de subsistance sont terriblement menacés, ils perdent souvent leurs parents, les personnes qui s'occupent d'eux et leur maison à la suite des combats, ce qui accroît leur vulnérabilité.

LES ENFANTS TUÉS ET BLESSÉS À LA SUITE D'ATTAQUES MENÉES SANS DISCERNEMENT

Dans le sud et le centre de la Somalie des civils de tous âges sont les principales victimes du conflit armé et des attaques menées sans discernement ainsi que de l'insécurité qui n'a cessé d'augmenter au cours des quatre dernières années. Parmi eux des enfants sont régulièrement tués ou grièvement blessés dans les combats opposant des groupes armés aux forces progouvernementales.

Les habitants de Mogadiscio souffrent tout particulièrement, la capitale restant le principal champ de bataille où s'affrontent le GFT et les groupes islamistes armés. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les enfants de Mogadiscio représentaient près d'un cinquième de toutes les victimes d'armes à feu entre janvier et octobre 2010 . Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a signalé qu'en 2010 environ 2 300 femmes et enfants présentant des blessures de guerre avaient été admis dans les deux hôpitaux qu'il soutient à Mogadiscio, soit près de 40 % de tous les patients de ces établissements . Le CICR a ajouté que le nombre de blessés de guerre soignés dans les deux hôpitaux avait augmenté en 2010 par rapport à l'année précédente.

En mai 2011 à Mogadiscio, le nombre d'enfants de moins de cinq ans souffrant de blessures de guerre a considérablement augmenté, ce qui révèle le prix élevé payé par les enfants au conflit implacable que connaît la Somalie. Selon l'OMS, entre le 1er et le 15 mai, 933 patients présentant des blessures par balle ont été soignés dans trois hôpitaux de Mogadiscio ; 398 d'entre eux étaient des enfants de moins de cinq ans . Au cours de la seconde quinzaine de mai 2011, le nombre d'enfants de moins de cinq ans souffrant de blessures de guerre était également très élevé ; l'OMS a indiqué que « sur les 1590 blessures par arme à feu signalées pour le seul mois de mai, 735 cas soit 46 % concernaient des enfants de moins de cinq ans, par rapport à 3,5 % seulement en avril  ». L'augmentation du nombre de victimes signalées parmi les enfants de moins de cinq ans en mai 2011 peut s'expliquer par l'intensification des combats prolongés autour du marché de Bakara, à Mogadiscio, une zone urbaine à forte densité de population civile . L'OMS avait signalé auparavant qu'entre le 3 janvier et le 15 mai 2011, 3237 blessés de guerre, dont 613 enfants de moins de cinq ans, avaient été soignés dans trois hôpitaux de Mogadiscio. Cinquante et un avaient succombé à leurs blessures, dont quatre enfants de moins de cinq ans .

Il est difficile d'établir si tous les cas exposés plus loin constituent des attaques menées sans discernement ou disproportionnées qui violent le droit international étant donné l'insécurité ou les restrictions imposées par les parties au conflit à des investigations indépendantes sur le terrain sur les homicides de civils qui sont signalés. Toutefois le grand nombre de victimes civiles reçues par les hôpitaux de la capitale – qui ne comprend pas des personnes mortes sur place ou des blessés qui ne sont pas transportés à l'hôpital – indique les effets disproportionnés des combats sur les civils. Qui plus est, tous les groupes armés et les troupes utilisent des mortiers, des roquettes et de l'artillerie lourde lors des combats en zone urbaine. Les parties au conflit ne semblent pas prendre les précautions nécessaires pour éviter que des civils soient tués ou blessés alors qu'elles sont tenues de le faire en vertu du droit international humanitaire. Il est donc probable que de nombreux affrontements s'apparentent à des attaques menées sans discrimination ou disproportionnées.

LES BOMBARDEMENTS AVEUGLES SYSTÉMATIQUES À MOGADISCIO

Un adolescent de 15 ans vivant à Mogadiscio a déclaré à Amnesty International :

« Je suis arrivé [au Kenya] en mars 2010. J ' ai fui avec ma famille à cause des combats. La guerre s ' intensifiait. Mes trois frères ont été tués peu de temps avant notre départ. Ils revenaient du marché à bicyclette et ont été pris dans des échanges de tirs . Ils ont été atteints par une " bombe " . L ' un d ' entre eux a été tué sur le coup et les deux autres sont morts plus tard quand nous étions en route pour le Kenya. Ils s'appelaient Ahmed, 10   ans, Abdikadir, 12  ans et Yusuf, huit ans. »

Les groupes islamistes armés tirent souvent des obus de mortier et d'autres projectiles d'artillerie en direction des bases du GFT et de l'AMISOM qui sont installées à proximité de zones d'habitation. Les forces du GFT et de l'AMISOM sont régulièrement accusées de riposter par des tirs d'obus de mortier et d'autres projectiles d'artillerie en direction des assaillants qui sont dans des zones civiles. Les obus de mortier et les autres projectiles d'artillerie sont des armes intrinsèquement non discriminantes lorsqu'elles sont utilisées dans des zones urbaines à forte densité de population.

Les groupes islamistes armés lancent souvent des attaques à partir de zones de Mogadiscio habitées ou fréquentées par des civils, ce qui met leur vie en danger et les expose aux représailles des forces du GFT. Ceci n'exonère toutefois pas les forces du GFT et de l'AMISOM de leur obligation au regard du droit international d'établir en toutes circonstances une distinction entre les civils et les objectifs militaires. Un homme a déclaré à Amnesty International qu'il avait fui la Somalie précisément parce que les miliciens d'Al Shabab avaient utilisé sa maison de Mogadiscio en 2008 comme « base de lancement » pour des attaques contre les troupes éthiopiennes et celles du GFT. Il a indiqué que des membres du groupe armé étaient venus chez lui dans l'intention de lancer des attaques à partir de sa maison et qu'ils avaient tiré sur lui quand il s'y était opposé. Il avait été contraint de partir chez un parent dans un autre quartier de la capitale avec plusieurs de ses enfants, sa femme et les enfants plus jeunes étaient restés dans la maison. Il a ajouté que lorsque des miliciens d'Al Shabab étaient revenus pour lancer des opérations militaires à partir de sa maison, il avait décidé de quitter la Somalie avec toute sa famille en décembre 2008.

Un autre garçon, également originaire de Mogadiscio, a raconté aux délégués de l'organisation les circonstances dans lesquelles ses deux frères avaient été tués dans des échanges de tirs en février 2010 :

« Deux de mes frères ont été tués en février 2010. Un jour des affrontements ont éclaté alors qu ' ils se rendaient au marché de Bakara. Ils ont été pris dans les échanges de tirs . Ils s ' appelaient Abdullahi, 18  ans, et Ahmed, 14  ans. Quand les combats ont cessé nous avons dû courir jusqu ' au marché pour récupérer leurs corps. »

Le marché de Bakara, l'un des principaux centres du commerce et des affaires de Mogadiscio, est contrôlé par Al Shabab depuis quelques années. Des civils ont déclaré à Amnesty International qu'en dépit des combats même de nombreuses personnes qui avaient fui le conflit pour se réfugier en périphérie de la capitale venaient pendant la journée au marché de Bakara pour acheter des denrées alimentaires, entre autres produits de base, et travailler. L'accès au marché de Bakara a récemment été restreint par les combats à la suite de l'offensive militaire lancée en février 2011 par le GFT et l'AMISOM. Ce marché a régulièrement été touché ces dernières années par des tirs d'obus de mortier et de projectiles d'artillerie attribués aux forces de l'AMISOM. Celle-ci l'a nié lors d'un entretien avec les délégués d'Amnesty International en mars 2010 . Pourtant de nombreuses personnes qui vivent dans les quartiers de Mogadiscio contrôlés par le GFT et l'AMISOM affirment avoir été témoins de tirs d'obus de mortier à partir des bases du GFT et de l'AMISOM à la suite d'attaques de groupes armés d'opposition. Un garçon somalien de 12 ans a déclaré à Amnesty International en mars 2010 :

« Si vous êtes au marché et qu ' il y a beaucoup de monde, Al Shabab tire en direction des soldats de la paix ougandais qui ripostent par des bombardements. Il y a beaucoup de gens qui meurent à cause de cela. »

Deux frères âgés de 10 et 13 ans qui habitaient à Karan, un quartier du nord de la capitale contrôlé par Al Shabab, ont affirmé qu'ils avaient fui essentiellement à cause des combats incessants et du bombardement de leur quartier par des forces opposées à la milice Al Shabab. L'un d'entre eux a déclaré :

« Nous sommes venus ici avec notre mère et cinq autres personnes du quartier de Karan à Mogadiscio. Nous somm e s partis à cause des balles. Nous avons dû fuir les grosses bombes. Notre village était constamment bombardé depuis l ' autre côté. Parfois on ne pouvait même pas rentrer chez nous. »

Des Somaliens portent jusqu'au centre de santé des enfants blessés par un obus de mortier tombé sur leur maison à Mogadiscio le 29 juillet 2009. © AP/PA Photo/Farah Abdi Warsameh

Une femme originaire du quartier de Medina à Mogadiscio qui a quitté la Somalie en février 2010 a déclaré :

« L ' armée ougandaise envoyait des bombes [obus de mortier] dans le village proche de l ' endroit où nous habitions. Bakara était de l'autre côté. Les Ougandais envoyaient des bombes sur Bakara. Je sais que c ' étaient les Ougandais qui envoyaient ces bombes parce qu ' Al Shabab n ' a pas les mêmes armes. Les enfants de Mogadiscio sont terrorisés la nuit quand il y a des tirs de mortier. J ' ai seulement entendu le bruit de ce genre d ' armes très récemment pendant toutes les 20 années de guerre. »

Après avoir été régulièrement accusée de bombardements causant des pertes civiles, l'AMISOM a réaffirmé son engagement de protéger les civils et de veiller à ce que ses règles d'engagement soient conformes au droit international . Qui plus est, selon l'ONU, l'AMISOM prend des mesures en vue de préciser sa politique concernant « le recours au tir indirect » et de « prévoir des réparations en cas de pertes civiles » . On dispose toutefois de peu de détails sur les mesures de précaution concrètes que l'AMISOM prend pour éviter ou réduire au minimum les pertes civiles ou pour veiller à ce que ses cibles soient des objectifs militaires et non des civils et des biens de caractère civil. À la suite d'informations selon lesquelles 14 civils avaient été tués et d'autres blessés le 18 mai 2011 dans le marché de Bakara au cours d'affrontements entre Al Shabab et les forces du GFT et de l'AMISOM, celle-ci a déclaré qu'elle considérait ce marché comme une « zone d'exclusion des tirs » et a démenti l'utilisation d'obus de mortiers et d'autres projectiles d'artillerie dans ce quartier. À la connaissance d'Amnesty International, aucun membre de l'AMISOM n'a eu à rendre compte de tirs d'obus de mortier et d'artillerie dans des zones civiles, bien que l'organisation ait enquêté sur des cas de civils blessés par des tirs de soldats de l'AMISOM (voir la partie 1.2 Autres attaques illégales).

Des informations font état presque chaque semaine de civils tués ou blessés dans les combats à Mogadiscio, mais les pertes civiles augmentent considérablement pendant les offensives militaires lorsque les parties au conflit engagent des affrontements de grande ampleur. C'est ainsi qu'en août 2010, pendant le mois de ramadan, Al Shabab et Hizbul Islam ont lancé une offensive contre les troupes du GFT et de l'AMISOM. Selon Médecins sans frontières (MSF), entre le 23 août et le 23 septembre 2010, l'hôpital de Daynile, au nord-ouest de Mogadiscio, a soigné 542 personnes blessées par arme à feu – 394 avaient été atteintes par des explosions et 148 présentaient des blessures par balle.

Entre le 20 et le 27 février 2011, pendant l'offensive militaire du GFT et de l'AMISOM contre Al Shabab à Mogadiscio, l'hôpital de Daynile a soigné plus de 170 personnes, dont 27 enfants de moins de 14 ans et 39 femmes, qui présentaient toutes des blessures causées par des armes . Les Nations unies ont indiqué que, selon les registres des hôpitaux, 62 civils avaient été tués et 232 autres blessés durant les 15 premiers jours de l'offensive de février . Il a ajouté que huit enfants auraient été tués et 69 autres blessés, la majorité d'entre eux à Mogadiscio, à la suite des combats entre janvier et avril 2011 .

Le nombre de victimes civiles, et tout particulièrement d'enfants de moins de cinq ans en mai 2011, a fortement augmenté alors que les forces du GFT et de l'AMISOM intensifiaient leur offensive sur le marché de Bakara et d'autres quartiers de la capitale. Durant les 15 premiers jours de mai 2011, 398 enfants de moins de cinq ans présentant des blessures de guerre ont été enregistrés dans trois hôpitaux , soit plus de la moitié du nombre d'enfants de moins de cinq ans blessés par des armes et soignés dans ces hôpitaux depuis le début de l'année. L'OMS a précisé que ces enfants présentaient des brûlures, des blessures au thorax et des hémorragies internes dues au souffle d'une déflagration ou à des éclats projetés à la suite d'une explosion ou encore à des balles.

Étant donné la situation en Somalie, Amnesty International n'est pas en mesure d'attribuer chaque cas à l'une ou l'autre des parties au conflit en particulier. Il est toutefois évident que toutes les parties mènent régulièrement des attaques sans discernement. À la connaissance de l'organisation, le GFT et l'AMISOM n'ont pas averti les civils de l'imminence des attaques militaires en février 2011. L'AMISOM a toutefois appelé les civils et les commerçants à éviter le marché de Bakara en mai 2011 . Le droit international humanitaire exige des parties à un conflit armé qu'en cas d'attaques pouvant affecter la population civile, elles donnent un avertissement en temps utile et par des moyens efficaces, à moins que les circonstances ne le permettent pas.

Les bombardements sans discrimination et à titre de représailles visant des zones urbaines d'habitation étaient déjà systématiques lorsque l'armée éthiopienne combattait en Somalie aux côtés des forces du GFT de 2007 au début de 2009, période pendant laquelle des dizaines de milliers de personnes ont été tuées ou blessées. Un homme de 30 ans a déclaré aux délégués d'Amnesty International que ses parents étaient morts lorsqu'un obus de mortier avait atteint sa maison de Mogadiscio en 2008 et que sa fille de deux ans avait été blessée dans un autre bombardement quelques mois plus tard. Cette enfant gravement brûlée à la jambe droite du milieu de la cuisse au milieu du mollet souffrait manifestement quand les délégués de l'organisation se sont entretenus avec sa famille :

« Nous avons fui à cause de la guerre à Mogadiscio. Ils échangeaient des tir s de mortier qui tombaient comme la pluie. Une bombe a été lancée sur ma famille en janvier 2008. Mon père et ma belle-mère ont été tués. Ils s ' appelaient Mohamed Warsame, 75  ans , et Fartun Hassan, 45  ans . À l ' époque personne ne contrôlait le quartier dans lequel nous habitions à Hamar Jedid, le gouvernement était à Baidoa. C ' était tôt le matin et nous étions tous endormis quand l ' obus de mortier est tombé.

Une autre bombe a été lancée sur nous en septembre 2008 et ma petite fille a été blessée. Nous avions déménagé dans une autre maison du quartier de Wardigley après le premier bombardement qui avait coûté la vie à mon père. Cela s ' est passé tôt le matin. L ' obus de mortier a atteint l ' un de nos voisins, mais un petit éclat a pénétré dans notre maison et ma fille a été brûlée. Je l ' ai emmenée à l ' hôpital Medina, mais ils n ' ont pas pu la guérir. Ils ont tellement de patients. Au début c ' était une petite blessure, mais elle s ' est étendue comme de l ' eau chaude. Je suis resté à Mogadiscio parce que ma fille a été hospitalisée pendant plusieurs mois. »

Une femme d'âge moyen a déclaré en mars 2009 à Amnesty International :

« Mon mari et mes cinq enfants ont été tués il y a un an par un missile. Il y avait des combats opposant Al Shabab au gouvernement intérimaire et aux troupes éthiopiennes. Un obus de mortier est tombé sur la maison. Mes enfants avaient trois, quatre, cinq, six et neuf ans. Ma grand-mère, l'employée de maison et un visiteur ont également été tués. Il ne me reste qu ' un enfant qui a 13   ans. »

Une jeune femme a déclaré à Amnesty International en 2009 :

« Je suis originaire de Mogadiscio, du village de Medina. La situation était très difficile, les combats étaient incessants. Nos voisins ont eu beaucoup de problèmes, certains sont morts et d ' autres ont été blessés. Nasra , une jeune fille de mon village qui avait 15   ans et avec qui j ' étais amie, a eu l ' estomac arraché dans un bombardement ; elle est morte à l ' hôpital. J ' étais proche d ' elle. Je ne sais pas qui est responsable de ce bombardement. Elle a été blessée alors qu ' elle était dans sa cour, juste devant sa maison. »

Une femme de 22 ans qui habitait le quartier de Medina à Mogadiscio, tout près de l'ancienne base américaine (Ex-control), a perdu sa mère et six frères et sœurs dans un bombardement, imputable semble-t-il à des groupes armés d'opposition, qui a atteint sa maison. Elle a fait le récit suivant :

« Six de mes frères et sœurs et ma mère sont morts quand les obus de mortier sont tombés sur la maison. Mon père et mon frère ont été blessés, mais ils ont échappé à la mort. En avril 2007, les Éthiopiens avaient installé une base dans le quartier. Ils ripostaient aux tirs de la résistance en lançant des roquettes et la résistance faisait la même chose. Celle qui a atterri dans notre maison avait été tirée par la résistance, par Al Shabab. C ' était un projectile d ' artillerie, un mortier sol-sol. Il n ' émet aucun bruit quand il est dans l ' air, seulement quand il atterrit et il fait beaucoup de dégâts. »

AUTRES ATTAQUES ILLÉGALES A MOGADISCIO

Des civils, dont des enfants, risquent également d'être tués ou blessés par arme à feu lors d'affrontements ou de fusillades dans les rues de la capitale imputables à toutes les parties au conflit, ainsi que dans des bombardements ou des attentats-suicides perpétrés par les miliciens d'Al Shabab. L'AMISOM et le GFT affirment qu'ils prennent des mesures pour enquêter sur certains cas dont leurs soldats sont soupçonnés d'être responsables. Al Shabab ne semble prendre aucune initiative pour veiller à ce que ses combattants établissent une distinction entre les civils et des objectifs militaires ni pour réduire au minimum les conséquences de leurs actes pour les civils.

Un jeune homme que les délégués de l'organisation ont rencontré en 2009 a déclaré :

« Mon frère cadet a été touché par une balle alors qu ' il rentrait de l ' école. Il y avait des affrontements sur le chemin entre les troupes éthiopiennes et les milices. D'autres corps et des personnes blessées étaient allongés par terre à côté de lui. C ' était en 2007 avant la mort de mon père. Son école était située au KM4 [un quartier de Mogadiscio]. »

Un adolescent de 15 ans a lui aussi décrit à Amnesty International les circonstances de la mort de deux de ses amis :

« En 2007 deux de mes amis se rendaient dans une ferme en périphérie de Mogadiscio quand ils ont été capturés par les insurgés. Ils ont tué un de mes amis parce qu ' il venait du côté contrôlé par le gouvernement. Ils se préparaient à tuer l ' autre quand des troupes du GFT ont tiré ; l ' enfant s ' est enfui et il a trouvé la mort dans un échange de tirs. Ils s ' appelaient Khanio, 17  ans , et Abdiakin, 12  ans .  »

Durant l'intervention militaire éthiopienne en Somalie, les forces de sécurité du GFT ont été accusées d'exécutions extrajudiciaires, de tirs sans discrimination, d'arrestations arbitraires, d'actes de torture et de pillage . Depuis l'entrée en fonction du nouveau président du GFT, les cas de violations des droits humains imputables aux forces de sécurité gouvernementales qui sont dénoncés sont moins nombreux. Les médias et des sources locales continuent toutefois de signaler des cas de civils tués ou blessés par des membres des forces de sécurité du GFT ou de soldats échangeant des tirs dans des lieux publics lors de bagarres. Les forces de sécurité du GFT sont un assortiment de milices disparates qui obéissent à des hauts responsables gouvernementaux ou à des officiers de l'armée plutôt qu'une armée, une police et un service de renseignement véritables ; il arrive que des unités du GFT s'affrontent dans la rue, ce qui accroît l'insécurité pour les civils .

L'un des cas les plus graves de fusillade entre des unités du GFT s'est produit le 30 janvier 2011. Selon des sources locales, au moins 16 personnes ont été tuées et 56 autres, des civils pour la plupart, ont été blessées à la suite d'affrontements qui ont éclaté entre des policiers et une unité spéciale de sécurité du GFT au carrefour de Banadir à Mogadiscio, non loin de l'hôpital de Banadir pour les femmes et les enfants ; les belligérants auraient notamment utilisé une mitrailleuse montée sur un véhicule. Des responsables gouvernementaux ont annoncé qu'une enquête avait été ouverte et que les responsables auraient à rendre compte de leurs actes. Le GFT a déclaré quelques jours plus tard que la fusillade avait peut-être été causée par un « tir accidentel  ». L'organisation ignore si un individu a eu à rendre des comptes.

Les membres des forces de sécurité du GFT ont rarement à rendre compte d'attaques aveugles avec des armes à feu dans des zones d'habitation ayant entraîné la mort de civils. Le GFT a mis en place, en octobre 2009, un tribunal militaire chargé de juger les soldats accusés de crimes de droit commun. Un soldat du GFT qui avait semble-t-il tué un autre militaire a été exécuté en décembre 2010. Trois membres des forces de sécurité du GFT ont été exécutés le 15 janvier 2011 à l'issue d'un procès devant un tribunal militaire. Ils auraient respectivement été reconnus coupables du meurtre d'un autre policier du GFT, d'un civil et d'un agent du GFT. L'organisation ne dispose d'aucun autre détail sur les chefs d'accusation ni sur le déroulement du procès. Elle déplore qu'un tribunal militaire semble compétent pour connaître des violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains et que le GFT ait repris les exécutions . En mai 2011, le GFT a annoncé qu'il envisageait d'instaurer un moratoire sur l'application de la peine de mort .

Les troupes de l'AMISOM ont été accusées d'être responsables, dans trois cas distincts au moins, de tirs aveugles dans les rues de Mogadiscio ayant entraîné des pertes civiles. Les conclusions d'une enquête sur des allégations selon lesquelles les troupes de l'AMISOM avaient tiré sur des civils en février 2009 n'ont pas été rendues publiques. En mars 2011, l'AMISOM a annoncé que trois soldats ougandais avaient été reconnus coupables de négligence dans deux cas distincts – en novembre 2010 et en janvier 2011 – où des civils avaient été pris pour cible, et qu'ils purgeaient des peines de deux ans d'emprisonnement en Ouganda.

Dans une lettre à l'AMISOM Amnesty International s'est félicitée des mesures prises pour obliger les membres de ses forces accusés d'atteintes aux droits humains à rendre compte de leurs actes. L'organisation a également sollicité des informations complémentaires sur le statut, la composition, le fonctionnement et la compétence des mécanismes mis en place par l'AMISOM pour mener des enquêtes débouchant sur des poursuites. Elle a demandé si la confidentialité et la sécurité des éventuels plaignants et témoins du comportement des forces de l'AMISOM dans le cadre des opérations militaires étaient respectées, si les victimes obtenaient des réparations et si elles pouvaient participer à toute procédure pénale engagée ultérieurement. Amnesty International n'a reçu aucune réponse de l'AMISOM.

Al Shabab revendique un nombre croissant d'attentats-suicides visant le GFT et l'AMISOM. Ces attentats ne sont pas prohibés en soi par le droit international humanitaire, mais les moyens et les méthodes utilisés dans ceux revendiqués par Al Shabab violent souvent les normes du droit international humanitaire. Certaines attaques visaient directement des civils, d'autres étaient aveugles et rien n'a été fait pour établir une distinction entre des objectifs militaires et des civils et des biens de caractère civil. Dans un cas au moins, les auteurs d'un attentat-suicide ont utilisé des véhicules portant le logo des Nations unies pour pénétrer dans une base de l'AMISOM, ce qui constitue un acte de tromperie aux termes du droit international coutumier .

Le 9 septembre 2010, un véhicule chargé d'explosifs a été conduit jusqu'à l'aéroport de Mogadiscio, une zone contrôlée par le GFT et où des troupes de l'AMISOM sont déployées. Le véhicule n'a pas réussi à atteindre le hall de l'aéroport, mais les explosifs auraient tué au moins deux soldats de l'AMISOM et trois civils, dont un jeune cireur de chaussures . Le 20 février 2011, une voiture piégée a pris pour cible un camp d'entraînement de la police du GFT dans le quartier de Hamar Jajab, à Mogadiscio. Quinze personnes auraient été tuées, dont deux enfants de 10 et 11 ans, et 30 autres auraient été blessées . Abdi Salaan Mohamed Ali, un jeune footballeur, aurait été tué et deux autres blessés dans la même attaque alors qu'ils rentraient après s'être entraînés non loin du camp de la police . Al Shabab a revendiqué ces deux attaques.

Le 3 décembre 2009, un attentat à l'explosif lors d'une cérémonie de remise de diplômes de médecine délivrés par l'université de Banadir, perpétré à l'hôtel Shamo, dans un quartier de Mogadiscio contrôlé par le GFT, a tué au moins 23 personnes parmi lesquelles des étudiants, des enseignants, trois journalistes et trois ministres du GFT – ceux de l'Enseignement supérieur, de l'Éducation et de la Santé. Une soixantaine de personnes ont été blessées . Au nombre des universitaires tués figuraient le professeur Mohamed Adem Warsame, Hussein Moalin Hassan, Mohamed Abdikadir Mohamed, Ahmed Hassan Hussein, Muhayadin Aweys Ahmed, Mohamed Abdullahi Ali, Jamal Luqman Osmail, Adam Muqtar Hassan, Abubakar Hussein Farah et Abubakar Ibrahim Hassan. Toutes les parties au conflit ont pris leurs distances par rapport à cette attaque qui était semble-t-il un attentat-suicide. Les habitants de Mogadiscio ont toutefois manifesté quelques jours plus tard contre Al Shabab en accusant ce groupe armé, qui avait auparavant revendiqué des attentats à l'explosif de grande ampleur, d'être à l'origine de cette attaque. Amnesty International a condamné cette attaque visant directement des civils qui constitue un crime de guerre au regard du droit international humanitaire .

AUTRES AFFRONTEMENTS ARMÉS DANS LE SUD DE LA SOMALIE

Des civils ont également été tués ou blessés dans des affrontements armés dans d'autres villes que Mogadiscio. Un homme originaire de Beletweyne, une ville du Hiran à proximité de la frontière éthiopienne, a expliqué aux délégués d'Amnesty International les circonstances dans lesquelles il avait perdu ses enfants lors de combats entre des troupes éthiopiennes et des groupes armés en 2008 :

« Il y avait la guerre entre les Éthiopiens, les troupes somaliennes et Al Shabab. Ma maison a été détruite. Cinq de mes enfants ont été tués par des projectiles perdus tirés par les belligérants . Les enfants ont été tués tout près de la maison, j ' ai dû récupérer leurs corps et les enterrer. Le plus âgé avait 12  ans et le plus jeune moins de deux ans. Ils s ' appelaient Ali, Mohamed, Yusuf, Abdi et Seri. »

Parmi les zones affectées par le conflit armé au cours des deux dernières années figurent Dhusamareb et Guri El, dans le centre du pays, en 2009, Kismaayo et les environs en septembre 2009, Dhusamareb et Beletweyne dans le Hiran en janvier 2010, Belet Hawo sur la frontière kenyane en octobre 2010, et Belet Hawo, Luuq, Dobley et Beletweyne depuis février 2011.

Les affrontements entre groupes armés ne se limitent pas aux villes. Des villages sont également touchés. Entre 2008 et 2009, les troupes du GFT soutenues par l'Éthiopie ont affronté les miliciens d'Al Shabab pour le contrôle de vastes régions du sud du pays. En 2009 et en 2010, les troupes progouvernementales ont également tenté d'attaquer des villages contrôlés par des factions d'Al Shabab. Un paysan de 25 ans qui vivait dans un village proche de Kismaayo avant de fuir le pays en février 2010 a dit que les enfants étaient les plus touchés par le conflit car ils ne pouvaient pas courir aussi vite que les adultes pour fuir les combats :

« Nous sommes partis à cause des combats entre Al Shabab et les soldats gouvernementaux. Les affrontements sont fréquents. Al Shabab contrôle la région autour de Kismaayo et le gouvernement d ' autres zones. Les troupes du GFT viennent affronter Al Shabab. Nous savons que ce sont des soldats gouvernementaux à cause de leur uniforme […] Les belligérant s utilisent des [fusils d ' assaut] AK47 et des mo rtiers quand il y a des combats et les obus de mortier tuent les gens. Il y a une route goudronnée tout près de notre village le long de laquelle il y a des maisons. La guerre a lieu sur la route et il arrive très souvent que des maisons soient détruites. Ce sont surtout les forces gouvernementales qui utilisent des mortiers ; dans notre village Al Shabab n ' a pas ce genre d ' armes. Les attaques ont souvent lieu la nuit quand les gens dorment. Quand il y a des combats les enfants ne peuvent pas courir avec leurs parents qui se précipitent vers la brousse, ils sont abandonnés. Les parents n ' emmènent pas leurs enfants dans le chaos. »

LES MOYENS D'EXISTENCE DES ENFANTS MENACÉS PAR LES ATTAQUES AVEUGLES ET LA VIOLENCE

Les attaques aveugles et la violence privent également les enfants de leurs proches, y compris ceux qui s'occupent d'eux et les soutiens de famille, et entraînent la destruction d'innombrables habitations civiles et des déplacements massifs de population. Le conflit armé a un impact sur la vie des civils de tous âges, mais les enfants, catégorie déjà vulnérable de la population, sont tout particulièrement touchés. Ceux dont les parents ont été tués ou blessés sont encore plus exposés à d'autres dangers car ils sont livrés à eux-mêmes dans un environnement déjà extrêmement menaçant. Ceux dont la maison a été détruite n'ont plus de toit, d'ustensiles de cuisine ni de moyens de subsistance ; ils doivent dormir dans la rue, ou sont contraints de rejoindre des camps de personnes déplacées, ou encore de tenter un voyage dangereux pour fuir la Somalie.

