Document - ÉTHIOPIE. CRAINTES DE TORTURE / MAUVAIS TRAITEMENTS CONDITIONS DE DÉTENTION DIFFICILES / PRISONNIER D'OPINION. Eskinder Negga (h), journaliste, 28 ans

ETHIOPIA ÉTHIOPIE. CRAINTES DE TORTURE / MAUVAIS TRAITEMENTS CONDITIONS DE DÉTENTION DIFFICILES / PRISONNIER D'OPINION. Eskinder Negga (h), journaliste, 28 ans

ÉTHIOPIE

CRAINTES DE TORTURE
MAUVAIS TRAITEMENTS
CONDITIONS DE DÉTENTION DIFFICILES
PRISONNIER D'OPINION


Eskinder Negga (h), journaliste, 28 ans

ACTION URGENTE

DOCUMENT PUBLIC
AFR 25/022/2006
AU 214/06
ÉFAI
Londres, le 7 août 2006

Le journaliste Eskinder Negga, qui fait partie des 76 journalistes, défenseurs des droits humains et partisans de l'opposition en instance de jugement à Addis-Abeba, la capitale, aurait été transféré dans une prison où il risque d'être torturé ou soumis à d'autres formes de mauvais traitements, et où les conditions de détention sont très éprouvantes. Amnesty International considère cet homme comme un prisonnier d'opinion car il n'a fait qu'exercer son droit à la liberté d'expression.

Selon les informations recueillies, Eskinder Negga a été transféré d'une cellule de la prison de Kaliti, à Addis-Abeba, à une section de la prison de Karchele connue sous le nom d'«Alem Bekagne» (littéralement : «le bout du monde»). Ses cellules, appelées «pièces obscures», accueillent des condamnés à mort. Il s'agirait également de cellules disciplinaires. Les conditions de détention y seraient très mauvaises : l'accès aux installations sanitaires serait restreint et les visites de proches interdites. Les cellules sont extrêmement sombres et petites ; pendant la saison des pluies, qui a lieu actuellement en Éthiopie, elles sont glaciales et humides.

Amnesty International ignore les raisons qui ont poussé les autorités à séparer Eskinder Negga des autres prévenus dans cette affaire. Son transfert a été évoqué par d'autres détenus au cours de la dernière audience des 76 inculpés, le 6 août, mais le juge n'a fourni aucune explication. Les audiences sont suspendues jusqu'au 4 octobre, pendant les vacances d'été, ce qui laisse peu de chance à Eskinder Negga de former un recours contre son transfert ; en outre, au vu des circonstances, il y a peu d'espoir que d'autres détenus puissent faire état de leurs préoccupations au sujet de ses conditions de détention.

Eskinder Negga est le rédacteur en chef du journal Satenaw. Il a été arrêté avec d'autres journalistes et membres de l'opposition le 28 novembre 2005, à la suite d'un mouvement de protestation contre les fraudes qui auraient entaché les élections législatives du 15 mai 2005. Il a été inculpé de trahison, d'«atteintes à la Constitution» et d'«incitation au complot armé», infractions passibles de la peine capitale. Serkalem Fasil, la compagne d'Eskinder Negga, a également été appréhendée et placée en détention à la prison de Kaliti. Elle était enceinte au moment de son arrestation, et a donné naissance à un petit garçon à la fin du mois de juin. La mère et l'enfant sont toujours détenus dans la prison de Kaliti. Il ne leur a pas été permis de voir Eskinder Negga.

INFORMATIONS GÉNÉRALES

Plusieurs milliers d'opposants présumés au gouvernement, issus de la Coalition pour l'unité et la démocratie (CUD) et d'autres partis d'opposition, ont été arrêtés à la suite de manifestations qui se sont déroulées en juin et en novembre 2005 à Addis-Abeba et dans d'autres villes pour dénoncer les fraudes soupçonnées d'avoir entaché les élections législatives du 15 mai 2005. Au cours des manifestations, les forces de l'ordre ont abattu 86 personnes – voire beaucoup plus selon certaines allégations – et en ont blessé plus de 200 autres, et sept policiers ont été tués par la foule. Les dirigeants de la CUD actuellement détenus, dont plusieurs ont été élus au Parlement et à la mairie d'Addis-Abbeba, avaient refusé de prendre leurs fonctions. En décembre 2005, ils ont été inculpés d'incitation à la violence. Tous les accusés, à l'exception de trois militants de la société civile, ont refusé de présenter une défense lors du procès, car ils ne s'attendaient pas à bénéficier d'une procédure équitable. Une enquête parlementaire est en cours afin de faire la lumière sur les homicides qui ont marqué les manifestations.

