Document - Making Rights a Reality: Human rights education workshop for non-governmental organizations




Pour que les droits deviennent réalité


Atelier sur l’éducation aux droits humains

pour les organisations non gouvernementales






AMNESTY INTERNATIONAL

DOCUMENT PUBLIC

Index AI : ACT 77/055/2005

ÉFAI


Londres, septembre 2005



Ce document est l’un des sept volets du Kit des militants engagés dans la campagne Halte à la violence contre les femmes.

Ce Kit des militants comprend sept documents liés les uns aux autres et destinés à toutes les personnes qui luttent contre la violence à l’égard des femmes.

Pour que les droits deviennent réalité. Ateliers de sensibilisation aux questions liées au genre(index AI : ACT 77/035/2004) : un dossier général d’éducation aux droits humains sur les concepts fondamentaux dans le domaine du genre et des droits des femmes.

Pour que les droits deviennent réalité. Agir pour mettre fin à la violence contre les femmes(index AI : ACT 77/052/2004) : un manuel pour l’action. Il propose des méthodes pour aboutir à des changements, telles que le travail de pression, l’utilisation des médias et la défense des droits devant les tribunaux pénaux et civils.

Pour que les droits deviennent réalité. Les États ont le devoir de combattre la violence contre les femmes(index AI : ACT 77/049/2004) : guide exposant les normes et le droit relatifs aux droits humains concernant l’obligation qui incombe aux États, en vertu du droit international, de combattre la violence contre les femmes.

Pour que les droits deviennent réalité. La violence contre les femmes lors des conflits armés(index AI : ACT 77/050/2005) : guide relatif aux normes internationales concernant la violence contre les femmes dans les situations de conflit armé.

Pour que les droits deviennent réalité. Atelier sur l’éducation aux droits humains pour les jeunes(index AI : ACT 77/053/2005) : dossier d’éducation aux droits humains des femmes dans le droit international, destiné aux jeunes.

Pour que les droits deviennent réalité. Atelier sur l’éducation aux droits humains pour les journalistes(index AI : ACT 77/054/2005) : dossier d’éducation aux droits humains des femmes dans le droit international, destiné aux personnes travaillant dans les médias.

Pour que les droits deviennent réalité. Atelier sur l’éducation aux droits humains pour les organisations non gouvernementales(index AI : ACT 77/055/2005) : dossier d’éducation aux droits humains des femmes dans le droit international, destiné aux personnes travaillant pour les organisations non gouvernementales.



Remerciements


Certaines des méthodes utilisées dans cet atelier sont inspirées et parfois adaptées du travail de l’Instituto Mexicano para el Desarollo Comunitario (IMDEC), une ONG de Guadalajara, au Mexique, œuvrant dans le domaine de l’éducation populaire. La deuxième séance reprend des idées adaptées de la méthode de l’«autodiagnostic triple» de l’IMDEC, que Liam Kaneprésente dans son ouvrage intitulé Popular Education and Social Change in Latin America, Latin American Bureau, Londres, 2001.



Amnesty International est un mouvement mondial composé de bénévoles qui œuvrent en faveur du respect et de la protection des droits humains reconnus au niveau international.

La vision d’Amnesty International est celle d’un monde dans lequel chacun jouit de tous les droits humains inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et dans les autres normes internationales des droits humains.

Pour que cette vision puisse se réaliser, la mission d’Amnesty international est de conduire, dans le cadre de son travail en faveur de la promotion de tous les droits humains, des recherches et des actions visant à prévenir et mettre un terme aux graves atteintes aux droits à l’intégrité physique et mentale, à la liberté de conscience et d’expression et au droit de vivre sans discrimination.

L'organisation est indépendante de tout gouvernement, de toute tendance politique, de tout intérêt économique ou croyance religieuse. Elle ne soutient ni ne rejette aucun gouvernement ni système politique, pas plus qu'elle ne défend ni ne rejette les convictions des victimes dont elle tente de défendre les droits. Sa seule et unique préoccupation est de contribuer impartialement à la protection des droits humains.

Amnesty International est un mouvement démocratique et autonome qui compte plus de 1,8 millions de membres et sympathisants dans plus de 150 pays et territoires, répartis dans toutes les régions du monde. L’organisation est principalement financée par les membres internationaux et par les dons du public.




La violence contre les femmes est un scandale planétaire. De la naissance à la mort, en temps de paix comme en temps de guerre, les femmes sont confrontées à la discrimination et à la violence de la part de l’État, de la communauté et de la famille.

Le présent dossier est conçu pour les éducateurs aux droits humains travaillant pour des organisations non gouvernementales. Il explique avec précision comment organiser et mener un atelier de deux jours destiné au personnel, aux dirigeants et aux volontaires des ONG.

Les causes et les conséquences de la violence contre les femmes sont explorées, ainsi que les mécanismes juridiques et les outils disponibles pour lutter contre cette violence. Il est affirmé clairement que les droits des femmes sont des droits humains et les participants sont encouragés à intégrer le travail sur les droits des femmes à la pratique et aux politiques de leurs organisations.

Tous les documents nécessaires à chaque séance sont inclus : études de cas, conseils et supports pour l’animateur, ainsi qu’une liste de ressources utiles et d’informations générales.



SOMMAIRE

Introduction

Le Kit du militant

La campagne Halte à la violence contre les femmes

À qui cet atelier sur l’éducation aux droits humains s’adresse-t-il ?

Informations importantes concernant l’atelier et les supports d’accompagnement

Les révélations

Déroulement de l’atelier, planning commenté et plan détaillé des séances

Les droits humains et le combat pour éliminer la violence contre les femmes

Séance n°1 : Introduction et attentes

Étape 1 : Accueil et introduction par l’animateur

Étape 2 : Dalles (ou chemins) : comment, pourquoi et quoi ?

Étape 3 : Attentes, tact et règles de base

Séance n°2 : Conceptualiser les droits et les refléter dans notre pratique

Étape 1 : Séance de réflexion : diagramme en étoile représentant ce que nous entendons par droits humains et ce que nous désignons comme les droits des femmes

Étape 2 : Pratique des participants en tant que militants des droits humains

Séance n°3 : Contexte

Étape 1 : Choisir quelques aspects fondamentaux du contexte

et concevoir un bilan visuel

Étape 2 : Présentation à tout le groupe, interprétation, analyse et discussion du contexte

Étape 3 : Lier contexte et pratique

Séance n°4 : Conceptualiser les droits des femmes et analyser les causes profondes et les conséquences de la violence contre les femmes

Étape 1 : Les droits des femmes sont-ils différents des autres droits humains ?

Étape 2 : Définir la violence contre les femmes et son étendue

Étape 3 : Les causes profondes de la violence contre les femmes

Étape 4 : Discussion

Étape 5 : Conclusion

Séance n°5 : Les droits des femmes en tant que droits humains

Étape 1 : Partie 1 de la présentation

Étape 2 : Chronologie des événements importants

Étape 3 : Partie 2 de la présentation

Séance n°6 : Conclusions de la première journée

Étape 1 : Conclure

Étape 2 : Présenter les grandes lignes de la deuxième journée

Étape 3 : Remercier les participants

Séance n°7 : Mise en train

Étape 1 :

Étape 2 :

Séance n°8 : Responsabilité des États en matière de protection des droits des femmes

Étape 1 : Présentation de la partie 2

Étape 2 : La campagne d’Amnesty International Halte à la violence contre les femmes

Étape 3 : Le concept de l’obligation d’agir (avec la diligence voulue)

Étape 4 : Réflexion collective sur les responsabilités de l’État

Séance n°9 : Appliquer l’obligation d’agir à des cas de violences contre les femmes

Étape 1 : Lecture d’études de cas en groupes

Étape 2 : Travaux de groupes sur des études de cas

Étape 3 : Bilan collectif

Séance n°10 : Les coûts de la violence contre les femmes

Étape 1: Coûts sociaux, psychologiques, économiques

Étape 2 : Sociodrame

Étape 3 : Présentation au groupe complet et interprétation des sociodrames

Étape 4 : Mini-présentation, par l’animateur, des coûts de la violence contre les femmes

Étape 5 : Quels bénéfices attendre d’un travail sur les droits des femmes ?

Séance n°11 : Retour à la pratique

Étape 1 : Retour à la pratique

Étape 2 : Changer ses propres pratiques

Étape 3 : Bilan autour de «l’exposition» ; discussion

Séance n°12 : Dernier rassemblement du groupe au complet

Étape 1 : Conclusions de l’atelier

Étape 2 : Exposer les grandes lignes de la campagne Halte à la violence contre les femmes

Étape 3 : Évaluation

Étape 4 : Clôture de l’atelier

Annexe A : Jeux «dynamisants» et activités pour la formation des groupes

Jeux dynamisants

Achever la journée

Exercices de répartition des participants en groupes

Annexe B : Supports

Support n°1 : Qu’est-ce que la violence contre les femmes ?

Support n°2 : Étendue de la violence contre les femmes

Support n°3 : Témoignages

Support n°4 : Présentation des droits humains des femmes

Support n°5 : Note sur les droits humains des femmes

Support n°6 : Principe de non-discrimination

Support n°7 : La diligence voulue (obligation d’agir)


tx7877 Support n°8 : Responsabilité de l’État de respecter, protéger, concrétiser, promouvoir – quelques exemples

Support n°9 : Cas particuliers

Support n°10 : Les coûts de la violence contre les femmes

Support n°11 : Imaginer un monde libéré de la violence contre les femmes

Support n°12 : Le programme d’Amnesty International

Support n°13 : Évaluation

Bibliographie



Introduction


La violence contre les femmes est un scandale planétaire. Partout dans le monde, des femmes continuent d’être violées, mutilées ou tuées en toute impunité. Les actions concertées des femmes ont certes débouché ces dernières années sur des modifications profondes des lois, des politiques et des pratiques, mais il est extrêmement urgent de faire connaître les récentes évolutions et de travailler avec les jeunes générations pour mettre fin à la violence liée au genre. Le présent document est destiné aux éducateurs aux droits humains qui travaillent pour des organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits humains ou d’autres organismes œuvrant dans des secteurs semblables.

Ce dossier explique avec précision comment organiser et mener un atelier de deux jours pour le personnel, les dirigeants et les bénévoles des organisations de défense des droits humains et autres ONG travaillant dans des domaines apparentés.

Son contenu aidera les participants à :

  1. réfléchir aux causes et aux conséquences de la violence contre les femmes ;

  2. comprendre que les droits des femmes sont des droits fondamentaux ;

  3. comprendre les mécanismes et les outils juridiques disponibles pour combattre la violence contre les femmes ;

  4. déterminer des façons d’intégrer le travail sur les droits des femmes en tant que droits humains aux pratiques et politiques en vigueur dans les organisations respectives des participants.


L’apprenant est au centre de tout le matériel éducatif du dossier. Une gamme de techniques d’éducation participative est mise en œuvre, notamment : travail de groupe, théâtre, jeux de rôle, études de cas, séances de réflexion, discussions et travail artistique. Agrémenté de conseils aux animateurs et d’idées d’activités supplémentaires pour les groupes, ce dossier est un instrument complet pour l’organisation de séances sur la violence contre les femmes.

Il fait partie d’un ensemble de documents élaborés par Amnesty International – le Kit du militant – pour aider les personnes qui œuvrent à faire cesser la violence contre les femmes à faire passer leur message auprès de publics variés.



Le Kit du militant


Le premier volet du kit est un dossier général d’éducation aux droits humains sur les concepts fondamentaux dans le domaine du genre et des droits des femmes : Pour que les droits deviennent réalité : ateliers de sensibilisation aux questions liées au genre(index AI : ACT 77/035/2004).

Le second, Pour que les droits deviennent réalité. Les États ont le devoir de combattre la violence contre les femmes(index AI : ACT 77/049/2004), est un guide introduisant le droit relatif aux droits humains et les normes applicables au droit des femmes de ne pas subir de violences. Il traite de la violence domestique, de la violence perpétrée par des membres de l’entourage, des dispositions de droit pénal dans ce domaine et des mesures à prendre en faveur des victimes.

Le troisième document traite des normes internationales concernant la violence contre les femmes lors des conflits armés : Pour que les droits deviennent réalité. La violence contre les femmes lors des conflits armés(index AI : ACT 77/050/2005).

Le quatrième volet, Pour que les droits deviennent réalité. La violence contre les femmes lors des conflits armés(index AI : ACT 77/052/2004), est un manuel pour l’action. Il propose des méthodes telles que le travail de pression, les actions de campagne et la défense des droits devant les tribunaux pénaux et civils. Il contient aussi des suggestions sur la façon de s’adresser aux organisations de la société civile, aux autorités des États et aux organes intergouvernementaux.

Le présent document, Pour que les droits deviennent réalité : atelier sur l’éducation aux droits humains destiné aux organisations non gouvernementales(index AI : ACT 77/055/2005) est un dossier d’éducation aux droits humains (EDH) pour les ONG. Il envisage les droits des femmes au travers du droit international. Il s’accompagne de deux autres dossiers d’EDH : Pour que les droits deviennent réalité. Atelier sur l’éducation aux droits humains pour les journalistes(index AI : ACT 77/054/2005) ; et Pour que les droits deviennent réalité. Atelier sur l’éducation aux droits humains pour les jeunes(index AI : ACT 77/053/2005).

Il est conseillé aux animateurs de prendre connaissance des volets juridiques et relatifs à l’action contenus dans le kit avant toute séance. On trouvera également d’importantes informations générales sur la question de la violence contre les femmes dans le rapport de lancement de la campagne Halte à la violence contre les femmes, intitulé Mettre fin à la violence contre les femmes : un combat pour aujourd’hui(index AI : ACT 77/001/2004), et sur le site Internet de la campagne, http://web.amnesty.org/actforwomen/index-fra.



La campagne Halte à la violence contre les femmes


La violence contre les femmes est endémique. C’est l’une des formes d’atteintes aux droits humains les plus répandues, mais aussi l’une des plus cachées. Presque partout dans le monde, elle reste largement sous-estimée.

La violence contre les femmes ignore les barrières culturelles, régionales, religieuses et économiques et touche les femmes quels que soient leur classe sociale, leur race, leur origine ethnique, leur âge, leur religion, leurs croyances, leurs handicaps, leur nationalité et leur identité sexuelle. Bien que la violence contre les femmes soit universelle, de nombreuses femmes sont victimes de formes spécifiques de violence en raison d’aspects particuliers de leur identité. Elles subissent la discrimination liée à la race, l’origine ethnique, la culture, la langue, l’identité sexuelle, la pauvreté et la santé. Selon les valeurs et les croyances de nombreuses sociétés dans lesquelles les femmes sont victimes de discrimination, la violence contre les femmes est trop souvent considérée comme «naturelle»ou «normale»et n’est donc pas combattue. La campagne d’Amnesty International sur la violence contre les femmes a été lancée le 5 mars 2004. Elle porte principalement, dans un premier temps, sur la violence au sein de la famille et dans les situations de conflit. Ses objectifs à long terme sont les suivants :

  1. abolir les lois qui soutiennent l’impunité pour la violence contre les femmes et les lois discriminatoires envers les femmes ;

  2. faire voter et appliquer des lois et des pratiques efficaces pour protéger les femmes de la violence dans les situations de conflit et d’après-conflit ; mettre un terme à l’impunité des combattants qui commettent des violences contre les femmes et de ceux qui les commandent ;

  3. rendre les États responsables, individuellement et collectivement, du devoir qui leur incombe, en vertu du droit international, de prévenir tous les actes de violence contre les femmes en temps de paix comme en temps de conflit armé, de mener des enquêtes sur ces actes, de les punir et d’imposer des réparations ;

  4. garantir une action efficace pour faire cesser les violences contre les femmes au niveau du lieu de vie, par une intervention des institutions locales et de la société civile, y compris les organismes religieux, les autorités traditionnelles et non officielles.