Un jeune homme a expliqué en 2009 aux délégués d'Amnesty International comment son père et lui-même se séparaient chaque soir pour garantir que l'un d'eux resterait en vie pour s'occuper de la famille :

« Un de mes amis et un autre homme étaient attablés dans un café [à Mogadiscio] quand ils ont été tués par des tirs d ' artillerie. Quand vous vivez dans une ville en guerre, votre avenir est incertain. Vous ne savez pas quand vous serez tué. Les forces gouvernementales et les Éthiopiens tiraient de tous les côtés. Mon père et moi nous mangions ensemble, mais nous ne dormions pas dans la même maison, comme cela si l ' un de nous était tué, l ' autre pourrait prendre soin de la famille. »

Une adolescente de 14 ans originaire du quartier de Towfiq, à Mogadiscio, a raconté dans quelles circonstances elle avait perdu sa grand-mère et son domicile en avril 2010 quand un obus de mortier a atterri dans la maison :

« Ma grand-mère a été tuée juste avant notre d é part pour le Kenya. Elle était à l ' intérieur, une bombe est tombée sur la maison et elle est morte. Nous étions aussi dans la maison à ce moment-là. C ' était tôt le matin, au début du mois d ' avril 2010. Les combats se déroulaient loin [de chez nous] mais notre maison a quand même été détruite. Ma tante maternelle a été blessée. »

Une jeune fille de 15 ans qui vivait à Mogadiscio a déclaré :

« Un jour je suis allée à l ' école et quand je suis rentrée pour déjeuner ma famille n ' était plus là et la maison était détruite. C ' était en décembre 2009. Je suis venue ici [au camp de réfugiés] avec ma tante maternelle. J ' avais 10   frères et sœurs : l ' aîné a 22  ans et le plus jeune trois ans. Les petits étaient à la maison avec mon père et ma mère ce jour-là. »

Une femme somalienne et des enfants passent devant un abri de fortune à Mogadiscio après avoir fui les combats entre les forces gouvernementales somaliennes et des combattants islamistes (juin 2009).

© AP/PA/Mohamed Sheikh Nor

Un adolescent de 15 ans originaire de Mogadiscio a déclaré à Amnesty International :

« Mes parents sont morts en avril 2009. Des armes ont été lancées sur notre maison qui s'est effondrée. Je n ' étais pas à l ' intérieur à ce moment-là. Je ne sais pas qui a tiré. L ' un de mes frères a été tué aussi […] il avait 16  ans .  »

Un adolescent de 16 ans qui a fui la Somalie en mars 2010 a fait le récit suivant :

« Ce jour-là, une partie de notre maison a été détruite par un obus de mortier. Ce sont les Éthiopiens qui tiraient des obus de mortier. Al Shabab était installé dans mon quartier. Ils ont tiré des obus de mortier et les Éthiopiens ont riposté. Je vivais dans le quartier de Huriwa, à l ' est de Mogadiscio, une zone contrôlée par Al Shabab depuis le retrait des Éthiopiens. Notre maison a été détruite vers la fin de 2008, pendant la conférence de paix [le processus de Djibouti] ».

Les enfants sont extrêmement vulnérables à l'insécurité et aux mauvais traitements une fois qu'ils ont perdu la protection et l'affection de leurs parents, tout particulièrement dans le sud et le centre de la Somalie où il n'y a aucune protection de l'État et où les mécanismes traditionnels claniques de protection sont mis à mal par les groupes armés, et où la guerre, la pauvreté, l'absence d'accès à l'aide humanitaire et de possibilités d'emploi entravent la survie quotidienne de millions de civils. Deux jeunes hommes ont expliqué aux délégués de l'organisation les dangers particuliers auxquels les garçons sont confrontés : L'un d'entre eux a déclaré :

« Pour les garçons il y a des risques spécifiques. Si les proches fuient en laissant le garçon seul, son unique moyen de survie est de piller. On donne de l ' argent à d ' autres jeunes pour les inciter à rejoindre les groupes armés. Certains volent, d ' autres participent aux combats. »

Un garçon de 15 ans originaire de Mogadiscio a affirmé qu'Al Shabab avait tenté de le recruter après la mort de sa mère :

« Je n ' ai pas été scolarisé à Mogadiscio. Mon père est mort et ma mère travaillait au marché pour nous nourrir. Je restais à la maison pour m ' occuper de ma petite sœur qui avait quatre ans à l ' époque. Je suis venu seul au Kenya comme mineur non accompagné. J ' ai suivi d ' autres personnes qui fuyaient Mogadiscio. Je l ' ai fait parce que ma mère était morte. J ' ai confié ma petite sœur à des parents pour pouvoir m'enfuir au Kenya. Ma sœur vit avec ma tante à Mogadiscio. Ma mère est morte à cause de la guerre à Bakara. Je ne sais pas dans quelles circonstances, tout ce que je sais c ' est qu ' elle a été atteinte par une balle perdue. Cela s ' est passé le 10   octobre 2009 dans le marché de Bakara. La balle a été tirée pendant les affrontements entre Al Shabab et le gouvernement. J ' étais à la maison quand c ' est arrivé. Après les combats d ' octobre 2009 qui ont coûté la vie à ma mère, Al Shabab a essayé de me recruter. »

Des adolescents et des jeunes adultes qui ont perdu leurs parents doivent souvent prendre en charge leurs frères et sœurs plus jeunes. Une jeune femme de 18 ans a expliqué le combat pour la survie qu'elle avait mené avec son frère de 17 ans après la mort de leurs parents :

« Nous sommes partis à l ' école un matin tôt et quand nous sommes revenus nos parents n ' étaient pas là. Quand nous sommes arrivés à la maison, dans le quartier de Shibis à Mogadiscio, nous avons vu qu ' elle avait été bombardée. Nous ne savions pas si quelqu ' un était mort ou s ' il y avait des survivants. Nous avons essayé de savoir ce qui s ' était passé, mais nous n ' avons pu obtenir aucune information. C ' était en août 2009. Après avoir trouvé la maison bombardée, nous avons fui Mogadiscio avec des voisins pour le village de Hamarweyne, également à Mogadiscio. Ce village est dans une zone contrôlée par le gouvernement. J ' ai cessé d ' aller à l ' école parce que je n ' avais plus d ' argent pour payer les frais de scolarité. Je suis restée deux mois et demi à Hamarweyne. J ' ai fui Hamarweyne en janvier 2010 parce que notre voisin chez qui nous habitions a décidé de partir pour Baidoa. J ' ai donc fui vers Baidoa où je suis restée 20 jours. C ' est une zone contrôlée par Al Shabab. J ' ai décidé de fuir pour le Kenya parce que je n ' ai trouvé personne chez qui habiter. Nous n ' avions pas d ' argent et il n ' y avait personne pour nous protéger. »

4. RECRUTEMENT ET UTILISATION D ' ENFANTS PAR LES FORCES ET GROUPES ARMÉS

« Les enfants qui grandissent en Somalie ont peur d ' être obligés de combattre. Les jeunes sont contraints de se battre. Les miliciens les encouragent à les rejoindre. Ils vous disent : « Voici l ' homme qui a tué ton frère » et ils incitent à la haine. La milice qui est actuellement au pouvoir est Al Shabab. Ils vous tueront. »

Déclaration d'une femme de 19 ans à Amnesty International en mars 2010, trois mois après son départ de la Somalie

Le recrutement et l'utilisation d'enfants par les parties au conflit sont de longue date une source de préoccupation en Somalie. Les garçons de plus de 15 ans sont souvent considérés comme des adultes et, dans une situation d'effondrement de l'État, de disparition de l'état de droit et d'inimitiés claniques, certains s'attendent qu'ils défendent leur clan et leur famille . Des groupes de la société civile expriment depuis de nombreuses années leur préoccupation à propos de l'utilisation d'enfants soldats. Toutefois, l'intensification du conflit armé depuis la fin de 2006 a entraîné une hausse du recrutement et de l'utilisation d'enfants par les belligérants.

Presque tous les réfugiés somaliens qui se sont entretenus en 2010 avec les délégués d'Amnesty International ont mentionné le recrutement d'enfants et de jeunes adultes, ou le risque d'être recrutés, comme raison de leur départ. Bien que des réfugiés interrogés en mars 2009 aient parlé du recrutement d'enfants et du recrutement forcé d'adultes par des groupes armés, cette question semblait alors moins préoccupante que pour ceux qui ont fui par la suite. Ceci semble indiquer que le recrutement et l'utilisation d'enfants soldats par des groupes armés sont devenus plus fréquents au cours des deux dernières années et peut également révéler l'extension du contrôle des groupes armés dans le sud et le centre de la Somalie et, par conséquent, de leur influence sur une population plus nombreuse. Selon des sources locales, les groupes armés ont de nouveau intensifié le recrutement et l'utilisation d'enfants lors des récentes offensives militaires afin de renforcer leur capacité de combat . C'est ainsi que les chefs d'Al Shabab à Baidoa auraient appelé les habitants, y compris les enfants, à participer au jihad (guerre sainte) contre le GFT vers le mois d'août 2010 quand la milice a lancé son « offensive de ramadan » contre le GFT à Mogadiscio, ainsi qu'à partir de février 2011 lorsqu'Al Shabab résistait à une contre-offensive du GFT à Mogadiscio et dans la région de Gedo. De nombreux parents à Baidoa auraient tenté de cacher leurs enfants en les empêchant de sortir ou en les envoyant dans d'autres régions pour éviter qu'ils soient recrutés.

Toutes les parties au conflit, y compris le GFT et les milices qui lui sont alliées, ont été accusées d'utiliser des enfants soldats. Toutefois, les témoignages recueillis en 2009 et en 2010 par les délégués de l'organisation ainsi que les informations fournies par la suite par des sources locales indiquent que le recrutement et l'utilisation d'enfants par des groupes armés islamistes, tout particulièrement Al Shabab mais aussi Hizbul Islam, sont très répandus, voire systématiques dans certaines régions. Nous décrivons plus loin les modes de recrutement et d'utilisation d'enfants par des groupes armés, les sanctions infligées à ceux qui s'opposent à ce recrutement, et les informations faisant état du recrutement et de l'utilisation de femmes et de filles. Nous examinons également l'engagement pris récemment par le GFT de mettre un terme au recrutement et à l'utilisation d'enfants au sein de ses troupes et de se pencher sur la question des enfants soldats qui ont fui des groupes armés ou ont été capturés alors qu'ils faisaient partie de groupes armés.

LE RECRUTEMENT D'ENFANTS PAR DES GROUPES ARMÉS

ÂGE ET CIBLES

La plupart des enfants recrutés par des groupes armés semblent appartenir à la tranche d'âge des 12-18 ans. Des réfugiés ont toutefois déclaré aux représentants d'Amnesty International que des groupes islamistes armés avaient même recruté des enfants de huit ans. Le Protocole facultatif se rapportant à la Convention relative aux droits de l'enfant, concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés [ONU] prohibe le recrutement d'enfants par des groupes armés. Selon l'article 8 du Statut de Rome de la CPI, le fait de procéder à la conscription ou à l'enrôlement d'enfants de moins de 15 ans dans les forces armées nationales ou de les faire participer activement à des hostilités constitue un crime de guerre.

Une femme a déclaré aux délégués de l'organisation que son fils de 10 ans avait été recruté par Al Shabab à Mogadiscio en février 2010 :

« Mon fils a été emmené de notre village [quartier] dans l ' un des camps d ' entr aînement d ' A l Sha b ab. Il a été retenu dans ce camp pendant 15 jours avec d ' autres garçons de son âge. Il n ' a que 10  ans . Al Shabab a utilisé d ' autres enfants pour inciter mon fils à rejoindre [la milice]. »

Un homme originaire de Brava, une ville côtière contrôlée par Al Shabab depuis novembre 2008, a déclaré à Amnesty International que ses deux frères âgés de huit et 12 ans avaient été recrutés par Al Shabab à la fin de 2009.

Un adolescent de 15 ans qui a fui Mogadiscio en janvier 2010 a dit aux délégués de l'organisation que son frère de huit ans avait été recruté par Al Shabab et qu'on l'avait menacé pour qu'il rejoigne lui aussi le groupe armé. Il a déclaré :

« Il y a un endroit où ils gardent les enfants et où Al Shabab a essayé de m ' envoyer. Ils venaient régulièrement dans les immeubles où nous habition s et ils emmenaient des enfants pour les garder et les faire combattre. [Des miliciens] d ' A l Shabab m ' ont dit qu ' ils me tueraient si je ne les suivais pas. Ils m ' ont demandé trois fois de les rejoindre, mais j ' ai refusé. J ' ai arrêté d ' aller au terrain de jeux parce que j ' avais peur qu ' ils essaient de m ' obliger à les suivre. Ils ont pris mon frère. Il a été recruté par Al Shabab quand il avait huit ans. Ils l ' ont emmené quand il jouait au football. Nous sommes allés à l ' endroit où nous savons qu ' ils les font combattre et c ' est là que nous avons trouvé son cadavre. »

Ce garçon ne savait pas si son frère avait été tué au cours d'affrontements ou s'il était mort dans d'autres circonstances.

Un adolescent de 15 ans originaire de Mogadiscio a expliqué aux délégués de l'organisation comment ses amis âgés de 14 à 17 ans avaient été recrutés par Al Shabab et tués au combat dans la capitale en août 2009 et à Galgaduug  :

«  Je connais des gens qui ont été recrutés et ont rejoint Al Shabab. Beaucoup d ' entre eux sont morts au combat. Ils ont participé à la guerre et ont été tués au cours d ' affrontements. Ils étaient mes amis. Certains sont morts en août 2009 dans une bataille en dehors de Mogadiscio et d ' autres à Galgaduud. Deux de mes amis avaient 15  ans , un autre 17  ans et le dernier 14  ans . Ils s ' appelaient Muhammed, 15   ans  ; Ahmed, 17   ans ; Ali, 14   ans ; et Muhammedek, 15   ans. »

Une femme qui a vécu à Kismaayo jusqu'en novembre 2007 a déclaré, en mars 2009, à Amnesty International qu'elle connaissait des garçons âgés de 10 à 15 ans, faisant partie de ses parents et amis, qui avaient été recrutés par les deux camps pour combattre . Elle a ajouté :

« Ceux recrutés par Al Shab ab ne reviennent pas, je ne sais pas si l ' un de ceux que je connaissais est mort. »

Selon les témoignages recueillis par l'organisation, les régions dans lesquelles le recrutement d'enfants, et surtout de jeunes enfants, est particulièrement répandu sont Mogadiscio, Brava, Kismaayo, Baidoa, le district de Sakow dans la région du Moyen-Juba ainsi que la région de Gedo, des zones qui étaient solidement contrôlées par Al Shabab au cours des trois dernières années, mais qui sont maintenant disputées.

Dans d'autres régions, les factions locales d'Al Shabab semblent chercher à recruter les enfants à partir de 15 ans environ. Les variations dans l'âge des enfants que la milice cherche à recruter dépendent semble-t-il de facteurs locaux. Bien que le présent rapport soit consacré au recrutement et à l'utilisation d'enfants par les belligérants, Amnesty International a également recueilli de nombreux témoignages faisant état du recrutement forcé de jeunes hommes de 18 à 25 ans par des factions d'Al Shabab. Un paysan de 25 ans originaire d'un village du Bas-Juba a expliqué :

« Les jeunes hommes sont recrutés […] Al Shabab oblige les adultes à porter des armes. Ils forcent aussi les adolescents de 15 à 17   ans. Ils n ' arrêtent pas de faire des campagnes de recrutement. Ils font savoir que les hommes qui ont entre tel et tel âge doivent aller au combat. Si on est forcé on n ' a pas d ' autre choix que de porter les armes. On ne peut pas leur échapper car leurs " généraux " nous surveillent. Pour recruter ils parlent aux anciens et leur disent qu ' ils ont besoin de renforcer leur armée. Les anciens [dans notre région] répondent toujours qu ' ils ne peuvent pas obliger quelqu ' un à se battre. Certains les rejoignent aussi pour l ' argent puisqu ' ils reçoivent un salaire pour combattre. »

Des témoignages indiquent aussi qu'Al Shabab cherche à recruter dans les clans minoritaires. Ceux-ci souffrent de longue date de discrimination et subissent des atteintes à leurs droits fondamentaux car ils ne bénéficient généralement pas de la protection militaire de seigneurs de guerre et des milices des clans majoritaires . L'insistance de l'idéologie d'Al Shabab sur la religion plutôt que sur le clan attire peut-être des clans minoritaires. Une femme appartenant à la minorité bantoue a affirmé :

« Al Shabab était moins dur [que les autres parties au conflit] avec les clans minoritaires. Des gens ont été forcés de combattre dans leurs rangs. [Les miliciens d ' ] A l Shabab les menaçaient de tuer leurs proches s ' ils ne les rejoignaient pas. Les enfants d ' une famille qui habitait près de chez nous ont été contraints de combattre dans les rangs d ' A l Shabab. On leur a dit : " Si vous ne venez pas avec nous, on vous tuera. "  »

MÉTHODES DE RECRUTEMENT

Les témoignages de réfugiés somaliens décrivent différentes méthodes utilisées par Al Shabab pour recruter des enfants. Elles vont du fait d'attirer des enfants en leur promettant des téléphones et de l'argent, de l'endoctrinement idéologique dans les mosquées, de l'utilisation comme agents recruteurs d'enfants enrôlés précédemment jusqu'à des techniques plus agressives comme les menaces proférées contre des enfants et leurs proches, les raids dans les écoles, les enlèvements dans des lieux publics ou dans des véhicules quittant le pays. Des réfugiés somaliens qui ont quitté le pays à la fin de 2009 et au début de 2010 ont décrit des méthodes de recrutement plus agressives que celles signalées par les personnes qui avaient fui en 2008 ou plus tôt. Ceci pourrait laisser supposer qu'Al Shabab recourt de plus en plus au recrutement forcé.

D'autres ont été convaincus de rejoindre la milice après qu'on leur eut offert de l'argent ou un téléphone, entre autres avantages. Ce sont des incitations puissantes pour des enfants défavorisés qui vivent dans la pauvreté et l'anarchie et n'ont que peu accès à la nourriture, à l'eau et à des possibilités d'emploi. Un père a déclaré :

« Mon fils avait presque 14   ans. Il allait à l ' école, mais [des miliciens d ' ]A l Shabab l ' ont persuadé de les rejoindre. C ' était en 2008. Il est resté 20   jours avec eux dans un camp d ' entraînement à Mogadiscio. Ils l ' ont appelé à les rejoindre en ville et lui ont donné de l ' argent. »

Une mère de deux enfants a expliqué comment son fils de 14 ans avait rejoint Al Shabab en août 2009 après qu'on lui eut promis de l'argent et un téléphone mobile :

« Mon fils de 15   ans est ici avec moi. Ils ont pris mon plus jeune fils qui a 14  ans . J ' ai essayé de le garder avec moi, mais lui-même, mon propre fils, m ' a dit qu ' il demanderait [aux miliciens d ' ] A l Shabab de me tuer si j ' essayais de l ' empêcher de les rejoindre. Il a choisi d ' aller avec eux. Al Shabab lui a donné un téléphone et un peu d ' argent. C ' était en août 2009. Je l ' ai revu alors qu ' il avait passé un mois avec eux. Il était dans le quartier de Karan, à Mogadiscio, il vivait avec [les miliciens d ' ] A l Shabab. Il avait un fusil et s ' entraînait avec Al Shabab. L ' émir d ' A l Shabab m ' a dit que mon fils irait au paradis quand je l ' ai supplié de me le rendre. Ils ont aussi essayé de prendre celui qui a 15   ans, mais il s ' est enfui. C ' était en septembre 2009, un mois seulement après que mon fils de 14   ans eut été pris. »

Un autre garçon de 14 ans originaire de Baardheere, dans la région de Gedo, a expliqué comment il avait été attiré pour rejoindre des groupes armés.

« Ils m ' ont dit de les accompagner là où ils entraînent au combat des jeunes enfants et des adultes. Comme j ' avais décidé de les suivre mon père m ' a fait quitter la Somalie. Ils venaient dans les lieux où les gens boivent du thé et ils essayaient de les convaincre. Ils disent qu ' ils donneront de l ' argent. Hizbul Islam et Al Shabab agissent comme cela. Al Shabab contrôle notre région depuis 2009, mais elle recrute depuis 2008. »

Le fait de recruter et d'utiliser des enfants de moins de 15 ans dans des forces et groupes armés constitue un crime de guerre, que le recrutement soit ou non forcé.

Al Shabab exploiterait également la colère de la population face aux atteintes aux droits humains commises par les troupes éthiopiennes et celles du GFT entre la fin de 2006 et le début de 2009. Un homme de 21 ans a déclaré en 2009 à Amnesty International :

« Je connais une dizaine de personnes qui ont participé aux combats contre les Éthiopiens dans différents groupes : Al Shabab, Jabathul Islamiya et l ' Union des tribunaux islamiques. Beaucoup n ' avaient pas plus de 17   ans. L ' un d ' entre eux vendait des pastèques dans la rue. Il a été capturé par les troupes gouvernementales, torturé et laissé pour mort, et donc une fois guéri il a rejoint Al Shabab. »

Des groupes islamistes armés recrutent également des enfants, notamment dans les mosquées en leur disant que s'ils les rejoignent ils feront une guerre sainte. Un garçon de 15 ans originaire d'un quartier de la capitale contrôlé par Al Shabab a expliqué :

« Al Shabab se mêlait de nos affaires et nous empêchait de jouer. Les jeunes étaient attirés avec de l ' argent pour rejoindre [cette milice]. On leur promettait " des dollars " pour qu ' ils rejoignent Al Shabab. Ceux qui acceptaient persuadaient à leur tour d ' autres de les rejoindre. Au départ les jeunes reçoivent 250   dollars des États-Unis . Quand on devient expert et qu ' on sait se servir de son arme, on peut recevoir jusqu ' à 300 ou 400  dollars des États-Unis . Al Shabab utilise aussi la religion pour recruter des garçons dans la milice. Ils prêchent pour convaincre les gens qu'ils mènent une guerre sainte, un jihad qu' A l Shabab va gagner. Quiconque participe à cette guerre ira au paradis et y recevra une récompense. »

Un jeune homme de 19 ans a déclaré à Amnesty International :

« Les groupes armés entraînent des mineurs pour les envoyer au combat, ils persuadent les enfants dans les mosquées de participer à la guerre sainte en Somalie. Deux de mes amis ont été forcés de participer aux combats. Ils avaient moins de 15   ans. L ' un d ' entre eux a été tué en 2008 dans la région de Galgadud. J ' ai refusé de rejoindre Al Shabab. Ils ont un groupe chargé du recrutement des jeunes qui s ' appelle le Tabliq. J ' évite toujours les endroits où ils se trouvent pour ne pas être recruté. »

Selon des médias somaliens, Sheikh Hassan Dahir Aweys, dirigeant du Hizbul Islam, aurait déclaré en mars 2011 : « Nous recrutons des mineurs pour qu'ils combattent avec nous, les enfants sont prêts à mourir pour leur pays et leur religion […] Une fois un combattant de 13 ans a été choqué quand il a entendu le bruit très fort de l'artillerie alors qu'il combattait ; il a dit que les combats étaient terribles mais que le jihad était doux ; il est mort plus tard dans les affrontements . »

Un adolescent de 15 ans originaire de Mogadiscio a expliqué que les jeunes recrutés par Al Shabab devenaient parfois eux-mêmes des agents recruteurs :

« Normalement les groupes armés attrapent des enfants de 14-15   ans. Ils ont une méthode, ils leur disent qu ' ils vont faire le jihad et aller au paradis. Un ami a été recruté par eux puis il est venu au village pour nous demander de les rejoindre. Il avait 18  ans. J ' ai entendu dire qu ' il avait été transféré par la suite à Kismaayo. Il avait un [fusil d ' assaut] AK47 et il disait qu ' on lui donnait beaucoup d ' argent. »

De nombreux réfugiés somaliens ont également décrit le recrutement forcé d'enfants par le recours aux menaces. Ainsi que nous l'exposons plus loin (dans la partie II.2), des personnes qui s'opposaient au recrutement par Al Shabab ont été battues, enlevées et privées de liberté, voire tuées, et leurs proches ont été pris pour cibles de la même manière. Un adolescent de 16 ans qui a fui Mogadiscio en février 2010 a déclaré à Amnesty International :

« Al Shabab ne vous laisse pas le choix. O u vous les rejoignez ou vous serez tué. Je les ai évités chaque fois qu ' ils sont venus pour me recruter. Je surveille toujours leurs déplacements et j ' évite les endroits où ils sont ; de cette façon j ' ai réussi à ne pas être recruté. Je me considère chanceux d ' avoir échappé à toutes les tentatives d ' Al Shabab pour me recruter. »

De nombreux enfants ont également décrit les descentes d'Al Shabab dans les écoles pour recruter des enfants. Un garçon de 13 ans qui a fui Mogadiscio en avril 2010 a affirmé :

«  [Les miliciens d ' ]A l Shabab combattaient et ils sont même venus dans mon école et ont essayé de nous convaincre de les rejoindre […] Si une mère ne veut pas que son fils aille se battre, ils la tuent ou la frappent.

« Ils sont arrivés pendant l ' assemblée à l ' école et ont dit aux professeurs qu ' ils voulaient dire aux enfants qu ' ils devaient les rejoindre et combattre. Bien que les enfants aient refusé de les suivre, ils en ont emmené quelques-uns. Ma mère a refusé de me laisser aller au combat

« Une fois ils nous ont battus à l ' école. Vingt d ' entre nous ont été frappés à coup de lanière de cuir. Parfois au cours de l ' assemblée ils demandaient à ceux qui ne les soutenaient pas de lever la main. Si on ne les soutenait pas on était battus

« Ils ont essayé de recruter mon frère pour aller au combat avec eux quand il était à l ' école. Il a refusé, ils sont venus chez nous pour essayer de le forcer, mais il refusait toujours. Ma m è re n ' a rien dit. Ils ont fini par emmener mon frère en 2009 quand il avait 14  ans . Nous n ' avons reçu aucune nouvelle de lui, mais ma sœur l ' a vu une fois dans un véhicule avec beaucoup d ' autres enfants. »

Un garçon de 15 ans originaire de Kismaayo a vécu une expérience similaire :

« J ' allais à l ' école quand j ' étais en Somalie. Un jour sur le chemin de l ' école [des miliciens] d'A l Shabab ont pris mes livres. Ils m ' ont dit que je devais les rejoindre ou qu ' ils emporteraient mes livres. Ils ont ajouté que je devais quitter l ' école. J ' ai refusé de les rejoindre. Ils m ' ont giflé, mais ils m ' ont ensuite laissé tranquille. [Des miliciens d ' ]A l Shabab venaient parfois dans mon école. Ils frappaient les élèves qui arrivaient en retard et les emmenaient au combat. Un jour deux enfants de notre école ont été emmenés pour aller combattre avec Al Shabab. »

Un adolescent de 15 ans qui a fui Kismaayo en mars 2010 a déclaré à Amnesty International que des enfants et des jeunes gens étaient également recrutés par Al Shabab dans la rue ou quand ils jouaient dehors.

« Je me suis enfui parce que j ' avais peur d ' être recruté. Je ne sais pas me servir d ' un fusil. Un de mes amis qui a une vingtaine d ' années combattait avec eux. Il est mort parce qu ' il ne savait pas se servir d ' un fusil. Ces gens [les miliciens d ' A l Shabab] recrutent des passants à proximité des endroits où ils se réunissent. Ils vous appellent et vous forcent à les rejoindre. Ils prennent des gens de moins de 18  ans . Il y a un endroit à Kismaayo où ils entraînent des gens, mais c'est un lieu secret, il n ' y a qu ' eux qui savent où c ' est. »

Des enfants somaliens jouent à la guerre (10 août 2008). © DR

Un autre garçon âgé de 14 ans et qui a fui la Somalie en mars 2010 a confirmé :

« À Kismaayo ils recrutaient des enfants. Ils emmenaient tous les enfants à la périphérie de la ville où se passait l ' entraînement. Une fois j ' ai failli être pris. Je jouais au football à Kismaayo quand je les ai vus arriver   ; j ' ai réussi à m ' enfuir. »

Un adolescent de 16 ans a décrit ce qui ressemble à une descente dans un village en périphérie de Baidoa au cours de laquelle des enfants ont été enlevés pour être recrutés.