Eskinder Negga, ainsi que 75 autres personnes, dont 13 autres journalistes, quatre défenseurs des droits humains et de nombreux membres de la CUD, sont en instance de jugement. Vingt-cinq Éthiopiens exilés à l'étranger sont également jugés par contumace. Les charges retenues contre les journalistes concernent apparemment des articles qui ont été publiés, mais elles sont également liées aux chefs dont doivent répondre les dirigeants de la CUD. Les journalistes ne font pas partie de la CUD, à la connaissance d'Amnesty International, cependant, ils ont publié des interviews de leaders de l'opposition et critiqué le gouvernement et le Front démocratique révolutionnaire populaire éthiopien (FDRPE) pendant le processus électoral. Il semble que certains de ces articles constituent les principaux éléments à charge contre eux.

Amnesty International considère ces 14 journalistes comme des prisonniers d'opinion, car ils sont emprisonnés uniquement en raison de leurs opinions et de leur exercice pourtant légitime de leurs activités professionnelles. La plupart d'entre eux avaient déjà été arrêtés plusieurs fois en vertu de la Loi de 1992 sur la presse, dans le contexte de la répression de la liberté de la presse, et beaucoup ont été des prisonniers d'opinion (voir le rapport d'Amnesty International concernant le procès : Ethiopia – Prisoners of conscience on trial for treason: opposition party leaders, human rights defenders and journalists, mai 2006, index AI : AFR 25/013/2006.)

ACTION RECOMMANDÉE : dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite possible aux destinataires mentionnés ci-après (en anglais ou dans votre propre langue) :

- déclarez-vous préoccupé par le transfert d'Eskinder Negga dans la section Alem Bekagne de la prison de Karchele, où les conditions de détention sont mauvaises et l'hygiène est déplorable ;

- appelez les autorités à respecter les normes régionales et internationales en matière de traitement des prisonniers, telles que l'Ensemble de règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus ;

- priez-les de veiller à ce qu'Eskinder Negga ne soit ni torturé ni soumis à d'autres formes de mauvais traitements en détention ;

- demandez aux autorités d'expliquer la raison de ce transfert ;

- demandez que cet homme soit autorisé à recevoir la visite de ses proches et à voir sa compagne, Serkalem Fasil, ainsi que leur bébé.

APPELS À

Ministre de la Justice :
Mr Assefa Kesito,
Ministry of Justice
PO Box 1370, Addis Ababa, Éthiopie
Fax : + 251 11 552 0874
Courriers électroniques :
ministry-justice@telecom.net.et
Formule d'appel :
Dear Minister, / Monsieur le Ministre,

Ministre des Affaires étrangères :
Seyoum Mesvin
Ministry of Foreign Affairs
PO Box 393, Addis Ababa, Éthiopie
Fax : + 251 11 551 43 00
Courriers électroniques :
mfa.addis@telecom.net.et
Formule d'appel :

Dear Minister, / Monsieur le Ministre,

COPIES À

Ministre de la Santé :
Dr Tewodros Adhanom,
Ministry of Health,
PO Box 1234, Addis Ababa, Éthiopie
Fax : + 251 11 551 93 66

Administration fédérale des prisons :
Prison Service Headquarters,
PO Box 2234, Addis Ababa, Éthiopie

ainsi qu'aux représentants diplomatiques de l'Éthiopie dans votre pays.

PRIÈRE D'INTERVENIR IMMÉDIATEMENT. APRÈS LE 18 SEPTEMBRE 2006, VÉRIFIEZ AUPRÈS DE VOTRE SECTION S'IL FAUT ENCORE INTERVENIR. MERCI.

Amnesty International, International Secretariat, 1 Easton Street, WC1X 0DW, London, United Kingdom