À qui cet atelier sur l’éducation aux droits humains s’adresse-t-il ?


Cet atelier de deux jours et les supports qui l’accompagnent sont destinés en premier lieu au personnel, aux dirigeants et aux bénévoles des organisations de défense des droits humains et des autres ONG œuvrant dans des domaines apparentés. Souvent, le travail essentiel effectué par ces organismes n’est pas mené dans une perspective de genre et n’accorde pas une place primordiale à la question du droit des femmes, et de ce fait il n’est pas possible de mettre en évidence l’impact spécifique d’une atteinte aux droits humains sur les femmes, d’en prendre acte et de tenter d’y remédier véritablement. L’atelier a pour objectif général de renforcer la compréhension et la connaissance des droits des femmes en tant que droits humains, et d’encourager les organisations de défense des droits humains et autres ONG œuvrant dans des domaines apparentés à prendre davantage en considération les droits fondamentaux des femmes. Plus particulièrement, l’atelier est conçu pour aider les participants à :

  1. réfléchir aux concepts de droits humains et de droits des femmes ;

  2. débattre des causes et des conséquences de la violence contre les femmes ;

  3. étudier l’histoire des droits des femmes en tant que droits humains ;

  4. mieux comprendre les mécanismes juridiques et les outils disponibles pour lutter contre les violences faites aux femmes ;

  5. identifier les coûts sociaux et économiques de la violence contre les femmes ;

  6. réfléchir aux pratiques professionnelles et déterminer des façons d’intégrer et de développer le travail sur les droits des femmes en tant que droits humains dans les pratiques et les politiques en vigueur dans les organisations d’où viennent les participants.

N.B. : Cet outil NE S’ADRESSE PASaux organisations de femmes. Il peut cependant être utilisé par ces organisations dans le cadre de formations externes.



Il sera bon d’inviter une représentante d’une organisation locale de femmes à intervenir lors d’une ou plusieurs séances, ou à co-animer une ou plusieurs séances. La participation d’organisations de défense des droits des femmes offre un double avantage : la présence de spécialistes de la question et la possibilité pour les participants d’établir des contacts et des partenariats.

Il est préférable, par ailleurs, que les participants aient quelques notions élémentaires sur les questions liées au genre : cela facilitera la discussion pendant l’atelier. Amnesty International a conçu des documents de formation à ce sujet (voir Pour que les droits deviennent réalité : ateliers de sensibilisation aux questions liées au genre,index AI : ACT 77/035/2004) et il peut être bon, avant l’atelier, de proposer cette formation, en totalité ou en partie, aux futurs participants.



Informations importantes concernant l’atelier et les supports d’accompagnement


L’atelier est conçu pour fonctionner dans un cadre méthodologique participatif et interactif. Il cherche à tirer profit du vécu des participants et à créer un dialogue interactif à partir des connaissances, des idées et des expériences. Il doit se dérouler dans un esprit de respect mutuel, d’égalité et de partage entre les animateurs et les participants. Les animateurs faciliteront un tel climat s’ils restent ouverts à l’apprentissage et ne se contentent pas simplement de transmettre des informations.

L’atelier et les supports qui l’accompagnent ont été testés dans plusieurs pays et adoptent, dans toute la mesure du possible, une attitude et une démarche multiculturelles face aux questions des droits des femmes et de la violence contre les femmes. Des documents portant sur des régions spécifiques sont fournis à la fin du dossier, mais sans aucune prétention à l’exhaustivité. Nous invitons les animateurs à méditer les conseils suivants.

  1. Préparer les ateliers, de manière à bien connaître toutes les séances et les activités et à être au fait des questions abordées. Sur certaines questions pointues, envisager une co-animation avec un spécialiste externe. Ne pas hésiter à adapter l’ordonnancement de l’atelier ou de telle ou telle séance spécifique en fonction des besoins du public visé et du contexte culturel et politique local, sans modifier les objectifs des séances.

  2. Se procurer des exemplaires des autres volets du Kit du militant, en particulier Pour que les droits deviennent réalité. Les États ont le devoir de combattre la violence contre les femmes (index AI : ACT 77/049/2004) et Pour que les droits deviennent réalité. La violence contre les femmes lors des conflits armés (index AI : ACT 77/050/2005), qui comportent d’utiles informations en matière juridique.

  3. Avant le début de la séance, vérifier à l’aide de la liste récapitulative qui lui correspond que tout le matériel nécessaire est réuni.

  4. Cet atelier a été conçu pour un groupe de 15 à 20 participants et les séances sont minutées en fonction de cet effectif. Si votre groupe est de taille sensiblement différente, vous devrez ajuster les temps impartis. Les animateurs s’efforceront de travailler dans le cadre des tranches horaires prévues, en gardant à l’esprit qu’il ne s’agit que de lignes directrices et que chaque groupe est différent. Chacun doit être capable de s’adapter lorsqu’il y a besoin de plus ou moins de temps. La souplesse est un élément essentiel, mais n’oubliez pas les participants se sont engagés pour un atelier de deux jours : faites en sorte de ne pas avoir terminé le deuxième jour à midi, ou de devoir travailler jusqu’à minuit, sauf accord préalable !

  5. Les activités de stimulation ou de mise en train ne font pas partie de l’atelier à proprement parler (hormis pour la séance d’ouverture). En fonction du déroulement de l’atelier et du dynamisme des personnes, on pourra utilement y avoir recours après le repas de midi ou les pauses, pour maintenir la vigilance et l’entrain des participants. L’annexe A propose une sélection d’activités de stimulation et quelques idées pour répartir les participants en groupes de travail.

  6. Bien que les séances soient conçues pour inciter les participants à s’impliquer activement, il arrive souvent que dans un groupe donné, certains soient plus actifs et s’expriment avec plus de facilité que d’autres. L’animateur a le devoir d’encourager une participation égale de tous. Le travail par petits groupes et les techniques interactives aident à y parvenir, mais vous devrez parfois trouver des moyens variés pour limiter la participation de certains tout en encourageant un plus grand investissement de la part d’autres. Il est important de trouver la bonne dynamique au sein du groupe. La clé d’un déroulement harmonieux, et donc de la réussite de ces ateliers, consiste à faire en sorte que le groupe entier et les sous-groupes fonctionnent correctement. Voici quelques idées pour obtenir la participation de tous :

Ø toujours réagir de manière positive aux contributions des participants, mettre en valeur ce qu’ils ont dit, même si vous devez reformuler le contenu ou contester celui-ci. Pour les inciter à prendre part aux discussions, faire en sorte qu’ils se sentent libres de prendre la parole, même lorsqu’ils manquent d’assurance ;

Ø utilisez le langage du corps pour mettre un terme à une intervention orale – levez-vous et approchez-vous un peu de la personne qui parle en levant légèrement vos mains devant vous, comme si vous vous apprêtiez à parler – puis, en reprenant simplement quelque chose qui vient d’être dit, profitez-en pour éloigner la discussion de cette personne et tournez-vous vers d’autres, ou vers un autre sujet ;

Ø mélangez les groupes pour que les mêmes personnes ne travaillent pas toujours ensemble ;

Ø gardez à l’esprit que tout le monde n’apprend pas de la même manière, ni à la même vitesse. Soyez donc attentif à la façon dont les différents participants réagissent aux idées nouvelles ; efforcez-vous d’adopter un rythme moyen. N’ayez pas de présupposés quant aux connaissances des participants et souvenez-vous que vous travaillez avec des adultes motivés ;

Ø ne désignez pas tel ou tel participant et ne forcez personne à parler. Adressez-vous plutôt à l’ensemble du groupe en utilisant des formules telles que «Est-ce que quelqu’un qui n’a pas encore parlé aimerait ajouter quelque chose ?»ou «Laissons la parole à ceux qui ne l’ont pas encore prise». Évitez aussi les questions directes entraînant une réponse de type vrai/faux (telles que «Que signifie … ?»), les participants risquant de se sentir contraints et gênés s’ils ont le sentiment de ne pas être capables de répondre ;

Ø si un participant semble trop effacé, ou fait preuve au contraire d’un franc-parler excessif, profitez de la pause pour aborder la question incidemment avec lui (MAIS jamais à portée de voix d’autres participants) ;

Ø la qualité de l’animation est primordiale :

- soyez un animateur actif mais n’écrasez pas l’atelier – vous jouez un rôle essentiel dans la réussite de ces journées. Utilisez votre expérience sur ce qui fonctionne bien pour obtenir des participants qu’ils s’impliquent et pour faire en sorte qu’ils puissent parler ouvertement ;

- soyez aussi clair que possible sur les buts et objectifs de chaque séance, pour que les participants comprennent ce que vous tentez d’obtenir. Attention toutefois : trop en dire peut nuire à la participation (et il est souvent important de rebondir sur les idées des participants) ;

- restez serein devant l’éventualité de NE PAS SAVOIR répondre à toutes les questions, mais faites en sorte de bien connaître le sujet ainsi que les différentes parties de l’atelier et leur but. «Démystifiez votre rôle d’[animateur].Si les membres du groupe ne comprennent pas votre rôle, ils vous ressentiront probablement comme une autorité et ne verront pas qu’ils doivent endosser la responsabilité de leur propre démarche d’apprentissage(1).»

- NE VOUS ASSEYEZ PAS et NE RESTEZ PAS INACTIF pendant que les participants travaillent par groupes de deux ou davantage – il est particulièrement démotivant pour les participants de voir l’animateur ne rien faire ou avoir l’air de s’ennuyer pendant qu’ils travaillent dur dans leur groupe ;

- déplacez-vous et vérifiez que les groupes savent exactement ce qu’ils ont à faire et avancent dans leur tâche ;

- utilisez ce temps pour accrocher aux murs les feuilles mobiles ;

- vérifiez vos notes pour la prochaine étape ou la prochaine séance, afin d’être prêt le moment venu ;

- il est très important de surveiller l’heure et d’informer les participants des contraintes de temps avant tout travail qu’ils devront accomplir ;

- soyez amical et d’un abord facile, faites preuve d’humour, mais NE FAITES JAMAIS de blagues douteuses !

- N’oubliez pas que la langue est un outil puissant, non seulement quant au contenu mais aussi quant à sa capacité d’intégration au travers de ce qui est dit – vous pouvez souhaiter vous inclure, personnellement, dans la langue et les idées véhiculées en disant «nous»au lieu de «vous». Les animateurs devront faire ce choix avant de lancer l’atelier.

  1. Enfin, nous vous conseillons vivement d’être attentif à la nature sensible des thèmes abordés et :

Ø d’informer les participants, avant l’atelier, du contenu qui va être abordé et vous assurer qu’ils comprennent bien les buts de l’atelier. Vous pouvez donner aux participants un aperçu du programme en créant un document à partir d’un copier-coller des deux premières colonnes du planning (voir le diagramme du déroulement de l’atelier et le planning commenté, pages 13 et de 15 à 21), que vous leur enverrez une semaine au moins avant le début de la formation ;

Ø afin de créer une bonne atmosphère de travail, évoquez clairement dès le début de l’atelier le caractère sensible des sujets. Soulignez l’importance du respect tout au long des deux journées à venir. Dans un atelier où sont discutées des opinions fortement ancrées et des questions relatives aux préjugés et à la discrimination, il est essentiel que les personnes puissent exprimer leur avis, même si nous ne le partageons pas, tout en faisant en sorte qu’aucun participant ne blesse un autre. Les opinions sexistes ou marquées par les préjugés seront acceptées, mais il faudra ensuite les remettre en question, les déconstruire, et les renvoyer aux participants en leur demandant de changer de perspective, de mettre au jour les causes profondes de ces opinions, ainsi que leurs conséquences. Essayez de vous appuyer sur un exemple sans rapport, mais qui illustre le même point. Il peut être ainsi commode d’évoquer l’appartenance ethnique pour aider les participants à établir des liens avec les questions de préjugés et de discrimination, particulièrement dans les ateliers où les participants expriment des opinions fondées sur le relativisme culturel. N.B. :En cas de remarques injurieuses ou d’attaques personnelles directes, il importera de les traiter ouvertement en indiquant clairement à la personne concernée que ce type de comportement ne sera pas toléré ;

Ø les participants ne doivent pas être directement invités à faire part de leur vécu en matière de violence contre les femmes. Les témoignages doivent émerger spontanément dans le cadre des activités proposées et être traités avec beaucoup de tact (voir ci-dessous les lignes directrices sur les révélations) ;

Ø gardez un temps suffisant pour faire le point à la fin de la séance si les participants ont apporté des témoignages personnels ou si des révélations ont été faites. N’INTERROMPEZ JAMAIS brutalement quelqu’un qui raconte une expérience personnelle dans le domaine de la violence contre les femmes, même si la séance s’en trouve prolongée au-delà du temps prévu ;


Les révélations


(Adapté de Advice for Handling Questions or Inquiries from Persons Alleging Violence Against Themselves or Someone Else, section canadienne (anglophone) d’Amnesty International, 2004 (en anglais).

Il est reconnu à l’échelle internationale qu’une femme sur trois sera à un moment ou un autre de sa vie victime de violences physiques.

Même si les participants ne doivent pas être directement invités à raconter leur expérience personnelle, les animateurs doivent s’attendre à ce que certaines participantes révèlent qu’elles ont elles-mêmes été victimes de violences ou que quelqu’un raconte avoir été élevé dans un foyer marqué par la violence.

Dans les ateliers où les participants ne sont pas directement invités à faire part de leur expérience personnelle, les femmes qui font des révélations ne sont généralement plus battues. L’animateur doit cependant être conscient du fait qu’il peut y avoir dans le groupe d’autres femmes qui sont actuellement victimes de violence et qu’il est aussi possible que des auteurs de violence figurent parmi les participants. Nous invitons les animateurs confrontés à ce type de révélations à suivre les recommandations suivantes :

1) Respecter la personne et ne pas la juger.Il convient de prendre au sérieux les révélations et de veiller à mettre à l’aise la personne qui s’exprime, quelle que soit la nature ou l’ampleur des violences. Il serait inutile et malvenu de juger si ce que la personne a vécu est de la violence. Il convient de noter que la violence contre les femmes, les jeunes filles et les fillettes peut être physique, affective ou psychologique. Il faut la reconnaître, quel qu’en soit l’auteur. Il est indispensable que la personne reçoive un soutien et des paroles amicales d’une personne compréhensive et compatissante au moment de la révélation.

2) Avoir à disposition une liste d’adresses et de numéros de téléphone de personnes et d’associations pouvant aider les victimes. Si une participante établit le dialogue et recherche de l’aide, il faut pouvoir l’orienter. Il est donc essentiel d’avoir toujours à disposition, pendant les ateliers, les noms et numéros de téléphones ou adresses Internet d’organisations susceptibles d’aider les femmes, les jeunes filles et les fillettes qui ont subi des violences. Laissez, par exemple, ces coordonnées dans un endroit discret afin que les participants puissent les consulter à l’abri des regards s’ils le souhaitent. Un tableau vierge que vous pouvez remplir avec les coordonnées des organisations adaptées aux participants de votre groupe figure dans le chapitre Outils,à la fin de ce dossier.