« Quand les combats ont commencé, les gens de Baidoa se sont enfuis dans un village en dehors de la ville. Puis Al Shabab a attaqué le village pour chercher des enfants et les recruter. Ils sont venus à bord de sept véhicules. Tout le monde essayait de fuir. Ils ont attrapé quelques personnes, des garçons et des filles, qu ' ils ont emmenés dans leurs véhicules. »

D'autres ont raconté aux délégués de l'organisation que, dans certains cas, des personnes qui fuyaient la Somalie étaient interceptées à des postes de contrôle tenus par Al Shabab. Les garçons qui étaient à bord des véhicules étaient alors empêchés de quitter le pays, probablement pour être recrutés. Un garçon de 14 ans originaire d'une ville de la région de Gedo a affirmé :

« Nous avons pris la fuite à minuit parce que [les miliciens d ' ] A l Shabab avaient dit qu ' aucun homme du village n ' était autorisé à partir. Ils contrôlaient toutes les voitures et empêchaient les hommes de partir pour le Kenya, à Dobley, entre autres lieux. »

Un réfugié de 19 ans a également expliqué que les miliciens d'Al Shabab qui contrôlaient jusqu'en mars 2011 la ville de Dobley, à la frontière entre la Somalie et le Kenya, par laquelle passent la majorité des personnes qui fuient vers le Kenya, arrêtaient les autobus et empêchaient les adolescents de quitter le pays.

« Ils ont dit : « Où allez-vous ? Vous fuyez la guerre sainte en Somalie   ? Vous devez rester ici. » Ils ont arrêté le bus et nous ont fait descendre. Ils ont dit aux gens : « Pourquoi vous êtes-vous rasé la tête ? Vous ne pouvez pas porter des pantalons longs. » Ils prennent nos téléphones mobiles pour vérifier s ' il y a des chansons sur la carte-mémoire . Beaucoup de gens n ' ont pas pu venir [au Kenya]. Des adolescents ont dû rester à Dobley. »

ENTRAÎNEMENT ET UTILISATION D'ENFANTS

Al Shabab et Hizbul Islam auraient installé des camps d'entraînement dans différentes régions du sud et du centre de la Somalie. Il est difficile d'obtenir des informations détaillées sur la manière dont ces camps fonctionnent, aucun observateur indépendant n'y ayant accès. De plus très peu de recrues réussissent à s'échapper et beaucoup craignent les représailles s'ils parlent d'Al Shabab.

Les témoignages qu'Amnesty International a recueillis auprès de personnes passées par ces camps indiquent que des enfants sont formés au maniement d'armes à feu, de grenades et d'engins explosifs improvisés. Dans certains cas, des groupes islamistes armés utilisent apparemment des enfants pour garder des prisonniers et aussi pour faire respecter par la population le code vestimentaire et les règles de comportement.

Un garçon de 10 ans emmené dans un camp militaire d'Al Shabab pour être entraîné a dit aux délégués de l'organisation :

« Il y avait beaucoup de garçons dans le camp d ' entraînement. Ils nous ont entraînés et nous ont donné un petit fusil. »

Des réfugiés somaliens ont dit à Amnesty International qu'Al Shabab utilisait des enfants pour des affrontements militaires. D'autres ont affirmé que seuls les enfants considérés comme suffisamment forts physiquement pour se servir d'un fusil étaient recrutés. Un garçon de 15 ans qui a fui la Somalie en janvier 2010 a raconté comment Al Shabab avait tenté de le recruter en 2009 puis l'avait laissé partir parce qu'il n'était pas considéré comme assez fort pour se servir d'une arme.

« Al Shabab a essayé de me recruter. Ils sont venus chez moi en octobre 2009 et ont exigé que je les rejoigne. J ' ai refusé. Comme j ' essayais de me sauver ils ont voulu me battre ainsi que mon ami qui avait lui aussi refusé de les rejoindre. Ce n ' était pas la première fois que je rencontrais Al Shabab. En février 2009 alors que je jouais avec 11   autres garço ns, une trentaine de membres d ' A l Shabab nous ont encerclés puis emmenés au poste de police. Nous avons été détenus deux à trois jours. [Les miliciens d ' ] A l Shabab ont ensuite obligé les garçons qui étaient forts physiquement à les rejoindre. Quatre d ' entre nous ont été contraints de les rejoindre. J ' ai été considéré comme faible et ils m ' ont dit que je pouvais rentrer chez moi. I ls ont dit qu ' ils voulaient des garçons forts capables de manier un fusil et de tirer. J ' ai été jugé faible et incapable de le faire. Al Shabab imposait des règles strictes. Si quelqu ' un était pris alors qu ' il tentait de s ' enfuir, il devait s ' acquitter d ' une amende de 50 ou 100   dollars des États-Unis . S ' il n ' avait pas les moyens de payer, ils prenaient ses proches en otages. Al Shabab a beaucoup de soldats en réserve qui attendent d ' aller au combat quand d ' autres sont tués. Ces gens sont retenus contre leur gré. Al Shabab les utilise quand elle a besoin de renforts. »

En 2010 et en 2011, Amnesty International a reçu de plus en plus d'informations en provenance de sources locales et qui indiquaient qu'Al Shabab envoyait des enfants sur les lignes de front. L'UNICEF a signalé que des enfants avaient été utilisés comme combattants dans des affrontements à Belet Hawo, dans le sud du pays, et à El Bur, dans la région de Galgaduud, au centre de la Somalie, lors de l'offensive militaire déclenchée en février 2011 par le GFT . Elle a ajouté que des enfants avaient été tués sur le champ de bataille ou détenus après avoir été capturés par des forces progouvernementales.

Selon un enfant recruté par Al Shabab, les recrues sont réparties en plusieurs groupes et formées pour des fins différentes. Des enfants sont entraînés pour des missions particulières d'« assassinat », d'autres pour poser des grenades, des bombes en bord de route, et d'autres engins explosifs improvisés dans des rues où passent des patrouilles ou des véhicules du GFT et de l'AMISOM, d'autres encore pour battre les personnes qui ne respectent pas les règles édictées par Al Shabab ou qui ont été enlevées par le groupe armé.

« [L]e terme enfant soldat désigne toute personne âgée de moins de 18 ans enrôlée dans une force armée ou un groupe armé régulier ou irrégulier, quelle que soit la fonction qu'elle exerce, notamment mais pas exclusivement celle de cuisinier, porteur, messager, et toute personne accompagnant de tels groupes quin'est pas un membre de leur famille. Cette définition englobe les filles recrutées à des fins sexuelles et pour des mariages forcés. Elle ne concerne donc pas uniquement les enfants qui sont armés ou qui ont porté des armes . »

Au cours des négociations sur le Statut de Rome qui a mis en place la CPI, il a été convenu que la définition de la « participation » d'enfants dans des forces et groupes armés comprendrait la participation directe aux combats, les activités militaires liées au combat comme la reconnaissance, l'espionnage, le sabotage, et l'utilisation d'enfants de moins de 15 ans comme leurres, messagers, et à des postes de contrôle, ainsi que l'utilisation d'enfants pour toutes activités quelles qu'elles soient, même le transport de nourriture, sur la ligne de front .

Un autre garçon de 14 ans recruté de force par Al Shabab a raconté que les enfants étaient obligés de faire de l'exercice le matin et l'après-midi, qu'ils recevaient peu de nourriture et étaient régulièrement battus pendant les séances d'entraînement.

Un homme de 21 ans a déclaré aux délégués de l'organisation que des groupes armés d'opposition, dont Al Shabab et Jabathul Islamiya, utilisaient des adolescents pour placer des explosifs dans les rues de Mogadiscio.

« Les bombes qu ' on leur remet tait v enai ent du Yémen et d ' Érythrée. Il y avait le drapeau yéménit e ou érythréen sur certaines boî tes contenant les bombes. L ' un de leurs [chefs] donnait régulièrement aux jeunes de l ' argent, entre 1 et 100   dollars des États-Unis. Les chefs [des groupes armés] n ' enterrent pas de mines dans la rue, ils se contentent de donner des cartes et des instructions aux jeunes pour qu ' ils le fassent. J ' étais soumis à une forte pression de mes parents pour ne pas faire la même chose que mes amis. »

Trois frères qui ont quitté Mogadiscio en 2007 ont affirmé à Amnesty International qu'Al Shabab utilisait des enfants pour faire des attentats-suicides. L'un d'entre eux a déclaré :

« Des gens attachaient une bombe sur leur corps et on leur disait d ' aller dans les centres du GFT, puis la bombe explosait. C ' est arrivé à notre ami Hussein qui avait 16   ans. Al Shabab l ' a obligé à le faire. »

L'organisation n'a pas été en mesure d'obtenir confirmation de l'utilisation d'enfants par Al Shabab pour des attentats-suicides. Dans certains cas, le groupe armé a rendu publiques l'identité et la photo des auteurs d'attentats-suicides, en affirmant que la plupart d'entre eux appartenaient à la diaspora somalienne dans les pays occidentaux. Ils semblent en moyenne être âgés de plus de 18 ans. Un site somalien d'actualités a récemment diffusé l'interview d'un Somalien de 17 ans qui affirmait avoir fui Al Shabab parce que le groupe armé le préparait pour faire un attentat-suicide .

LES SANCTIONS POUR L'OPPOSITION AU RECRUTEMENT DANS DES GROUPES ARMÉS : MENACES DE MORT, ENLÈVEMENTS ET HOMICIDES

Des témoignages de réfugiés somaliens révèlent que les enfants qui refusent d'être recrutés par des groupes armés ainsi que leurs proches sont systématiquement menacés. Dans certains cas, ceux qui s'opposent au recrutement sont enlevés et détenus à titre de sanction, voire tués. Parmi les personnes sanctionnées figurent des enfants.

Une femme mère de trois adolescents a déclaré en mars 2010 aux délégués d'Amnesty International : « La plupart des jeunes hommes ont été pris dans les villages pour combattre avec Al Shabab qui dit mener un jihad et une guerre clanique. Ils sont venus chez nous, mais nous avons refusé de les rejoindre. Ils nous ont menacés en disant que nous n ' étions pas musulmans. Ils ont dit qu ' ils nous tueraient bientôt. Nous avons décidé de quitter la Somalie. »

Un homme de 20 ans originaire de Brava, une ville située sur la côte au nord de Kismaayo et contrôlée par Al Shabab depuis novembre 2008, a expliqué les circonstances dans lesquelles il avait été capturé et détenu pendant plusieurs mois par un groupe armé à la fin de 2009 après avoir refusé d'être recruté. Il a ajouté que ses frères cadets avaient également été détenus par Al Shabab pour la même raison.

« Je suis parti parce qu ' ils voulaient m ' entraîner dans leur milice et que j ' avais refusé. Je restais à la maison. Ils sont venus, une dizaine d ' entre eux, et ont demandé à ma mère combien d ' hommes vivaient dans la maison. Elle a répondu : « J ' ai un fils, les autres sont des enfants. » Ils lui ont donné un papier sur lequel mon nom était écrit. J ' ai ensuite déchiré ce papier. Quand ils sont revenus, ils m ' ont demandé où était le papier. J ' ai répondu que je l ' avais déchiré et ils m ' ont mis en prison

« J ' ai été détenu pendant trois mois. C ' était une prison spéciale juste en dehors de la ville. C'était un très grand bâtiment. J ' ai simplement été emprisonné, ils ne m ' ont pas déféré au tribunal. Ils ne me donnaient qu ' un litre d ' eau. Je n ' avais rien à manger. Un mois plus tard, d ' autres personnes ont été emprisonnées pour le même motif. Elles étaient une cinquantaine. Nous étions tous dans la même cellule étroite. J ' ai passé la plus grande partie du deuxième mois sans connaissance. Plus tard ils m ' ont donné un peu de nourriture, une seule fois par jour. Nous n ' avons pas été maltraités, simplement mis en prison. Deux de mes frères, âgés de sept et 10   ans, ont également été emprisonnés parce qu ' ils ne voulaient pas être recrutés. »

Deux frères de 15 et 11 ans originaires de Sakow, dans le bas-Juba, ont affirmé avoir été fouettés car ils avaient refusé d'être recrutés par Al Shabab. L'un d'entre eux a déclaré :

« Ils conseillent à de jeunes enfants de rejoindre l ' armée. Ils paient jusqu ' à deux millions de shillings somaliens. Ils sont venus chez nous, mon père était avec nous. Nous avons refusé [de les suivre]. Ils nous ont donné 10   coups [de bâton]. Ils nous ont emmenés dehors et nous ont frappés en présence de nos parents. »

Un garçon de 14 ans a déclaré à Amnesty International que l'un de ses amis avait été tué parce qu'il refusait de rejoindre Al Shabab :

« Ils prennent les adolescents pour cibles. Ils veulent nous utiliser comme miliciens [combattants]. Ils ont essayé de me recruter par l ' intermédiaire de mes amis. Ils ont emmené quatre de mes amis. L ' un d ' entre eux a refusé de les suivre, ils l ' ont tué. Il s ' appelait Abdullahi et avait 15   ans. Ils l ' ont abattu. Les autres sont toujours avec eux. »

Un autre garçon âgé de 16 ans et originaire de la région d'Afmadow a affirmé que ses frères et ses amis avaient été abattus par des hommes armés membres d'Al Shabab quand ils avaient tenté d'échapper au recrutement. Selon lui, le groupe local d'Al Shabab responsable de ces homicides avait trouvé ses proches suspects car ils étaient des nomades originaires d'une autre région.

« Al Shabab oblige les jeunes à combattre dans ses rangs. Ils n ' ont aucune considération envers les êtres humains. Ils prennent pour cibles les gens qui possèdent du bétail parce qu ' ils sont éleveurs et qu ' ils pensent que les éleveurs sont des espions. Mes deux frères et mes amis ont été tués parce qu ' ils avaient refusé de les rejoindre

« Nous étions à la périphérie d ' Afmadow aux alentours du ramadan [septembre 2009]. Nous cherchions un endroit calme pour faire paître nos animaux quand ils sont arrivés. Ils appartenaient à Al Shabab. Ils ont dit « Vous n ' êtes pas de la région, vous devez venir vous battre avec nous. Si vous ne le faites pas cela veut dire que vous êtes de l ' autre côté. » Ils étaient nombreux, peut-être une centaine d ' hommes. Certains conduisaient des véhicules, d ' autres étaient à pied. Nous avons décidé de ne pas les suivre et nous nous sommes sauvés. Mes frères et mes amis ont été abattus d ' une balle dans le dos. Je me suis enfui, j ' avais très peur. Mes frères s ' appelaient Abdelhakem et Mohammed, ils avaient respectivement 18 et 13   ans. Mes amis s ' appelaient Yusuf, Abdukadir, 16  ans, et Mohamud, 20   ans. »

LE RECRUTEMENT DE FILLES PAR LES GROUPES ARMÉS

Le recrutement de filles par les groupes armés semble moins répandu que celui des garçons et des jeunes hommes. Des réfugiés ont toutefois indiqué que des femmes et des filles faisaient la cuisine et le ménage pour des groupes armés. Selon le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour les enfants et les conflits armés, des filles ont été recrutées par des groupes armés et utilisées pour apporter une aide logistique, transporter des armes et recueillir des renseignements. Le représentant spécial a également signalé l'existence d'un camp d'entraînement pour filles non loin de Kismaayo .

Une femme de 19 ans originaire de Mogadiscio a indiqué en mars 2010 aux délégués de l'organisation :

« Al Shabab a un bureau des " volontaires " où vous êtes convoqué. Parfois ils vous donnent de l ' argent. Les filles sont obligées de faire la cuisine et de porter de l ' eau pour eux. Il y a un bureau des 'volontaires' dans chacun des villages qu'ils contrôlent. »

Une autre fille qui a fui Baidoa en février 2010 a affirmé :

« J ' ai vu des filles avec Al Shabab. Elles accomplissent les tâches domestiques pour Al Shabab, par exemple la lessive et la cuisine pour les soldat s. »

Un garçon de 15 ans originaire de Mogadiscio qui a fui la Somalie en janvier 2010 a également dit aux délégués d'Amnesty International que les filles pouvaient être recrutées par des groupes armés et utilisées pour accomplir des tâches domestiques.

« Des filles étaient également recrutées par Al Shabab. Elles ne participaient toutefois pas aux combats. Elles faisaient la cuisine, la lessive et le ménage pour les soldats. »

Des réfugiés ont également affirmé que des filles et des femmes avaient été mariées contre leur gré à des membres de groupes armés. Le mariage forcé est désormais reconnu comme un crime de guerre . Une femme de 18 ans qui a fui Mogadiscio en mars 2010 a affirmé qu'elle avait été battue pour avoir refusé d'épouser un membre d'Al Shabab.

« [Des membres d ' ] A l Shabab sont venus chez nous un jour et l ' un d ' entre eux a dit qu ' il était mon mari. J ' ai refusé. J ' ai été battue. [Les membres d ' ] A l Shabab ont essayé de me forcer à épouser l ' un d ' entre eux. J ' ai été frappée à coups de bâton et de fouet. »

Une femme de 25 ans originaire de Mogadiscio a raconté comment Al Shabab et d'autres groupes armés recrutaient des garçons pour combattre et des filles pour soutenir les combattants et être leurs épouses :

« Si vous avez de 10 à 15   ans, vous êtes censé rejoindre Hizbul Islam ou Al Shabab. Si vous ne portez pas les armes ils vous tortureront. Cela s ' applique aussi bien aux filles qu ' aux garçons. Je n ' ai pas été forcée mais d ' autres filles sont obligées de transporter des médicaments et de l ' eau quand elles vont à la guerre et les garçons doivent porter un fusil. Vous ne pouvez pas sortir de votre maison à moins qu'ils ne vous forcent à le faire. Les filles sont souvent violées. L ' un des principaux problèmes pour les filles est le mariage précoce. Cela arrive surtout avec Al Shabab et Hizbul Islam. En général vos parents ne vous forcent pas, mais [les membres d ' ] A l Shabab ou de Hizbul Islam vous tueront si vous refusez d ' épouser l ' un d'entre eux. »

Un adolescent de 16 ans originaire de Mogadiscio a également déclaré :

« Il y a des filles et des femmes qui subissent des mariages forcés. J ' en connais beaucoup qui ont été forcées de se marier. Ils disent « Épousez-nous et vous serez bénie, vous irez au paradis ». Les femmes qui font de tels mariages ne sont pas heureuses et elles s ' enfuient. Elles ne peuvent pas refuser de se marier sinon elles seront battues ou tuées. Si elles refusent de se marier, elles peuvent être accusées d ' adultère. »

Des groupes islamistes armés, et tout particulièrement Al Shabab, ont puni des personnes qu'ils accusaient de relations sexuelles en dehors du mariage ou de viol en les exécutant par lapidation ou en les flagellant . Des réfugiés ont toutefois signalé à Amnesty International des cas de viol imputables, selon eux, à des membres d'Al Shabab. Une fille de 13 ans a raconté qu'elle avait été enlevée et violée en 2009 par un combattant d'une faction d'Al Shabab. Une autre fille de 13 ans originaire de Baidoa a elle aussi affirmé :

« Des femmes ont également été violées par [des memb re s d ' ] A l Shabab. Je connais des personnes à qui c ' est arrivé  ; une femme de ma famille a été violé e mais je ne peux pas vous en parler. C ' est très répandu. Parfois [les membres d ' ] A l Shabab épousent des femmes contre leur gré et parfois ils violent des femmes . »

L'ENGAGEMENT DU GFT DE SE PENCHER SUR LA QUESTION DES ENFANTS SOLDATS

Les forces du GFT et les milices alliées sont également accusées de compter des enfants soldats dans leurs rangs bien que dans une proportion moindre que les groupes islamistes armés. Le GFT figure sur la liste annuelle dressée depuis 2005 par le secrétaire général des Nations unies des parties au conflit qui recrutent ou utilisent des enfants et qui tuent ou mutilent des enfants dans des situations de conflit armé .

Toutefois, ces deux dernières années, des représentants du GFT ont nié recruter sciemment et utiliser des enfants dans les forces de sécurité gouvernementales tout en dénonçant l'utilisation d'enfants soldats par les groupes islamistes armés. Des réfugiés somaliens qui se sont entretenus depuis 2009 avec des délégués d'Amnesty International ont affirmé n'avoir pas connaissance du recrutement d'enfants par le GFT et ne pas avoir été témoins d'une telle pratique, bien que le GFT figure toujours sur la liste des parties à un conflit armé qui recrutent et utilisent des enfants.

En novembre 2009, le GFT s'est engagé publiquement à ratifier la Convention relative aux droits de l'enfant ; il n'a toutefois pris aucune initiative concrète dans ce sens . En novembre 2010, le nouveau Premier ministre du GFT s'est engagé à mettre un terme au recrutement d'enfants soldats en Somalie et à œuvrer avec les Nations unies par l'intermédiaire d'un coordonnateur du GFT en vue de signer un plan d'action visant à garantir et à vérifier la libération des enfants soldats . La délégation du GFT qui représentait le gouvernement lors de l'Examen périodique universel de la Somalie par le Conseil des droits de l'homme [ONU] en mai 2011 a réitéré l'engagement du GFT de mettre fin au recrutement et à l'utilisation d'enfants soldats en Somalie et elle a affirmé que le GFT envisageait de ratifier la Convention relative aux droits de l'enfant.

LES ALLÉGATIONS DE RECRUTEMENT ET D'UTILISATION D'ENFANTS PAR LES FORCES ARMÉES DU GFT

Malgré les engagements du GFT de mettre un terme au recrutement et à l'utilisation d'enfants dans ses forces armées, Amnesty International est préoccupée par des informations faisant état de la présence de personnes de moins de 18 ans parmi les recrues désignées par le GFT pour suivre un entraînement militaire à l'étranger dispensé par des pays donateurs. Des responsables gouvernementaux français ont déclaré lors d'un entretien avec Amnesty International que, lors d'un programme d'entraînement militaire pour les forces du GFT organisé par la France à Djibouti à la fin de 2009, ils avaient renvoyé plusieurs recrues en Somalie parce qu'elles semblaient âgées de moins de 18 ans . L'organisation a également recueilli des informations selon lesquelles des recrues qui participaient au programme permanent d'entraînement des forces armées du GFT par l'Union européenne en Ouganda avaient été renvoyées parce qu'elles semblaient âgées de moins de 18 ans.

Selon des groupes somaliens de la société civile, les enfants qui servent dans les troupes du GFT sont souvent utilisés par des milices claniques alliées au GFT pour faire de menues besognes comme acheter de la nourriture pour les soldats ; d'autres sont vus tenant des postes de contrôle du GFT. Les enfants utilisés par une force armée pour de telles tâches sont considérés comme des enfants soldats aux termes des Principes du Cap (Principes du Cap et meilleures pratiques concernant le recrutement d'enfants dans les forces armées et la démobilisation et la réinsertion sociale des enfants soldats en Afrique).

Selon le dernier rapport du secrétaire général des Nations unies sur le sort des enfants en temps de conflit armé , des procédures de contrôle pour veiller à ce que des enfants ne soient pas recrutés sont désormais appliquées aux recrues du GFT entraînées à l'extérieur de la Somalie, mais celles qui sont entraînées en Somalie et celles qui proviennent des milices et sont intégrées dans les forces du GFT « ne sont pas soumises aux mêmes règles et formalités rigoureuses ». Lors d'une rencontre le 4 mai 2011 à Genève (Suisse) avec des délégués de l'organisation, des représentants du GFT ont affirmé qu'ils travaillaient à l'élaboration d'une politique sur les enfants soldats qui devait être présentée d'ici juin 2011 au gouvernement et au Parlement fédéral de transition et qui comprendrait des procédures de vérification et de contrôle pour les enfants soldats. Les représentants du GFT qui n'ont pas fourni de détails sur cette politique ont ajouté qu'ils étaient confrontés à des difficultés en raison de l'absence d'actes de naissance en Somalie et du manque d'aide de la communauté internationale en matière financière et de renforcement des capacités. Ils ont également confirmé à Amnesty International que parmi les quelque 120 enfants actuellement détenus par le GFT « en lieu sûr » à Mogadiscio figuraient des déserteurs d'Al Shabab ainsi que d'autres enfants qui avaient servi auparavant dans les forces armées du GFT.

En juin 2010, le quotidien américain Th é New York T în mes a montré des enfants qui auraient été âgés de 12 et 15 ans et qui travaillaient à un poste de contrôle du GFT à Mogadiscio et il a exprimé son inquiétude à propos du financement par les États-Unis d'un gouvernement qui utilise des enfants soldats . Dans un communiqué de presse publié par le GFT, le président Sheikh Sharif Sheikh Ahmed s'est déclaré préoccupé par ces allégations. Il a affirmé :

« …  L e gouvernement somalien ne recrute pas, et ne recrutera pas sciemment, des mineurs pour les forces de sécurité nationales […] le gouvernement somalien " s ' engage sans réserve à respecter les lois et dispositions existantes qui prohibent le recrutement d ' enfants soldats " […] le président a ordonné au commandant en chef des forces armées de " diligenter une enquête approfondie et de lui soumettre son rapport dans le délai de quatre semaines. Le président a également ordonné à l ' armée de démobiliser sans délai toutes les recrues qui seraient mineures . »

Les conclusions de l'enquête n'ont pas été rendues publiques dans leur intégralité. Les représentants du GFT à l'Examen périodique universel ont toutefois déclaré en mai 2011 que l'enquête n'avait mis au jour « aucun élément démontrant une politique de recrutement d'enfants » . Le correspondant du New York Times à Mogadiscio et un interprète qui travaillait sur cette affaire ont quitté le pays temporairement en affirmant avoir été avertis qu'ils allaient être arrêtés par les forces de sécurité du GFT à cause de l'article publié par le quotidien . Qui plus est, le commandant en chef adjoint des forces armées du GFT aurait accusé le New York Times de « propagande infondée » lors d'une conférence de presse à Mogadiscio le 24 juin 2010 et il aurait menacé de juger les personnes ayant participé à la rédaction de l'article . Le 29 juin 2010, un porte-parole du GFT a également dénoncé les allégations sur le recrutement d'enfants soldats par le GFT en les qualifiant d'inventées de toutes pièces . Amnesty International est préoccupée par le fait que les journalistes ont semble-t-il été intimidés par le GFT alors que l'ensemble des conclusions et le rapport de l'enquête du GFT sur cette question n'ont pas été rendus publics.

L'organisation s'inquiète également des informations selon lesquelles le GFT aurait montré, le 24 juin 2010, à des médias locaux des enfants qui auraient été interviewés par le New York Times. Ces enfants auraient affirmé que les journalistes leur avaient donné de l'argent pour poser en tenant des armes. Selon des sources locales, ces enfants ont été arrêtés par des agents du GFT et contraints à nier publiquement qu'ils étaient des enfants soldats servant dans les forces de sécurité du GFT. Les mêmes enfants auraient été vus plus tard travaillant au même poste de contrôle du GFT à Mogadiscio.

LES ENFANTS LIÉS AUX MILICES PROGOUVERNEMENTALES

Les forces progouvernementales sont également accusées d'enrôler des enfants et de les utiliser à des fins militaires. Selon le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, l'ASWJ aurait recruté des enfants en 2009 et en 2010 dans le centre de la Somalie et les milices claniques qui combattent aux côtés du GFT utiliseraient elles aussi des enfants soldats .

Plusieurs organisations, dont Human Rights Watch, le Groupe de contrôle de l'ONU sur la Somalie, le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour les enfants et les conflits armés et Amnesty International, ont exprimé leur préoccupation à propos d'informations selon lesquelles, à la fin de 2009, des jeunes réfugiés somaliens ainsi que des Kenyans d'ethnie somalie avaient été attirés par des agents somaliens pour être recrutés et entraînés par les forces de sécurité kenyanes dans des camps de l'armée kenyane en vue de les envoyer combattre pour le GFT en Somalie . Ce recrutement était contraire au droit international relatif aux droits humains et au droit relatif aux réfugiés ainsi qu'à l'embargo des Nations unies sur les armes à destination de la Somalie qui dispose que l'intention de soutenir les forces de sécurité du GFT doit être notifiée au Comité des sanctions de l'ONU sur la Somalie.

Un réfugié somalien de 20 ans qui s'est évadé d'un camp d'entraînement militaire au Kenya a déclaré aux délégués de l'organisation que des réfugiés de moins de 18 ans étaient attirés par ruse pour l'entraînement et que des recrues étaient retenues et entraînées contre leur gré. Amnesty International a appelé le gouvernement kenyan à révéler le lieu où se trouvent toutes les personnes recrutées à Dadaab et aux alentours des camps, à leur permettre de rencontrer leur famille et des représentants d'agences des Nations unies et à les libérer . Le gouvernement kenyan a nié recruter des réfugiés ou des enfants et il a affirmé que la Commission parlementaire sur l'administration et la sécurité nationale, la Commission de la défense, et la Commission des affaires étrangères sur la défense et les relations internationales avaient mené des enquêtes qui n'avaient mis au jour aucun élément démontrant que des enfants étaient recrutés . Selon les Nations unies, un exercice de vérification a été entrepris et les recrues qui n'étaient pas en mesure de prouver qu'elles avaient plus de 18 ans ont été remises à leur famille .

LE TRAITEMENT PAR LE GFT DES ENFANTS RECRUTÉS PAR DES GROUPES ARMÉS

En janvier 2011, le GFT a annoncé que les combattants qui quittaient les groupes armés d'opposition pour rejoindre le GFT bénéficieraient d'une amnistie dans le cadre des efforts du GFT pour promouvoir la paix et la réconciliation. Parmi ceux qui auraient rejoint le GFT figurent des enfants qui doivent être considérés comme tels, voir leurs droits protégés et bénéficier d'un processus de réinsertion dans la société adapté aux enfants.

