Document - Equatorial Guinea: Prisoners of conscience released

Guinée équatoriale. Libération de prisonniers d’opinion

AMNESTY INTERNATIONAL

DÉCLARATION PUBLIQUE

AILRC-FR

Index AI : AFR 24/002/2011

17 juin 2011

Guinée équatoriale. Libération de prisonniers d ' opinion

Amnesty International salue le fait que cinq prisonniers d'opinion aient été remis en liberté à la suite d'une grâce décrétée par le président de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, à l'occasion de son 69e anniversaire, le 5 juin.

Si elle se félicite de ces libérations, l'organisation exhorte les autorités équato-guinéennes à mettre un terme à la persécution des opposants politiques. Le gouvernement doit immédiatement faire cesser les actes de torture et les autres formes de mauvais traitements infligés aux détenus et remettre en liberté toutes les personnes incarcérées sans inculpation ni jugement en raison de leurs liens familiaux ou amicaux avec des opposants politiques. Les responsables présumés de ces violations des droits humains doivent répondre de leurs actes devant la justice dans le cadre de procès équitables.

Le décret de grâce présidentielle a été annoncé à la radio et la télévision nationales le 4 juin 2011. Vingt-deux prisonniers ont été graciés, dont cinq prisonniers d'opinion et 17 prisonniers politiques qui étaient peut-être également détenus pour avoir exprimé leurs opinions. Vingt et un d'entre eux ont quitté la prison de Black Beach, située à Malabo, la capitale, dans l'après-midi du 7 juin et le dernier celle d'Evinayong, sur le continent, le 13 juin.

Avant leur remise en liberté, les prisonniers graciés ont dû signer un document dans lequel ils remerciaient le président de sa bienveillance. Ils se sont également engagés à ne pas commettre d'infractions semblables à celles faisant l'objet de la grâce, faute de quoi ils seraient réincarcérés pour purger le reste de leur peine, indépendamment de toute nouvelle condamnation.

Parmi les personnes graciées figurent d'anciens membres du Parti du progrès de Guinée équatoriale (PPGE), un parti politique frappé d'interdiction. Emiliano Pedro Esono Micha, Cruz Obiang Ebebere, Gumersindo Ramírez Faustino, Juan Ekomo Ndong et Gerardo Angüe ont été arrêtés sans mandat en mars 2008 en raison de leur association passée avec le PPGE. Ils ont été inculpés d'association illicite et de détention d'armes et de munitions. En juin 2008, ils ont été reconnus coupables de ces chefs d'accusation à l'issue d'un procès inéquitable et condamnés à une peine de six ans d'emprisonnement. Amnesty International les considérait comme des prisonniers d'opinion car ils avaient été arrêtés pour le simple fait d'avoir exercé de manière pacifique leur droit à la liberté de réunion et d'association. Ils ont été condamnés sur la base de déclarations qu'ils avaient signées sous la contrainte. L'organisation a milité pour leur libération.

Florencio Elá Bibang et Antimo Abeso font également partie des prisonniers graciés. Antimo Abeso a été libéré le 13 juin de la prison d'Evinayong, où il avait été transféré en janvier 2010. Les deux hommes bénéficiaient du statut de réfugié au Cameroun. En juin 2005, alors qu'ils faisaient route à travers le Nigeria pour rejoindre le Bénin, ils ont été enlevés en même temps qu'un autre homme, Felipe Esono, dit « Pancho », par des membres des services de sécurité équato-guinéens opérant avec la complicité des autorités nigérianes. Ils ont été conduits tous les trois à la prison de Black Beach, à Malabo, où ils ont été détenus au secret pendant plusieurs années. Ils ont été inculpés de tentative de renversement du gouvernement et jugés en leur absence en septembre 2005 par un tribunal militaire, qui les a reconnus coupables et les a condamnés à une peine de 20 ans de réclusion. Bien que leur incarcération au secret dans la prison de Black Beach ait été connue, les autorités ont soutenu qu'elles ne détenaient pas les trois hommes et ont affirmé que ceux-ci avaient été jugés par contumace car ils se trouvaient hors du pays. Amnesty International a condamné cet enlèvement, ce procès inéquitable et les actes de torture infligés à Antimo Abeso et Felipe Esono. L'organisation a milité pour que les autorités reconnaissent la détention des trois hommes, qu'elles mènent une enquête sur l'enlèvement et les actes de torture, et pour que les prisonniers puissent bénéficier de soins médicaux, avoir des contacts avec leur famille et consulter leurs avocats.

Quinze autres prisonniers politiques, condamnés à de lourdes peines de réclusion en février 2004 pour leur implication présumée dans une tentative de renversement du gouvernement, ont également été remis en liberté à la faveur de la grâce présidentielle. Il semblerait qu'on les ait également torturés pour leur arracher des « aveux ».

Amnesty International déplore que, malgré une loi interdisant la torture et les autres formes de mauvais traitements, aucune enquête n'ait été menée sur les actes de torture qui auraient été infligés aux prisonniers graciés ni sur l'enlèvement de certains d'entre eux. L'organisation exhorte donc les autorités équato-guinéennes à enquêter sur ces allégations de torture et ces enlèvements et à traduire en justice les responsables présumés de ces violations des droits humains.

Amnesty International est également préoccupée par la situation d'au moins 30 personnes, dont plusieurs femmes, qui sont détenues sans inculpation ni jugement dans la prison de Bata depuis octobre 2010. Leur arrestation a fait suite à l'évasion de deux prisonniers politiques, qui se sont échappés de la prison d'Evinayong en compagnie de six gardiens le 12 octobre 2010. Parmi les personnes incarcérées se trouvent des membres de l'entourage amical et familial des évadés, notamment la femme de l'un d'eux, Angustia Raquel Mangue Obiang, qui est détenue au secret et aurait été torturée, ainsi que Maria Auxiliadora Moyong, l'épouse d'un homme qui, d'après les autorités, conduisait la voiture dans laquelle les prisonniers se sont échappés, et leur fils âgé de 14 mois.

Amnesty International exhorte les autorités équato-guinéennes à libérer immédiatement et sans condition tous ces détenus ou à les inculper d'une infraction prévue par la loi et à les juger dans le cadre d'un procès équitable. L'organisation engage également les autorités à mener une enquête sur les allégations de torture.

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