Il est important de discuter avec les organisations et d’obtenir leur accord explicite avant de leur envoyer une personne qui a besoin de leur aide. En effet, les associations ou personnes qui apportent un soutien et des conseils aux personnes traumatisées par la violence ont des lignes directrices que vous devez connaître et intégrer pour mieux remplir votre rôle d’orientation.

N’essayez pas de fournir une aide à la personne, MAIS prenez le temps d’écouter. Un animateur d’EDH n’est pas formé pour apporter une aide aux personnes qui ont subi des violences et ne doit jamais se présenter comme tel. Il doit expliquer clairement son rôle dès le début de l’atelier afin que les participants sachent quel soutien ils pourront attendre s’ils font des révélations. L’animateur est chargé de diriger les débats sur la violence contre les femmes et les questions liées au genre, et de créer un climat favorable à l’apprentissage sur les thèmes et sujets abordés. Si vous êtes confronté à des révélations, prenez au sérieux l’expérience de la personne et trouvez le temps nécessaire et le lieu appropriés pour lui parler dans un environnement sûr et sécurisant. Expliquez-lui ce que vous pouvez et ne pouvez pas lui apporter et encouragez-la à contacter des organisations qui pourront l’aider.



Déroulement de l’atelier,

planning commenté et plan détaillé des séances


Vous trouverez ci-après le plan détaillé de chaque séance de l’atelier, qui explique de manière précise le déroulement prévu des exercices. Les séances ont chacune un objectif particulier et s’enchaînent logiquement (voir ci-dessous le diagramme du déroulement de l’atelier, qui expose le contenu des deux journées – n’hésitez pas à le communiquer aux participants si vous le souhaitez). Chaque séance s’inscrit dans un certain cadre horaire, qu’il vous revient d’adapter en fonction du nombre de participants. Appuyez-vous sur votre expérience et faites ce qui vous semble raisonnable.

Comme nous l’avons observé dans l’introduction, les séances et supports ont été élaborés pour un public multiculturel composé de femmes et d’hommes. Il a été essayé sur des groupes expérimentaux. Vous apprécierez, notamment en fonction de votre expérience, s’il faut adapter les documents pour satisfaire aux besoins des participants.

Le diagramme qui suit illustre la logique du déroulement de l’atelier.



Déroulement de l’atelier


Les droits humains et le combat pour éliminer la violence contre les femmes

Durée :atelier de deux jours

Utilisateurs :éducateurs aux droits humains

Public :organisations de défense des droits humains et autres ONG (MAIS pas les organisations de défense des droits des femmes)

Participants :maximum 20 (10 ONG – dans l’idéal, deux participants par ONG).

L’objectif est de renforcer la compréhension et la connaissance des droits des femmes en tant que droits humains et d’encourager les organisations de défense des droits humains et autres ONG travaillant dans des domaines apparentés à davantage prendre en considération les droits fondamentaux des femmes dans leurs pratiques.

Objectifs spécifiques :

  1. susciter la réflexion sur les causes et les conséquences de la violence contre les femmes ;

  2. faire comprendre que les droits des femmes sont des droits humains ;

  3. comprendre les mécanismes et outils juridiques disponibles pour combattre la violence contre les femmes ;

  4. trouver des moyens d’intégrer le travail sur les droits des femmes en tant que droits humains dans les pratiques et les politiques en vigueur dans les organisations des participants.


Séance/HEURE

CONTENUMÉTHODEMATÉRIEL




Séance n°1,

9 h 30 – 10 h 30 (1 heure)

Accueil

Introduction à l’atelier







Présentations

Tour de table, chaque personne se présente (nom, ONG, poste dans l’organisation).







Attentes

Attentes : Activité «dalles». Les participants reçoivent trois «dalles» chacun sur lesquelles ils écrivent leurs réponses (une réponse et une couleur différente par dalle) et qu’ils étalent devant eux. Ils doivent répondre aux questions suivantes :

- Pourquoi vous-êtes vous impliqué dans les questions des droits humains ?

- Pourquoi vous intéressez-vous aux droits des femmes ?

- Qu’espérez-vous retirer de positif de cet atelier ?

Découper des fiches en forme de dalles.







Buts :

- Présentation des buts de la série d’ateliers, par l’animateur

- Retour aux attentes et à ce que l’on peut raisonnablement apporter

Buts/objectifs sur tableau à feuilles mobiles ou par rétroprojecteur





Pause café, 10 h 30 – 10 h 45

Séance n°2,

10 h 45 – 12 h 00

(1 heure et 15 minutes)

Et par droits humains des femmes ?Diagramme en étoile – à l’aide de mots ou de très brèves descriptions seulement (écrire avec des couleurs différentes les mots s’appliquant aux droits humains et ceux concernant les droits des femmes) – avec le groupe complet ou en deux groupes. Faites d’abord porter la question sur les droits humains, puis sur les droits des femmes. Si vous travaillez avec deux groupes, l’un d’eux peut lancer sa réflexion sur les droits humains pendant que l’autre se préoccupe des droits des femmes.Deux ou quatre feuilles de grand format assemblées et des marqueurs de différentes couleurs.





Quelle est notre pratique en tant que membres du personnel d’une ONG, ou en tant que militants ?

Buts et objectifs de leur travail

(Sur quel type de question vous concentrez-vous ? Avec qui et pour qui travaillons-nous ? Par ex : groupes cibles, partenaires principaux)

Débattre des questions ci-dessus :

(i) par groupes de deux personnes de la même organisation ;

(ii) par groupes de quatre.

Bilan avec le groupe complet.

[N.B. : Cet exercice n’interroge pas de façon explicite sur le travail des participants en matière de droits des femmes. Si vous choisissez de demander précisément comment leurs pratiques actuelles se centrent sur les femmes, vous devrez prendre garde à bien focaliser les questions et les débats lorsque le groupe «reviendra à la pratique», le lendemain.]






Séance n°3,

12 h 00 – 12 h 45

(45 minutes)

Le contexte de notre travail

(i) Obstacles / Défis à relever

Opportunités

Les mêmes petits groupes se retrouvent pour débattre et s’accorder sur le contexte dans lequel les participants travaillent – aux niveaux local, régional ou international ; ils peuvent retenir ces trois niveaux ou bien s’en tenir au contexte spécifique qui influe le plus sur leur travail. Ils communiqueront alors de façon visuelle leurs idées collectives, sans ou avec très peu de mots –et donc au moyen d’une présentation graphique ou de dessins.

Tout le groupe étant réuni, demandez que chaque sous-groupe analyse/interprète les dessins des autres avant que le sous-groupe concerné explique ce qu’il a dessiné. Accrochez les feuilles sur un mur de l’atelier de façon à ce que les participants puissent revoir/se souvenir de l’ensemble des compétences et domaines mis en jeu dans le travail. Cet aspect est particulièrement utile pour que des réseaux se constituent lors des pauses !






Pause déjeuner, 12 h 45 –14 h 00

Séance n°4,

14 h 00 – 15 h 45

(1 heure et 45 minutes)

Le groupe entier est réuni, ou subdivisé s’il est très important. Dans les deux cas, l’animateur se reporte à la séance n°2 et s’empare de quelques-uns des éléments listés – puis lance une discussion sur les différences ou les intérêts particuliers émergeant des réponses données sur les feuilles –discussion.





Définition de la violence contre les femmes

Comment les participants définiraient-ils la violence contre les femmes ? Débattez puis, à partir des idées émises, amenez la définition que propose Amnesty International et expliquez pourquoi nous estimons nécessaire d’accorder une attention toute particulière aux droits humains des femmes.

Document définissant la violence contre les femmes.

Document sur l’étendue de la violence contre les femmes.






Invisibilité /

Racines profondes /

Pouvoir

Agrémentez ce début de séance avec une chanson pop ou folk du pays ou de la région, où les femmes apparaissent dans des rôles spécifiques. Ou bien choisissez une histoire bien connue campant les femmes dans leur rôle traditionnel ; vous pouvez aussi recourir à des photographies tirées de magasines, de journaux, de publicités, etc. Demandez aux participants d’écouter et de réfléchir sur ces mots/images et sur la façon dont les femmes sont présentées, puis demandez s’ils voient un quelconque rapport avec la violence contre les femmes.

Puis faites travailler les groupes sur le thème des «causes» et des «conséquences» – un arbre, ou tout autre forme visuelle, servira à identifier les causes (les «racines») et les conséquences (représentées par des fruits) de la violence contre les femmes. Chaque groupe peut faire son propre arbre ou bien, après un travail en groupes pour lister les causes et les conséquences, vous pouvez faire un seul grand arbre qui sera complété, conjointement, par le groupe réuni.

Feuilles de grand format en quantité, ruban adhésif et marqueurs de différentes couleurs.






Considérer quelques exemples spécifiques de violence contre les femmes

Pour ce faire, ayez recours à des exemples concrets. Faites ressortir les causes profondes, le pouvoir, etc. pour établir un lien avec l’exercice précédent.

Témoignages (et vidéo, si vous disposez d’un tel document dans la langue appropriée, montrant des exemples de violence contre les femmes).





Pause café, 15 h 45 – 16 h 00

Séance n°5,

16 h 00 à 17 h 15

(1 heure et 15 minutes)

Présentation (c’est seulement à ce stade que se fait la première partie de la présentation en grandes lignes des trois phases).Notes de présentation (chaque animateur devra créer une présentation sur PowerPoint ou par rétroprojecteur, ou sur un tableau à feuilles ²mobiles).





Les droits des femmes en tant que droits humains dans votre pays et votre région

Chronologie des événements significatifs sur un axe de temps… les participants inscrivent les événements internationaux, régionaux et nationaux qui ont un rapport avec les droits des femmes dans leur pays et leur région.

En faire une représentation sur un grand axe de temps et l’accrocher au mur.

Trois feuilles de grand format assemblées bout à bout pour constituer un support tout en longueur






Introduction de la référence aux normes et mécanismes juridiques, etc.

Deuxième partie de la présentation – grandes lignes des mécanismes juridiques, brièvement (vous approfondirez ce panorama général le lendemain)

Document sur l’obligation d’agir (avec la diligence voulue)







Terminez en insistant sur le principe de non-discrimination (document supplémentaire sur ce sujet)

Document sur le principe de non discrimination





Séance n°6,

17 h 15 – 17 h 45

(30 minutes)

Mise au point générale, explication des interprétations, présentation succincte de la deuxième journée

Discussion avec le groupe entier






Cheminement des droits des femmes en tant que droits humainsQu’entendons-nous par droits des femmes, sont-ils différents des autres droits humains ? Devons-nous nous y attacher en particulier ?Qu’entendons-nous par droits humains ?

2e JOURNÉE






927



Séance n°7,

9 h 30 – 9 h 40

(10 minutes)






Récapitulation de la journée précédente

Discussion avec le groupe entier






Séance n°8,

9 h 40 à 10 h 30

(50 minutes)

Analyse des outils juridiques – mécanismes internationaux et régionaux

Récapituler brièvement la construction des différents mécanismes juridiques, les présenter de manière plus détaillée, renvoyer les participants à des documents spécifiques ou à des articles de ces documents (voir les ressources régionales en annexe pour les documents se rapportant à des régions particulières, comme la Charte africaine en Afrique, etc.)

Distribuer des exemplaires de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes – mettre en exergue des articles d’autres normes essentielles en matière de droits humains ainsi que tout document pertinent sur les droits humains au niveau régional.






Concept d’obligation d’agir (avec la diligence voulue)

Montrer la vidéo de lancement de la campagne (qui débouche avec beaucoup de justesse sur une explication de l’obligation d’agir)

Vidéo de lancement de la campagne







La clé consiste à aider chacun à comprendre en quoi consiste cette obligation, qui rend les gouvernements responsables des atteintes aux droits perpétrées par des agents non gouvernementaux. Discussion. Il peut s’avérer nécessaire de clarifier avec les participants ce que l’on entend par agents gouvernementaux et non gouvernementaux.

Document sur l’obligation d’agir (diligence due).





Pause café, 10 h 30 – 10 h 45

Séance n°9, 10 h 45 – 12 h 45 (deux heures)

Écrivez les réponses aux questions ci-dessus sur les feuilles.






3. Que ferez-vous différemment ? Demandez à des groupes de deux personnes (ou plus) de la même ONG ou d’ONG semblables de désigner deux ou trois points d’action (ou étapes prochaines) au niveau de l’organisation.

Chaque groupe de deux personnes (ou plus) affiche sa feuille sur un mur servant de «galerie» et d’autres personnes y ajoutent, sur des Post-it, des suggestions de soutien, de travail en réseau, de collaboration.

Bilan devant le groupe entier/discussion – insistez particulièrement sur ce que chaque participant a appris sur lui-même, ses pratiques ; y a-t-il eu des surprises ?








Enfin, demandez à chacun de noter sur une carte postale des points d’action au niveau individuel (qui pourra leur être expédiée par courrier au bout d’un mois, pour les encourager à tenir leurs promesses !)

Cartes postales à remplir par les participants.





Séance n°12,

16 h 30 – 17 h 30

(1 heure)

Dernière réunion du groupe au complet








Donner les grandes lignes de la campagne d’Amnesty International

S’il reste du temps, rappeler les principaux objectifs de la campagne d’Amnesty International Halte à la violence contre les femmes.







Bilan

Dernier bilan devant le groupe entier, par les animateurs

Questions-réponses de fin







Atelier d’évaluation

Évaluation orale et écrite

Document d’évaluation (Support n°12)





Application des mécanismesRemise en train avec centrage sur les questions de genre

Séance n°1

Introduction et attentes


But de la séance : Faire en sorte que les participants se connaissent mutuellement ; comprendre les raisons qui les ont menés à participer à l’atelier et ce qu’ils en attendent ; présentation du contenu.

Durée :1 heure

Matériel nécessaire :

1) dossiers des participants contenant un exemplaire de leur emploi du temps (réalisé par l’animateur à partir de son propre document commenté) ;

2) bloc-notes et stylo ou crayon ; badge nominatif ;

3) feuilles de grand format et marqueurs de différentes couleurs ;

4) trois feuilles de papier ou de carton léger de couleurs différentes par participant – qui pourront être découpées en forme de dalle ou d’empreinte de pied, ou simplement trois petits cartons de format A6 ;

5) si possible, des Post-it.


Étape 1 : Accueil et introduction par l’animateur

Nous vous recommandons de commencer par cinq minutes de présentation du sujet – à vous éventuellement de le relier au travail de vos propres organisations, ou de vous référer directement à la campagne d’Amnesty International Halte à la violence contre les femmes. Voir le document Mettre fin à la violence contre les femmes : un combat pour aujourd’hui(index AI : ACT 77/001/2004) et le site Internet d’Amnesty International http://web.amnesty.org/actforwomen/index-fra. Si ce n’est déjà fait, demandez aux participants d’inscrire sur leur badge le nom par lequel ils préfèrent être appelés et de le porter en évidence sur eux tout au long de l’atelier. Puis faites le tour de la salle et demandez à chacun de se présenter brièvement au groupe en indiquant :

  1. son nom ;

  2. l’organisation dans laquelle il/elle travaille ou est bénévole et ce que fait l’organisation ;

  3. son rôle dans cette organisation.