Le GFT a présenté à plusieurs reprises aux médias des enfants qui auraient fait défection de groupes armés ou se seraient enfuis. C'est ainsi que le 25 mars 2011 des journalistes somaliens ont été invités par un porte-parole de la police du GFT à s'entretenir avec neuf enfants. Des articles dans les médias ont publié les photos et les noms des enfants . Ceci risque de les mettre en danger et de les exposer à des représailles de la part de groupes armés.

Des sources locales et les Nations unies ont signalé qu'environ 80 personnes qui auraient fait défection d'Al Shabab, dont des enfants, seraient actuellement détenues par le GFT dans une maison de Mogadiscio. Des représentants du GFT ont dit aux délégués d'Amnesty International qu'ils étaient conscients de la préoccupation des observateurs internationaux à propos des conditions inadéquates dans lesquelles les déserteurs, y compris les enfants, étaient détenus.

Le GFT aurait également emprisonné avec des adultes dans la prison centrale de Mogadiscio des enfants soupçonnés de liens avec Al Shabab. On ignore le traitement auquel ces prisonniers sont soumis, mais selon des sources locales les conditions carcérales sont très mauvaises. Selon des sources locales, d'autres enfants soldats capturés alors qu'ils servaient dans les rangs d'Al Shabab sont peut-être détenus par le GFT dans des lieux tenus secrets. On ignore le nombre exact et le sort des enfants qui étaient liés à des groupes armés et qui ont été emprisonnés par le GFT.

L'UNICEF a également attiré l'attention sur le cas d'enfants soldats qui avaient rejoint des factions d'Al Shabab dans le sud de la Somalie et qui ont été capturés par des milices progouvernementales à Belet Hawo, sur la frontière entre la Somalie, l'Éthiopie et le Kenya. L'UNICEF a appelé les milices qui les détiennent à assurer leur protection et leurs besoins humanitaires et à leur donner accès à un organisme humanitaire impartial .

Selon les Principes directeurs relatifs aux enfants associés aux forces armées ou aux groupes armés (Principes de Paris) :

« Les enfants qui ont été recrutés ou employés illégalement par les forces ou groupes armés, ne doivent jamais être arrêtés, poursuivis ou sanctionnés ou menacés de poursuites ou de sanction au seul titre de leur appartenance ou association à ces forces ou groupes. » (Principe 8.7.)

Selon l'Ensemble de règles minima des Nations unies concernant l'administration de la justice pour mineurs (Règles de Beijing), la détention d'enfants ne peut être qu'une mesure de dernier ressort et sa durée doit être aussi courte que possible. Les mineurs doivent, de manière générale, être séparés des adultes :

« 13.1 La détention préventive ne peut être qu'une mesure de dernier ressort et sa durée doit être aussi courte que possible.

« 13.2 Autant que faire se peut, la détention préventive doit être remplacée par d'autres mesures telles que la surveillance étroite, une aide très attentive ou le placement dans une famille ou dans un établissement ou un foyer éducatif.

« 13.3. Les mineurs en détention préventive doivent bénéficier de tous les droits et garanties prévus par l'Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus adopté par l'Organisation des Nations Unies. »

Le droit international coutumier dispose également : « Les enfants privés de liberté doivent être gardés dans des locaux séparés de ceux des adultes, sauf dans le cas de familles logées en tant qu'unités familiales.  »

Lorsque les troupes éthiopiennes combattaient aux côtés des forces du GFT en Somalie, de nombreuses personnes, et tout particulièrement des garçons et des jeunes hommes soupçonnés d'être sympathisants de groupes armés d'opposition, ont été arrêtés et détenus de manière arbitraire, tant par les forces éthiopiennes que par celles du GFT qui les auraient torturés. Certains ont été sommairement exécutés. Un adolescent somalien qui avait 17 ans lorsqu'il s'est entretenu avec les délégués d'Amnesty International en 2009, a expliqué pourquoi il avait fui son pays :

« Je suis originaire de Mogadiscio. Je suis parti en décembre 2007 parce que j ' avais été arrêté plusieurs fois et que les combats se poursuivaient, je ne pouvais donc plus aller à l ' école.

« À la mi-janvier 2007, il y a eu une énorme explosion au carrefour Towfiq. Les Éthiopiens sont arrivés et ils ont arrêté tout le monde. Un jeune garçon a lancé une bombe en direction des soldats qui étaient assis au carrefour, puis ils ont arrêté tout le monde, mais je ne sais pas s'ils ont trouvé ce jeune garçon.

« J'ai été détenu pendant une semaine au stade de Mogadiscio. Nous étions une vingtaine de prisonniers. Ils nous ont dit de rester sur le terrain. Personne n ' était autorisé à aller aux toilettes. Certains d ' entre nous ont été emmenés . Comme j'étais trop jeune ils ne m'ont pas pris , mais ils frappaient les gens et j ' ai vu des personnes mourir sous les coups.

« L ' un des hommes était handicapé mental et chaque fois qu'ils le frappaient ou disaient quelque chose, il les insultait et quand ils le frappaient il essayait de riposter. Ils ont fini par l ' abattre, il est mort. On ne nous donnait rien à manger, nous étions affamés quand on nous a libérés. Je n ' avais que 15  ans . Ils arrêtaient tous ceux qui se trouvaient dans les parages quand il y avait une explosion sans tenir compte de leur âge.

« J ' ai été arrêté une deuxième fois en mars 2007. Ils nous ont emmenés au poste de police, mais je n ' ai pas été retenu longtemps, ils m ' ont relâché le jour même. Des officiers de l ' armée avaient été tués dans notre quartier, donc la police est venue et elle a arrêté beaucoup de gens. On nous a dit de ne pas prier. Un policier a dit   : " Si vous priez, vous êtes d ' A l Qa ï da " . Je ne sais pas pourquoi si nous prions nous sommes d ' Al Qaïda . »

Les informations faisant état d'arrestations et de détentions arbitraires, d'actes de torture et d'exécutions extrajudiciaires imputables aux forces du GFT sont moins nombreuses depuis le retrait des troupes éthiopiennes de Somalie. Amnesty International n'est pas en mesure d'établir si toutes les personnes arrêtées durant cette période ont été remises en liberté, aucun organe indépendant n'étant autorisé à inspecter les centres de détention. Des représentants du GFT ont déclaré en mai 2011 aux délégués de l'organisation qu'ils s'engageaient à séparer les enfants des adultes en détention et à démobiliser, désarmer et réinsérer les enfants qui avaient rejoint des groupes armés, mais qu'ils avaient besoin d'une aide de la communauté internationale en matière financière et de renforcement des capacités pour être en mesure d'assumer eux-mêmes ces tâches.

Bien que le nombre d'exécutions extrajudiciaires imputables aux forces du GFT et qui sont signalées ait diminué depuis le début de 2009, des allégations continuent de faire état d'exécutions sommaires de personnes soupçonnées d'appartenir à des groupes armés. Des jeunes hommes et des garçons peuvent être soupçonnés par le GFT de liens avec des groupes islamistes armés étant donné le recrutement massif et l'utilisation de jeunes par Al Shabab. C'est ainsi que le 31 janvier 2011 les cadavres de deux jeunes hommes portant des impacts de balle sur le corps et la tête auraient été retrouvés dans le district de Dharkenley, quartier de Medina, à Mogadiscio . Une source locale a affirmé qu'ils avaient été tués par des soldats du GFT qui les soupçonnaient d'appartenir à des groupes armés. À la connaissance d'Amnesty International, aucune enquête n'a été ouverte au sujet de la mort de ces jeunes gens.

Les Nations unies ont affirmé qu'elles intensifiaient leur action pour renforcer les capacités de protection des enfants du Bureau politique des Nations unies pour la Somalie (UNPOS) et qu'elles avaient mis en place un groupe de travail sur les déserteurs chargé d'aborder les questions liées à ceux, y compris les enfants, qui quittent des groupes armés ainsi que d'aider le GFT à mettre en place des procédures de vérification pour sélectionner les recrues . Les forces de l'AMISOM qui remettent au GFT les combattants des groupes armés qu'elles capturent seraient en train d'élaborer des procédures en collaboration avec les Nations unies de manière à garantir que ces individus sont traités conformément aux normes internationales relatives aux droits humains. L'organisation appelle l'AMISOM à ne pas remettre des combattants des groupes armés, et tout particulièrement des enfants, au GFT s'il y a lieu de craindre qu'ils risquent d'être victimes de violations graves des droits humains.

L'AMISOM doit également donner aux agences des Nations unies chargées de la protection des enfants des informations sur tous les enfants qu'elle a remis au GFT.

5. ATTAQUES CONTRE LES ÉCOLES ET L ' ÉDUCATION

Le droit des enfants à l'éducation est fortement restreint dans le centre et le sud de la Somalie en raison des attaques menées sans discernement et de l'insécurité permanente ainsi que des attaques lancées par Al Shabab et visant directement les écoles, le personnel enseignant et les élèves. Dans certaines régions, des factions d'Al Shabab ont également imposé des restrictions à l'accès des filles à l'éducation et ont interdit l'enseignement de certaines matières.

Des fillettes dans une école coranique (avril 2008).

© DR

DES ÉCOLES DÉTRUITES OU FERMÉES À LA SUITE D'ATTAQUES MENÉES SANS DISCERNEMENT ET DE VIOLENCES

Au cours des quatre dernières années le conflit armé a eu des répercussions négatives sur les possibilités d'accès à l'éducation des enfants et des adolescents. Des écoles ont été détruites ou endommagées lors de bombardements aveugles ou disproportionnés. Une fillette de 10 ans qui vivait à Galkayo sud, dans la région de Galgadud, au centre de la Somalie, avant de fuir en janvier 2010, a déclaré :

« À Galkayo, l es combats ont commencé en janvier 2010 entre Al Shabab et Ahlu Sunna Waal Jama. Les combattants d ' A l Sha b ab sont entrés dans la ville. J ' étais en deuxième année à l ' école, mais le bâtiment a été détruit au cours de ces derniers affrontement s. C ' était une école privée. Des enfants qui étaient dans les locaux ont été tués et d ' autres blessés. »

Galkayo, dans le centre de la Somalie, a été le théâtre de combats en janvier 2010 opposant Al Shabab et Hizbul Islam à ASWJ qui contrôlait la région.

Un garçon de 12 ans originaire de Mogadiscio a expliqué que les deux écoles qu'il avait fréquentées sur une période de trois ans ont été touchées par des bombardements :

« Mon école primaire était loin à Bakara et je devais prendre le bus pour m ' y rendre. L ' école a fermé après le début des combats, elle a été bombardée et des professeurs sont morts à l ' intérieur des locaux . C ' était en février 2006. Beaucoup de mes amis ont été tués ou blessés ce jour-là, mais je n ' étais pas à l ' école […] J ' ai ensuite fréquenté une école privée à Bakara. Là aussi une bombe a explosé. Il y a eu six morts et trois blessés, tous des élèves âgés de sept à 14  ans . Cela s ' est passé en juin ou juillet 2009. »

Un enfant originaire de Mogadiscio qui a fui au Kenya en mars 2010 a déclaré : « J'ai terminé mes études secondaires en 2007 au collège Ablal. Je ne vais plus à l'école depuis cette date, c'est trop dangereux. L'école primaire Towfiq, dans le district de Yaqshid, a été la cible de tirs d'artillerie en 2007. L'université de Banadir et l'école Simir, dans le quartier de Wardigley, ont également été touchées en 2007. »

Le 25 février 2009, deux enfants ont été tués et six autres blessés par des obus de mortier tombés sur une école coranique (duksi) à Towfiq, au nord de Mogadiscio, au cours d'affrontements entre des groupes armés d'opposition et les forces du GFT et de l'AMISOM .

Selon le Groupe de travail sur les enfants et les conflits armés [ONU], quelque 70 écoles dans cinq quartiers de Mogadiscio ont été fermées depuis la mi-2008 soit qu'elles aient été attaquées soit qu'elles risquaient d'être prises pour cible . Les destructions et les dommages subis par les écoles ont restreint la gamme d'établissements d'enseignement disponibles à Mogadiscio. Même dans le cas où des écoles et centres éducatifs n'ont pas été atteints par des tirs, l'insécurité généralisée résultant des affrontements constants et imprévisibles dans des zones d'habitation a également entraîné la fermeture d'écoles, temporairement ou définitivement, les enseignants et les élèves craignant d'être tués ou blessés à l'intérieur de l'école ou durant le trajet pour s'y rendre ou en revenir.

Une femme de 19 ans qui a quitté la Somalie en décembre 2009 a expliqué qu'elle avait interrompu sa scolarité après la destruction de son école à Mogadiscio à la fin de 2006 :

«  J ' ai été scolarisée à Mogadiscio jusqu ' en 2006. L ' école a été détruite à la fin de 2006 par des groupes armés qui se battaient entre eux. Des élèves ont été blessés lorsque l ' école a été détruite. J'étais dans les locaux quand cela s ' est produit, mais je me trouvais à côté de la pompe à eau et je n ' ai donc pas été blessée. »

Une adolescente de 17 ans originaire du quartier de Wardigley, à Mogadiscio, a déclaré :

« Je suis partie à cause des combats. Je n ' arrivais pas à dormir la nuit. Il y avait des affrontements jour et nuit. Des bombes ont explosé à côté de la maison et ont provoqué des incendies. Les combats opposaient Al Shabab et le gouvernement. […] J ' allais à l ' école à Mogadiscio. Tous les jours quand j ' allais à l ' école il y avait des combats intenses. Une bombe a explosé tout près de moi. Il y avait de la fumée et du feu juste à côté de moi, mais j ' ai réussi à partir en courant. Notre école a été fermée à cause des combats. »

Une jeune femme a déclaré en 2009 : « Je fréquentais une école privée juste avant le début des affrontements. Quand les combats ont commencé à la fin de 2007, il n ' a plus été question d ' école. Tout le monde essayait de survivre. Le professeur a dit qu ' on ne pouvait pas continuer les cours dans ces conditions. La mort et les blessures étaient monnaie courante, il y avait des cadavres partout. On ne pouvait aller nulle part sans voir un cadavre. La nuit on ne pouvait pas dormir à cause du bruit des balles. »

Une femme qui a quitté la Somalie en mars 2010 a décrit les conditions de vie de plus en plus difficiles, en particulier pour les enfants :

« La vie à Mogadiscio était très difficile. Il y a tellement de gens qui ont été atteints par des obus de mortier et sont estropiés et dont personne ne s ' occupe. Il y a des enfants qui ont perdu leurs parents et qui ne sont pas pris en charge, particulièrement les pauvres. Il y a des riches qui gagnent de l ' argent à cause de la guerre. Il n ' y a pas d ' écoles et les gens ne reçoivent aucune instruction. Même si les parents veulent envoyer leurs enfants à l ' école, ils ont peur qu ' ils soient la cible d ' une balle perdue pendant le trajet, donc ils les gardent à la maison. Cela arrive souvent, c ' est arrivé à plusieurs de mes voisins. Mon mari était le seul à faire les courses. Le reste de la famille ne sortait pas de la maison. La vie à Mogadiscio est difficile depuis 1996, mais cela empire de jour en jour. »

L'accès à l'éducation est davantage restreint par la sécheresse qui s'aggrave dans la région depuis la fin de 2010. Selon l'OCHA, les déplacements de population et l'assèchement des sources dans les écoles provoqué par la sécheresse ont entraîné la fermeture d'environ 400 écoles en Somalie entre décembre 2010 et février 2011 .

LES ATTAQUES VISANT DIRECTEMENT LES ÉCOLES ET LE PERSONNEL ENSEIGNANT

Comme nous l'avons indiqué plus haut, des cas d'écoles attaquées par Al Shabab dans le but de recruter des enfants sont avérés. Des enfants ont également indiqué que des enseignants avaient été tués au cours d'attaques contre des écoles. Une adolescente de 13 ans originaire du quartier de Medina, à Mogadiscio, a raconté comment des membres d'Al Shabab étaient venus dans son école pour recruter des enfants. Elle a ajouté qu'un enseignant avait été tué car il s'était opposé à la campagne de recrutement :

« J ' allais à l ' école à Medina. J ' étais en troisième année. Je manquais souvent parce qu ' il y avait beaucoup d ' affrontements. J ' ai des amis qui ont été recrutés et je ne sais pas ce qu ' ils sont devenus. Ils prennent même des filles. Des membres d ' A l Shabab sont arrivés un matin. J ' étais en troisième année donc ils ne sont pas venus dans ma classe, mais ils sont allés dans d ' autres classes. Ils ont dit aux professeurs que tous les enfants devaient sortir de la classe . Une voiture attendait à l ' extérieur et ils ont fait monter les enfants de f orce . Ils ont tué un enseignant parce qu ' il refusait d ' obéir. Il était courageux  ; lui , il se battait pour les droits des filles. »

Une adolescente de 16 ans qui a fui Baidoa en janvier 2010 a affirmé que les membres d'Al Shabab empêchaient les filles d'aller à l'école et qu'ils avaient tué un de ses professeurs :

« Les membres d ' Al Shabab nous disaient de ne pas aller à l ' école. On n ' y allait qu e lorsqu ' ils ne pouvaient pas nous voir. Ils venaient parfois dans notre école ; ils donnaient des coups de bâton aux élèves et ils battaient les professeurs. Ils ont même tué un de nos professeurs. Ils nous ont ordonné de sortir et ont dit que nous ne devions pas étudier là. Cette fois-là j ' ai dû rentrer chez moi. C ' est un enseignant de sexe masculin qui a été tué, ils l ' ont abattu. »

Une autre fille de 16 ans originaire de Mogadiscio a également affirmé que certains de ses professeurs avaient été tués par des membres d'Al Shabab :

« Quatre professeurs, tous de sexe masculin, ont été tués en 2009 par Al Shabab, mais je ne sais pas pourquoi. Al Shabab n ' autorisait pas les professeurs à faire sonner la cloche de l ' école. Garçons et filles n ' avaient pas le droit d ' être dans la même classe. Ils venaient à l ' école tous les jours à des heures différentes. Ils n ' obligeaient pas les gens à les rejoindre, mais ils leur demandaient de le faire. »

Par ailleurs, les médias somaliens et des sources locales ont signalé régulièrement au cours des deux dernières années qu'Al Shabab ordonnait aux enseignants et aux écoles d'enrôler des élèves .

Le Groupe de travail sur les enfants et les conflits armés [ONU] avait constaté une augmentation du nombre d'attaques des forces du GFT contre des écoles en 2008 et en 2009, car celles-ci étaient soupçonnées d'être utilisées par des groupes armés d'opposition à des fins de recrutement . Cette pratique semble avoir diminué depuis le début de 2009.

AUTRES RESTRICTIONS À L'ACCÈS À L'ÉDUCATION

Selon le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), seuls 23 % des enfants d'âge scolaire sont inscrits à l'école primaire ou la fréquentent en Somalie . Les filles risquent tout particulièrement d'être victimes de violations du droit à l'éducation en raison d'une discrimination et de normes socioculturelles bien établies selon lesquelles les filles sont plus susceptibles de rester à la maison et de participer aux tâches ménagères tandis que les garçons ont plus de chances d'être envoyés à l'école. Une fille a déclaré à Amnesty International :

« Les filles manquent d ' instruction. Les garçons ont plus de chances d ' aller à l ' école. Une famille envoie les garçons à l ' école et garde les filles à la maison pour les tâches ménagères. »

Qui plus est, des factions d'Al Shabab ont strictement restreint les droits des enfants à l'éducation, limitant encore plus l'accès aux quelques écoles qui existent dans le sud du pays. Al Shabab restreint tout particulièrement les droits des filles à l'éducation.

Une adolescente de 15 ans originaire de Mogadiscio a également affirmé qu'Al Shabab dissuadait les filles d'aller à l'école :

« Chaque fois que nous alli ons à l ' école, des membres d ' A l Shabab nous disaient que nous ne devions pas porter l ' uniforme et qu ' ils diraient aux professeurs de ne pas nous faire cours . Ils ne voulaient pas que garçons et filles soient en contact. Parfois ils venaient dans mon école, ils entraient dans les classes pour vérifier que les garçons et les filles n ' étaient pas dans la même classe. Ils disaient que les garçons devaient rester à l ' école et que les filles devaient rentrer chez elles parce qu ' elles ne doivent pas étudier à l ' école. Ils disaient aux filles d ' aller plutôt au duksi. »

Dans d'autres régions, des factions d'Al Shabab ont empêché des écoles de fonctionner ou ont interdit l'enseignement de certaines matières. Un enseignant d'une école privée de Kismaayo qui a fui la Somalie au début de 2010 a dit aux délégués d'Amnesty International que depuis qu'Al Shabab avait pris le contrôle de la ville en août 2008, le groupe armé avait empêché les enfants de fréquenter les écoles autres que les duksi et avait interdit l'enseignement de certaines matières, dont l'anglais :

« Huit cents enfants étaient inscrits dans l ' école avant qu ' A l Shabab prenne le contrôle de la région. Leur nombre a été réduit à 400 quand Al Shabab a pris la ville. Al Shabab ne voulait pas que les élèves continuent d ' aller à l ' école. Ceux qui le faisaient étaient battus à titre de sanction. Ils investissaient dans les madrassas [écoles coraniques] et voulaient que tout le monde les fréquente. Le programme des écoles anglophones a été interrompu et tout le monde devait apprendre l ' arabe. Les professeurs d ' anglais ont été chassés de la ville. »

Deux garçons originaires de Sakow, dans le Bas-Juba, ont dit aux représentants de l'organisation qu'ils avaient cessé d'aller à l'école après que des membres d'Al Shabab eurent menacé de mort un professeur d'anglais, battu d'autres enseignants et même cassé la main de l'un d'entre eux.

Un homme venu avec quatre enfants de Jamame, une localité proche de Kismaayo, a confirmé que les écoles avaient été fermées dans cette région après qu'Al Shabab en eut pris contrôle :

« Il y avait des écoles avant l ' arrivée d ' A l Shabab. Il n ' y en a plus maintenant, mais ils obligent les enfants à apprendre dans les duksi. C ' est ce qui m ' a incité à partir parce que nous n ' étions pas libres. »

Un adolescent de 16 ans originaire de Mogadiscio a déclaré :

« Je viens du quartier de Yaqshid à Mogadiscio. Cette zone est contrôlée par Al Shabab depuis huit mois. Avant l ' arrivée d ' A l Shabab elle était contrôlée par le gouvernement. La situation n ' était pas bonne à l ' époque du gouvernement. […] mais c ' est pire avec Al Shabab parce qu ' ils ont fermé toutes les institutions. Les écoles ont été fermées et transformées en bases militaires. Les routes sont bloquées et la liberté de circulation est réduite. »

Un garçon de 14 ans originaire de Mogadiscio a expliqué qu'Al Shabab se méfiait des écoles qui pouvaient être liées à des donateurs finançant une partie au conflit :

« Parfois des membres d ' A l Shabab venaient à l ' école, ils entraient dans les classes et attrapaient les professeurs. Ils leur demandaient : " Qui vous a dit d ' ouvrir cette école ? Est-ce que les enfants vous paient ? " Le professeur répondait qu ' ils étaient payés par ceux qui financent aussi l ' AMISOM et les membres d ' A l Shabab l ' emmenaient. »

6. AUTRES ATTEINTES AUX DROITS HUMAINS VISANT LES ENFANTS

Outre le fait qu'ils sont spécifiquement la cible de recrutement par des groupes armés, les enfants et les jeunes somaliens sont victimes ou témoins d'autres atteintes horribles aux droits humains. Des enfants ont vu leurs parents et amis délibérément tués ou torturés par les parties au conflit. Ils sont également témoins, ou eux-mêmes victimes, d'homicides illégaux et d'actes de torture et autres mauvais traitements, notamment sous forme de lapidation jusqu'à ce que mort s'ensuive, d'amputation et de flagellation, infligés par des groupes islamistes armés dans les zones qu'ils contrôlent.

LES HOMICIDES À TITRE DE « SANCTION » PERPÉTRÉS EN PUBLIC DANS LES ZONES CONTROLÉES PAR AL SHABAB

Les groupes islamistes armés, et tout particulièrement Al Shabab, sont connus pour inviter la population locale, y compris les enfants, dans les zones qu'ils contrôlent à assister aux exécutions publiques de personnes accusées d'être des espions ou des opposants ou d'avoir commis des infractions punies de mort selon leur interprétation de la charia. Amnesty International estime que les milices Al Shabab ont l'intention de susciter la peur et de soumettre la population locale par des démonstrations publiques de cruauté pour imposer leur autorité sur un territoire et empêcher toute dissidence potentielle .

Al Shabab annonce souvent aux médias locaux que des personnes exécutées publiquement par des membres de la milice avaient été « jugées » et « reconnues coupables » par des tribunaux locaux de la charia ou des juges. Selon les informations disponibles sur la manière dont fonctionnent les « tribunaux » institués par Al Shabab, il semble que les personnes accusées par la milice ne bénéficient d'aucune garantie en matière de procédure régulière, notamment l'assistance juridique et la possibilité d'interjeter appel.

De telles pratiques sont contraires au droit international humanitaire qu'Al Shabab, en tant que groupe armé participant à un conflit armé interne, est tenu de respecter et qui prohibe, entre autres, « les atteintes portées à la vie et à l'intégrité corporelle, notamment le meurtre sous toutes ses formes, les mutilations, les traitements cruels, tortures et supplices » ainsi que « les condamnations prononcées et les exécutions effectuées sans jugement préalable, rendu par un tribunal régulièrement constitué » (article 3 commun aux Conventions de Genève).

Les victimes de ces homicides sont semble-t-il pour la plupart des adultes, mais des enfants ont également été exécutés. C'est ainsi que le 27 octobre 2010 les médias ont rapporté que des membres d'Al Shabab avaient passé par les armes à Beletweyne deux adolescentes accusées d'espionnage. Les habitants de la ville auraient été contraints d'assister à l'exécution . Selon certaines sources, les victimes étaient Ayan Mohamed Jama, 18 ans, et Huriyo Ibrahim, 15 ans. Des combats avaient opposé les jours précédents Al Shabab et des milices progouvernementales dans les environs de Beletweyne. Des sources locales ont déclaré à Amnesty International être convaincues que les exécutions avaient pour but de démontrer à la population qu'Al Shabab contrôlait de nouveau fermement la ville.

En octobre 2008, à Kismaayo, des membres d'Al Shabab ont lapidé Asho Birahim Duhulow, une jeune fille de 13 ans qui avait été violée par trois hommes. L'exécution s'est déroulée en présence d'une foule qui avait été invitée à y assister. Al Shabab a affirmé que la jeune fille avait plus de 20 ans et qu'elle était coupable d'« adultère » . Les délégués de l'organisation ont rencontré ses parents qui ont confirmé qu'elle n'avait que 13 ans et qu'elle avait quitté les camps de réfugiés de Dadaab, au Kenya, pour se rendre à Kismaayo, peut-être attirée par les hommes qui l'avaient violée.

ACTES DE TORTURE ET AUTRES FORMES DE MAUVAIS TRAITEMENTS INFLIGÉS À DES ENFANTS DANS LES ZONES CONTROLÉES PAR AL SHABAB

Comme nous l'avons indiqué plus haut, lorsqu'elles prennent le contrôle de villes et de villages, les factions d'Al Shabab imposent des règles strictes à la population pour établir leur contrôle par la peur et la violence. Des enfants ont affirmé qu'ils avaient été flagellés par des membres d'Al Shabab, le plus souvent parce qu'ils ne respectaient pas le code vestimentaire et les règles imposées par la milice. Dans la plupart des régions contrôlées par Al Shabab, les femmes et les filles sont obligées de porter le hijab (voile islamique) ou l'abaya (tunique traditionnelle islamique recouvrant les vêtements). Celles qui ne portent pas ce type de vêtements sont flagellées à titre de sanction, le plus souvent sur place. Une adolescente de 14 ans qui a fui Baidoa en janvier 2010 a déclaré :

« J ' ai été battue par des membres d ' Al Shabab quand j ' étais en Somalie à cause de mon style vestimentaire. Ils voulaient que je porte des « vêtements épais » et ils m ' ont frappée à coups de bâton. Deux hommes m ' ont battue alors que je rentrais du marché. Ils m ' ont donné quatre coups de bâton puis j ' ai réussi à m ' enfuir. »

Une jeune femme de 19 ans qui a quitté Mogadiscio en décembre 2009 a affirmé qu'elle avait été flagellée en public parce qu'elle ne portait pas le voile :

« Si on ne s ' habille pas comme Al Shabab le veut, ils nous menacent et nous emmènent dans un lieu public pour nous donner des coups de bâton. Un jour ils m ' ont menacée de me battre parce que je ne portais pas les vêtements prescrits. J ' ai été battue en public. Ils m ' ont attaché les mains et m ' ont frappée sur le dos. Ils m ' ont frappée une fois avec une sorte de fouet constitué de 35 lanières. C'était en 2009. J ' ai été battue dans un lieu où les gens se rassemblent – Al Shabab leur demande de venir et les gens leur remettent de l ' argent et des objets de valeur à titre de dons. »

Une fille de 13 ans qui a quitté Baidoa au début de 2010 a déclaré aux délégués de l'organisation que des membres d'Al Shabab l'avaient même battue parce qu'elle ne portait pas le hijab chez elle :

« J ' habitais à Baidoa. Les membres d ' Al Shabab battaient les gens. Ils disaient qu ' on devait porter des vêtements épais. Des membres d ' Al Shabab sont venus chez moi et ils m ' ont battue. Ils étaient cinq et ils m ' ont dit que je devais porter le hijab même à l ' intérieur de la maison. Ils avaient un bâton qu ' on appelle kalabash. J ' ai reçu deux coups de bâton et ils ont aussi battu ma mère. »

De telles règles affectent particulièrement les femmes et les filles. Dans certaines zones, les chefs locaux d'Al Shabab ont également ordonné aux hommes et aux garçons de porter des pantalons ne recouvrant pas les chevilles.