CONSEILS À L’ANIMATEUR : Vous êtes un animateur expérimenté et vous préférez sans doute certaines méthodes à d’autres pour démarrer un atelier ; notre principale recommandation sera que vous optiez pour quelque chose qui vous convient mais, comme la partie suivante de la séance fera émerger davantage d’informations de la part de chaque participant, faites en sorte que ces premières présentations soient brèves.


Étape 2 : Dalles (ou chemins) : comment, pourquoi et quoi ?

Le but de cet exercice est d’amener doucement les participants à livrer des informations intéressantes sur :

(i) comment ils en sont venus, pour la première fois, à travailler ou à être bénévoles dans le domaine des droits humains ou un domaine apparenté ;

(ii) pourquoi ils s’intéressent aux droits des femmes ;

(iii) quel bénéfice ils espèrent tirer de l’atelier.

Écrivez ce qui précède sous forme de question sur une grande feuille de papier. Après chaque question, écrivez entre parenthèses une couleur correspondant aux cartes de couleur que vous avez données aux participants. Lors du bilan, vous verrez ainsi à quelle question une réponse est en train d’être donnée.

Chaque participant reçoit trois cartes ou feuilles de papier de couleurs différentes. Vous pouvez leur donner des formes de dalles, ou d’empreintes de pieds – selon ce que vous jugez être le plus adéquat pour vos participants. (Remarque : s’il y a dans l’assistance un ou plusieurs handicapés physiques, optez de préférence pour une autre métaphore, comme une carte routière, ou des chemins.)

CONSEILS À L’ANIMATEUR : Une fois que les participants ont commencé à travailler, pensez à répéter les catégories de couleurs. Il est fréquent qu’ils se lancent dans l’écriture et ne réalisent qu’ils ont fait quelque chose de différent des autres qu’au moment du bilan.

Expliquez que vous souhaitez avoir des réponses brèves aux trois questions sur les différentes cartes de couleur et qu’elles devront être partagées avec l’ensemble du groupe dans les cinq minutes à peu près. Faites le tour de la pièce pour vérifier que chacun a compris et soyez attentif à la vitesse moyenne. Lorsque la moitié environ des participants semble avoir terminé, expliquez aux autres qu’il ne leur reste qu’une minute ou deux.

Pendant que les participants achèvent de répondre, installez une feuille A4 portant les mots «Protéger les femmes de la violence» au centre du mur, en prévoyant que les cartes viendront s’accrocher autour. Lorsque tout le monde a terminé, demandez que chacun veuille bien communiquer ses réponses, en prenant les trois réponses de chaque participant en une seule fois et, en commençant par disposer leur réponse à la question (i) en bordure, collez leurs cartes de couleur en les alignant vers «Protéger les femmes de la violence». Voir le diagramme ci-dessous.


Lorsque chacun a terminé (il est assez facile pour vous, en tant qu’animateur ou animatrice, de vous participer à l’exercice puisque vous avez, vous aussi, des informations vous concernant, ce qui permet d’entrer dans la dynamique du groupe), vous obtiendrez une carte murale multicolore à laquelle vous pourrez vous référer, et vous aurez entendu une part du vécu des participants, de leurs idées et leurs attentes. Il sera utile d’y revenir lors de l’évaluation finale de l’atelier.

CONSEILS À L’ANIMATEUR : Cet exercice peut être long dans les groupes importants, aussi soulignez dès le début que vous attendez des réponses brèves. Éventuellement, expliquez comment vous en êtes vous-même venu à travailler dans les droits humains – mais prenez garde tout de même au fait que les exemples donnés par les animateurs, en particulier aux premiers stades d’un atelier, sont souvent ressentis comme étant les «bonnes» réponses par les participants, qui se sentent alors poussés à les reproduire.


Étape 3 : Attentes, tact et règles de base

Une fois que toutes les contributions ont été mises en commun et que les cartes ont été affichées au mur, lisez à haute voix quelques-unes des réponses sur ce que les participants attendent de l’atelier. Appuyez-vous sur ces éléments pour reprendre l’ordre du jour, tant en termes de contenu que de structure, et en insistant sur plusieurs points essentiels :

(a) L’atelier est participatif et interactif. Il est conçu de manière à pouvoir évoluer en fonction du vécu, des idées et des connaissances des personnes présentes. Personne, ni vous ou ni aucun autre animateur, ne connaît toutes les réponses. Chacun d’entre vous peut saisir cette chance de partage et d’apprentissage commun.

(b) Annoncez les chiffres établis par Amnesty international, selon lesquels une femme sur trois dans le monde sera victime de violences au cours de sa vie. Soulignez qu’il peut donc se trouver dans la pièce des personnes qui ont subi des violences ou qui en ont été témoins. (Remarque : ce chiffre englobe les pays en conflit et peut être inférieur dans certains pays. Une femme sur quatre, par exemple, est concernée au Royaume-Uni). Insistez sur le fait que vous N’ÊTES PAS en train de demander à quiconque de relater son vécu personnel, mais que chacun dans la pièce devrait être conscient que des histoires personnelles émergeront peut-être pendant l’atelier : aucun jugement ne doit être porté. (Lisez les notes relatives à la révélation de situations vécues, pages 10 à 12 ci-dessus, pour vous préparer, vous-même, à toute éventualité).

(c) Puisqu’il s’agit d’un atelier sur les droits humains et les droits des femmes, il importe que la discussion soit ouverte et libre. Même si nous ne sommes pas toujours d’accord entre nous, nous devons écouter et respecter toute contribution au moment où elle est livrée. Chacun est libre de contester poliment ou de remettre en question des opinions ou des idées, par la suite. Insistez sur la nécessité que chacun écoute chacun, pour que tous aient une occasion de parler et, finalement, indiquez très clairement que les injures directes ou les agressions, verbales ou comportementales, ne seront pas tolérées.

Si l’horaire le permet, les participants peuvent faire des ajouts à votre liste. Une liste de mots-clés tels que «écouter», «respecter», etc., peut être inscrite sur le tableau à feuilles mobiles et constituer ainsi les règles de base de l’atelier. (Plutôt que de «règles de base», vous pouvez préférer parler de «création de notre propre environnement de travail», ou de «conventions pour la participation à l’atelier», etc.)



Séance n°2

Conceptualiser les droits et les refléter dans notre pratique


But de la séance :encourager les participants à partager leurs conceptions sur les droits humains et les droits des femmes et à réfléchir à la manière dont ils agissent dans ces deux domaines.

Durée :1 heure et 15 minutes

Matériel nécessaire :

(1) Feuilles de grand format et marqueurs de différentes couleurs

(2) Post-it


Étape 1 : Séance de réflexion : diagramme en étoile représentant ce que nous entendons par droits humains et ce que nous désignons comme les droits des femmes

Assemblez quatre feuilles de grand format et affichez-les sur un mur ou sur un tableau. Écrivez les mots DROITS HUMAINS au centre et demandez aux participants de rechercher des idées, ou de faire surgir, à cadence rapide, le plus grand nombre possible de mots ou de très courtes phrases qui leur viennent à l’esprit lorsqu’ils pensent aux droits humains. Au fur et à mesure que les participants parlent, tracez des traits à partir de l’inscription «droits humains» et inscrivez leurs idées aux extrémités de ces traits.


Laissez les participants aller jusqu’au bout de leurs idées avant de prendre un marqueur d’une couleur différente et d’écrire les droits des femmes sous ou à côté des droits humains et répétez le même exercice que ci-dessus. Utilisez des couleurs différentes pour les mots relatifs aux droits humains et ceux se rapportant aux droits des femmes. Recherchez quelques éléments communs et quelques éléments différents. Vous pouvez aussi demander à certains s’ils ont, ou non, inclus les droits des femmes lorsqu’ils réfléchissaient aux droits humains, et pourquoi. NE VOUS ATTARDEZ PAS sur ces différences à ce stade, car nous y reviendrons plus tard au cours de l’atelier.

Identifiez différents types de droits comme ceux qui se rangent dans les droits civils et politiques, les droits économiques, les droits sociaux et culturels.

[Autre méthode :répartissez les participants en deux groupes et demandez à chaque groupe de s’attaquer à un thème différent. Après cinq minutes de questionnements dans les sous-groupes, reconstituez le groupe complet et demandez aux participants de comparer brièvement, comme ci-dessus.]

Dans une séance de ce type, les participants ont toute latitude pour partager librement leurs idées et échanger des opinions.

À la fin de cette étape, vous aurez créé une représentation visuelle de la manière dont les participants conceptualisent les droits humains et les droits des femmes.


Étape 2 : Pratique des participants en tant que militants des droits humains

Appuyez-vous sur un choix d’idées et de mots du diagramme en étoile pour déboucher sur les pratiques ; en d’autres termes, sur ce que font les participants dans leurs organisations respectives.

CONSEILS À L’ANIMATEUR : Certains participants peuvent, en fonction de leur vécu, ne pas considérer que ce qu’ils font relève des droits humains. Les personnes travaillant dans le domaine de la santé et du VIH/sida, par exemple, sont susceptibles de ne pas voir leur travail comme un travail sur les droits humains, même si elles combattent souvent pour le droit aux soins de santé et le droit à l’éducation sur le HIV/sida. Il importe d’établir un lien bien visible entre ce que font les participants et les droits humains.

Donnez à chaque participant quatre Post-it et demandez-leur d’écrire, sur chacun, l’un des principaux buts ou objectifs de leur activité et ce qu’ils s’efforcent de faire. NE LEUR DEMANDEZ PAS explicitement de s’exprimer sur leur action concernant les femmes, mais laissez cela émerger naturellement, ou pas, selon le cas.

Quatre ou cinq minutes plus tard, répartissez les participants en petits groupes de quatre ou cinq personnes. (Vous pouvez également constituer des groupes de deux, si l’effectif total est réduit.) Notez par écrit la constitution de chaque groupe, car vous reformerez les mêmes à la séance n°11.) Demandez-leur de consacrer quelques minutes à lire les Post-it des autres et à poser des questions, pour clarification.

Laissez 15 à 20 minutes aux participants pour qu’ils se passent les uns aux autres leurs Post-it, puis pour qu’ils regroupent, collectivement, leurs expériences. Chaque groupe agencera les Post-it par catégories sur une feuille de grand format en indiquant le titre de la catégorie en haut de chaque colonne. Il est préférable que l’animateur ne suggère pas ces intitulés de colonnes, mais qu’il les laisse émerger du groupe de discussion – aucune catégorie n’est «juste» ou «fausse».

Affichez les feuilles aux murs, comme une exposition, pour que les participants puissent passer quelques minutes à regarder le travail des autres groupes. Après cela l’animateur fera ressortir devant le groupe au complet les similitudes et les différences, posera des questions pour clarifier certains points et mettra en relief toute éventuelle incohérence. Le but est d’amener les participants à réfléchir à leur propre pratique de travail et à celle des autres participants de l’atelier, plutôt qu’à se positionner en juges.

Vous mettrez en exergue toutes les références aux femmes comme groupe cible essentiel, aux droits des femmes et à l’élimination de la violence contre les femmes, avant de conclure ce bilan. Vous pouvez vous charger seul de cette tâche, ou la mener conjointement avec les participants. L’intention est de voir comment la pratique des participants se centre sur les droits des femmes et sur l’élimination de la violence à leur encontre.

Concluez la séance en établissant un lien entre la «galerie» des grandes feuilles et le diagramme en étoile, en reliant ce que font les participants et les droits humains. Cette «exposition» aidera aussi beaucoup les participants à constituer des réseaux, tout au long de l’atelier.

Pour entrer en douceur dans la séance suivante, expliquez que si les participants ont certaines idées sur les droits humains et sur ce qu’ils s’efforcent de faire en pratique, ils ne travaillent pas dans le vide mais dans un contexte local, régional et international qui influe sur ce que nous faisons.



Séance n°3

Contexte


But de la séance :explorer le contexte dans lequel nous travaillons, les obstacles, les défis à relever, les possibilités, etc.

Durée :45 minutes

Matériel nécessaire :

(1) Feuilles de grand format et marqueurs de différentes couleurs

(2) Vieux magasines/journaux, ciseaux, colle


Étape 1 : Choisir quelques aspects fondamentaux du contexte et concevoir un bilan visuel

Demandez aux participants, répartis en petits groupes, de discuter du contexte local, régional et international dans lequel ils travaillent. Reprenez les mêmes groupes que précédemment pour plus de simplicité, ou bien faites des groupes différents. Voir à l’annexe A quelques exercices distrayants pour constituer ces groupes.

Expliquez qu’après les discussions initiales, ouvertes, ils devraient s’entendre collectivement sur ce que sont les aspects principaux du contexte dans lequel ils travaillent. Vous serez peut-être tenté d’en faire une simple liste, mais invitez-les plutôt à représenter visuellement leurs idées, presque sans mots. Vous fournirez du papier et différents marqueurs de couleur à chaque groupe et, si possible, de vieux magasines et journaux, des ciseaux et de la colle.

Expliquez que lorsque leur dessin ou leur image graphique sera achevée, ils présenteront leur travail à l’ensemble des participants. Ces travaux seront exposés dans la pièce, pendant toute la durée de l’atelier.


Étape 2 : Présentation à tout le groupe, interprétation, analyse et discussion du contexte

Réservez 20 à 25 minutes pour cette phase de discussion et de création artistique. Chaque groupe présentera son image visuelle en silence et laissera le reste des participants analyser ou interpréter le dessin/collage. Ceci étant fait, chaque groupe expliquera son propre dessin. Sur le tableau à feuilles mobiles, faites une liste des principales idées dont les groupes ont convenu.

Cet exercice est distrayant et l’analyse peut se révéler très riche, mais vous devrez gérer la discussion en tenant compte de la taille du groupe, pour rester dans les temps impartis.


Étape 3 : Lier contexte et pratique

Pour conclure la séance, revenez brièvement sur la précédente concernant la pratique et soulignez l’importance du contexte dans lequel nous vivons et travaillons. Renvoyez à la liste que vous avez faite sur le tableau à feuilles mobiles pendant le bilan de chaque groupe.

CONSEILS À L’ANIMATEUR : Si vous avez de la place sur les murs, pensez à exposer tout ce que les participants ont produit lors de la séance – puisqu’il en sera question à nouveau dans une séance ultérieure. VÉRIFIER, pour le cas où la pièce serait laissée sans surveillance, que ces productions ne seront pas enlevées et jetées en votre absence !



Séance n°4

Conceptualiser les droits des femmes

et analyser les causes profondes et les conséquences

de la violence contre les femmes


But de la séance :explorer les droits des femmes et ce qui les différencie, le cas échéant, des droits humains. Apporter une définition de la violence contre les femmes et des informations s’y rapportant, et analyser les causes profondes et les conséquences de cette violence.

Durée :1 heure et 45 minutes

Matériel nécessaire :

(1) Feuilles de grand format et marqueurs de différentes couleurs

(2) Diagramme en étoile de la séance n°2

(3) Support n°1 – définition de la violence contre les femmes (peut être reproduit comme document pour les participants)

(4) Support n°2 – Étendue de la violence contre les femmes (peut être reproduit comme document pour les participants)

(5) Lecteur de cassettes ou de CD et support musical évoquant les femmes dans leur rôle traditionnel, ou la violence contre les femmes. Alternative éventuelle : un poème ou un conte populaire traditionnel, ou des illustrations tirées de magasines/journaux

(6) Support n°3 – témoignages brefs sur la violence contre les femmes.


Étape 1 : Les droits des femmes sont-ils différents des autres droits humains ?

Le groupe étant au complet, demandez :

  1. qu’entendons-nous par droits des femmes ?

  2. sont-ils différents des autres droits humains ?

  3. avons-nous quelque raison de nous y attacher particulièrement ?

L’animateur renverra à la séance n°2 au cours de laquelle les participants ont partagé leurs conceptions sur les droits humains et les droits des femmes, et relèvera au passage quelques idées/concepts énumérés. Accordez un temps de partage informel de ces idées.

L’animateur s’efforcera d’inscrire les points clés sur le tableau à feuilles mobiles et tiendra aussi le rôle de l’avocat du diable,contestant les idées mises en avant afin de provoquer la discussion. Après dix à quinze minutes de débat (au maximum), amenez à la conclusion sur le sujet. Les femmes ne doivent pas espérer avoir davantage de droits que les hommes, mais elles devraient pouvoir s’attendre à jouir des mêmes droits qu’eux ; dans le monde d’aujourd’hui, n’est pas le cas. Certains hommes, en particulier, vont peut-être avancer la crainte des hommes de se voir déposséder de leurs pouvoirs si l’accent est mis sur les droits des femmes ; rassurez-les en expliquant qu’il faut rétablir l’équilibre et que c’est pour cela qu’il est nécessaire de s’intéresser autant à la question. Vous souhaiterez peut-être illustrer votre propos en rappelant la nécessité de l’égalité raciale pour les Noirs en Afrique du Sud, après des années d’apartheid.

Soyez attentifs à ce que disent les différents participants et n’écartez pas leur contribution, mais soulignez que les droits des femmes ont encore besoin que l’on s’y intéresse de façon spécifique, tout simplement parce qu’à l’heure actuelle rares sont celles qui, de par le monde, jouissent de droits égaux à ceux des hommes.


Étape 2 : Définir la violence contre les femmes et son étendue

Cette phase est excellente pour donner quelques informations empiriques sur l’étendue des violences contre les femmes, et sur la manière dont nous définissons cette violence. Nous vous suggérons de communiquer les statistiques suivantes : «Au moins une femme sur trois a été battue, forcée à des relations sexuelles ou violentée d’une manière ou d’une autre à un moment de sa vie, selon une étude fondée sur 50 enquêtes menées dans différents pays du monde» («Mettre fin à la violence contre les femmes», in Mettre fin à la violence contre les femmes : un combat pour aujourd’hui,index AI : ACT 77/001/2004).

Puis demandez aux participants ce qu’ils comprennent par l’expression «violence contre les femmes». Qu’est-ce que cela signifie réellement ? Faites-les réfléchir collectivement, et utilisez les idées qui auront jailli pour amener la définition selon Amnesty International (voir support n°1). Répétez pourquoi il est nécessaire de porter une attention toute particulière aux droits humains des femmes et pourquoi cette nécessité a mené à la campagne. Poursuivez en apportant des informations sur l’étendue de cette violence (voir support n°2).


Étape 3 : Les causes profondes de la violence contre les femmes

Il est temps maintenant d’entamer un débat sur ce qui mène à la violence contre les femmes. Lancez cette séance en faisant écouter une musique (pop ou folk) du pays ou de la région, afin d’évoquer les femmes dans des rôles particuliers tout en changeant d’ambiance. Faites en sorte que les participants écoutent ces textes et réfléchissent à la manière dont les femmes sont dépeintes, et demandez s’il y a là le moindre lien avec la violence contre les femmes ou les droits humains des femmes.

CONSEILS À L’ANIMATEUR : Il faudra pour cela vous préparer à l’avance, mais il existe toutes sortes de chansons pour illustrer ces propos, de la pop au folk. Un poème, ou une histoire traditionnelle peuvent très bien faire l’affaire.

Divisez les participants en trois groupes de taille moyenne pour les faire travailler ensemble sur l’exercice «causes et conséquences» – il s’agira d’identifier les causes (les «racines») et les conséquences (représentée par des fruits) de la violence contre les femmes. Demandez à chaque groupe de mettre en commun les idées de ses membres et de les discuter. Demandez-leur de dessiner un grand arbre sur une double feuille de grand format, d’inscrire sur le tronc la mention «violence contre les femmes» pour représenter celle-ci, puis de noter leurs propres idées au niveau des racines et des fruits.


Étape 4 : Discussion

Chaque groupe présente son arbre au groupe complet. Laissez aux participants le temps de poser des questions et d’avoir une discussion générale sur les causes et les conséquences. Lorsque chacun a présenté ses «racines et fruits», mettez en avant deux questions importantes :

(i) Quel est le but de la discrimination et de la violence contre les femmes ? Amenez les participants à penser que quelqu’un tire profit de la discrimination, que la discrimination et les atteintes aux droits humains servent un objectif et renforcent les relations de pouvoir au sein de la société.

(ii) L’une des difficultés, dans le travail sur cette violence, est qu’elle est souvent dissimulée. Il est fréquent que les actes ne soient pas signalés parce que la discrimination et la violence sont classiquement vues comme «naturelles» par la société et notamment, bien souvent, par les femmes elles-mêmes. En d’autres termes, les données collectées ne donnent pas une image fidèle des violences faites aux femmes. Il est donc important de rassembler des données et des statistiques correctes sur les droits des femmes et la violence dont elles font l’objet si l’on veut pouvoir en identifier les causes et les conséquences. Par exemple, nombre d’organisations de défense des droits humains travaillent sur les droits en prison et sont susceptibles de détenir des informations sur les prisonniers, mais celles-ci sont rarement ventilées par catégories, de sorte que l’on n’arrive pas à déterminer combien de femmes sont incarcérées, quels sont leurs besoins spécifiques et de quels abus particuliers elles sont victimes. L’absence de données ventilées est l’un des obstacles à une information précise sur la violence contre les femmes.

[Méthode alternative :il est tout aussi intéressant de mener l’exercice comme ci-dessus, mais en réunissant tous les groupes pour réaliser un seul arbre au moment du bilan, avec une couleur différente par groupe. L’unique différence est qu’il convient alors de laisser davantage de temps aux groupes de discussion avant qu’ils se retrouvent, et vous devrez dessiner l’arbre vous-même !]


Étape 5 : Conclusion

Concluez en reprenant les aspects fondamentaux qui ont émergé de la discussion, ainsi que les messages clés. Si vous en avez le temps, donnez un visage aux faits que vous avez évoqués pendant l’atelier, en présentant quelques exemples vécus d’atteintes aux droits humains des femmes, sous la forme de brefs témoignages par exemple. Voir support n°3, ou utilisez vos propres documents écrits, audio ou audiovisuels. Vous pouvez également montrer la vidéo d’Amnesty International Les femmes dans les conflits armés. Vidéo pour l’action(référence vidéo d’Amnesty International : GGE 0361040/04).



Séance n°5

Les droits des femmes en tant que droits humains


But :Expliquer les moments clés du passage des droits des femmes aux droits humains.

Durée :1 heure et 15 minutes

Matériel nécessaire :

• Supports n°4 (présentation PowerPoint) et n°5 (notes de présentation)

• Feuilles de grand format et marqueurs de différentes couleurs


Étape 1 : Partie 1 de la présentation

La partie principale de cette séance est un historique des droits des femmes qui récapitule les étapes essentielles dans l’évolution de ces droits. Veuillez vous reporter aux supports n°4 et 5. Utilisez seulement la première partie des présentations 4 et 5 à ce stade, avant de solliciter les questions et les commentaires des participants.


Étape 2 : Chronologie des événements importants

Après les questions et une courte discussion autour de la présentation, expliquez que vous aimeriez porter sur l’axe du temps les événements significatifs de l’évolution des droits des femmes. Cet axe du temps porte déjà quelques-unes des dates majeures indiquées dans la présentation précédente. Soulignez que vous aimeriez en savoir plus sur la situation des droits des femmes en tant que droits humains dans votre pays et région. Assemblez quelques feuilles de grand format et tracez un axe à mi-hauteur, la date actuelle étant à l’extrémité droite et la date initiale de départ que vous choisissez, à l’extrémité de gauche. Vous pouvez par exemple commencer votre axe du temps en 1948, date d’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) et le terminer à la date actuelle. Selon le temps disponible, les groupes peuvent être invités à aller écrire, les uns après les autres, sur l’axe du temps, ou bien les dates peuvent être données devant le groupe complet.


Étape 3 : Partie 2 de la présentation

Introduisez la deuxième partie de la présentation. Prenez connaissance de la section exposant les grandes lignes des normes et mécanismes juridiques, dans les supports n°4 et 5. Il ne s’agit pas ici de fournir une explication complète ni approfondie de ces normes et mécanismes mais plutôt de donner une vue d’ensemble des outils juridiques existants et du moment où ils sont entrés en vigueur. Le message fondamental de cette séance est que le droit international relatif aux droits humains, internationalement reconnu, énonce clairement que les femmes sont égales aux hommes en droit et que les droits des femmes sont des droits humains.

Une bonne manière d’amener la séance à sa fin est de souligner ce qui est souvent désigné comme le «principe de non--discrimination» dans nombre des grands documents traitant des droits humains. Vous pouvez aussi vous reportez au support n°6.



Séance n°6

Conclusions de la première journée


But :Reprendre les moments forts des séances

Durée :30 minutes

Matériel nécessaire :

• Planning des participants

Étape 1 : Conclure

Récapituler la teneur des différentes séances de cette première journée, solliciter tous commentaires et questions.

Étape 2 : Présenter les grandes lignes de la deuxième journée

Explicitez la structure logique des séances à venir. Revenez sur le planning propre à l’atelier, si vous avez conservé la feuille correspondante depuis le début de la journée. Répondez à toute question en suspens.

Étape 3 : Remercier les participants



Deuxième journée


Séance n°7

Mise en train


But :Traiter toute question en suspens après les séances de la veille et préparer les participants pour le reste de l’atelier.

Durée :10 minutes

Matériel nécessaire :

Feuilles de grand format utilisées la veille


Étape 1 :

Redynamiser (voir stimulants, annexe A)


Étape 2 :

Clarifications sur la journée 1. Les participants ont ici leur chance de poser toute nouvelle question relative aux séances de la veille.



Séance n°8

Responsabilité des États

en matière de protection des droits des femmes


But :Mieux faire comprendre le concept d’obligation d’agir (avec la diligence voulue) et comment il peut servir de levier permettant de tenir les États pour responsables, au titre des normes régionales et internationales en matière de droits humains leur imposant de protéger, respecter, concrétiser et promouvoir les droits des femmes.

Durée : 50 minutes

Matériel nécessaire :

s22 (6) Supports n°4 et 5 – présentation de la partie 2 sur les mécanismes légaux (comme référence).

(7) Vidéo de lancement de la campagne d’Amnesty International sur la violence contre les femmes (référence vidéo : GGE03/61026/04, titre anglais : It’s in our Hands. Stop Violence Against Women)

(8) Support n°7 – document sur l’obligation d’agir (partie 1 et partie 2)

(9) Feuilles de grand format et marqueurs de différentes couleurs


Étape 1 : Présentation de la partie 2

Commencez par récapituler brièvement la vue d’ensemble très large sur les instruments relatifs aux droits humains que vous avez proposée la veille, lors de la séance sur la mise en place des différents mécanismes juridiques. Puis appuyez-vous sur la seconde partie de cette présentation (supports n°4 et 5) pour expliquer plus en profondeur les traités existants relatifs aux droits humains. Relevez dans ces textes des articles précis pour montrer comment les droits humains des femmes jouissent de la même protection que ceux des hommes, du point de vue du droit international relatif aux droits humains.

Ces mécanismes internationaux et régionaux étant compris, il importe que les participants sachent quels traités juridiquement contraignants et relatifs aux droits humains leurs gouvernements ont signés et ratifiés, et soient au courant de toute loi nationale que ces mêmes gouvernements auraient adoptée et qui serait particulièrement pertinente en ce qui concerne les droits des femmes.

N.B. L’animateur devra se plonger dans la législation nationale avant l’atelier, le présent dossier n’ayant pas pour ambition de couvrir chaque pays. Les adresses Internet suivantes permettront de trouver, en anglais, les listes des pays qui ont ratifié, ou n’ont pas ratifié, la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes :

http://www.un.org/womenwatch/daw/cedaw/states.htm: États parties à la Convention.

http://www.ew2000plus.org/women_cedaw_norat.htm: États n’ayant pas ratifié la Convention.

Les sites Internet suivants offrent une liste des ratifications de tous les principaux traités relatifs aux droits humains, en espagnol et en français :

Espagnol : http://www.unhchr.ch/pdf/reportsp.pdf

Français : http://www.unhchr.ch/pdf/reportfr.pdf


Étape 2 : La campagne d’Amnesty International Halte à la violence contre les femmes

Montrez la vidéo de lancement de la campagne d’Amnesty International (référence vidéo : GGE03/61026/04). Cette vidéo présente brièvement la campagne Halte à la violence contre les femmes,avec quelques témoignages directs de violences infligées aux femmes et des interviews de personnes militant pour les faire cesser, dont la secrétaire générale de l’organisation.


Étape 3 : Le concept de l’obligation d’agir (avec la diligence voulue)

La façon d’introduire le sujet dépendra selon que les participants viennent juste, ou non, de regarder la vidéo ci-dessus. Si elle vient d’être visionnée, il sera facile d’en tirer quelques éléments. Certains entretiens expliquent que la clé, pour combattre la violence contre les femmes, réside dans le fait qu’il faut les gouvernements pour responsables, non seulement des agissements de leurs agents mais aussi des actes des agents non gouvernementaux.

Si vous n’avez pas regardé la vidéo, nous vous suggérons d’introduire le sujet en posant simplement aux participants la question : Qui est responsable de la violence contre les femmes et dans quelles circonstances ? Laissez les participants partager leurs idées pendant quelques minutes puis exposez-leur le concept d’obligation d’agir, sur la base du document fourni (voir support n°7 – partie 1)

Les gouvernements ont l’obligation de prendre des mesures efficaces pour faire cesser la violence contre les femmes. Conformément à cette obligation, ils doivent non seulement veiller à ce que leurs agents ne commettent pas d’actes de violence contre les femmes, mais aussi prendre des mesures efficaces pour empêcher des particuliers de commettre de tels actes et, le cas échéant, les punir. Si un État n’exerce pas la diligence voulue pour faire obstacle aux actes de violence contre les femmes – quels qu’en soient les auteurs – ou s’il n’enquête pas sur ces violences et ne les punit pas si elles se sont produites, il peut lui-même en être tenu pour responsable. C’est ce que l’on appelle la norme de «diligence due» ou «diligence voulue» (voir ci-dessous). Pour autant, les auteurs effectifs et leurs complices ne sont pas à l’abri des poursuites et seront punis pour les actes de violence qu’ils ont initialement commis. Voir «Droit international et droits des femmes», in Mettre fin à la violence contre les femmes : un combat pour aujourd’hui(index AI : ACT 77/001/2004).