Un combattant islamiste d'Al Shabab frappe un jeune homme accusé d'une infraction (mars 2009).

© AP/Mohamed Sheikh Nor

Des enfants accusés de ne pas avoir respecté les horaires de la prière ont également été fouettés. Un adolescent de 15 ans qui a fui Baidoa à la fin de 2009 a déclaré :

« Les membres d ' Al Shabab battaient les gens. Ils nous demandaient pourquoi on ne priait pas. Deux hommes m ' ont battu en me disant de prier à l ' extérieur de ma maison. Ils m ' ont donné des coups de bâton sur le dos. »

D'autres enfants ont déclaré avoir été fouettés pour d'autres raisons que le non-respect du code vestimentaire et des règles imposées par le groupe armé. Selon une jeune fille de 17 ans originaire de Mogadiscio :

« Un jour j ' allais à l ' école avec d ' autres filles quand des membres d ' Al Shabab nous ont demandé quel groupe nous soutenions. Nous n ' avons pas répondu. Ils nous ont donné des coups de bâton et nous ont ensuite laissé partir. Cela s ' est passé en janvier 2010. Ils nous ont poursuivies plusieurs fois, mais nous avons réussi à fuir. »

Une adolescente de 13 ans qui a fui la Somalie en janvier 2010 a déclaré :

« Nous avons décidé de venir ici parce que nous avions peur d ' Al Shabab. Cela a pris 10 jours pour arriver ici. Nous avons été interceptés en chemin par des membres d ' Al Shabab qui nous ont demandé où nous allions. Nous avons répondu que nous étions en route pour Dadaab et ils ont frappé à coups de bâton tous les passagers du camion à bord duquel nous étions. J ' ai reçu trois coups de bâton. Ils nous ont ensuite laissé partir. Ils voulaient savoir pourquoi nous voulions quitter le pays, mais ils nous ont laissé partir après nous avoir battus.  »

7. LES ENFANTS PRIVÉS D ' ACCÈS À L ' AIDE HUMANITAIRE

L'accès à l'aide humanitaire des populations ayant besoin d'assistance s'est considérablement réduit au cours des quatre dernières années dans le sud et le centre de la Somalie, ce qui a eu des conséquences extrêmement graves pour les enfants qui sont parmi les catégories les plus vulnérables s'agissant en particulier de l'insécurité alimentaire et des maladies. Les opérations des organismes d'aide ont été entravées par les attaques disproportionnées et menées sans discernement par toutes les parties au conflit ainsi que par l'insécurité généralisée qui règne dans le pays. Non seulement les opérations militaires empêchent l'acheminement de l'aide humanitaire et mettent en danger les opérations humanitaires, mais elles entraînent aussi une augmentation du nombre de civils tués ou blessés ainsi que de personnes déplacées, ce qui génère de nouveaux besoins humanitaires.

Les organisations humanitaires sont elles aussi délibérément prises pour cibles. Au moins 40 défenseurs des droits humains et membres d'organisations humanitaires somaliens ont été tués entre le 1er janvier et le 10 septembre 2008. Amnesty International a recueilli des informations sur 46 cas dans lesquels des employés d'organisations humanitaires et des membres d'organisations somaliennes de la société civile auraient été tués en 2008, la majorité d'entre eux ont été victimes d'assassinats ciblés . En conséquence, des organisations humanitaires ont retiré leur personnel international du sud et du centre de la Somalie et elles agissent essentiellement avec du personnel local ou par l'intermédiaire d'organisations somaliennes partenaires.

Des enfants somaliens déplacés attendent, des récipients en main, de recevoir une aide alimentaire dans un centre de distribution de nourriture à Mogadiscio (janvier 2010).

© AP/PA Photo/Mohamed Sheikh Nor

L'accès à l'aide humanitaire est actuellement à son niveau le plus bas dans le sud et le centre de la Somalie alors que près d'un tiers de la population est exposé à une crise alimentaire en raison d'une grave sécheresse. Les enfants sont les plus vulnérables à l'insécurité alimentaire : un enfant sur quatre souffrirait actuellement de malnutrition aiguë en Somalie. Selon l'OMS, 77 % des cas de diarrhée aqueuse aiguë/choléra recensés depuis le début de 2011 concernent des enfants de moins de cinq ans ; 58 % d'entre eux ont moins de deux ans .

L'IMPACT DU CONFLIT ARMÉ SUR LES CENTRES MÉDICAUX

Le conflit armé a des conséquences pour les hôpitaux et les installations médicales ainsi que sur la fourniture de soins médicaux aux enfants. Les hôpitaux et les installations médicales sont exposés aux tirs d'artillerie et d'obus de mortier, aucune des parties au conflit ne prenant les précautions idoines pour établir une distinction entre les objectifs militaires et les civils et biens de caractère civil. Le 11 septembre 2009, l'hôpital Martini pour les anciens combattants invalides de guerre et leurs familles, situé à proximité du port de Mogadiscio contrôlé par le GFT, a été touché par des obus de mortier au cours d'une attaque lancée par des groupes islamistes armés. Au moins 12 personnes, dont trois enfants, ont été tuées à l'intérieur de l'hôpital. Le 29 juin 2010, l'hôpital de Keysaney, dans le nord de Mogadiscio, a été touché par un obus d'artillerie qui a tué un patient. Deux autres obus ont atteint l'hôpital les jours suivants bien que le CICR ait instamment prié les parties au conflit d'épargner les installations médicales . Le 12 avril 2011, des obus de mortier sont tombés dans l'enceinte de l'hôpital Medina à Mogadiscio, l'un des principaux hôpitaux de la capitale. Deux personnes auraient été tuées et huit autres blessées . Le CICR a indiqué que le personnel de l'hôpital avait ramassé 11 obus tirés le même jour en direction de l'hôpital et qui n'avaient pas explosé .

Les installations médicales sont parfois occupées par les parties au conflit en violation du droit international humanitaire. Le 5 mai 2010, la clinique Hawa Abdi située dans le quartier du même nom à la périphérie de Mogadiscio le long du corridor d'Afgoye a été occupée par des hommes armés, qui appartenaient semble-t-il à Hizbul Islam, à la suite d'affrontements qui avaient éclaté dans les alentours. Les malades ont dû être évacués et les soins médicaux ont été temporairement suspendus .

La capacité des installations médicales de soigner les patients dans la capitale est également dépassée en raison du nombre élevé de victimes pendant les périodes de combats acharnés .

LES RESTRICTIONS DÉLIBÉRÉES D'AL SHABAB À L'ACCÈS À L'AIDE HUMANITAIRE

À mesure qu'elles étendaient leur contrôle sur le sud et le centre de la Somalie, de nombreuses factions d'Al Shabab ont imposé des règles aux organisations humanitaires ou ont interdit leurs opérations dans les zones qu'elles contrôlaient. Un adolescent de 17 ans qui a fui Mogadiscio en mars 2010 a déclaré à Amnesty International :

« Il n ' y a pas d ' organisations humanitaires qui interviennent dans ma région. Elles ont toutes été chassées par Al Shabab. »

Une femme originaire d'Afmadow, une ville de la région du Bas-Juba, a affirmé :

« Il y a cinq mois [en novembre 2009], des combattants d ' Al Shabab sont entrés dans Afmadow. Avant leur arrivée on vivait normalement. Des ONG travaillaient dans la région et elles nous fournissaient de la nourriture, des feuilles de plastique pour construire nos maisons et des ustensiles de cuisine. Maintenant il n ' y a plus d ' organisations humanitaires, Al Shabab les a toutes forcées à partir. »

Des personnes ont affirmé aux délégués d'Amnesty International que certaines régions n'avaient jamais bénéficié de services essentiels ni d'aide humanitaire. Un paysan originaire d'une zone rurale du Bas-Juba a décrit la situation dans son village :

« Il n ' y a pas d ' éducation pour les enfants dans notre village ni de soins médicaux. Il y a des pharmacies mais pas de médecin qualifié. Il n ' y a pas d ' ONG ni d ' aide humanitaire, locale ou internationale, dans le village.   »

L'accès à l'aide humanitaire est également très restreint dans les camps de personnes déplacées situés dans les régions en proie aux combats ou à proximité. L'une des plus grandes concentrations de personnes déplacées se trouve le long du corridor d'Afgoye qui s'étend au sud-ouest de la capitale. On ne dispose pas du nombre exact de personnes déplacées qui se trouvent actuellement dans cette région, mais, au vu des photos satellite associées au décompte des foyers, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) estime qu'il s'élève probablement à 410 000. Un homme qui a fui avec ses enfants pour trouver refuge à Elashabia, un camp à la périphérie de Mogadiscio en direction du corridor d'Afgoye, avant d'arriver au Kenya en mars 2010, a décrit dans les termes suivants la situation dans ce camp :

« Je me suis enfui à Elashabia à la périphérie de Mogadiscio, mais nous n ' avons pas pu y rester à cause du manque d ' hébergement et de médicaments. Et puis les combats étaient incessants là aussi. Nous y sommes restés un mois et demi. Cela nous a pris un autre mois pour arriver au Kenya. À Elash abia il y a eu des affrontement s entre Al Shabab et les soldats gouvernementaux il y a environ trois mois [en décembre 2009]. Cet endroit est contrôlé par Al Shabab et Hizbul Islam. Ils interrogent les gens pour savoir s ' ils soutiennent le gouvernement. »

Al Shabab fournit souvent des raisons idéologiques pour interdire les activités des organisations humanitaires en arguant qu'elles sont liées au GFT, à l'AMISOM ou à leurs donateurs et soutiens politiques. En janvier 2010, le Programme alimentaire mondial (PAM) a suspendu ses activités dans le sud du pays en raison de l'insécurité et des menaces croissantes des groupes armés. Le 28 février 2010, la milice Al Shabab a annoncé qu'elle interdisait les opérations du PAM dans les zones qu'elle contrôlait en affirmant que la distribution de l'aide empêchait les agriculteurs locaux de vendre leur production. Elle a également accusé le PAM d'avoir des objectifs politiques. En août 2010, Al Shabab a annoncé l'interdiction des opérations de trois organisations humanitaires dans des régions sous son contrôle, au prétexte qu'elles répandaient le christianisme. En septembre 2010, un porte-parole d'Al Shabab a annoncé l'interdiction dans les régions sous contrôle du groupe armé de trois autres organisations internationales accusées de liens avec les États-Unis. En dépit de l'aggravation de la sécheresse dans le sud du pays depuis la fin de 2010 et du nombre croissant de personnes qui ont semble-t-il besoin d'une aide humanitaire d'urgence, les groupes armés appellent la population à refuser l'assistance des organisations humanitaires et à ne pas solliciter de l'aide dans des zones contrôlées par leurs rivaux .

Des factions d'Al Shabab accusent parfois des organisations humanitaires somaliennes et leurs employés de liens avec l'Occident et elles leur adressent des menaces. Dans certaines zones, ces organisations ont dû obtempérer aux ordres d'Al Shabab de ne plus employer de personnel féminin ni promouvoir les droits des femmes . Les tentatives des factions d'Al Shabab pour contrôler les opérations des organisations humanitaires semblent motivées par des considérations financières. Elles exerceraient régulièrement des pressions sur des organisations humanitaires et leurs employés pour les contraindre à verser une taxe afin de pouvoir intervenir dans les zones qu'elles contrôlent.

Qui plus est, le financement de l'aide humanitaire à la Somalie a souffert des inquiétudes américaines à propos d'un détournement éventuel de l'aide par Al Shabab, groupe qualifié de terroriste par les États-Unis . Selon un rapport du Groupe de contrôle de l'ONU sur la Somalie publié en mars 2010, l'acheminement de l'aide humanitaire est également entravé par le détournement de l'aide par des entrepreneurs au profit de groupes armés . Le Conseil de sécurité a adopté la résolution 1916 sur la Somalie à la suite de la publication de ce rapport . La résolution « condamne la politisation, le mauvais usage et le détournement de cette aide par des groupes armés et demande aux États membres et à l'Organisation des Nations unies de faire tout ce qui est possible pour atténuer les effets de ces pratiques en Somalie ». Bien qu'elle dispose que le gel des avoirs prévu par le régime des sanctions imposées à la Somalie ne s'appliquera pas au versement de fonds « aux fins de la livraison, sans retard, de l'aide dont la Somalie a un besoin urgent », la résolution demande au représentant de l'ONU et au coordonnateur de l'aide humanitaire pour la Somalie d'adresser tous les 120 jours un rapport au Conseil de sécurité sur l'aide humanitaire, son mauvais usage ou son détournement potentiels ainsi que les entraves à son acheminement . La résolution 1972 adoptée le 17 mars 2011 par le Conseil de sécurité a prorogé pour une durée de 16 mois l'exemption du gel des avoirs pour l'aide humanitaire, tout en demandant au représentant de l'ONU et au coordonnateur humanitaire pour la Somalie d'adresser des rapports au Conseil de sécurité en novembre 2011 et en juillet 2012 .

LA TAXATION FORCÉE DES CIVILS

Quand Al Shabab a pris le contrôle de zones dans le sud du pays, une partie de la population locale lui a attribué le mérite d'avoir supprimé de nombreux postes de contrôle et barrages routiers tenus par des milices du GFT ou indépendantes qui s'étaient livrées, en 2007 et en 2008, à des actes de pillage contre des civils et des convois humanitaires. Amnesty International continue de recevoir des allégations selon lesquelles des membres du GFT et de milices claniques progouvernementales pillent les biens des civils dans les quartiers de Mogadiscio qu'ils contrôlent.

Toutefois, des civils qui vivent dans certaines zones contrôlées par Al Shabab se plaignent également d'être contraints de payer des « taxes » à des factions du groupe armé. Les délégués de l'organisation se sont entretenus avec de nombreuses personnes originaires de la région de Jamame, non loin de Kismaayo, qui ont affirmé avoir été obligées de fuir car elles n'avaient pas assez de nourriture pour survivre et nourrir leurs enfants à cause de l'imposition de ces taxes. Un paysan a déclaré :

« Les combats sont fréquents, nous ne sommes pas libres de cultiver nos terres et de nous déplacer. Nous vivons sous la menace. Al Shabab contrôle notre village depuis 2009 et la vie a changé depuis cette date. J ' étais agriculteur, mais ils sont venus et ils nous ont dit de produire des récoltes pour la zakat (impôt islamique). J ' avais une grande parcelle de terre et ils ne m ' ont donné qu ' une petite surface à cultiver. Avant leur arrivée on ne payait pas d ' impôt. Tout le monde au village a subi le même sort. »

Une femme de 25 ans, également originaire de Jamame, a confirmé qu'Al Shabab imposait des taxes aux paysans :

« J ' ai quitté la Somalie et ma ferme parce qu ' elle ne nous permettait plus de subvenir à nos besoins. Nous devions donner une grande partie de notre production à Al Shabab. Nous avons fai t le trajet à pied de Jamame à Kiamaayo au début de l ' année [2010] parce qu ' Al Shabab avait pris toute notre récolte . Ils sont venus chez nous et ont tout emporté. Ils ne m ' ont pas fait de mal, ils ont juste pillé nos biens. Mes enfants n ' avaient rien à manger et nous avons dû marcher pendant trois jours jusqu ' à Kismaayo. Nous y sommes restés peu de temps, puis des gens nous ont aidés. Nous sommes montés dans un véhicule qui nous a amenés au camp [de réfugiés]. »

Un couple qui s'occupe de trois enfants et qui a fui Jamame en mars 2010 a déclaré :

« Al Shabab est arrivé à Jamame il y a deux ans. Avant leur arrivée on vivait bien parce qu ' on recevait de l ' aide alimentaire. Quand les membres d ' Al Shabab sont arrivés, ils ont arrêté l ' aide alimentaire. Outre la nourriture, nous avions aussi reçu des matériaux pour construire des maisons. Parmi les règles imposées par Al Shabab il y avait une somme à verser sur la récolte. Nous sommes agriculteurs, donc Al Shabab a exigé que nous l ui donnions la moitié de la récolte , et nous gardions l ' autre moitié. Il n ' y a pas d ' aide alimentaire à Jamame, donc ce montant à donner à Al Shabab était trop important car nous n ' avions pas d ' autre source de revenus. »

8. LES CONSÉQUENCES DURABLES DU CONFLIT ARMÉ

LES ENFANTS NON ACCOMPAGNÉS OU SÉPARÉS DE LEUR FAMILLE

De nombreux enfants et parents ont déclaré aux délégués d'Amnesty International que l'une des conséquences les plus douloureuses du conflit était de perdre des membres de leur famille et de ne pas savoir s'ils étaient morts ou en vie, ni où ils se trouvaient et s'ils seraient un jour réunis. Des employés d'organisations humanitaires présents dans les camps de réfugiés de Dadaab ont dit aux représentants de l'organisation qu'ils avaient constaté au cours des quatre dernières années une augmentation du nombre de mineurs non accompagnés (qui ne sont pas pris en charge par un adulte) et séparés (séparés de leurs parents mais accompagnés par d'autres proches adultes) arrivant dans les camps . La plupart des enfants ont perdu leurs parents et les personnes qui s'occupaient d'eux à cause du conflit armé. Une mère de cinq enfants a déclaré en mars 2010 aux délégués d'Amnesty International :

« La guerre en Somalie est terrible pour les enfants parce qu ' ils peuvent se perdre très facilement. L ' une de mes filles a disparu à cause de la guerre. Elle a neuf ans. Un obus de mortier est tombé à côté de ma maison et j ' ai dû fuir avec mes autres enfants. Je n ' ai pas retrouvé ma fille et je ne sais pas si elle est toujours vivante. Je ne suis pas seule dans ce cas – la majorité des gens ont perdu des enfants à cause de la guerre. On est facilement pris dans des échanges de tirs et tout le monde doit fuir en courant pour échapper à la mort. »

Des femmes et des enfants fuient les combats entre les forces gouvernementales somaliennes et des combattants islamistes (juillet 2009).

© AP/PA Photo/Farah Abdi Warsameh

Les témoignages de réfugiés attribuent régulièrement la séparation des familles à la fuite dans le chaos pour échapper aux attaques et aux combats imprévisibles. Une mère de famille de 30 ans a expliqué :

« Je suis partie à cause des combats. J ' ai été séparée de plusieurs de mes enfants et de mon mari. Je ne sais pas où ils sont. Il y a eu une attaque au mortier au début de mars 20 1 0 dans notre quartier de Medina, à Mogadiscio. Des maisons ont été détruites pendant la nuit. Je me suis réveillée et j ' ai pris mon bébé. Je vivais dans une autre maison que mon mari et mes enfants et je ne les ai pas retrouvés après les tirs de mortier. J ' ai perdu trois enfants, une fille de 10  ans et deux fils de sept et cinq ans. »

Un garçon de 16 ans non accompagné qui a fui la Somalie en mars 2010 a raconté aux délégués de l'organisation les circonstances dans lesquelles il avait perdu sa mère lors d'une attaque d'Al Shabab dans la périphérie de Baidoa :

« Quand les combats ont commencé, les gens de Baidoa se sont enfuis dans un village en périphérie de la ville. Puis Al Shabab a attaqué le village […] La nuit de l ' attaque, vers 23   heures, je me suis parti me cacher dans la brousse et ensuite je n ' ai plus retrouvé ma mère. Je ne sais pas ce qu ' elle est devenue. J ' avais deux frères et deux sœurs. Je ne savais pas où aller et je me suis perdu. J ' ai erré de ville en ville. Les gens me donnaient du lait et de l ' eau. Je voulais retourner à Baidoa […] je me suis finalement retrouvé à Dadaab. »

Un garçon non accompagné de 10 ans originaire de Dobley sur la frontière entre la Somalie et le Kenya a expliqué comment il avait été séparé de sa mère en novembre 2009 durant des affrontements dans la ville entre Hizbul Islam et Al Shabab :

« J ' ai été séparé de ma mère il y a quelques mois à cause de la guerre. Hizbul Islam a attaqué Al Shabab à Dobley. J ' étais au marché et ma mère était à la maison. Le marché n ' est pas loin de chez moi. J ' étais au marché avec des amis au moment de l ' attaque. Ma mère m ' avait envoyé au marché pour acheter de la nourriture. L ' attaque a commencé au marché. J ' ai couru jusqu ' à la maison mais quand je suis arrivé il n ' y avait personne. Ma mère avait fui pendant cette attaque. J ' ai pris mes vêtements et je suis parti alors que l ' attaque continuait. »

Une femme qui a perdu l'un de ses cinq enfants alors qu'elle fuyait les combats qui opposaient Al Shabab et Hizbul Islam à Afmadow en novembre 2009 a affirmé :

« Les affrontements entre Al Shabab et Hizbul Islam se déroulaient dans des zones d ' habitation. Ils utilisent des fusils d ' assaut AK47, entre autres. Il n ' y a pas eu de tirs de mortier à Afmadow. L ' enfant que j ' ai perdu est parti dans une autre direction que moi au moment où les combats ont éclaté. Il n ' a que neuf ans. »

Une autre femme qui a fui Mogadiscio en mars 2010 a déclaré :

« J ' ai trois enfants ici avec moi qui ont 17, 14 et 12  ans . J ' ai perdu trois enfants, une fille de 16  ans , deux garçons de 13 et 15  ans , et aussi mon mari. J ' habitais à Karan, dans l ' est de Mogadiscio. Cette partie de la ville est contrôlée par Al Shabab depuis quelques mois, elle était contrôlée auparavant par le gouvernement. Mon père et ma mère ont été tués et j ' ai été séparée de mon mari en mars 2010. Beaucoup de gens, dont mes parents, sont morts à la suite d ' un tir d ' obus de mortier à la fin de décembre 2009. Mon fils aîné a été blessé à la cuisse. Nous avons pris la fuite dans la précipitation parce que nous avions entendu le bruit des mortiers, il fallait donc courir. J ' ai couru avec ces trois enfants et mon mari avec les trois autres, et d ' une façon ou d ' une autre nous avons été séparés. »

Un autre adolescent de 15 ans, qui a quitté la Somalie en avril 2010, a raconté comment son père avait été enlevé par Al Shabab. Il ignore ce qu'il est devenu et est également sans nouvelles de sa mère :

« Mon père a été emmené par Al Shabab. Ma mère qui est partie à sa recherche a également disparu. Ils avaient emmené mon père une première fois et nous avions entendu dire qu ' il avait été tué, mais il est revenu à la maison. Il était blessé. Nous avons appris qu ' ils le recherchaient et il a dû se cacher. Il a ensuite été emmené une deuxième fois, ou peut-être qu ' il se cache, nous n ' en savons rien. La première fois ce sont des membres d ' Al Shabab qui l ' ont emmené. Ils disaient qu ' il était un espion et ils voulaient le tuer. Ils ont mis un couteau sur sa tête en disant qu ' ils allaient l ' égorger. Il nous a dit qu ' au moment de son premier enlèvement ils lui avaient mis un couteau sur la tête, il avait fermé les yeux et ils l ' avaient frappé à coups de crosse. Quand il est revenu à la maison et qu ' il s ' est caché, des membres d ' Al Shabab sont venus chez nous et ils ont menacé ma mère et l ' un de ses frères. »

D'autres enfants ont été séparés de leurs parents parce qu'ils n'avaient pas assez d'argent pour payer le transport pour quitter la Somalie. Trois frères de 11, 12 et 14 ans, mineurs non accompagnés dans les camps de réfugiés de Dadaab, ont déclaré aux délégués de l'organisation :

« Nous avons un frère qui est encore en Somalie, à Kismaayo. Nous avons été séparés en venant au Kenya parce qu ' il n ' y avait pas de transport pour lui. C ' est pour cela que notre mère est repartie en Somalie. Notre père est mort il y a cinq ans, il a été touché par une balle perdue. Nous ne savons pas si notre mère reviendra un jour. »

Bien que le Croissant-Rouge somalien ait un programme de localisation et de réunification en Somalie en collaboration avec le CICR et d'autres organisations du Croissant-Rouge dans les pays voisins, le chaos provoqué par les combats, l'insécurité, l'absence de moyens de communication dans les régions rurales et le manque de coopération des parties au conflit entrave gravement la possibilité de retrouver des proches perdus.

Des enfants séparés de leurs parents trouvent une aide temporaire ou plus permanente auprès d'autres membres de leur famille ou de leur clan et de leurs voisins pour quitter la Somalie. Les mineurs non accompagnés qui arrivent jusqu'aux camps de réfugiés dans des pays voisins sont généralement placés dans des familles d'accueil à l'issue d'une procédure visant à déterminer leur intérêt supérieur. Le plus souvent, ces enfants risquent tout particulièrement d'être victimes d'exploitation, entre autres atteintes à leurs droits humains, même si le dispositif d'accueil est surveillé par le HCR et les organisations humanitaires présentes dans les camps de réfugiés. Ils risquent souvent de servir de domestiques et ont moins de chances d'aller à l'école. Un adolescent de 15 ans originaire du quartier de Yaqshid à Mogadiscio a expliqué les circonstances dans lesquelles il a été séparé de sa famille et a fui vers un camp de réfugiés :

« J'étais dehors en train de jouer au football . Des affrontements graves ont éclaté et quand je suis rentré chez moi il n ' y avait plus personne. C ' était un vendredi de janvier [2010]. Ils s ' affrontaient dans la rue. Il y avait des impacts de balle sur les murs de la maison. J ' ai vu beaucoup de gens qui s ' enfuyaient. Je leur ai demandé où était ma mère mais ils ne savaient pas et j ' ai couru avec eux. Je leur ai dit que je n ' avais nulle part où aller. Ces personnes allaient à Nairobi. Elle s m'ont dit que je devais rester au camp de réfugiés. Je vis avec une famille que je ne connaissais pas avant. Ils m ' aident. Je ne vais pas à l ' école, mais j ' aide des tailleurs dans le camp pour gagner un peu d ' argent. »

Les femmes et les filles qui vivent seules dans des camps de réfugiés et qui sont particulièrement vulnérables courent un risque accru d'être victimes de violences sexuelles. Une jeune femme a expliqué en 2009 aux délégués d'Amnesty International comment le fait d'être seule l'avait rendue plus vulnérable dans le camp où elle avait trouvé refuge :

« Comme j ' étais seule je ne pouvais pas obtenir ce dont j ' avais besoin pour faire la cuisine même si on me donnait de la nourriture. Les gens sortaient du camp pour ramasser du bois afin de faire cuire leur nourriture. Mais c ' est très dangereux pour une jeune femme comme moi. Je ne pouvais pas rester seule dans le camp. Je suis partie en ville où je travaille comme employée de maison dans une famille. Je n ' ai personne ni rien ici et je n ' ai pas l ' intention d ' aller ailleurs. On dirait que je suis bloquée ici.

Je ne mène pas la vie normale d ' une personne de mon âge. Je veux dire qu ' une femme de mon âge aurait fait des études et aurait une famille qui s ' occuperait d ' elle. Je vis avec une famille, on me donne à manger et j ' ai un endroit où dormir. J ' ai peur de ne pas trouver mieux si je quitte cette famille pour laquelle je travaille. »

Des enfants passent en courant à côté du cadavre d'un homme (janvier 2009).

© AP/PA Photo/Farah Abdi Warsameh

LE TRAUMATISME RÉSULTANT DU CONFLIT

Tous les réfugiés somaliens qui se sont entretenus avec les représentants d'Amnesty International ont connu la peur des combats incessants, la perte d'un proche ou d'un ami ou ont vu quelqu'un se faire torturer ou tuer. Les souffrances de la population sont exacerbées par le manque d'accès aux biens de première nécessité et l'absence d'espoir de pouvoir un jour quitter les camps de réfugiés. Selon le personnel médical d'organisations humanitaires travaillant dans les camps de réfugiés de Dadaab, les réfugiés somaliens souffrent souvent de ressentiment, de cauchemars, de syndrome de stress post-traumatique ou d'épilepsie ; les adolescents semblent tout particulièrement touchés. Certains présentent des troubles mentaux.

De nombreux enfants ont parlé aux délégués de l'organisation d'expériences traumatisantes liées au conflit armé et aux atteintes aux droits humains commises dans ce contexte.