Étape 4 : Réflexion collective sur les responsabilités de l’État

Divisez les participants en trois groupes de travail plus petits, selon la taille de votre groupe. Demandez à chacun de ces sous-groupes de réfléchir à un aspect de la responsabilité de l’État, sur la base du document relatif à l’obligation d’agir (par exemple protéger, respecter, concrétiser). Dites aux groupes de travail qu’ils présenteront leurs idées au groupe complet. Si nécessaire, vous pouvez dynamiser les groupes en leur donnant une ou deux idées tirées du support n°7, partie 2.

À l’issue de la séance de réflexion sur les domaines de responsabilité de l’État, reconstituez le groupe complet. Demandez aux groupes de travail de se présenter mutuellement leurs idées et laissez-leur le temps d’en débattre et de poser des questions, à des fins de clarification. Expliquez que vous attendez d’eux qu’ils se concentrent ici sur l’obligation d’agir. Enfin, présentez-leur le support n°7, partie 2. Il se fonde sur une liste plus complète de l’annexe 2 de Pour que les droits deviennent réalité. Agir pour mettre fin à la violence contre les femmes(index AI : ACT 77/052/2004).

Si vous ressentez pour vous-même, ou si votre groupe ressent le besoin d’une explication juridique plus approfondie sur la question de la diligence voulue, lisez les parties correspondantes de Pour que les droits deviennent réalité : les États ont le devoir de combattre la violence contre les femmes(index AI : ACT 77/049/2004), qui traite de la violence domestique et du droit pénal relatif aux violences contre les femmes ; lisez aussi Pour que les droits deviennent réalité. La violence contre les femmes lors des conflits armés(index AI : ACT 77/050/2005), qui s’intéresse particulièrement aux normes internationales relatives à la violence contre les femmes dans les conflits armés.

Ceci étant fait et lorsque les questions en suspens ont été traitées, récapitulez très brièvement la teneur de la séance en soulignant que les gouvernements ont la responsabilité de faire cesser les violences contre les femmes, qu’elles soient perpétrées par leurs employés ou leurs représentants ou par de simples particuliers dans leur vie quotidienne, ou encore par les groupes auxquels ils appartiennent au sein de leur environnement social (les agents non gouvernementaux).



Séance n°9

Appliquer l’obligation d’agir

à des cas de violences contre les femmes


But :Faire en sorte que les participants appliquent le concept de diligence voulue à des cas spécifiques de violence contre les femmes en utilisant certains mécanismes juridiques, et élaborent des documents informatifs pour encourager le public à agir sur un cas.

Durée :2 heures

Matériel nécessaire :

(1) Support n°8 – études de cas

(2) Feuilles de grand format et marqueurs de différentes couleurs


Étape 1 : Lecture d’études de cas en groupes

Divisez les participants en groupes de quatre à cinq personnes, selon la taille de votre groupe (vous trouverez en annexe A un choix d’activités pour diviser le groupe). Confiez à chaque groupe de travail une étude de cas à lire. Il pourra choisir une personne qui fera une lecture à haute voix, ou bien décider que chaque participant lira pour lui-même.


Étape 2 : Travaux de groupes sur des études de cas

Dans leur groupe, les participants traitent les questions suivantes (affichez les questions sur des feuilles de grand format, ou bien fournissez-les sur des feuilles distinctes).

Étude de cas :

  1. Qui est l’auteur de l’acte de violence ?

  2. Qui tiendriez-vous pour responsable ? Pensez aux agents gouvernementaux ou non gouvernementaux.

  3. Les autorités ont-elles failli à leur obligation d’agir avec la diligence due ? Si oui, lesquelles (gouvernement, autorités locales ou municipales, membres influents de la société civile ou chefs religieux) ?

  4. Si tel est le cas, qu’ont-ils négligé de faire ?

  5. Que convient-il de faire pour remédier à ces manquements ?

  6. Quels mécanismes relatifs aux droits humains s’appliqueraient dans le pays X ? Quels avantages y a-t-il à recourir à ces mécanismes, par rapport à d’autres canaux que vous utilisez dans votre travail ?

  7. Existe-t-il des circonstances dans lesquelles le concept de diligence voulue ne serait pas utile dans cette étude de cas ?

Expliquez aux participants, avant qu’ils ne commencent, que vous attendez d’eux qu’ils discutent et répondent aux questions ci-dessus sur les grandes feuilles fournies. Ajoutez qu’après avoir fait la liste de leurs points clés, ils devront choisir et élaborer l’un des moyens suivants de sensibilisation à ce cas et d’appel à l’action (et qu’ils exposeront l’état de leurs réflexions au groupe complet) :

  1. une affiche ;

  2. une carte postale ;

  3. une plaquette ;

  4. une courte émission radio ;

  5. un petit sociodrame.

Cet exercice vise à faire réfléchir les participants au concept d’obligation d’agir et au choix des mécanismes juridiques applicables qu’ils pourraient utiliser afin de tenir le gouvernement concerné pour responsable. Réfléchir enfin à la façon de mobiliser l’opinion publique autour du cas en question, pour inciter d’autres personnes à agir.


Étape 3 : Bilan collectif

Rassemblez les groupes et demandez leur, un à un, de résumer brièvement leur cas, de présenter leur affiche ou le type de support qu’ils ont choisi pour ce bilan et, enfin, d’énumérer tous les mécanismes juridiques qui, à leur avis, seraient les plus appropriés pour que le gouvernement réponde des actes étudiés. Veillez à ce que chaque groupe soit félicité et applaudi pour ses efforts, puis invitez l’auditoire à livrer ses commentaires et laissez s’installer un peu la discussion autour de chaque cas.

Lorsque chacun a exposé son travail, résumez la séance en soulignant comment, la plupart du temps, il est possible de tenir le gouvernement pour responsable des actes commis aussi bien par ses agents que par des agents non gouvernementaux. Insistez fortement pour assurer au groupe que ces actions peuvent infléchir le gouvernement dans le sens d’une remise en question de la violence contre les femmes, et qu’elles peuvent aussi mobiliser d’autres personnes, qui s’y joindront.



Séance n°10

Les coûts de la violence contre les femmes


But :Étudier les coûts sociaux et économiques de la violence contre les femmes.

Durée :1 heure

Matériel nécessaire :

(1) Feuilles de grand format et marqueurs de différentes couleurs

(2) Support n°9 – document sur les coûts sociaux et économiques de la violence contre les femmes.


Étape 1: Coûts sociaux, psychologiques, économiques de la violence contre les femmes

Quels sont les différents coûts de ces violences pour la société ? Divisez les participants en groupes puis demandez-leur d’en débattre :

Indiquez-leur quelques pistes de réflexion :

• les coûts sociaux, psychologiques, économiques

• ce que vit une personne qui fait l’expérience de la violence

• ce que cela représente pour ses amis/sa famille et le groupe social plus étendu.

Après la discussion, les participants écriront leurs principales idées sur le tableau à feuilles mobiles.


Étape 2 : Sociodrame

De plus, chaque groupe choisira un aspect des coûts de la violence contre les femmes et préparera un sociodrame. Un sociodrame est une petite pièce de théâtre représentant une situation sociale déterminée. Le sociodrame, affirme un expert, «pose le problème des conflits non résolus tirés l’expérience concrète de la vie réelle des apprenants. Il permet aux personnes de reconstruire ce vécu, de l’analyser de manière distanciée et de réfléchir à diverses façons de changer les choses(2)».

Lorsqu’ils ont choisi leur sujet, les participants doivent décider d’un scénario ou ébaucher brièvement l’histoire et répartir les rôles entre tous les membres du groupe. Chacun devrait être encouragé à jouer un rôle actif, même minime. Rassurez les participants sur le fait que vous n’attendez pas un spectacle inoubliable, mais simplement quelque chose qui communique l’idée maîtresse. Lorsque le fil directeur de l’histoire a été établi et que les personnages sont désignés, le groupe répétera son spectacle une fois ou deux.

Déplacez-vous d’un groupe à l’autre pendant que les participants se préparent, en rappelant à chaque équipe qu’elle est censée transmettre son idée maîtresse aux autres groupes, qui analyseront/interpréteront le sociodrame vu.

Faites-les réfléchir à :

• la question et comment ils la présenteront ;

• ce qu’est fil de l’histoire ;

• la manière dont ils vont créer l’environnement physique de la scène en tenant compte des limites du lieu où se déroule d’atelier.


Étape 3 : Présentation au groupe complet et interprétation des sociodrames

Après que chaque groupe a présenté son sociodrame, les autres groupes disent ce qu’ils ont vu et l’analysent ou l’interprètent. Le groupe qui a fait sa présentation explique ensuite aux autres personnes de l’assistance ce qu’il a essayé de faire passer. Laissez encore un peu de temps pour la discussion.

N.B. : Le temps alloué à cette séance est relativement court et peut facilement être dépassé s’il n’est pas soigneusement géré – il est préférable d’accorder plus de temps au retour devant le groupe complet qu’à la préparation, parce que notre but est de stimuler la pensée et la discussion sur les coûts de la violence contre les femmes plutôt que de voir un chef-d’œuvre théâtral !


Étape 4 : Mini-présentation, par l’animateur, des coûts de la violence contre les femmes

Pour amener ces discussions à leur terme, renvoyez aux participants quelques-uns des coûts essentiels qu’ils ont évoqués. Puis dites-leur que vous avez quelques faits et chiffres à leur communiquer et livrez-vous à cette mini-présentation. Voir le support n°9, qui contient quelques exemples. Cette liste n’est pas exhaustive et il ne tient qu’à vous de contacter les ONG locales de femmes pour réunir des informations sur les coûts de la violence contre les femmes dans votre pays, pour les participants.


Étape 5 : Quels bénéfices attendre d’un travail sur les droits des femmes ?

Demandez finalement au groupe d’inverser les coûts et d’imaginer les avantages de l’élimination de la violence contre les femmes. Pour cela, on se contentera simplement de prolonger la discussion du groupe complet sur les coûts, en prenant pour base certaines réflexions des participants relatives aux avantages de l’élimination de cette violence dans leur milieu de vie, etc. Vous pourrez aussi, peut-être, vous reporter à l’arbre de discrimination de la journée précédente.

Alternative.Si vous avez plus de temps – faites écouter une musique «relaxante» pendant que les participants imaginent, paisiblement, un nouveau monde libéré de la violence contre les femmes. Après quelques minutes, invitez chacun à faire part de ses sentiments et pensées personnelles et dire à quoi pourrait ressembler un tel monde. Finalement, amenez cette séance à sa fin en disant que même si, parfois, les obstacles pour y parvenir semblent énormes, tout acte, tout changement, si infime soit-il, nous amène un pas plus près de la réalisation d’une société juste, libérée de la violence contre les femmes.

Si possible, vous achèverez cette séance par un adage de votre pays ou de votre région, qui ouvre sur un tel avenir.

N.B. : Vous trouverez de bonnes idées dans le support n°10, qui apporte des statistiques et des faits sur la violence faite aux femmes, ainsi que quelques phrases de gens ordinaires sur ce qui serait possible dans un monde libéré de cette violence.



Séance n°11

Retour à la pratique


But :Encourager un examen de la pratique ; changer pour faire cesser la violence contre les femmes

Durée :1 heure et 15 minutes

Matériel nécessaire :

(1) Les feuilles de grand format utilisées pendant la séance n°2

(2) Feuilles de grand format et marqueurs de différentes couleurs

(3) Post-it


Étape 1 : Retour à la pratique

Reformez les mêmes groupes que pour la séance n°2. Avant de poser les questions bien précises ci-dessous, expliquez aux participants que vous voulez qu’ils se reportent à leurs réflexions personnelles et à leurs discussions de la séance précédente sur leurs objectifs fondamentaux et le contexte dans lequel ils travaillent. Sur les grandes feuilles de la séance n°2 – que vous aurez affichées, facilement visibles, aux murs – mettez en relief quelques-uns des points essentiels mentionnés.

Expliquez que vous voulez maintenant qu’ils reviennent à leur propre façon d’agir – en tenant compte des informations données pendant l’atelier et des discussions qui se sont tenues. Posez les questions suivantes :

• Y a-t-il des contradictions entre leurs conceptions de ce qu’ils pensent faire, le contexte dans lequel ils agissent et ce qu’ils font réellement ?

• Dans quelle véritable mesure sont ils vraiment centrés sur les droits des femmes dans leur action ?

Encouragez-les à s’intéresser de façon critique à leurs propres incohérences, à discuter les uns avec les autres sur celles qui leur sont propres, à aider les autres à réfléchir sur les leurs – attention : insistez sur le fait qu’il NE S’AGIT PAS de juger ni d’accuser quiconque.


Étape 2 : Changer ses propres pratiques

Maintenant qu’ils ont eu la possibilité de réfléchir et de débattre des contradictions entre ce qu’ils pensent faire et ce qu’ils font véritablement, demandez-leur à tous de répondre par écrit à la question suivante :

Que feriez-vous différemment ? (dans un monde idéal)

Que pouvez-vous faire différemment ? (compte tenu des limites pratiques du contexte social et politique et de leur structure organisationnelle, mais aussi de la remise en cause de ces limites)

Que ferez-vous différemment au niveau personnel et organisationnel ? (Il s’agit ici d’un plan d’action pratique sur ce qu’ils feront différemment, en termes concret.)


Étape 3 : Bilan autour de «l’exposition» ; discussion

Lorsque chacun est prêt, chaque groupe de deux personnes (ou davantage) accroche sa feuille au mur de la «galerie» et regarde ce qui est ainsi affiché. Les participants qui pensent pouvoir ajouter quelque chose utiliseront des Post-it, afin de ne pas oublier qu’il s’agit d’un travail où s’élaborent des soutiens, des réseaux, des collaborations.

Puis faites asseoir le groupe à nouveau et demandez à ceux qui le veulent de livrer leurs pensées à propos de ce qu’ils ont appris sur eux-mêmes et leur pratique. Ont-ils été surpris par les résultats ?



Séance n°12

Dernier rassemblement du groupe au complet


But : Mener l’atelier à sa conclusion en renforçant les idées fondamentales et en insistant à nouveau sur l’importance de l’action pour faire cesser la violence contre les femmes. Évaluer l’atelier.

Durée :1 heure

Matériel nécessaire :

(1) Support n°11 – grandes lignes de la campagne d’Amnesty International Halte à la violence contre les femmes

(2) Support n°12 – formulaire-type d’évaluation


Étape 1 : Conclusions de l’atelier

Mettez à profit ce dernier rassemblement du groupe pour retracer les différentes étapes de l’atelier, soulignez les moments forts, renforcez les points principaux et appuyez-vous sur les contributions des participants, matérialisées sous des formes diverses tout au long de l’atelier (listes sur feuilles de grand format, diagramme en étoile, représentations visuelles des contextes, etc.). Répondez aussi à toute question en suspens ou indiquez aux participants des lectures ou d’autres sources d’information.