Certains ont affirmé qu'ils avaient été traumatisés après avoir été contraints d'assister à des exécutions et des amputations auxquelles se livraient des membres d'Al Shabab « à titre de châtiment ». Deux frères de 15 et 11 ans qui ont fui Sakow (région du Bas-Juba) en avril 2010 ont décrit l'amputation d'un de leurs proches qui avait semble-t-il refusé de donner la moitié de sa récolte à des membres d'Al Shabab. L'un d'entre eux a déclaré :

« Al Shabab contrôle la ville depuis deux ans. La vie était très difficile. Ils punissent les gens sans raison. Ils se servent de fouets fabriqués avec des pneus. Ils veulent que tout le monde arrive à l ' heure à la mosquée. Nous devons payer des taxes à Al Shabab. Si on ne paie pas on est puni, ils peuvent vous couper la jambe ou le bras. C ' est arrivé à un de mes proches, ils lui ont coupé la main parce qu ' il avait refusé de leur verser la taxe sur sa récolte. Ils lui ont attaché les mains et l'ont emmené. Le lendemain ils l'ont ramené au centre du village et lui ont coupé la main droite avec des couteaux. La taxe représente plus de 50  % de la récolte. Ils traitent ceux qui refusent d ' obéir à leurs ordres de la même façon que ceux qui sont accusés de vol. »

Deux garçons de 10 et 12 ans, originaires de Sakow (région du Bas-Juba), ont raconté séparément aux délégués d'Amnesty International qu'ils avaient vu des habitants de leur village se faire torturer ou tuer en public. L'un d'eux a dit :

« Au début le gouvernement contrôlait [la zone] puis des membres d ' Al Shabab sont arrivés. La situation a fortement empiré. Ils plongeaient le bras des personnes dans l ' huile bouillante. Ils creusaient un trou, y mettaient quelqu ' un puis jetaient des pierres sur lui. J ' ai vu un homme dont les bras ont été plongés dans l ' huile bouillante. Il revenait de la mosqu é e avec des chaussures qui n ' étaient pas les siennes et il s ' est fait prendre – il a été accusé d ' avoir volé les chaussures de quelqu ' un d ' autre. Après l ' arrivée d ' Al Shabab il y a eu aussi des lapidations. Ils nous forçaient à y assister. Ils tuaient aussi des gens par balle ou ils les aspergeaient d ' huile bouillante. Il y avait aussi des amputations. Tout cela se déroulait en public. »

Un garçon de 14 ans originaire de Mogadiscio a affirmé avoir assisté à l'exécution d'un homme peu avant qu'il ne prenne la fuite en mars 2010 :

« J ' ai vu des membres d ' Al Shabab piller les biens d ' un homme et le tuer ensuite à cause d ' allégations mensongères. J ' ai assisté à son exécution ; ils l ' ont tué à coups de couteau. Ils avaient rassemblé tout le monde pour y assister. Cela arrive très souvent. Parfois on assiste à des amputations auxquelles se livrent les membres d ' Al Shabab. »

Un garçon de 14 ans originaire de Mogadiscio a déclaré :

« Je suis parti à cause de la torture et des homicides […] J ' ai vu un homme se faire tuer. Je ne sais pas pourquoi les membres d ' Al Shabab l ' ont tué. Il a été capturé au marché et emmené en dehors de la ville. Ils ont rassemblé tout le monde pour y assister. Cela s ' est passé à Mogadiscio. Il s l ' ont tué en lui tranchant la nuque avec un couteau en mai 2009. Je les ai aussi vus frapper quelqu ' un à coups de crosse avant de l ' abattre. Cela s ' est passé au cours du même mois. »

Un ancien enfant soldat a déclaré :

« Je ne me sens pas en sécurité. Je suis tendu. J ' ai des souvenirs fulgurants. J ' ai peur qu ' Al Shabab vienne ici aussi. Je veux un meilleur avenir, plus de sécurité, continuer mes études. Je vis dans la peur ici. »

Une femme de 30 ans a fui la Somalie en février 2010 parce que sa fille de deux ans était traumatisée par le bruit des tirs de mortier :

« Je vivais dans le quartier de Medina à Mogadiscio. J ' ai fui à cause de la guerre. Chaque fois que ma fille de deux ans et demi entend ait le bruit des obus elle se me t t ait à hurle r. Je ne pouvais pas rester. Mon quartier était sous contrôle gouvernemental. Les combats s ' étaient rapprochés de ma maison, elle n ' a pas été détruite mais celle de mon voisin l ' a été. »

D'autres enfants ont vu leurs parents se faire tuer en leur présence. Un garçon de 10 ans qui a fui Sakow (région du Bas-Juba) en avril 2010 a déclaré :

« Mes parents ont été tués dans les combats en avril 2010. Ma sœur a été violée. Ils sont venus chez nous et ils se sont battus dans l ' enceinte de la propriété. Il y avait des combats dans tout le village. J ' étais à la maison et je me suis sauvé avec mon frère. Nous avons vu nos parents se faire tuer et notre sœur être violée. »

Un étudiant de 17 ans a été témoin à son domicile de l'homicide de son père, commandant des forces du GFT à Mogadiscio :

« Notre père a été tué en notre présence, j ' étais là avec mes six demi-frères et sœurs plus jeunes. Cinq hommes, le v isage masqué, l ' ont abattu le 7  octobre 2009 chez nous dans le quartier de Waberi [à Mogadiscio]. Nous étions en train de manger, la porte ouverte. L ' attaque a eu lieu le soir. Comme il était le soutien de famille, nous avons tous dû fuir. Nous avions peur d ' être tués comme lui. »

Un autre adolescent de 17 ans originaire de Baidoa a raconté avoir assisté à l'homicide de son père dans des circonstances similaires :

« L a milice islamiste a tué mon père en janvier 2009. Il avait 60  ans et était un ancien soldat du GFT. Il dormait à la maison quand ils sont arrivés, ils l ' ont emmené dehors et ils l ' ont tué. Cela s ' es t passé le soir, vers 20  heures. Mon père a été pris pour cible parce qu ' il était du côté du GFT. Ces hommes étaient nos voisins, ils étaient quatre armés de pistolets. Ils lui ont dit : " On veut discuter avec toi mais dehors "  ; il a accepté et ils l ' ont abattu. Ils l ' avaient déjà menacé auparavant, mais il avait quitté le GFT au moment de sa mort. Ils pensaient qu ' il avait toujours des liens avec eux [le GFT]. Il a été tué juste après le départ des Éthiopiens. Ils [les tueurs] étaient des combattants d ' Al Shabab qui habitaient à Baidoa, mais personne ne le savait. Beaucoup de nos voisins qui travaillaient pour le GFT ont été tués . »

Il ne fait aucun doute que la durée et la violence du conflit armé en Somalie ont des conséquences graves pour la société somalienne dans son ensemble. Tous les effets psychosociaux du conflit sur la population somalienne n'ont pas encore été précisément évalués. Des études internationales sur la santé ont toutefois révélé qu'un conflit armé peut porter atteinte à long terme à la santé mentale et au bien-être psychosocial des populations affectées. Ces conséquences « peuvent constituer une menace pour la paix, les droits de l'homme et le développement  ». L'OMS estime qu'une personne sur trois souffre de troubles mentaux en Somalie et que l'insécurité et les traumatismes provoqués par la guerre sont des facteurs qui y contribuent . Des adultes sont également touchés.

Une femme qui a perdu cinq enfants à la suite de l'explosion d'un obus de mortier sur sa maison a déclaré :

«  J ' ai l ' esprit ailleurs à cause de la peur que j ' ai eue en Somalie. Ici il n ' y a aucune prise en charge des personnes traumatisées. Ce serait bien de recevoir des conseils pour savoir comment oublier la douleur. Je parle toute seule. Il y avait de la chair partout, nous avons dû rassembler leurs restes dans des sacs pour les enterrer. »

Une femme quadragénaire a déclaré en mars 2009 à Amnesty International :

« Je suis originaire du village de Suqahola, à Mogadiscio. J ' ai fui vers les camps de réfugiés en décembre 2008. J ' ai décidé de quitter la Somalie parce que mon mari et mes voisins avaient été tués dans les combats. C ' était un mercredi matin. Mon mari, qui était chauffeur de matatu [autobus], se rendait au travail. Au moment où il a mis le contact, une bombe est tombée sur le quartier ; il a été tué ainsi que six autres habitants de l ' immeuble. J ' avais 13 enfants avec moi. Quand la bombe a explosé j ' ai essayé d ' aider mon mari qui était blessé, mais les voisins m ' ont dit qu ' une autre bombe allait tomber. Je suis donc retournée chez moi, mais quand je suis arrivée aucun des enfants, sauf un, n ' était là. C ' est le seul enfant qui est venu avec moi au camp. Il a 14  ans . Je suis sans nouvelles de mes autres enfants. Ils sont âgés de neuf à 20  ans . Je ne dors pas bien et je rêve d ' eux. Je ne sais même pas si les enfants se sont enfuis ensemble. »

Dans certaines régions, une aide est apportée aux personnes traumatisées par le conflit en Somalie, mais elle est très limitée . Dans les camps où les délégués de l'organisation se sont rendus pour s'entretenir avec des réfugiés somaliens, la prise en charge psychosociale des personnes en détresse était soit limitée soit inexistante. Dans les camps de Dadaab qui accueillent plus de 350 000 réfugiés, des Somaliens pour la plupart, il n'y avait en 2010 qu'un seul pédopsychiatre pour les trois camps. Aucun programme spécifique n'avait été mis en place pour répondre aux besoins psychosociaux des anciens combattants, et tout particulièrement des enfants qui avaient rejoint des groupes armés et qui sont plus susceptibles d'avoir subi un traumatisme. À l'absence de services d'aide psychosociale et de conseil dans les camps viennent s'ajouter des attitudes socioculturelles de rejet envers les personnes souffrant de troubles mentaux. Celles-ci sont souvent frappées d'ostracisme, insultées et enchaînées. Par conséquent, peu de réfugiés somaliens sollicitent une aide quand ils sont en désarroi par peur d'être qualifiés de malades mentaux par leur entourage.

L'ABSENCE D'ÉDUCATION ET DE MOYENS D'EXISTENCE : UNE GÉNÉRATION PERDUE

Un garçon de 15 ans originaire de Mogadiscio a déclaré à Amnesty International :

Les principales difficultés auxquelles les enfants sont confrontés sont premièrement l ' absence de liberté – on n ' a pas le droit de se rassembler à deux ou trois sous peine d ' être punis   ; deuxièmement la peur ; troisièmement le fait qu ' Al Shabab contrôle les écoles, les enfants ne vont plus à l ' école ; et quatrièmement il n ' y a pas de travail, les enfants sont oisifs et ils n ' ont rien à faire. Cela les amène à faire des choses indésirabl es. »

Des enfants font la course devant la section des nouveaux arrivants au camp d'Ifo à Dadaab, au Kenya (décembre 2008).

© HCR/E. Hockstein

Deux décennies de conflit armé ont eu des effets néfastes sur le système éducatif et les infrastructures dans le sud et le centre de la Somalie qui sont exacerbés par les attaques aveugles qui affectent l'accès à l'éducation et par les attaques ciblées contre des élèves, des enseignants et des écoles ainsi que nous l'exposons dans le présent document. Le conflit armé en Somalie empêche toute une génération d'enfants de recevoir une éducation et des compétences qui leur permettraient d'avoir des moyens d'existence durables. Des études internationales ont également souligné les conséquences à long terme de l'absence d'éducation dans les pays en proie à un conflit : les inégalités au niveau national et la pauvreté ont toutes les chances d'être aggravées et l'absence d'éducation et de possibilités d'emploi risquent d'alimenter le conflit armé et de menacer les perspectives de paix . En Somalie des enfants qui n'avaient pas été scolarisés et n'avaient pas de moyens de subsistance auraient rejoint des groupes armés pour subvenir à leurs besoins ; d'autres qui ont grandi dans un environnement violent sont pris dans l'engrenage de la violence . L'absence d'éducation pour la grande majorité des enfants et des jeunes somaliens pèsera lourdement sur l'avenir du sud et du centre du pays.

En dépit de ces conséquences à long terme, l'éducation reste un secteur de l'aide humanitaire à la Somalie insuffisamment financé. Selon l'OCHA, en janvier 2011, le secteur de l'éducation recevait 40 % de son financement nécessaire aux termes de l'Appel humanitaire inter-agences/Consolidated Appeal Process de 2010 ; les programmes de protection ne recevaient que 17 % du financement nécessaire .

Dans les camps de réfugiés de Dadaab, plusieurs enfants ont déclaré aux délégués d'Amnesty International que l'une des raisons pour lesquelles leurs parents les avaient envoyés dans les camps était l'accès à l'éducation. Les camps de Dadaab ont 19 écoles primaires et six écoles secondaires ainsi que plusieurs écoles primaires privées et d'autres financées par la communauté. Des employés d'organisations humanitaires ont affirmé que tous les enfants qui souhaitaient être scolarisés étaient admis en dépit des pressions sur les infrastructures scolaires résultant de l'afflux croissant de réfugiés dans les camps surpeuplés. Le taux de fréquentation scolaire dans les camps de Dadaab serait de 43 % pour les écoles primaires et de 12 % pour les écoles secondaires . Selon des employés d'organisations humanitaires à Dadaab, les enfants qui ne sont pas scolarisés sont essentiellement ceux qui sont arrivés récemment au Kenya et les mineurs non accompagnés. Plusieurs enfants ont dit aux représentants d'Amnesty International qu'ils avaient été renvoyés de l'école parce qu'ils ne portaient pas d'uniforme, une dépense que beaucoup n'ont pas les moyens de faire ; des employés d'organisations humanitaires ont toutefois souligné que l'uniforme n'était pas obligatoire et que toutes les écoles étaient tenues d'accepter les enfants qui n'avaient pas les moyens d'acheter un uniforme.

Ils ont ajouté que les enfants et les adolescents arrivés récemment à Dadaab rencontrent souvent des difficultés pour intégrer le système scolaire des camps qui suit le programme kenyan. Ceux qui n'ont jamais été scolarisés en Somalie doivent commencer dans une classe inférieure à celle correspondant à leur âge. Des adolescents fréquentent souvent les dernières classes de l'école primaire. La plupart des enfants qui entrent à l'école secondaire ont vécu toute leur vie dans les camps et les filles qui s'inscrivent et fréquentent l'école sont pour la plupart nées dans les camps. Des employés d'organisations humanitaires ont déclaré avoir constaté des évolutions positives parmi les réfugiés de longue date à propos du droit des filles à l'éducation. Ils ont également fait observer que les enfants arrivés récemment de Somalie ont plus de mal à accepter la discipline et l'autorité que ceux qui vivent depuis des années dans les camps.

Une organisation gère également des programmes éducatifs pour les jeunes des camps de Dadaab qui ont pour objectif de donner des compétences aux adolescents et jeunes adultes qui ont été peu, voire pas, scolarisés afin qu'ils puissent apprendre un métier. Toutefois, seuls quelques centaines de réfugiés vulnérables peuvent s'inscrire chaque année dans ces programmes. Qui plus est, il y a très peu de possibilités d'emploi dans les camps de Dadaab et les réfugiés ne sont pas autorisés à en sortir. Les adolescents et les jeunes adultes qui terminent avec succès leurs études secondaires à Dadaab ont du mal à trouver un emploi : aux termes de la législation kenyane sur le droit au travail des réfugiés ceux qui travaillent pour des organisations humanitaires dans les camps ne peuvent pas recevoir un salaire, mais seulement des « gratifications » .

9. DROIT ET NORMES INTERNATIONAUX

Plusieurs dispositifs du droit international sont applicables au conflit en Somalie.

LE DROIT INTERNATIONAL HUMANITAIRE

Le conflit dans le sud et le centre de la Somalie est défini comme un conflit armé ne présentant pas un caractère international, c'est-à-dire un conflit armé se déroulant sur le territoire d'un seul État et opposant un ou plusieurs groupes armés au gouvernement en place. La Somalie est partie aux Conventions de Genève de 1949 et toutes les parties au conflit sont tenues d'appliquer, au minimum, l'article 3 commun aux quatre Conventions de Genève. En outre, des règles du droit international coutumier, tout particulièrement celles relatives à la conduite des hostilités, énoncées dans des traités comme les Protocoles additionnels I et II aux Conventions de Genève, s'appliquent au comportement de toutes les parties au conflit armé en Somalie .

Les civils sont définis par le droit international humanitaire comme ceux qui ne sont pas des combattants. Dans le cadre du conflit armé en Somalie ne présentant pas un caractère international, Amnesty International utilise le terme « civils » pour définir les personnes qui ne participent pas directement aux hostilités. L'article 3 commun aux Conventions de Genève dispose que les personnes qui ne participent pas directement aux hostilités, y compris les membres des forces armées qui ont déposé les armes, « seront, en toutes circonstances, traitées avec humanité ». Il énonce le devoir de prendre soin des blessés et des malades et prohibe, entre autres, les homicides, les actes de torture, les traitements humiliants et dégradants, les crimes sexuels tels que le viol, les exécutions extrajudiciaires et les prises d'otages.

Le droit international humanitaire impose à toutes les parties au conflit l'obligation de faire la distinction entre les civils et les combattants . Les attaques ne doivent pas être dirigées contre des civils ni contre des biens de caractère civil – définis par le droit international humanitaire comme les biens qui ne sont pas des objectifs militaires – à savoir, dans la plupart des cas, les habitations, les écoles, les lieux de culte et les hôpitaux .

Les attaques menées sans discernement qui ne font pas la distinction entre des objectifs militaires et des civils ou des biens de caractère civil sont également prohibées de même que les attaques disproportionnées causant des pertes en vies humaines dans la population civile, des blessures aux personnes civiles, des dommages aux biens de caractère civil, ou une combinaison de ces pertes et dommages qui seraient excessifs par rapport à l'avantage militaire concret et direct attendu. Toutes les parties au conflit sont tenues de « veiller constamment à épargner la population civile, les personnes civiles et les biens de caractère civil ». Toutes les précautions pratiquement possibles doivent être prises en vue d'éviter et, en tout cas, de réduire au minimum les pertes en vies humaines dans la population civile et les blessures aux personnes civiles qui pourraient être causées incidemment. Les parties au conflit doivent faire tout ce qui est pratiquement possible pour vérifier que les objectifs à attaquer sont des objectifs militaires et non des civils ou des biens de caractère civil ; elles doivent, dans la mesure du possible, donner un avertissement en temps utile dans le cas d'attaques pouvant affecter la population civile, annuler ou suspendre une attaque lorsque l'on peut attendre qu'elle cause incidemment des pertes en vies humaines dans la population civile, des blessures aux personnes civiles, des dommages aux biens de caractère civil, ou une combinaison de ces pertes et dommages qui seraient excessifs par rapport à l'avantage militaire direct attendu. Les parties à un conflit doivent en outre prendre toutes les précautions nécessaires pour protéger contre les dangers résultant des opérations militaires la population civile soumise à leur autorité, notamment en éloignant du voisinage des objectifs militaires ladite population civile et en évitant de placer des objectifs militaires à l'intérieur ou à proximité des zones fortement peuplées .

Aux termes du droit international humanitaire coutumier, « [l]es enfants touchés par les conflits armés ont droit à un respect et à une protection particuliers » (règle 135).

L'article 4(3) du Protocole II additionnel aux quatre Conventions de Genève qui traite des conflits armés ne présentant pas un caractère international réaffirme également les obligations de toutes les parties à un conflit armé d'apporter aux enfants les soins et l'aide dont ils ont besoin, et notamment :

« a) ils devront recevoir une éducation, y compris une éducation religieuse et morale, telle que la désirent leurs parents ou, en l'absence de parents, les personnes qui en ont la garde ; b) toutes les mesures appropriées seront prises pour faciliter le regroupement des familles momentanément séparées ; c) les enfants de moins de quinze ans ne devront pas être recrutés dans les forces ou groupes armés, ni autorisés à prendre part aux hostilités ; d) la protection spéciale prévue par le présent article pour les enfants de moins de quinze ans leur restera applicable s'ils prennent directement part aux hostilités en dépit des dispositions de l'alinéa c et sont capturés ; e) des mesures seront prises, si nécessaire et, chaque fois que ce sera possible, avec le consentement des parents ou des personnes qui en ont la garde à titre principal en vertu de la loi ou de la coutume, pour évacuer temporairement les enfants du secteur où des hostilités ont lieu vers un secteur plus sûr du pays, et pour les faire accompagner par des personnes responsables de leur sécurité et de leur bien-être. »

Le droit international humanitaire coutumier prohibe les enlèvements ainsi que la privation forcée ou arbitraire de liberté sous la forme utilisée par les groupes armés en Somalie pour recruter de force des enfants, des jeunes hommes, des femmes et des filles.

L'article 3 commun aux quatre Conventions de Genève interdit les condamnations prononcées et les exécutions effectuées sans jugement préalable, rendu par un tribunal régulièrement constitué, assorti des garanties judiciaires reconnues comme indispensables.

LA LÉGISLATION EN MATIÈRE DE DROITS HUMAINS

Le droit international relatif aux droits humains, y compris les droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux, qui s'applique aussi bien en temps de paix que durant un conflit armé est juridiquement contraignant pour les États et leurs forces armées, entre autres agents étatiques. Certains de ces droits – mais pas la totalité – peuvent être modifiés dans leur application, ou faire l'objet de « dérogations », voire être restreints en cas de conflit armé, mais uniquement dans la mesure strictement requise par les exigences d'une situation particulière et sans discrimination. Le droit international relatif aux droits humains énonce le droit des victimes de violations graves des droits humains à un recours, notamment à obtenir justice, à connaître la vérité et à recevoir des réparations.

La Somalie est partie à un certain nombre de traités internationaux, dont le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (la Convention contre la torture), la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples (la Charte africaine) et la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale.

L'article 6 du PIDCP et l'article 4 de la Charte africaine font obligation aux États parties de garantir le droit à la vie de toutes les personnes relevant de leur autorité. La Convention contre la torture, l'article 7 du PIDCP et l'article 5 de la Charte africaine prohibent totalement la torture et toute autre forme de traitement cruel, inhumain ou dégradant. La torture est un crime au regard du droit international et les États ont l'obligation de traduire en justice toute personne qui en aurait violé la prohibition. Le PIDCP et la Charte africaine consacrent également le droit de tous les individus à la liberté, à un procès équitable, à la liberté d'expression, de religion, d'association et de réunion pacifique ainsi qu'à l'égalité de traitement devant la loi.

La Somalie est tenue de respecter le droit à l'éducation énoncé aux articles 13 et 14 du PIDESC, à l'article 5 de la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination et à l'article 17 de la Charte africaine. Le droit à l'éducation s'applique à tous, y compris les personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays. Les États doivent, en priorité, rendre l'enseignement primaire gratuit et obligatoire. Les États qui n'ont pas été en mesure de garantir l'accès à l'enseignement primaire gratuit et obligatoire doivent « établir et adopter […] un plan détaillé des mesures nécessaires pour réaliser progressivement, dans un nombre raisonnable d'années […] la pleine application du principe de l'enseignement primaire obligatoire et gratuit pour tous » . Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels a fait observer que lorsqu'un État manque de ressources financières ou des compétences nécessaires pour établir et adopter un plan détaillé, la communauté internationale avait « indéniablement l'obligation de l'aider » .

Par ailleurs, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté des résolutions importantes sur la protection et la sécurité des enfants affectés par un conflit armé. La Somalie est tenue de respecter ces résolutions et de les appliquer :

Dans la résolution 1261 (1999), le Conseil de sécurité s'est déclaré vivement préoccupé par « l'étendue et la gravité des dommages causés par les conflits armés aux enfants, de même que par les conséquences qui en résultent à long terme pour la paix, la sécurité et le développement durables » et il a condamné fermement le recrutement et l'utilisation d'enfants dans les conflits armés.

La résolution 1314 (2000) demandait à la communauté internationale de prendre des dispositions pour assurer la protection des droits des enfants dans les situations de conflit armé.

La résolution 1460 (2003) appelait toutes les parties à un conflit armé à cesser immédiatement de recruter et d'utiliser des enfants et à respecter les normes internationales relatives aux droits et à la protection des enfants dans les conflits armés.

Les résolutions 1612 et 1882, adoptées respectivement en 2005 et en 2009, ont mis en place des mécanismes de surveillance et de communication de l'information sur les droits des enfants dans les conflits armés. La résolution 1882 condamnait le recrutement et l'emploi d'enfants par des parties à un conflit armé ainsi que leur re-recrutement, le meurtre et les mutilations d'enfants, les viols et autres formes de violence sexuelle dont ils sont victimes, les enlèvements, les attaques contre des écoles et des hôpitaux et le refus d'accès humanitaire par les parties au conflit.

La Charte fédérale de transition de février 2004 contient également un certain nombre de dispositions relatives aux droits humains que le GFT s'est engagé à respecter. Citons le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne, le droit à un procès équitable et à l'égalité devant la loi, le droit à la liberté de réunion et d'association, à la liberté d'information et des médias, et le droit à l'éducation, à la protection de la famille et au bien-être social. L'article 26(d) et (e) du chapitre IV de la Charte dispose :

« d) le travail forcé et le service militaire pour les enfants de moins de 18 ans ne sont pas autorisés. e) conformément à la loi, aucun enfant de moins de 18 ans ne sera incarcéré dans la même prison que des adultes et/ou détenu avec eux. »

L'article 22 de la Charte africaine exige des États parties qu'ils « prennent toutes les mesures nécessaires pour veiller à ce qu'aucun enfant ne prenne directement part aux hostilités et en particulier à ce qu'aucun enfant ne soit enrôlé sous les drapeaux ». L'obligation des États de protéger les enfants déplacés à l'intérieur de leur propre pays contre l'enrôlement ou la participation aux hostilités est réaffirmée dans les Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l'intérieur de leur propre pays ainsi que dans la Convention de l'Union africaine sur la protection et l'assistance aux personnes déplacées en Afrique (Convention de Kampala), adoptée par le sommet spécial de l'Union africaine qui s'est tenu à Kampala (Ouganda) du 19 au 23 octobre 2009 et auquel le GFT a assisté .

En outre, le GFT a pris des engagements importants en matière de droits humains, et tout particulièrement les droits des enfants, dernièrement dans le contexte de l'Examen périodique universel du Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Le GFT s'est engagé à ratifier sans délai la Convention relative aux droits de l'enfant – qu'il a signée en 2002 – le Protocole facultatif concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés – signé en 2005 – et la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW). Le GFT s'est également engagé à mettre un terme au recrutement d'enfants soldats en Somalie et à œuvrer avec les Nations unies par l'intermédiaire d'un coordonnateur du GFT en vue de signer un plan d'action visant à garantir et à vérifier la libération des enfants soldats.

DROIT PÉNAL INTERNATIONAL

Le droit pénal international établit la responsabilité pénale individuelle pour certaines violations et atteintes au droit international humanitaire et relatif aux droits humains, comme les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et le crime de génocide, ainsi que la torture, les exécutions extrajudiciaires et la disparition forcée.

Les violations graves du droit international humanitaire, à savoir l'homicide intentionnel, les actes de torture entre autres formes de mauvais traitements, les attaques lancées directement contre des civils et les attaques menées sans discernement ou disproportionnées, peuvent constituer des crimes de guerre. Le recrutement d'enfants de moins de 15 ans est un crime de guerre selon le Statut de Rome de la CPI. Le droit international humanitaire exige que les responsables de tels actes soient traduits en justice.

Des individus peuvent être tenus pour responsables s'ils ont tenté de commettre, commis, planifié ou encouragé la commission d'un crime de guerre. La responsabilité pour des crimes de guerre peut incomber à des chefs militaires ou à des responsables non combattants selon le principe de la responsabilité des supérieurs hiérarchiques lorsqu'ils savaient ou auraient dû savoir que leurs subordonnés commettaient ces crimes et qu'ils n'ont pas pris toutes les mesures nécessaires pour en empêcher ou en réprimer l'exécution.

10. CONCLUSION

« Ce dont les enfants ont le plus besoin, c ' est l ' éducation et la sécurité. La population somalienne dans son ensemble a aussi besoin d ' un cessez-le-feu, de paix et d ' éducation. Les jeunes n ' ont reçu aucune éducation et ils ne savent pas ce qu ' ils font. Stoppez le flux d ' armes à destination de la Somalie car elles servent à tuer et alimentent les combats. »

Une Somalienne de 18 ans

Le sort des enfants et des jeunes adultes somaliens ne peut s'améliorer que par un effort concerté de toutes les parties au conflit et de la communauté internationale pour faire des droits humains une priorité. Des enfants et des familles ont expliqué aux délégués d'Amnesty International comment des atteintes horribles et incessantes aux droits humains avaient brisé leur vie. Leurs témoignages ne laissent pas de doute sur le fait que des crimes de guerre ont été commis, et continuent de l'être, dans le sud et le centre de la Somalie. Les parties au conflit sont les principaux responsables de ces crimes et elles doivent rendre compte de leurs actes, mais la communauté internationale n'a pratiquement rien fait pour remédier à la situation catastrophique des droits humains en Somalie tout en investissant des moyens dans d'autres domaines, comme la lutte contre le terrorisme et la piraterie.

Les témoignages de réfugiés somaliens reproduits dans le présent rapport indiquent que des groupes islamistes armés sont responsables d'une grande partie des atteintes aux droits humains et des crimes de guerre qui sont commis dans le sud et le centre de la Somalie. Le Conseil de sécurité des Nations unies a imposé en 2010 des sanctions ciblées visant les chefs des groupes armés somaliens Al Shabab et Hizbul Islam au motif qu'ils représentent une menace pour la paix et la sécurité en Somalie et qu'ils entravent l'acheminement de l'aide humanitaire ou l'interdisent . Le Conseil de sécurité doit également veiller à ce que les chefs des groupes armés somaliens aient à rendre compte des crimes de guerre, entre autres atteintes graves aux droits humains des civils, dont ils sont responsables, y compris le recrutement et l'utilisation systématiques d'enfants dans le conflit armé.

De nombreux Somaliens accusent la communauté internationale de complaisance envers le GFT, qu'elle soutient politiquement et financièrement malgré les éléments qui démontrent que les troupes du GFT et les forces armées progouvernementales commettent des violations graves des droits humains. Les violations perpétrées entre 2007 et 2009 par les forces éthiopiennes et celles du GFT ont également contribué à alimenter le soutien aux groupes armés d'opposition. Bien que le Conseil de sécurité et les pays donateurs aient récemment menacé de retirer leur soutien au GFT parce qu'il n'a réalisé aucun progrès dans l'accomplissement des tâches prévues pour la période de transition et le processus de Djibouti, ils n'ont pas conditionné leur soutien à des critères clairs de progrès en matière de droits humains, notamment en ce qui concerne les droits des enfants. Les institutions fédérales de transition ont été prorogées jusqu'en août 2011. La communauté internationale doit faire savoir clairement qu'elle attend la mise en œuvre sans délai des engagements en matière de droits humains pris par le GFT lors de l'Examen périodique universel en mai 2011, ainsi que de la promesse de signature et de mise en application d'un plan d'action en coordination avec l'ONU pour mettre un terme aux homicides et mutilations d'enfants et garantir et vérifier la libération des enfants soldats.

Amnesty International reconnaît que le manque d'accès à de vastes zones du sud et du centre de la Somalie et les difficultés rencontrées pour surveiller la situation des droits humains et en rendre compte sont des obstacles pour obliger les parties au conflit à rendre compte de leurs agissements. Pour surmonter ces obstacles il faut améliorer le recueil d'informations sur les atteintes aux droits humains et leur diffusion et mettre en place des mécanismes garantissant que les responsables présumés rendent des comptes. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH) doit renforcer ses moyens pour surveiller la situation des droits humains en Somalie et en rendre compte publiquement, notamment en déployant, dans la mesure du possible, un personnel suffisant dans les camps de personnes déplacées en Somalie et dans les camps de réfugiés dans les pays voisins.

La communauté internationale doit également soutenir fermement la mise en place d'une commission indépendante et impartiale, ou d'un mécanisme similaire, chargée d'enquêter et de recenser les violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains perpétrées en Somalie et de recommander des mesures en vue de garantir le respect de l'obligation de rendre des comptes. Étant donné l'incapacité de la Somalie de se charger de cette tâche et la reconnaissance par la communauté internationale du fait que l'amélioration des mécanismes de responsabilisation pour les atteintes graves aux droits humains contribue à la protection des civils, celle-ci doit mettre en place un tel mécanisme sans délai et montrer ainsi à la population somalienne qu'elle la soutient et qu'elle agit pour la protéger. Le HCDH étudiait la faisabilité d'un recueil d'informations en vue de recenser les crimes graves commis en Somalie. Le secrétaire général des Nations unies a déclaré, en septembre 2010, qu'il appuyait « la proposition de rassembler des informations sur les violations les plus graves qui auront été commises », ajoutant : « Il s'agit là d'une étape essentielle dans la lutte contre l'impunité et pour la création de mécanismes de justice et de réconciliation . » Aucune initiative ne semble toutefois avoir été prise dans ce sens.

La communauté internationale doit également prendre des mesures concrètes au vu des informations déjà disponibles à propos de la situation des droits humains en Somalie. Un expert indépendant sur la situation des droits humains en Somalie adresse régulièrement des rapports au Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Le Conseil de sécurité reçoit également des informations sur les violations de l'embargo sur les armes à destination de la Somalie par l'intermédiaire du Groupe de contrôle de l'ONU et sur les violations des droits des enfants dans le cadre du conflit armé par l'intermédiaire de la représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés. Pourtant, bien que le GFT figure depuis 2005 sur la liste annuelle dont dispose le secrétaire général de l'ONU des parties qui tuent ou mutilent des enfants et recrutent ou utilisent des enfants dans les forces armées, le Conseil de sécurité continue d'autoriser les transferts d'armes et de munitions destinées au GFT.

Les enfants et les jeunes adultes somaliens ne cessent de réclamer l'accès à l'éducation. La communauté internationale doit augmenter son aide technique et financière afin que les enfants somaliens puissent concrètement bénéficier du droit à l'éducation partout où cela est possible, y compris dans les camps de personnes déplacées en Somalie et dans les camps de réfugiés dans les pays voisins. Il ne sera toutefois possible d'améliorer l'accès à l'éducation dans les zones en proie au conflit où l'acheminement de l'aide humanitaire est entravé que si des efforts plus soutenus sont déployés pour améliorer la protection des civils. Dans ce domaine, il faut agir contre les attaques aveugles et celles qui visent directement des écoliers et leur famille, des enseignants et des établissements d'enseignement.

11. RECOMMANDATIONS

Au gouvernement fédéral de transition (GFT)

Donner publiquement à toutes les forces relevant du GFT ainsi qu'à toutes les milices et forces qui lui sont affiliées des instructions claires interdisant les attaques illégales, notamment les attaques contre des civils, les attaques menées sans qu'on cherche à faire la distinction entre objectifs militaires et personnes ou biens de caractère civil, y compris les écoles et les infrastructures médicales, et les attaques qui visent un objectif militaire mais ont un impact excessif sur les personnes ou les biens de caractère civil ;

prendre toutes les précautions possibles au cours des attaques, et en prévision des effets des attaques, pour protéger les civils, notamment en les prévenant des opérations militaires imminentes à moins que les circonstances ne le permettent pas ; éviter dans la mesure du possible d'installer des bases militaires, entre autres objectifs militaires, dans des zones civiles à forte densité de population ou à proximité, et mettre un terme aux tirs aveugles d'obus de mortier et d'autres matériels d'artillerie dans des zones civiles à forte densité de population ;

donner publiquement aux forces relevant du GFT ainsi qu'à toutes les milices et forces qui lui sont affiliées des instructions claires prohibant le recrutement ou l'utilisation de personnes âgées de moins de 18 ans ainsi que toutes les exécutions extrajudiciaires, les arrestations et détentions arbitraires, le viol et les autres formes de violence sexuelle ;

contrôler systématiquement toutes les unités du GFT afin de vérifier que des enfants n'en font pas partie, et veiller à en retirer les enfants en collaboration avec les agences de l'ONU chargées de la protection de l'enfant ;

mettre en place des procédures efficaces de sélection de manière à garantir que les personnes de moins de 18 ans ne soient pas recrutées dans les forces du GFT ni dans les milices et forces qui lui sont alliées, notamment en diffusant des directives concernant la vérification de l'âge, en indiquant aux recruteurs qu'en cas de doute sur l'âge d'un individu celui-ci ne doit pas être recruté, en veillant à ce que l'âge minimum pour le recrutement soit strictement respecté, et en donnant à des observateurs indépendants accès aux bases militaires afin d'empêcher tout recrutement de personnes de moins de 18 ans et de détecter une telle pratique ;

appeler les milices affiliées au GFT à libérer les enfants servant dans leurs forces à titre de condition préalable pour l'incorporation dans d'éventuels programmes futurs d'intégration dans l'armée ou la police ;

coopérer sans réserve avec les organisations somaliennes et internationales spécialisées dans les droits des enfants en vue d'élaborer, de signer et d'appliquer un plan d'action avec l'ONU afin de mettre un terme aux homicides et mutilations d'enfants par les forces du GFT et celles qui lui sont alliées et de garantir et vérifier la libération des enfants soldats. Ce plan d'action doit permettre l'identification et la libération de tous les enfants qui pourraient être liés aux forces de sécurité du GFT, aux milices qui lui sont alliées et à d'autres forces progouvernementales, ainsi que la protection, le désarmement, la démobilisation et la réinsertion de tous les enfants utilisés par des groupes armés d'opposition qui font défection ou qui sont capturés ;

veiller à ce que les combattants, et tout particulièrement les enfants, capturés ou qui ont fait défection de groupes armés d'opposition et sont détenus par les forces du GFT ou des forces qui le soutiennent soient traités humainement et reçoivent les soins, la protection et l'aide dont ils ont besoin, et à ce qu'ils puissent rencontrer des observateurs indépendants ; en particulier, les enfants ne doivent être détenus qu'en tout dernier ressort et pour la durée la plus courte possible, et pendant leur incarcération ils ne doivent pas être détenus avec des adultes et ils doivent recevoir une protection et des soins particuliers ;

mettre en place des procédures impartiales de vérification de manière à garantir que les personnes qui peuvent raisonnablement être soupçonnées de violations du droit international humanitaire ou relatif aux droits humains soient suspendues ou ne soient pas recrutées dans les forces de sécurité et que les individus qui font défection des groupes armés d'opposition ne bénéficient pas d'une amnistie s'ils peuvent être raisonnablement soupçonnés de participation à des crimes de guerre, entre autres atteintes aux droits humains, en attendant les conclusions d'investigations indépendantes et impartiales ; solliciter une aide internationale sur les normes et les bonnes pratiques pour la mise en place de ces procédures de contrôle et de vérification ;

ouvrir sans délai des enquêtes efficaces et impartiales sur toutes les violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains, y compris les meurtres, les attaques illégales, le recrutement ou l'utilisation d'enfants dans les forces et les groupes armés, les exécutions extrajudiciaires, le viol et le mariage forcé, et traduire en justice les responsables dans le cadre de procès équitables excluant la peine de mort ;

veiller à ce que les victimes de violations des droits humains, ou leurs proches, puissent obtenir de véritables réparations, avec restitution, indemnisation, réadaptation et réhabilitation, ainsi que des garanties de non-répétition ;

demander à l'ONU d'instaurer une commission indépendante et impartiale, ou un mécanisme similaire, chargée d'enquêter et de recenser les violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains perpétrées en Somalie et de recommander des mesures en vue de garantir le respect de l'obligation de rendre des comptes ;

ratifier sans délai la Convention de l'ONU relative aux droits de l'enfant, ses protocoles facultatifs concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés et la vente d'enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants, la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes et le Statut de Rome de la Cour pénale internationale ;

adopter des mesures législatives prohibant le recrutement et l'utilisation dans des combats de personnes âgées de moins de 18 ans et ériger cette pratique en infraction pénale ;

prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir l'acheminement de l'aide humanitaire en fonction des besoins et pour faire en sorte qu'elle parvienne, sans entrave, aux civils les plus vulnérables de Somalie, notamment aux personnes déplacées qui se trouvent à Mogadiscio et dans ses environs.

Aux forces du GFT et aux milices qui leur sont alliées

Déclarer publiquement qu'elles respecteront le droit international humanitaire et relatif aux droits humains, y compris l'interdiction des attaques illégales, du recrutement et de l'utilisation d'enfants dans les forces armées, et des exécutions extrajudiciaires, entre autres atteintes aux droits humains ;

donner publiquement des instructions claires aux commandants des troupes et aux soldats indiquant que le recrutement et l'utilisation d'enfants dans les forces armées ne seront pas tolérés et que tous les enfants servant dans leurs troupes doivent être libérés.

Aux groupes armés islamistes opposés au GFT, et tout particulièrement aux factions d ' Al Shabab :

Mettre immédiatement un terme aux attaques disproportionnées et menées sans discernement contre des civils et des biens de caractère civil, y compris les enfants, le personnel éducatif, les écoles et les infrastructures médicales, et ordonner publiquement à leurs combattants de respecter pleinement les lois de la guerre ;

mettre immédiatement un terme aux attaques lancées à partir de zones à forte densité de population ou d'espaces publics et ordonner publiquement à tous les combattants de respecter pleinement la nécessité de prendre des mesures de précaution pour les attaques et la défense, y compris la nécessité de se distinguer des non-combattants et éviter, dans toute la mesure du possible, d'installer des bases militaires, entre autres objectifs militaires, dans des zones civiles à forte densité de population ou à proximité ; cesser les tirs d'obus de mortier, entre autres matériels d'artillerie, dans les zones urbaines à forte densité de population ;

mettre un terme au recrutement et à l'utilisation d'enfants dans le conflit armé et libérer immédiatement tous les enfants servant dans leurs troupes et les adultes recrutés de force, enlevés et détenus par leurs membres, y compris toutes les filles et femmes recrutées de force pour être mariées ;

coopérer avec l'ONU pour mettre en place des plans d'action selon un calendrier précis en vue de mettre un terme aux homicides et mutilations d'enfants et de garantir et vérifier la libération des enfants soldats servant dans leurs troupes ;

libérer toutes les personnes détenues de manière arbitraire ou alors qu'elles n'ont fait qu'exercer leurs droits fondamentaux sans recourir à la violence, notamment les personnes opposées au recrutement d'enfants ;

mettre un terme à tous les homicides illégaux, y compris les homicides sommaires, délibérés ou commis en public, à la lapidation, à la torture et aux autres formes de mauvais traitements, notamment l'amputation et la flagellation, aux menaces de mort et à la taxation forcée, entre autres atteintes aux droits humains des civils ;

suspendre de ses fonctions tout membre des forces armées soupçonné de violations du droit international humanitaire ;

garantir l'acheminement de l'aide humanitaire aux civils vulnérables en fonction des besoins, cesser d'imposer des conditions aux travailleurs humanitaires et à leurs activités, et mettre un terme à toutes les restrictions pesant sur l'accès des civils à la santé, à l'éducation et à la nourriture ;

respecter la liberté de mouvement de tous les civils qui cherchent refuge tant à l'intérieur de la Somalie qu'à l'étranger.

À l ' AMISOM et au Conseil de paix et de sécurité de l ' Union africaine

Examiner régulièrement les règles d'engagement de l'AMISOM afin de garantir qu'elles respectent pleinement le droit international humanitaire et relatif aux droits humains dans toutes les opérations en Somalie, y compris avant les offensives militaires et au cours de celles-ci ;

veiller à ce que les troupes de l'AMISOM prennent régulièrement toutes les précautions possibles au cours des attaques, et en prévision des effets des attaques, pour protéger les civils, notamment en les prévenant des opérations militaires imminentes à moins que les circonstances ne le permettent pas ; éviter dans la mesure du possible d'installer des bases militaires, entre autres objectifs militaires, dans des zones civiles à forte densité de population ou à proximité, et veiller à ce que les troupes ne procèdent pas à des tirs aveugles d'obus de mortier et d'autres matériels d'artillerie dans des zones civiles à forte densité de population ;

mettre en place un mécanisme chargé de mener sans délai des enquêtes indépendantes et impartiales sur toutes les allégations crédibles de violations graves du droit international humanitaire et relatif aux droits humains imputables à des membres de l'AMISOM, y compris des allégations d'attaques disproportionnées ou menées sans discernement comme des tirs d'obus de mortier dans des zones à forte densité de population. Ce mécanisme doit garantir la confidentialité et la sécurité d'éventuels plaignants et témoins, il doit rendre publiques ses conclusions et recommander des mesures disciplinaires et l'ouverture d'informations judiciaires contre tout membre de l'AMISOM considéré comme responsable de tels agissements ;

veiller à ce que toutes les unités de l'AMISOM – y compris les soldats, les commandants et la police civile – reçoivent une formation idoine en matière de droit international humanitaire et relatif aux droits humains, notamment sur les droits des enfants, et à ce que la formation et les autres formes d'assistance à la sécurité fournies aux forces de sécurité du GFT par l'AMISOM et des États membres de l'Union africaine prévoient des exercices pratiques rigoureux et des normes opérationnelles en vue de garantir le plein respect du droit international humanitaire et relatif aux droits humains. Toutes les personnes chargées de la formation doivent être soumises à un examen minutieux afin de garantir qu'elles n'ont pas elles-mêmes commis des atteintes aux droits humains ;

appeler tous les États membres de l'Union africaine à respecter pleinement l'embargo sur les armes à destination de la Somalie imposé par l'ONU, notamment l'obligation de solliciter du comité des sanctions concernant la Somalie et l'Érythrée créé par l'ONU des exemptions pour toute assistance au secteur de la sécurité du GFT ;

appeler tous les États membres de l'Union africaine à donner aux Somaliens qui fuient le conflit armé accès à des procédures d'asile équitables ainsi qu'à une protection et à une assistance, et à ne renvoyer de force aucun individu vers le sud ou le centre de la Somalie ;

préconiser des mesures concrètes pour mettre un terme à l'impunité dont bénéficient les responsables des crimes de guerre et des autres atteintes aux droits humains commis en Somalie, notamment l'instauration d'une commission indépendante et impartiale, ou d'un mécanisme similaire, chargée d'enquêter et de recenser les violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains perpétrées en Somalie et de recommander des mesures en vue de garantir le respect de l'obligation de rendre des comptes.

Au Conseil de sécurité des Nations unies et au C omité du Conseil de sécurité sur la Somalie et l ' Érythrée (Comité des sanctions)

Demander un accroissement de la surveillance et du recueil et de la diffusion publique des informations concernant les violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains affectant les civils et les enfants en Somalie, et donner la priorité à ces informations dans l'élaboration de la politique à mener et de l'engagement en Somalie ;

exhorter toutes les parties en Somalie – notamment le GFT, les milices qui lui sont alliées et l'AMISOM – conformément aux résolutions du Conseil de sécurité dans ce domaine, à respecter pleinement leurs obligations de protéger la population civile contre les conséquences des hostilités ; ils doivent notamment prendre toutes les précautions possibles à cette fin au cours des attaques, et en prévision des effets des attaques, notamment en prévenant les civils des opérations militaires imminentes, à moins que les circonstances ne le permettent pas, en évitant dans la mesure du possible d'installer des bases militaires, entre autres objectifs militaires, dans des zones civiles à forte densité de population ou à proximité, et en mettant un terme aux tirs aveugles d'obus de mortier et d'autres matériels d'artillerie dans des zones civiles à forte densité de population ;

exhorter toutes les parties en Somalie, dont le GFT et les milices qui lui sont alliées, à veiller à la libération de tous les enfants servant dans leurs forces ;

adopter des critères et un calendrier pour surveiller les progrès réalisés par le GFT dans la mise en place de mécanismes indépendants et impartiaux de responsabilisation et de contrôle pour tous les membres de l'armée, des forces de sécurité, de la police et des milices qui lui sont liées, ainsi que de mécanismes efficaces de contrôle et de sélection de manière à garantir que les forces de sécurité du GFT et les milices qui lui sont alliées ne recrutent pas de personnes de moins de 18 ans ni d'individus qui peuvent raisonnablement être soupçonnés de violations du droit humanitaire et relatif aux droits humains ;

veiller à ce que les individus et les entités soupçonnés de violations graves du droit international humanitaire et relatif aux droits humains affectant des enfants en Somalie – notamment les homicides illégaux et les blessures infligées à des civils, le recrutement ou l'utilisation d'enfants soldats, les attaques contre des écoles et des infrastructures médicales, les violences sexuelles, les enlèvements d'enfants et la privation d'accès à l'aide humanitaire – soient identifiés, et à ce que des mesures soient prises selon une procédure transparente et équitable basée sur des critères clairs et des normes en matière de preuves uniformément appliquées afin qu'ils aient à rendre compte de leurs agissements ;

ne pas autoriser les exemptions à l'embargo de l'ONU sur les armes destinées à la Somalie si les demandes d'exemption concernent la fourniture d'armes, un financement ou une formation susceptibles de favoriser des violations graves du droit international humanitaire et relatif aux droits humains, notamment des homicides illégaux et des blessures infligées aux civils et le recrutement ou l'utilisation d'enfants soldats ; exiger que toute demande d'exemption pour la fourniture au GFT d'une aide militaire ou en matière de sécurité contienne des informations suffisantes à propos des garanties mises en place pour empêcher que cette aide serve à commettre des atteintes aux droits humains ;

rendre publiquement compte, notamment dans ses rapports d'activités annuels publics, de la nature, du nombre, de l'origine et du destinataire des exemptions à l'embargo sur les armes dont il a reçu notification, et préciser si ces exemptions ont été accordées ;

soutenir la mise en place d'une commission indépendante et impartiale, ou d'un mécanisme similaire, chargée d'enquêter et de recenser les violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains perpétrées en Somalie et de recommander des mesures en vue de garantir le respect de l'obligation de rendre des comptes ;

condamner publiquement les violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains imputables à toutes les parties au conflit en Somalie, y compris les forces du GFT et de l'AMISOM ; exhorter les forces du GFT et celles qui lui sont alliées à suspendre immédiatement leurs membres qui peuvent raisonnablement être soupçonnés d'avoir commis ou ordonné des violations graves du droit international humanitaire et relatif aux droits humains, et à traduire en justice toute personne présumée responsable de tels agissements, selon une procédure équitable et excluant la peine de mort ;

appeler tous les États membres de l'Union africaine à donner aux Somaliens qui fuient le conflit armé accès à des procédures d'asile équitables, à une protection et à une assistance, et à ne renvoyer de force aucun individu vers le sud ou le centre de la Somalie ;

appeler les États et les donateurs à financer intégralement les opérations humanitaires en Somalie et à accroître l'aide technique et financière en faveur des enfants somaliens et des jeunes séparés de leur famille durant le conflit, et notamment leur fournir un soutien psychosocial, garantir la démobilisation, la réadaptation et la réinsertion des anciens enfants soldats, leur fournir une éducation et des possibilités d'emploi, y compris dans les camps de réfugiés et de personnes déplacées ;

veiller à ce que les opérations de l'ONU en Somalie ne portent pas atteinte à la perception de la neutralité et de l'impartialité des agences humanitaires agissant en Somalie.

Au Haut-Commissariat aux droits de l'homme des Nations unies

Accroître la surveillance et le recueil et la diffusion publique des informations concernant toutes les violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains perpétrées en Somalie, notamment en déployant des observateurs de la situation des droits humains dans les camps de déplacés à l'intérieur du pays et les camps de réfugiés dans les pays voisins ;

fournir au GFT l'aide technique et le renforcement des capacités nécessaires pour garantir le respect, la protection et la promotion des droits humains, y compris les droits des enfants ;

soutenir la mise en place d'une commission indépendante et impartiale, ou d'un mécanisme similaire, chargée d'enquêter et de recenser les violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains perpétrées en Somalie et de recommander des mesures en vue de garantir le respect de l'obligation de rendre des comptes.

À t ous les États et donateurs, y compris ceux du groupe i nternational de contact sur la S omalie

Veiller à ce que la protection des civils somaliens et des droits des enfants soit au cœur de leurs politiques et de leurs actions en Somalie ;

condamner publiquement toutes les violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains perpétrées en Somalie et portées à leur connaissance, y compris les attaques disproportionnées et aveugles et les attaques visant directement des civils et des biens de caractère civil et celles commises par les forces du GFT, les milices qui lui sont alliées et l'AMISOM, et demander que les responsables aient à rendre compte de leurs actes ;

appeler toutes les parties au conflit à mettre un terme au recrutement et à l'utilisation d'enfants soldats et à libérer immédiatement les enfants servant dans leurs forces ;

mettre un terme à toutes les fournitures d'armes et de matériel militaire et de sécurité ainsi qu'à l'aide financière pour l'achat d'armes destinées à toutes les parties au conflit en Somalie, y compris le GFT, jusqu'à ce que des mécanismes efficaces soient mis en place pour garantir le désarmement, la démobilisation et la réinsertion des enfants soldats servant dans leurs forces ; empêcher que cette aide matérielle serve à commettre des violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains ;

respecter l'embargo de l'ONU sur les armes destinées à la Somalie, y compris l'obligation d'adresser au préalable des demandes d'exemption au Comité des sanctions sur la Somalie pour fournir au GFT une assistance dans le domaine de la sécurité, par exemple une formation ; dans le cas où de telles demandes sont formulées, fournir des informations suffisantes au Comité des sanctions à propos des garanties mises en place pour empêcher que cette assistance ne serve à commettre des atteintes aux droits humains ;

veiller à ce que toute formation dispensée aux forces de sécurité du GFT comprenne une formation pratique globale des forces armées du GFT sur l'application des principes du droit international humanitaire et relatif aux droits humains, notamment l'obligation d'établir en toutes circonstances une distinction entre les objectifs militaires et les civils et de prendre toutes les précautions nécessaires pour protéger les civils et les biens de caractère civil ainsi que les droits des enfants ;

fournir une aide technique et financière afin que les forces de sécurité du GFT et les milices qui lui sont alliées soient soumises à des mécanismes indépendants et impartiaux de responsabilisation et de contrôle ainsi qu'à de mécanismes efficaces de contrôle et de sélection, de manière à garantir que les forces de sécurité du GFT et les milices qui lui sont alliées ne recrutent pas de personnes de moins de 18 ans ni d'individus qui peuvent raisonnablement être soupçonnés de violations du droit humanitaire et relatif aux droits humains ;

renforcer les capacités des organisations locales qui travaillent sur les questions de protection de l'enfant ;

soutenir des mesures concrètes pour mettre un terme à l'impunité en Somalie, notamment en instaurant une commission indépendante et impartiale, ou un mécanisme similaire, chargée d'enquêter et de recenser les crimes de droit international et de recommander des mesures complémentaires en vue de garantir le respect de l'obligation de rendre des comptes ;

accorder un financement aux opérations humanitaires en Somalie et accroître l'aide technique et financière en faveur des enfants somaliens et des jeunes séparés de leur famille durant le conflit, notamment en leur fournissant un soutien psychosocial, en garantissant la démobilisation, la réadaptation et la réinsertion des anciens enfants soldats, et en leur fournissant une éducation et des possibilités d'emploi, y compris dans les camps de réfugiés et de personnes déplacées ;

donner aux Somaliens qui fuient le conflit armé accès à des procédures d'asile équitables, à une protection et à une assistance, et ne renvoyer de force aucun individu vers le sud ou le centre de la Somalie.

NOTES

Le présent rapport traite essentiellement de la situation des droits fondamentaux des enfants dans le sud et le centre de la Somalie. Il n'aborde pas la situation dans la région autonome du Puntland ni dans la république auto-proclamée du Somaliland.

UNICEF, La situation des enfants dans le monde 2011, février 2011. Disponible sur http://www.unicef.fr/sites/default/files/UNICEF_Situation-des-enfants-dans-le-monde_2011.pdf.

Le taux estimé est de 197 pour 1000 pour les garçons et 203 pour 1000 pour les filles.

Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU, Somalia Consolidated Appeals Process 2011, décembre 2010. Disponible sur http://ochaonline.un.org/OchaLinkClick.aspx?link=ocha&docId=1177926.

UNICEF, La situation des enfants dans le monde 2011, février 2011. Disponible sur http://www.unicef.fr/sites/default/files/UNICEF_Situation-des-enfants-dans-le-monde_2011.pdf.

Ibidem.

Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU, Somalia humanitarian overview, December 2010-January 2011, disponible sur HYPERLINK "http://ochaonline.un.org/somalia/SituationReports/tabid/2715/language/en-US/Default.aspx" http://ochaonline.un.org/somalia/SituationReports/tabid/2715/language/en-US/Default.aspx  ; et The UN urges greater humanitarian access to assist Somalis on World Water Day, 22 mars 2011, disponible sur HYPERLINK "http://reliefweb.int/node/393012" http://reliefweb.int/node/393012 .

ONU, Unité d'analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition, FSNAU releases the update on the number of people in food security crisis in Somalia, 30 juin 2011. Disponible sur HYPERLINK "http://reliefweb.int/node/423125" http://reliefweb.int/node/423125 .

OMS Somalie, Emergency humanitarian action, Weekly highlights, 9-15 April 2011, disponible sur HYPERLINK "http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/Full_Report_267.pdf" http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/Full_Report_267.pdf  ; et IRIN News : « Somalia : Children hardest-hit by AWD in Mogadishu », 4 avril 2011.

Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture et Unité d'analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition, Somalia, Drought impact intensifies as rains delay, 27 avril 2011, disponible sur HYPERLINK "http://reliefweb.int/node/398679" http://reliefweb.int/node/398679  ; et Somalia: Food prices swell, crisis expected to deepen, 20 juin 2011, disponible HYPERLINK "http://reliefweb.int/node/421210" http://reliefweb.int/node/421210 .

Pour de plus amples informations sur la situation des droits humains entre 2006 et 2008, voir les documents d'Amnesty International Somalie : attaque contre des journalistes (index : AFR 52/001/2008, 3 mars 2008), disponible sur HYPERLINK "http://www.amnesty.org/fr/library/info/AFR52/001/2008/fr" http://www.amnesty.org/fr/library/info/AFR52/001/2008/fr  ; Les civils en Somalie, cibles et victimes ordinaires (AFR 52/006/2008, 1er juin 2008), disponible sur HYPERLINK "http://www.amnesty.org/fr/library/info/AFR52/009/2008/fr" http://www.amnesty.org/fr/library/info/AFR52/009/2008/fr  ; et Mortelle insécurité : attaques contre le personnel humanitaire et les défenseurs des droits humains en Somalie (index : AFR 52/016/2008, 6 novembre 2008), disponible sur http://www.amnesty.org/fr/library/info/AFR52/016/2008/fr.

Rapport annuel 2009 d'Amnesty International, article sur la Somalie.

Selon la résolution 1744 du Conseil de sécurité des Nations unies, l'AMISOM a pour mandat de : « a) Favoriser le dialogue et la réconciliation en Somalie en concourant à assurer la liberté de mouvement, les déplacements en toute sécurité et la protection de tous ceux qui prennent part au dialogue évoqué aux paragraphes 1, 2 et 3 ; b) Assurer, le cas échéant, la protection des institutions fédérales de transition afin qu'elles soient en mesure d'assumer leurs fonctions et veiller à la sécurité des infrastructures clefs ; c) Aider, selon ses moyens et en coordination avec d'autres parties, à la mise en œuvre du Plan national de sécurité et de stabilisation et en particulier au rétablissement effectif et à la formation des forces de sécurité somaliennes sans exclusive ; d) Contribuer, à, la demande et selon ses moyens, à la création des conditions de sécurité nécessaires à l'acheminement de l'aide humanitaire ; e) Protéger son personnel, ainsi que ses locaux, installations et matériel, et assurer la sécurité et la liberté de mouvement de son personnel ».