Étape 2 : Exposer les grandes lignes de la campagne Halte à la violence contre les femmes

Selon le temps encore disponible, parlez aux participants des principaux aspects de la campagne Halte à la violence contre les femmes (voir support n°11) et comment ils peuvent s’y impliquer. Vous pouvez aussi leur donner un document pour les inciter à prendre contact avec leur bureau local d’Amnesty International, s’il existe ou, directement, avec les organisateurs de la campagne, à l’adresse Internet suivante : SVAWteam@amnesty.org


Étape 3 : Évaluation

À l’issue des deux étapes précédentes, il est temps de conclure l’atelier par une évaluation – un animateur expérimenté pourra souhaiter procéder à une évaluation verbale, ou collective, selon ses préférences. À ce stade, vous pouvez vous reporter aux attentes formulées le premier jour pour voir dans quelle mesure elles ont été satisfaites. Il est bon que les participants procèdent à une brève évaluation écrite qui pourra être résumée par l’animateur pour son propre usage puis redistribuée aux participants à la suite de l’atelier. Distribuez le support n°12, mais nous suggérons toutefois d’adapter le formulaire et les questions en fonction de vos objectifs. Les participants devraient s’acquitter de cette évaluation à la fin de l’atelier, avant leur départ – ou bien vous les recevrez, tard, par la poste.


Étape 4 : Clôture de l’atelier

Lorsque tous les participants ont fini de remplir leurs formulaires d’évaluation et que vous les avez ramassés – utilisez les quelques minutes restantes pour les remercier tous pour le temps qu’ils ont consacré à cet atelier et leurs précieuses contributions aux débats tout au long de ces deux journées. Rappelez-leur que toute action, même de faible envergure, modifie les choses dans notre combat collectif pour faire cesser la violence contre les femmes. Peut-être reprendrez-vous quelque mot encourageant d’une militante des droits des femmes célèbre de votre région.

Fin de l’atelier



Annexe A


Jeux «dynamisants» et activités pour la formation des groupes


Jeux dynamisants

Ces jeux ont été sélectionnés (avec des changements mineurs) dans une publication en ligne de l’organisation International HIV/Aids Alliance. Vous pouvez accéder au site en anglais, à l’adresse Internet suivante :

http://synkronweb.aidsalliance.org/graphics/secretariat/publications/ene0502_Energiser_guide_eng.pdf

et en français à l’adresse suivante :

http://synkronweb.aidsalliance.org/graphics/secretariat/publications/enf0602_Energiser_guide_fr.pdf


Le chef d’orchestre

Les participants sont assis en cercle. Un volontaire quitte la salle. Une fois cette personne sortie, le reste du groupe choisit un «chef d’orchestre». Le chef doit faire une série de gestes, comme taper des mains, taper des pieds, etc. que le reste du groupe imite. Le volontaire revient dans la salle, se met au milieu du cercle et doit deviner qui initie les gestes du groupe. Les membres du groupe protègent le chef en évitant de le/la regarder. Le chef doit changer de geste à intervalles réguliers, sans être découvert. Le volontaire rejoint le groupe une fois qu’il a identifié le chef d’orchestre. Ce dernier quitte ensuite la salle pour permettre au groupe de choisir un nouveau chef.


Le soleil brille sur …

Les participants forment un cercle étroit, assis ou debout. Une personne se met au centre du cercle. Cette personne s’écrie «le soleil brille sur...»et nomme une couleur ou un type de vêtement porté par des membres du groupe. Elle peut dire par exemple, «le soleil brille sur tous ceux qui portent du bleu» ou«le soleil brille sur tous ceux qui portent des chaussettes» ou encore«le soleil brille sur tous ceux qui ont les yeux marrons». Tous les participants concernés se lèvent et échangent leurs places. La personne se trouvant au centre du cercle essaie de prendre une de leurs places, pour qu’une autre personne se retrouve au milieu du cercle et sans place. Cette personne s’écrie à son tour, «le soleil brille sur...» et nomme une autre couleur ou un autre type de vêtement.


Trouve quelqu’un qui porte…

Demander aux participants de marcher de manière détendue, en balançant les bras et en se relaxant, de façon informelle. Au bout d’un moment, l’animateur s’écrie «trouve quelqu’un qui porte...»et nomme un type de vêtement. Les participants doivent courir vers la personne décrite et rester debout à côté d’elle. Répéter ce jeu plusieurs fois en énonçant des types de vêtement différents.


Papier et paille

Les participants se divisent en plusieurs équipes. Chaque équipe se met en ligne et place un morceau de papier au début de sa ligne. Chaque membre de l’équipe a en main une paille. Lorsque le jeu commence, la première personne dans la ligne doit ramasser le morceau de papier en aspirant avec la paille. Cette personne doit ensuite passer le morceau de papier à la personne suivante en utilisant la même méthode. Si le morceau de papier tombe, le premier participant dans la ligne le reprend et la séquence doit recommencer.


Robots

Diviser les participants en groupes de trois. Dans chaque groupe, un participant joue le commandant de robots et les deux autres sont les robots. Chaque commandant doit diriger les mouvements de ses robots. Le commandant touche un robot sur l’épaule droite pour le faire bouger vers la droite et sur l’épaule gauche pour le faire bouger vers la gauche. L’animateur commence le jeu en demandant aux robots de marcher dans une certaine direction. Le commandant doit essayer d’éviter que les robots ne heurtent des obstacles, tels que les chaises et les tables. Demander aux participants de changer de rôle pour que chacun ait l’occasion d’être le commandant ou un robot.


Suivre le rythme

Les participants, assis ou debout, forment un cercle. Un participant ouvre le jeu en se tournant vers la personne à sa droite. Il frappe dans ses mains à l’unisson avec elle. Cette personne fait de même avec le participant qui se trouve à sa droite et ainsi de suite. Il faut parvenir à la plus grande vitesse possible. Envoyer simultanément plusieurs «signaux», avec des rythmes différents autour du cercle.


Un orchestre sans instrument

Expliquer aux participants qu’ils vont former un «orchestre» sans instrument. Les membres de l’orchestre se serviront uniquement des sons que le corps humain peut produire. Les participants peuvent se servir de leurs mains, de leurs pieds, de leur voix, etc., mais pas de mots. Ainsi, ils peuvent siffler, fredonner, soupirer, frapper des pieds etc. Chaque joueur doit choisir un son. Choisir une chanson connue et demander à tout le monde de participer en jouant de l’instrument de son choix. On peut aussi ne pas proposer de chanson et laisser les participants se surprendre en créant un son original.


La liste des courses

Le groupe forme un cercle. Un participant commence par dire : «je vais au marché acheter du poisson».Le suivant dit : «je vais au marché acheter du poisson et des pommes de terre».Chaque participant répète la liste en ajoutant un autre article à acheter. Le but est de pouvoir se souvenir de tous les articles qui ont été cités auparavant.


Achever la journée


Un petit mot sur ton dos

À la fin de l’atelier, demandez à chaque participant de s’accrocher une feuille dans son dos. Tous les participants écrivent alors sur la feuille de chacun des autres quelque chose qu’ils aiment, admirent ou apprécient chez cette personne. L’opération terminée, les participants pourront garder cette feuille et l’emporter, comme souvenir.


Retour sur la journée

Ce jeu sert à aider les participants à réfléchir aux activités de la journée. Faire une boule de papier. Demander aux participants de se lancer cette boule de papier les uns aux autres. Lorsqu’un participant a la boule en main, il doit dire une chose sur ce qu’il pense de la journée.


Exercices de répartition des participants en groupes

Salade de fruits

L’animateur divise les participants en groupes égaux de trois ou quatre fruits, en oranges et bananes par exemple. Les participants s’assoient en forment un cercle. Une personne doit se mettre debout au milieu du cercle. L’animateur annonce le nom de l’un des fruits, en s’écriant «oranges !»par exemple. Toutes les oranges doivent échanger leurs places. La personne du milieu essaie pendant ce temps de prendre une place, laissant un autre participant debout. Ce dernier se met au centre, annonce le nom d’un autre fruit et le jeu continue. À l’appel «salade de fruits !», tout le monde doit changer de place.


Le jeu du «E» – un exercice très rapide !

Écrire une très grande lettre E, bien arrondie, sur une feuille de grand format. La placer au centre du cercle de participants. Demander aux participants de dire exactement ce qu’ils voient sur le papier à partir de là où ils sont. Selon leur emplacement dans le cercle, ils verront la lettre m, un w, un 3 ou un E. Ils peuvent alors changer de place pour voir la lettre à partir d’un autre angle. Cette activité peut servir notamment à démontrer que nous voyons les choses différemment selon notre position ou situation. On pourra aussi mettre un participant au centre du cercle et demander à ceux qui sont autour de décrire exactement ce qu’ils voient à partir de leur place. Enfin, demandez à tous les «W», les «3», les «M» et les «E» de travailler ensemble, en groupes.


Le graphique des anniversaires

Demander aux participants de s’aligner en fonction du mois ou de la saison de leur naissance. Identifier le mois ou la saison où sont nés le plus de participants. Discuter des raisons possibles de cette situation. Sur la base de cet alignement, prélever des ensembles égaux de personnes afin de les répartir en groupes.



Annexe B

Supports


Certaines des informations utilisées pour créer ces supports sont reprises du rapport d’Amnesty International Mettre fin à la violence contre les femmes : un combat pour aujourd’hui(index AI : ACT 77/001/2004). Il s’agit d’un document ressource général. Si vous souhaitez le lire de bout en bout avant de commencer l’atelier, vous pouvez vous en procurer un exemplaire, tout comme d’autres documents de la campagne Halte à la violence contre les femmes,en vous adressant à la section d’Amnesty International de votre pays ou, à défaut, à l’adresse suivante : svawteam@amnesty.org


Support n°1 : Qu’est-ce que la violence contre les femmes ?

  1. violence dans la famille : maltraitance physique, sexuelle ou psychologique venue de partenaires ou de proches ;

  2. violence contre les femmes dans leur environnement quotidien : viol ou autres sévices sexuels, harcèlement sexuel au travail, dans les établissements éducatifs, vente de femmes comme esclaves (traite), mariages forcés ;

  3. violence liée au genre, perpétrée ou cautionnée par l’État ou par les «agents gouvernementaux» – policiers, gardiens de prison, fonctionnaires de l’immigration ; viol par des membres des forces armées lors de conflits armés et violences perpétrées par des représentants de l’État contre des réfugiées.

Source : Mettre fin à la violence contre les femmes : un combat pour aujourd’hui(index AI : ACT 77/001/2004)


Support n°2 : Étendue de la violence contre les femmes

  1. Au moins une femme sur trois a été battue, forcée à des relations sexuelles ou violentée d’une manière ou d’une autre à un moment de sa vie, selon une étude fondée sur 50 enquêtes menées dans différents pays du monde. Le coupable est en général un membre de la famille ou quelqu’un que cette femme connaît.

  2. Selon des données recueillies par le Conseil de l’Europe, la violence domestique est, pour les femmes de seize à quarante-quatre ans, la principale cause de mort et d’invalidité, avant le cancer ou les accidents de la route.

  3. Plus de 60 millions de femmes «manquent» dans le monde aujourd’hui, du fait des avortements sélectifs et des infanticides de filles, d’après l’estimation effectuée par Amartya Sen, prix Nobel d’économie en 1998. Le dernier recensement réalisé en Chine en 2000 a montré que le ratio entre les naissances de filles et celles de garçons était de 100 pour 119. La norme biologique est de 100 pour 103.

  4. Aux États-Unis, les femmes représentaient en 1999 85 p. cent des victimes de violence domestique (671 110 femmes contre 120 100 hommes), selon la rapporteuse spéciale des Nations unies chargée de la question de la violence contre les femmes

  5. Le gouvernement russe estime que 14 000 femmes ont été tuées par leur partenaire ou un membre de leur famille en 1999, mais le pays n’a toujours pas de loi visant spécifiquement la violence domestique. Cinquième rapport périodique de la Fédération de Russie, doc. ONU CEDAW/C/USR/5, § 6.

  6. Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 70 p. cent des femmes victimes d’un homicide sont tuées par leur partenaire masculin.

En règle générale, les femmes signalent peu les violences dont elles sont les victimes aux autorités, car elles ont honte, ou elles craignent de ne pas être crues ou d’encourir encore plus de sévices. En outre, les définitions de la violence varient beaucoup d’un pays à l’autre, et les comparaisons sont difficiles. De nombreux États n’ont pas de systèmes fiables de signalement permettant d’évaluer la fréquence de la violence contre les femmes et ne collectent pas de données ventilées par genre. En l’absence d’enquête à ce sujet et de données publiques sur la véritable dimension du problème, les États, les collectivités locales et les familles méconnaissent parfois leurs responsabilités.

Sources : HEISE, L., ELLSBERG, M. et GOTTEMOELLER, M., «Mettre fin à la violence contre les femmes», Population Reports,Série L, n°11. Baltimore : Johns Hopkins University School of Public Health, décembre 1999, p. 1; Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, La violence domestique à l’encontre des femmes, Recommandation 1582 adoptée le 27 septembre 2002 ; Fonds des Nations unies pour la population, Violence Against Girls and Women : A Public Health Priority, 1999 ; Rapport de la rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes, ses causes et ses conséquences, 27 février 2003, doc. ONU E/CN.4/2003/75/Add.1, addendum 1, International, regional and national developments in the area of violence against women,1994-2003, § 1494 ; Organisation mondiale de sa santé, Rapport mondial sur la violence et la santé, Genève, 2002, p. 127.


Support n°3 : Témoignages

«Je ne sais vraiment pas ce qui m’a décidée, ce soir-là, à appeler la police, mais je dis toujours que je l’ai fait quand je me suis vue nettoyer mon propre sang.» Lorraine, une Britannique, a été battue par son compagnon pendant huit ans avant d’oser en parler à quelqu’un. «Les gens m’ont demandé pourquoi je ne quittais pas tout simplement mon compagnon, mais il me menaçait tout le temps et il mettait toujours ses menaces à exécution. J’avais très, très peur de lui. À force, on en arrive à s’habituer, à accepter la chose comme un élément normal de sa vie, on s’adapte, on fait face, on cache son problème.»Au Royaume-Uni, les services d’urgence reçoivent en moyenne un appel par minute concernant la violence dans la famille(3).

Trois soldats ont violé Ndambo, une jeune fille de seize ans, dans un champ près d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo, pays ravagé par la guerre. En essayant de la protéger, sa mère a essuyé des coups de feu tirés par les agresseurs. Incapable de marcher après le viol, Ndambo a été portée jusqu’à l’hôpital. Sans argent, elle n’a pas été soignée et n’a pu se procurer le document attestant du viol. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (ONU) estime qu’environ 5 000 femmes ont été violées dans la région entre octobre 2002 et février 2003, ce qui représente une moyenne de 40 viols par jour.

Le 11 mars 2002, 15 écolières ont été brûlées vives et des dizaines d’autres blessées dans l’incendie de leur école à La Mecque, en Arabie Saoudite. Les membres de la police religieuse ont empêché les jeunes filles de quitter le bâtiment parce qu’elles ne portaient pas leur foulard et qu’aucun homme de leur famille n’était présent pour les prendre en charge. Ils auraient même empêché les sauveteurs d’entrer dans les bâtiments parce qu’il s’agissait d’hommes.

En septembre 2002, un Jordanien âgé de vingt ans a été condamné à douze mois d’emprisonnement seulement, pour le meurtre de sa sœur. Il l’avait étranglée avec un fil téléphonique en apprenant qu’elle était enceinte au moment de son mariage. Dans son jugement, le tribunal a décidé de ramener l’inculpation de meurtre avec préméditation à un simple délit parce que cette femme avait «terni l’honneur et la réputation de la famille(4)».