« United Nations Blocks Change of Amisom Mandate », The Monitor, 28 juillet 2010. Disponible sur HYPERLINK "http://allafrica.com/stories/201007280079.html" http://allafrica.com/stories/201007280079.html .

Le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine a voté, le 15 octobre 2010, une augmentation des effectifs de l'AMISOM, les faisant passer de 8 000 à 20 000 militaires.

« Burundi sends more troops for AU Somalia force », AFP, 14 mars 2011. Disponible sur http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gdm2o9SMkwQlIg6PihfjHSdaWDAQ?docId=CNG.eec782652f590060d2b0c356a1aae693.131.

Africanewsnet : « AU Somali Mission Makes Gains, Force to Grow to 12,000 », 29 mars 2011.

En deux semaines, le Kenya a vu arriver 20 000 réfugiés somaliens. Points de presse du HCR, 24 juin 2011. Disponible sur http://www.unhcr.fr/4e04a330c.html.

HCR, « Environ 33 000 personnes déplacées par le conflit en Somalie ces six dernières semaines », 8 avril 2011. Disponible sur http://www.unhcr.fr/cgi-bin/texis/vtx/search?page=search&docid=4d9f151ac&query=33%20000%20d%C3%A9plac%C3%A9s%20six%20semaines.

Pour des analyses sur le groupe armé Al Shabab, voir MARCHAL, Roland, « A tentative assessment of the Somali Harakat Al-Shabaab », Journal of Eastern African Studies, vol. 3, novembre 2009, p. 381-404 ; ONU, Rapport du Groupe de contrôle sur la Somalie établi en application de la résolution 1853 (2008) du Conseil de sécurité, S/2010/91, 10 mars 2010 ; International Crisis Group, Somalia's Divided Islamists, 18 mai 2010.

HCR, « Des photos satellite font état d'une croissance urbaine spectaculaire à l'ouest de Mogadiscio », 1er octobre 2010. Disponible sur http://www.unhcr.fr/cgi-bin/texis/vtx/search?page=search&docid=4ca9f0bcc&query=photos%20satellite%20Mogadiscio.

Voir Amnesty International, Somalie : réexaminer les conditions de l'aide internationale à destination de l'armée et de la police (index : AFR 52/001/2010, janvier 2010).

La période de transition devait prendre fin en août 2011, date à laquelle les institutions fédérales de transition devaient avoir mené à bien des tâches transitionnelles, notamment l'adoption d'une nouvelle constitution et la fourniture de services de base à la population. En outre, aux termes de l'accord de Djibouti, le GFT devait obtenir des résultats dans la mise en place de forces de sécurité effectives et poursuivre ses efforts de réconciliation avec les autres parties au conflit.

Voir l'Accord de Kampala en date du 9 juin 2011, disponible en anglais sur HYPERLINK "http://unpos.unmissions.org/Portals/UNPOS/Repository%20UNPOS/110609%20-%20Kampala%20Accord%20(signed).pdf" http://unpos.unmissions.org/Portals/UNPOS/Repository%20UNPOS/110609%20-%20Kampala%20Accord%20(signed).pdf . L'Accord de Kampala et la demande de démission du Premier ministre ont déclenché à Mogadiscio des manifestations de soutien au Premier ministre et d'hostilité envers le président du GFT, le président du Parlement ainsi que les Nations unies et l'Ouganda qui avaient supervisé cet accord. Trois personnes au moins ont trouvé la mort au cours de ces manifestations.

Voir Amnesty International, Somalie : réexaminer les conditions de l'aide internationale à destination de l'armée et de la police (index : AFR 52/001/2010, janvier 2010).

OMS, « Depleted Mogadishu hospitals struggle to treat Somali war wounded », 12 octobre 2010. Disponible sur HYPERLINK "http://www.who.int/hac/crises/som/releases/12october2010/en/index.html" http://www.who.int/hac/crises/som/releases/12october2010/en/index.html .

CICR, « Somalie : des blessés de guerre toujours plus nombreux dans les hôpitaux de Mogadiscio ». Disponible sur http://www.icrc.org/fr/resources/documents/news-release/2011/somalia-news-2011-01-27.htm.

OMS Somalie, Emergency humanitarian action, Weekly highlights, 14-20 May 2011. Disponible sur http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/Full_Report_769.pdf.

OMS Somalie, « De nombreux enfants blessés lors de la dernière flambée de violence en Somalie », 31 mai 2011. Disponible sur http://www.who.int/hac/crises/som/releases/31may2011/fr/.

IRIN News : « SOMALIE : La moitié des victimes à Mogadiscio sont des enfants de moins de cinq ans », 31 mai 2011. Disponible sur http://www.irinnews.org/fr/ReportFrench.aspx?reportid=92864.

OMS Somalie, Emergency humanitarian action, Weekly highlights, 14-20 May 2011. Disponible sur http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/Full_Report_769.pdf.

Voir Amnesty International, No end in sight: the ongoing suffering of Somalia's civilians (index : AFR 52/003/2010, mars 2010).

Voir par exemple le communiqué de la Commission mixte de sécurité du Bureau politique des Nations unies pour la Somalie en date du 14 août 2010 [en anglais].

Conseil de sécurité de l'ONU, Rapport du Secrétaire général sur la Somalie, S/2011/277, 28 avril 2011.

Communiqué de presse de l'AMISOM en date du 20 mai 2011 : AMISOM reassures Mogadishu business community in Bakara market. Disponible sur HYPERLINK "http://www.amisom-au.org/read-AMISOM-Press-Release-20-5-2011.pdf" http://www.amisom-au.org/read-AMISOM-Press-Release-20-5-2011.pdf .

Médecins sans Frontières, « De nouvelles offensives coûtent la vie à de nombreuses victimes », 1er mars 2011. Disponible sur http://www.msf.ca/fr/actualites-media/nouvelles/2011/03/new-offensive-causes-scores-of-casualties/.

Conseil de sécurité de l'ONU, Rapport du Secrétaire général sur la Somalie, S/2011/277, 28 avril 2011.

Ibidem.

OMS Somalie, Emergency humanitarian action, Weekly highlights, 14-20 May 2011. Disponible sur http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/Full_Report_769.pdf.

IRIN News : « Somalia : Internet lifeline cut in Mogadishu », 27 mai 2011. Disponible sur http://www.irinnews.org/Report.aspx?ReportID=92824.

Voir Amnesty International, Somalia: Routinely targeted: attacks on civilians in Somalia (index : AFR 52/006/2008, 1er juin 2008).

Voir Amnesty International, Somalie : réexaminer les conditions de l'aide internationale à destination de l'armée et de la police (AFR 52/001/2010, janvier 2010).

Gouvernement somalien, « Accidental discharge may be responsible for tragedy in Mogadishu », 2 février 2011. Disponible sur HYPERLINK "http://www.reliefweb.int/rw/rwb.nsf/db900sid/VVOS-8DPRYN?OpenDocument&rc=1&cc=som" http://www.reliefweb.int/rw/rwb.nsf/db900sid/VVOS-8DPRYN?OpenDocument&rc=1&cc=som .

Les normes internationales relatives aux droits humains prévoient que la compétence des tribunaux militaires doit être limitée aux infractions de nature purement militaires commises par des militaires. Voir Commission africaine des droits de l'homme et des peuples, Directives et principes sur le droit à un procès équitable et à l'assistance judiciaire en Afrique. Disponible sur HYPERLINK "http://www.achpr.org/english/declarations/Guidelines_Trial_en.html" http://www.achpr.org/english/declarations/Guidelines_Trial_en.html .

Notes d'Amnesty International, session de l'Examen périodique universel sur la Somalie, 3 mai 2011, Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

Communiqué de presse d'Amnesty International : Somalie : une enquête doit être menée sur les allégations selon lesquelles les forces de l'Union africaine ont tiré sur des civils, 5 février 2009.

Voir Amnesty International, No end in sight: the ongoing suffering of Somalia's civilians (index : AFR 52/003/2010, mars 2010).

Voir Amnesty International, Human rights concerns in southern and central Somalia (index : AFR 52/013/2010, 18 octobre 2010).

ONU, Comité permanent inter-agences sur la Somalie, Réseau de surveillance de la protection, rapport hebdomadaire, 25 février 2011 [en anglais].

Somali Football Federation, « Somali Footballers killed and wounded in explosions. FA boss shocked », 21 février 2011. Disponible sur HYPERLINK "http://www.somsoccer.com/english/view.php?id=354" http://www.somsoccer.com/english/view.php?id=354 .

Communiqué de presse d'Amnesty International : Somalie. Amnesty International condamne les homicides dont ont été victimes les civils tués dans l'explosion d'un hôtel, 3 décembre 2009.

Ibidem.

Voir par exemple : ONU, Rapport du Secrétaire général sur les enfants dans les conflits armés en Somalie, S/2007/259, 7 mai 2007. Disponible sur http://daccess-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/N07/298/53/PDF/N0729853.pdf?OpenElement.

IRIN news : « Somalie : le recrutement d'enfants soldats, une pratique de plus en plus courante », 23 mars 2011. Disponible sur http://www.irinnews.org/fr/ReportFrench.aspx?ReportID=92264.

Des combats acharnés à Mogadiscio et en périphérie de la capitale ont opposé en août 2009 Al Shabab et Hizbul Islam aux forces du GFT soutenues par les troupes de l'AMISOM, tout particulièrement du 20 au 26 août, période durant laquelle les forces progouvernementales ont lancé une contre-offensive à Mogadiscio et à proximité du poste Ex-control sur la route du corridor d'Afgoye. La région de Galgaduud a également été le théâtre de combats en 2009, notamment en janvier et en mai.

ONU, Comité permanent inter-agences, Réseau de surveillance de la protection, 21 août 2009.

Minority Rights Group International, No redress: Somalia's forgotten minorities, 23 novembre 2010.

Garowe online : « Islamists “admit”using children in fighting Somali government », 18 mars 2011.

Dans certaines régions, des factions d'Al Shabab ont interdit la musique sur les stations de radio et les téléphones portables.

UNICEF, Ongoing Somalia crisis is a children's crisis says UNICEF – recent child casualties and detentions, 11 mars 2011, disponible sur HYPERLINK "http://www.unicef.org/somalia/media_65.html" http://www.unicef.org/somalia/media_65.html  ; VOA, Aid workers say child soldiers involved in escalating Somali violence, 25 avril 2011, disponible sur http://www.voanews.com/english/news/Aid-Workers-Say-Child-Soldiers-Involved-In-Escalating-Violence-120595459.html.

Les Principes du Cap et meilleures pratiques concernant le recrutement d'enfants dans les forces armées et la démobilisation et la réinsertion sociale des enfants soldats en Afrique (UNICEF, 27-30 avril 1997), donnent une définition large et exhaustive du concept d'« enfant soldat » qui inclut les enfants qui ne sont pas des combattants, mais qui sont liés à une force ou un groupe armés.

Comité préparatoire, projet de statut, p. 21, cité dans R. Lee (sous la direction de), “The International Criminal Court: The Making of the Rome Statute, Issues, Negotiations, Results”, Kluwer Law International, p. 117, 1999.

Voir Somalia Report, Confessions of a would be suicide bomber, 21 juin 2011. Disponible sur http://www.somaliareport.com/index.php/post/964/Confessions_of_a_Would-Be_Suicide_Bomber?PHPSESSID=9de5443b2e901ba8c6c618fcd7a3e4f2.

ONU, Rapport du Secrétaire général sur les enfants et le conflit armé en Somalie, S/2010/577, 9 novembre 2010.

Affaire AFRC, Prosecutor v. Brima et al. (SCSL-2004-16-1), Tribunal pénal spécial pour la Sierra Leone, arrêt rendu en appel.

BBC News Online : « Somali woman stoned for adultery », 18 novembre 2009. Disponible sur http://news.bbc.co.uk/2/hi/8366197.stm.

Il est difficile de recueillir des informations sur l'ampleur des viols et des autres formes de violence sexuelle commis dans le cadre du conflit armé en Somalie. Ces sujets sont tabous dans la culture somalienne et le nombre de cas de violence sexuelle signalés est probablement bien inférieur à la réalité. Toutefois, des récits concordants font état de viols et d'autres formes de violence sexuelle subis par des femmes et des filles déplacées vivant dans des camps dans toute la Somalie ; les responsables de ces agissements sont essentiellement d'autres personnes déplacées. ONU, Rapport du Secrétaire général sur les enfants et le conflit armé en Somalie, S/2010/577, 9 novembre 2010. Disponible sur http://daccess-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/N10/629/95/PDF/N1062995.pdf?OpenElement.

ONU, Assemblée générale / Conseil de sécurité, Les enfants et les conflits armés, Rapport du Secrétaire général, A/64/742-S/2010/181, 13 avril 2010.

UNICEF, « UNICEF welcomes decision by the Somali Transitional Federal Government to ratify the Convention on the Rights of the Child », 20 novembre 2009. Disponible sur HYPERLINK "http://www.unicef.org/infobycountry/media_51841.html" http://www.unicef.org/infobycountry/media_51841.html .

Communiqué de presse du Bureau du représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour les enfants et les conflits armés : New Somali Prime Minister pledges to work towards "action plan" to end recruitment and use of child soldiers, OSRSG/201110-18, 3 novembre 2010. Disponible sur HYPERLINK "http://www.un.org/children/conflict/english/pr/2010-11-03247.html" http://www.un.org/children/conflict/english/pr/2010-11-03247.html .

Des délégués d'Amnesty International ont rencontré des représentants du ministère français des Affaires étrangères en avril 2010.

ONU, Assemblée générale / Conseil de sécurité, Les enfants et les conflits armés, Rapport du Secrétaire général, A/65/820-S/2011/250, 23 avril 2011.

« Children Carry Guns for a U.S. Ally, Somalia », The New York Times, 13 juin 2010. Disponible sur HYPERLINK "http://www.nytimes.com/2010/06/14/world/africa/14somalia.html" http://www.nytimes.com/2010/06/14/world/africa/14somalia.html .

Communiqué de presse du GFT : The Somali President Instructs the Army Chief to Investigate Child Soldier Recruitment Allegations, 16 juin 2010. Disponible sur HYPERLINK "http://www.tfgsomalia.net/English%20Language/index-page-News-nid-1482.htm" http://www.tfgsomalia.net/English%20Language/index-page-News-nid-1482.htm .

Notes d'Amnesty International, session de l'Examen périodique universel sur la Somalie, 3 mai 2011, Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

Amnesty International, Des journalistes agressés en Somalie sur fond de répression accrue contre les médias, 22 juillet 2010. Disponible sur HYPERLINK "http://www.amnesty.org/fr/news-and-updates/report/journalists-under-attack-somalia-government-steps-media-crackdown-2010-07-22" http://www.amnesty.org/fr/news-and-updates/report/journalists-under-attack-somalia-government-steps-media-crackdown-2010-07-22 .

Committee to Protect Journalists, « Somali government harassing journalists as fighting rages », 2 juillet 2010. Disponible sur HYPERLINK "http://www.cpj.org/2010/07/somali-government-harassing-journalists-as-fightin.php" http://www.cpj.org/2010/07/somali-government-harassing-journalists-as-fightin.php .

« Somalia Official Says Aim Remains Peace and Security », Voice of America, 29 juin 2010.

ONU, Rapport du Secrétaire général sur les enfants et le conflit armé en Somalie, S/2010/577, 9 novembre 2010.

Voir Amnesty International, From life without peace to peace without life – the treatment of Somali refugees and asylum-seekers in Kenya (index : AFR 32/015/2010, décembre 2010). Disponible sur http://www.amnesty.org/fr/library/info/AFR32/015/2010/en.

Ibidem.

Gouvernement du Kenya, Kenya does not condone use of children in armed conflict, 5 novembre 2011. Disponible sur HYPERLINK "http://reliefweb.int/node/373609" http://reliefweb.int/node/373609 .

ONU, Assemblée générale /Conseil de sécurité, Les enfants et les conflits armés, Rapport du Secrétaire général, A/65/820-S/2011/250, 23 avril 2011.

All headline news, « Al Shabaab fighters continue to defect, mostly adolescents », 25 mars 2011. Disponible sur HYPERLINK "http://www.allheadlinenews.com/briefs/articles/90042061?Al%20Shabaab%20fighters%20continue%20to%20defect%2C%252" \l "ixzz1JKKo5jSG" http://www.allheadlinenews.com/briefs/articles/90042061?Al%20Shabaab%20fighters%20continue%20to%20defect%2C%252#ixzz1JKKo5jSG .

UNICEF, Ongoing Somalia crisis is a children's crisis says UNICEF, 11 mars 2011. Disponible sur HYPERLINK "http://www.unicef.org/somalia/Children_crisis_in_Somalia_PR_Eng.doc" http://www.unicef.org/somalia/Children_crisis_in_Somalia_PR_Eng.doc .

CICR. Étude sur le droit international humanitaire coutumier. Une contribution à la compréhension et au respect du droit des conflits armés (règle 120).

Shabelle Media Network, « Bodies of Young Teenagers Found in Mogadishu », 31 janvier 2011. Disponible sur HYPERLINK "http://allafrica.com/stories/201102010176.html" http://allafrica.com/stories/201102010176.html .

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Amnesty International, Somalie. Les civils paient le prix des combats intenses qui se déroulent à Mogadiscio (index : AFR 52/002/2009), 4 mars 2009.

ONU, Rapport du Secrétaire général sur les enfants et le conflit armé en Somalie, S/2010/577, 9 novembre 2010. Disponible sur http://daccess-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/N10/629/95/PDF/N1062995.pdf?OpenElement.

Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU, Weekly humanitarian bulletin, 11-18 February 2011. Disponible sur HYPERLINK "http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/reliefweb_pdf/node-389112.pdf" http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/reliefweb_pdf/node-389112.pdf .

ONU, Rapport du Secrétaire général sur les enfants et le conflit armé en Somalie, S/2010/577, 9 novembre 2010. Disponible sur HYPERLINK "http://daccess-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/N10/629/95/PDF/N1062995.pdf?OpenElement" http://daccess-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/N10/629/95/PDF/N1062995.pdf?OpenElement  ; IRIN News : « Le recrutement d'enfants soldats, une pratique de plus en plus courante », 23 mars 2011, disponible sur http://www.irinnews.org/fr/reportfrench.aspx?reportid=92264 ; SomaliaReport : « Insurgents tell Koranic schools to deliver kids », 19 juin 2011, disponible sur HYPERLINK "http://www.somaliareport.com/index.php/post/994/Insurgents_Tell_Koranic_Schools_to_Deliver_Kids?PHPSESSID=f23f7f89abfce76d32de80f841307b3f" http://www.somaliareport.com/index.php/post/994/Insurgents_Tell_Koranic_Schools_to_Deliver_Kids?PHPSESSID=f23f7f89abfce76d32de80f841307b3f .

ONU, Rapport du Secrétaire général sur les enfants et le conflit armé en Somalie, S/2010/577, 9 novembre 2010. Disponible sur http://daccess-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/N10/629/95/PDF/N1062995.pdf?OpenElement.

UNICEF, La situation des enfants dans le monde 2011, février 2011, disponible sur http://www.unicef.fr/sites/default/files/UNICEF_Situation-des-enfants-dans-le-monde_2011.pdf ; UNICEF, Action humanitaire pour les enfants, Somalie, 2011, disponible sur http://www.unicef.org/french/hac2011/hac_somalia.php.

Déclaration publique d'Amnesty International : Somalie. Les exécutions illégales et la torture montrent le mépris d'Al Shabab pour la vie des civils (index : AFR 52/009/2009, 24 novembre 2009).

« Al-Shabab executes two teenage girls », Associated Press, 28 octobre 2010, disponible sur HYPERLINK "http://addisvoice.com/2010/10/al-shabab-executes-two-teenage-girls-ap/" http://addisvoice.com/2010/10/al-shabab-executes-two-teenage-girls-ap/  ; ONU, Somalia: UN human rights experts condemn recent execution of teenage girls, 11 novembre 2010, HYPERLINK "http://www.un.org/apps/news/story.asp?NewsID=36726&Cr=somali&Cr1" http://www.un.org/apps/news/story.asp?NewsID=36726&Cr=somali&Cr1 .

Communiqué de presse d'Amnesty International : Somalie. La jeune fille lapidée n'avait que treize ans, 31 octobre 2008.

Amnesty International, Mortelle insécurité. Attaques contre le personnel humanitaire et les défenseurs des droits humains en Somalie (index : AFR 52/016/2008, 6 novembre 2008). Disponible sur http://www.amnesty.org/fr/library/info/AFR52/016/2008/fr.

OMS Somalie, Emergency humanitarian action, Weekly highlights, 11-17 June 2011. Disponible sur http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/Full_Report_1402.pdf.

CICR, Somalie : poursuite des tirs contre l'hôpital Keysaney malgré les appels lancés par le CICR, 1er juillet 2010, disponible sur http://www.icrc.org/fre/resources/documents/news-release/somalia-news-010710.htm.

Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU, Weekly humanitarian bulletin, 8-15 April 2011, disponible sur HYPERLINK "http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/report_18.pdf" http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/report_18.pdf .

CICR, Somalie : des obus non explosés menacent un hôpital de Mogadiscio, 15 avril 2011. Disponible sur http://www.icrc.org/fre/resources/documents/news-release/2011/somalia-news-2011-04-15.htm.

Médecins Sans Frontières, Somalie: MSF appelle au respect de la neutralité des structures médicales, 10 mai 2010. Disponible sur HYPERLINK "http://www.msf.fr/actualite/articles/somalie-msf-appelle-au-respect-neutralite-structures-medicales" http://www.msf.org.uk/hawa_abdi_20100511.news . À la fin de mars 2007, l'hôpital Al Hayat situé sur la route menant au stade de Mogadiscio a été atteint par des obus d'artillerie apparemment tirés depuis le palais présidentiel où les troupes éthiopiennes étaient déployées ; il a ensuite été occupé par des soldats éthiopiens. Un médecin travaillant dans cet hôpital a déclaré aux délégués d'Amnesty International : « Les troupes éthiopiennes ont occupé le bâtiment et enlevé des membres du personnel : ils ont retenu pendant trois semaines deux agents de sécurité, un agent d'entretien et un employé administratif. Ils ont occupé l'hôpital pendant 45 jours. Les Éthiopiens pensaient que nous dispensions des soins médicaux aux miliciens. Nous soignons tout le monde, que ce soit des miliciens ou d'autres personnes. »

Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU, Somalia, Humanitarian access August 2010, disponible sur HYPERLINK "http://ochaonline.un.org/OchaLinkClick.aspx?link=ocha&docId=1175515" http://ochaonline.un.org/OchaLinkClick.aspx?link=ocha&docId=1175515  ; Médecins sans Frontières, Casualties overwhelming medical capacity, 24 septembre 2010, disponible sur HYPERLINK "http://www.somali.msf.org/2010/09/muqdishu-mass-casualties/" http://www.somali.msf.org/2010/09/muqdishu-mass-casualties/ .

Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU, Somalia, Humanitarian access, 01-31 January 2011, disponible sur HYPERLINK "http://ochaonline.un.org/somalia/SituationReports/tabid/2715/language/en-US/Default.aspx" http://ochaonline.un.org/somalia/SituationReports/tabid/2715/language/en-US/Default.aspx  ; All Africa.com : « Al Shabaab refuses needy people seek aid food », 23 janvier 2011, disponible sur HYPERLINK "http://allafrica.com/stories/201101240348.html" http://allafrica.com/stories/201101240348.html .

Amnesty International, No end in sight: the ongoing suffering of Somalia's civilians (AFR 52/003/2010, mars 2010).

Voir Mark Bradbury, « State-building, counter-terrorism, and licensing humanitarianism in Somalia », Feinstein International Center Briefing paper, Tufts University, septembre 2010 ; et Ken Menkhaus, « Stabilisation and humanitarian access in a collapsed state: the Somali case », Disasters 2010, 34(S3): S320-S341, 16 septembre 2010.

ONU. Rapport du Groupe de contrôle sur la Somalie établi en application de la résolution 1853 (2008) du Conseil de sécurité, S/2010/91, 10 mars 2010. Disponible sur http://www.un.org/Docs/journal/asp/ws.asp?m=S/2010/91.

ONU, Conseil de sécurité, Résolution 1916 (2010). Disponible sur HYPERLINK "http://daccess-ods.un.org/access.nsf/Get?Open&DS=S/RES/1916%20(2010)&Lang=F&Area=UNDOC" http://daccess-ods.un.org/access.nsf/Get?Open&DS=S/RES/1916%20(2010)&Lang=F&Area=UNDOC .

Voir Mark Bradbury, « State-building, counter-terrorism, and licensing humanitarianism in Somalia », Feinstein International Center Briefing paper, Tufts University, septembre 2010 ; et Ken Menkhaus, « Stabilisation and humanitarian access in a collapsed state : the Somali case », Disasters 2010, 34(S3): S320-S341, 16 septembre 2010.

ONU, Conseil de sécurité, Résolution 1972 [17 mars 2011]. Disponible sur http://daccess-ods.un.org/access.nsf/Get?Open&DS=S/RES/1916%20(2010)&Lang=F&Area=UNDOC.

Selon les Principes directeurs inter-agences relatifs aux enfants non accompagnés ou séparés de leur famille, « [l]es enfants séparés de leur famille sont séparés de leurs deux parents (père et mère) ou de la personne qui était initialement chargée, selon la loi ou la coutume, de subvenir à leurs besoins ; ils ne sont pas nécessairement séparés d'autres membres de leur famille. Certains "enfants séparés" peuvent donc être accompagnés par des membres adultes de leur famille […] Les enfants non accompagnés (parfois appelés "mineurs non accompagnés") sont des enfants qui se trouvent séparés de leurs deux parents et d'autres membres de leur famille, et qui ne sont pris en charge par aucun adulte à qui la loi ou la coutume attribue la responsabilité de s'occuper d'eux. » Voir CICR, Principes directeurs inter-agences relatifs aux enfants non accompagnés ou séparés de leur famille, janvier 2004, disponible sur HYPERLINK "http://www.icrc.org/fre/resources/documents/publication/p1101.htm" http://www.icrc.org/fre/resources/documents/publication/p1101.htm .

Le droit international humanitaire interdit de tuer ou de torturer toutes les personnes qui ne prennent pas une part active aux hostilités, y compris les membres des forces armées qui ont déposé les armes.

Voir, par exemple : Comité permanent interorganisations, Directives du CPI concernant la santé mentale et le soutien psychosocial dans les situations d'urgence, 2007. Disponible sur http://www.who.int/mental_health/emergencies/iasc_guidelines_french.pdf.

OMS, A situation analysis of mental health in Somalia, octobre 2010, disponible sur http://www.emro.who.int/somalia/pdf/Situation_Analysis_Mental_Health_print.pdf.

Ibidem.

Voir UNESCO, Rapport mondial de suivi sur l'éducation pour tous – 2011. La crise cachée : les conflits armés et l'éducation, 1er mars 2011, disponible sur http://www.unesdoc.unesco.org/images/0019/001917/191794f.pdf.

IRIN News : « SOMALIE. La “génération perdue” de Mogadiscio », 24 mai 2011. Disponible sur http://www.irinnews.org/fr/reportfrench.aspx?reportid=92818.

Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU, Somalia, CAP and pooled funding – Fact sheet, janvier 2011

IRIN News : « KENYA-SOMALIE : Les enfants des camps de Dadaab ont soif d'apprendre », 22 mars 2011. Disponible sur http://www.irinnews.org/fr/ReportFrench.aspx?reportid=92265.

Amnesty International, From life without peace to peace without life: the treatment of Somali refugees and asylum-seekers in Kenya (index : AFR 32/015/2010, 8 décembre 2010). Disponible sur http://www.amnesty.org/en/library/info/AFR32/015/2010/en.

Le Protocole additionnel I traite des conflits armés internationaux et le Protocole additionnel II, qui traite des conflits armés ne présentant pas un caractère international, n'a pas été ratifié par la Somalie.

Disposition du droit international coutumier, voir J. Henckaers et L. Doswald-Beck, Droit international humanitaire coutumier, règles 1-24, CICR.

Ibidem.

Ibidem.

PIDESC, article 14.

Comité des droits économiques, sociaux et culturels, Observation générale n° 11, § 9.

Disponible en anglais sur HYPERLINK "http://www.unhcr.org/refworld/country,,,LEGISLATION,SOM,456d621e2,4795c2d22,0.html" http://www.unhcr.org/refworld/country,,,LEGISLATION,SOM,456d621e2,4795c2d22,0.html . La Charte fédérale de transition prévoit la rédaction d'une nouvelle constitution fédérale par une commission constitutionnelle fédérale indépendante. Le nouveau projet de constitution fédérale a été soumis au GFT et aux autorités régionales somaliennes, mais il n'avait pas été adopté au moment de la rédaction du présent document.

Voir http://unhcr.org/4ae1e09d9.html.

Principe 13(1) des Principes directeurs ; articles 7(5)e et 9(1)e de la Convention de Kampala.

Le Comité du Conseil de sécurité sur la Somalie et l'Éthiopie publie des listes des personnes identifiées conformément au paragraphe 8 de la résolution 1844(2008), SC/9904, adoptée le 12 avril 2010. Disponible sur http://www.un.org/News/fr-press/docs/2010/SC9904.doc.htm.

ONU, Conseil de sécurité des Nations unies, Rapport du Secrétaire général sur la Somalie, S/2010/447, 9 septembre 2010.

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