«Cette nuit-là, j’ai appelé une ambulance mais aucune n’est venue. J’ai appelé la police et elle ne s’est pas dérangée.» Joy a subi les brutalités de son mari, un policier de La Barbade, pendant dix ans. En août 2000, il a essayé de la tuer à coups de parpaing mais des membres de la famille de cet homme sont intervenus et ont sauvé Joy. Le mari de celle-ci est maintenant soumis à une injonction lui interdisant tout contact afin de prévenir d’autres actes de violence(5).

Grace Patrick Akpan a été interpellée par des policiers pour vérification d’identité, à Catanzaro, en Italie, en février 1996. Comme elle leur déclarait être citoyenne italienne, ils lui ont répondu qu’une «femme noire ne [pouvait]pas être citoyenne italienne»et l’ont décrite sur les ondes de leur radio comme «une prostituée de couleur».Elle a été malmenée par les policiers et a dû passer deux semaines à l’hôpital après sa libération. En octobre 1999, plus de trois ans après, les policiers responsables ont été déclarés coupables d’abus de pouvoir et de mauvais traitements sur la personne de Grace Patrick Akpan. Ils n’ont été condamnés qu’à deux mois de mise à l’épreuve.

«Ils m’ont enfermée dans une pièce et l’ont amené chaque jour pour qu’il me viole et que je sois enceinte et forcée à l’épouser. Ils m’ont fait cela jusqu’à ce que je me retrouve enceinte.»Témoignage d’une jeune lesbienne du Zimbabwe que sa famille a enfermée et fait violer par un homme plus âgé afin de «corriger»son orientation sexuelle(6).

En Inde, les dalitssont confrontés à des exactions et à des violences quotidiennes(7). Le cas de Ramvathi s’est produit en Uttar Pradesh en septembre 1998. Elle a été violée par un groupe de cinq hommes. Il s’agirait de villageois d’une caste supérieure qui voulaient ainsi la punir, de même que son mari, Ram Chandra, parce qu’ils refusaient de céder une parcelle de terre. Leur but était de les isoler de la communauté dalitpar l’opprobre lié au viol. Lorsque Ram Chandra est allé au poste de police, les policiers ont refusé d’enregistrer sa plainte. Le chef de la police du district a finalement donné l’ordre d’ouvrir une enquête, mais rien n’a été fait. Quelques mois plus tard, lorsque les deux époux ont tenté de récupérer leur bien, ils ont été roués de coups par des hommes armés de bâtons et de haches. Ramvathi a été violée avec un bâton et a succombé le lendemain. À la suite de pressions exercées par des militants sur le chef de la police, une plainte a été enregistrée mais, en mars 2003, aucun élément de preuve n’avait encore été remis au tribunal. Ce genre de refus par l’État d’ouvrir une enquête et d’engager des poursuites dans les cas de violence contre les femmes est un manquement au principe de la diligence voulue.

Source : Mettre fin à la violence contre les femmes : un combat pour aujourd’hui(index AI : ACT 77/001/2004).


Support n°4 : Présentation des droits humains des femmes

Les droits humains des femmes

  1. Les droits des femmes sont des droits humains ; cette affirmation est une profession de justice et de dignité humaine pour les femmes parce que, toutes les fois où une femme est traitée comme l’inférieure d’un homme, elle est aussi traitée d’une manière ou d’une autre comme étant moins humaine qu’un homme.

  2. Les atteintes aux droits humains des femmes sont si systématiques et si répandues que beaucoup de gens les considèrent comme naturelles.

  3. Dans de nombreux pays, les femmes sont systématiquement l’objet de discriminations dans toutes sortes de domaines de la vie sociale, politique, juridique et culturelle.

  4. Elles ont moins de droits à l’emploi, de droits juridiques, leur droit à la propriété personnelle est nié, elles gagnent moins que les hommes pour le même travail, leur scolarité est moins bien suivie, elles sont soumises à la violence de l’État, de leur milieu de vie et de leur foyer.

Qu’appelons nous droits humains des femmes ?

  1. à chaque fois qu’un homme agresse sa femme,

  2. qu’un membre de la police viole une prisonnière,

  3. qu’une entreprise rétribue les femmes qu’elle emploie moins que leurs collègues masculins,

  4. qu’une fillette se voit refuser l’éducation, les soins de santé ou même une alimentation identique à celle de ses frères,

  5. nous avons affaire à des atteintes aux droits humains.

Mais elles sont trop souvent vues comme des questions de droits des femmes et donc d’une importance moindre, ou comme des affaires privées dont les autorités n’ont pas à s’occuper.

La Déclaration universelle des droits de l’homme accorde les mêmes droits

  1. à toutes les femmes, tous les hommes, toutes les filles et tous les garçons,

  2. en vertu de leur humanité et indépendamment de tout rôle ou relation qui peuvent leur être attachés, de mères, filles, pères, employeurs ou autre,

  3. de sorte que lorsque des violences commises contre des femmes ou des filles ne sont pas reconnues comme des atteintes aux droits humains, les femmes sont collectivement diminuées dans leur qualité d’êtres humains et se voient refuser une part de leur humanité.

Les droits humains ne sont pas un cadeau accordé à la discrétion des gouvernements

  1. Ils ne peuvent être refusés par les gouvernements, ni appliqués à certaines personnes et pas à d’autres.

  2. Un gouvernement qui agit de la sorte et refuse les droits humains à un groupe de personnes d’une société doit être tenu pour responsable.

  3. Mais les gouvernements ne sont pas les seuls responsables des atteintes aux droits des femmes : les entreprises ou les particuliers doivent aussi avoir à répondre de leurs actes.

  4. Trop souvent, un relativisme culturel s’appuyant sur les traditions sociales ou culturelles sert d’excuse pour renier les droits humains des femmes.

  5. Le droit à la liberté de religion ou le droit à la protection de la famille peuvent, par exemple, devenir des prétextes pour tenter de justifier l’oppression des femmes.

La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes est très claire dans ses dispositions :

Article 5

«Les Etats parties prennent toutes les mesures appropriées pour :

«a) Modifier les schémas et modèles de comportement socio-culturels de l'homme et de la femme en vue de parvenir à l'élimination des préjugés et des pratiques coutumières, ou de tout autre type, qui sont fondés sur l'idée de l'infériorité ou de la supériorité de l'un ou l'autre sexe ou d'un rôle stéréotypé des hommes et des femmes».

Les droits des femmes et le droit international

Trois phases

Militantisme centré sur

Résultats (droit international)

Années 60

Statut civil et politique

Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH)

Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP)




Années 70

Égalité et discrimination

Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (1979)




Années 80 et 90

Droits humains des femmes et accent sur la violence contre les femmes

Reconnaissance par le Conseil économique et social des Nations unies (ECOSOC) de la violence dans la famille comme «une violation grave des droits des femmes» (1986).

Recommandation générale 19 du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (1992)

«Les droits des femmes [sont] des droits de la personne humaine», Vienne, 1993

Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes (1993)

Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes (1994)

Conférence du Caire

Quatrième conférence mondiale sur les femmes, Beijing (1994)

Création de la Cour pénale internationale par le Statut de Rome

Protocole facultatif à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (2000)





Définitions de la violence contre les femmes

Déclaration des Nations unies sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes (1993)

Article premier

«Aux fins de la présente Déclaration, les termes "violence à l'égard des femmes" désignent tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée.»

Déclaration et Programme d’action de Beijing (1995)

Diagnostic de la violence contre les femmes

«113. L’expression "violence à l’égard des femmes" désigne tous actes de violence dirigés contre des femmes en tant que telles et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée. En conséquence, la violence à l’égard des femmes s’entend comme englobant, sans y être limitée, les formes de violence énumérées ci-après :

«a) La violence physique, sexuelle et psychologique exercée au sein de la famille, y compris les coups, les sévices sexuels infligés aux enfants de sexe féminin au foyer, les violences liées à la dot, le viol conjugal, les mutilations génitales et autres pratiques traditionnelles préjudiciables à la femme, la violence non conjugale et la violence liée à l’exploitation ;

«b) La violence physique, sexuelle et psychologique exercée au sein de la société, y compris le viol, les sévices sexuels, le harcèlement sexuel et l’intimidation sur les lieux de travail, dans les établissements d’enseignement et ailleurs, le proxénétisme et la prostitution forcée ;

«c) La violence physique, sexuelle et psychologique perpétrée ou tolérée par l’État, où qu’elle s’exerce.

«114. Constituent également des actes de violence à l’égard des femmes les violations de leurs droits fondamentaux dans les zones de conflit armé, notamment le meurtre, le viol systématique, l’esclavage sexuel et la grossesse forcée.

«115. La violence à l’égard des femmes comprend aussi les stérilisations forcées et les avortements forcés, la contraception imposée par la contrainte ou la force, la sélection prénatale en fonction du sexe et l’infanticide des petites filles.»

La Déclaration des Nations unies sur l’élimination de la violence contre les femmes

Article 4

«Les États devraient condamner la violence à l'égard des femmes et ne pas invoquer de considérations de coutume, de tradition ou de religion pour se soustraire à l'obligation de l'éliminer.»


Support n°5 : Note sur les droits humains des femmes

«Les droits des femmes [sont]des droits de la personne humaine» ; cette déclaration est une profession de justice et de dignité humaine pour les femmes, parce que, toutes les fois où une femme est traitée comme l’inférieure d’un homme, elle est aussi traitée d’une manière ou d’une autre comme étant moins humaine qu’un homme. Les atteintes aux droits humains des femmes sont si systématiques et si répandues que beaucoup de gens les considèrent comme naturelles. Dans de nombreux pays, les femmes sont systématiquement l’objet de discriminations dans toutes sortes de domaines de la vie sociale, politique, juridique et culturelle. Elles ont moins de droits à l’emploi, de droits juridiques, leur droit à la propriété personnelle est nié, elles gagnent moins que les hommes pour le même travail, leur scolarité est moins bien suivie, elles sont soumises à la violence de l’État, de leur milieu de vie et de leur foyer.

Qu’appelons-nous «droits des femmes» ?

Les actes de violence ou de discrimination contre les femmes sont des atteintes aux droits humains. Les exemples ne manquent pas, depuis les agressions que les femmes subissent de la part de leur époux ou de leur compagnon, le viol de prisonnières par des policiers, les salaires inégaux entre femmes et hommes, le refus de donner aux filles une éducation, des soins de santé ou même une alimentation identique à celle de leurs frères. Mais ces atteintes aux droits sont trop souvent vues comme des questions de droits des femmes et donc de moindre importance, ou bien comme des affaires privées dont les autorités n’ont pas à s’occuper.

La Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) accorde les mêmes droits à toutes les femmes, tous les hommes, tous les garçons et toutes les filles en vertu de leur humanité et indépendamment de tout rôle ou relation qui peuvent leur être attachés, de mères, filles, pères, employeurs ou autre. De sorte que lorsque des exactions commises contre des femmes ou des filles ne sont pas reconnues comme des atteintes aux droits humains, les femmes sont collectivement diminuées dans leur qualité d’êtres humains et se voient refuser une part de leur humanité.

Les droits humains ne sont pas un cadeau accordé à la discrétion des gouvernements. Ils ne peuvent être refusés par les gouvernements, ni appliqués à certaines personnes et pas à d’autres. Un gouvernement qui agit de la sorte et refuse les droits humains à un groupe de personnes d’une société doit être tenu pour responsable. Mais les gouvernements ne sont pas les seuls responsables des atteintes aux droits des femmes : les entreprises ou les particuliers doivent aussi avoir à répondre de leurs actes. Trop souvent, un relativisme culturel s’appuyant sur les traditions sociales ou culturelles sert d’excuse pour nier les droits humains des femmes. Le droit à la liberté de religion ou le droit à la protection de la famille peuvent, par exemple, devenir des prétextes pour tenter de justifier l’oppression des femmes.

La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes est pourtant très claire dans ses dispositions lorsqu’elle déclare que :

«Les États parties prennent toutes les mesures appropriées pour :

a) Modifier les schémas et modèles de comportement socioculturels de l'homme et de la femme en vue de parvenir à l'élimination des préjugés et des pratiques coutumières, ou de tout autre type, qui sont fondés sur l'idée de l'infériorité ou de la supériorité de l'un ou l'autre sexe ou d'un rôle stéréotypé des hommes et des femmes.»(Article 5)

La Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes, proclamée par les États membres des Nations unies, affirme en son article 4 que :

«Les États devraient condamner la violence à l'égard des femmes et ne pas invoquer de considérations de coutume, de tradition ou de religion pour se soustraire à l'obligation de l'éliminer.»

La rapporteuse spéciale des Nations unies sur la violence contre les femmes déclare ce qui suit : «Au cours de ce nouveau siècle, les problèmes que pose le relativisme culturel, et ses conséquences pour les droits des femmes, seront un des aspects les plus importants du droit international relatif aux droits humains».

Le concept de diligence voulue, imposé aux gouvernements, est le principe juridique grâce auquel ceux-ci sont tenus pour responsables des crimes commis par des agents non gouvernementaux. Voir support n°7.

L’histoire des droits des femmes en tant que droits humains

La Déclaration universelle des droits de l’homme est le principal document permettant aux personnes de comprendre leurs droits, mais d’autres documents, internationaux et régionaux, relatifs à des sujets bien précis, sont venus s’y ajouter au cours du demi-siècle écoulé.

La mise au point des droits des femmes a globalement connu trois phases. La première a consisté à veiller à ce que les femmes aient des droits politiques égaux à ceux des hommes, tels que le droit de vote ou le droit d’être titulaire de fonctions officielles. La première génération de droits a été celle des droits civils et politiques, tels qu’ils sont inscrits dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), et que chacun peut opposer aux gouvernements. Ces droits protègent les personnes des ingérences arbitraires de l’État et sont parfois qualifiés de négatifs en ce qu’ils imposent à l’État de s’abstenir de certains actes comme la torture, la privation de la vie ou de la liberté. Ces droits exigent de l’État qu’il se maîtrise et qu’il respecte l’autonomie de la personne, mais sont aussi très paternalistes, tendent à ne pas remettre en question les stéréotypes relatifs aux femmes, et parfois les renforcent. Un traité de l’Organisation internationale du travail (OIT) établi à cette période prévoyait que les femmes ne devaient pas travailler la nuit, probablement parce que cela entrait en conflit avec leurs devoirs familiaux. Le principal effet de cette disposition a été de limiter les possibilités pour les femmes d’avoir un emploi salarié.

La deuxième phase de cette construction des droits des femmes s’est déroulée entre 1960 et 1980, et s’est attachée à l’égalité et à la discrimination. Elle a culminé avec la création, en 1979, du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) qui est chargé de veiller au respect, par les États, de leur obligation d’éliminer les politiques discriminatoires à l’encontre des femmes ; il fixe divers domaines de discrimination, notamment dans la vie politique et publique, l’emploi, la santé, le crédit financier, le droit, etc. Il s’agit d’un traité contraignant, ce qui signifie que les États qui l’ont signé doivent le respecter. Ils doivent également faire en sorte que les populations vivant sur leurs territoires respectent aussi ces obligations (diligence voulue). Cependant, les droits des femmes ont longtemps été tenus à la marge du système des Nations unies et le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes a fonctionné à l’écart des autres organes de suivi des traités des Nations unies, qui n’ont pas intégré les droits des femmes. C’est le cas, par exemple, du Comité contre la torture, qui ne faisait nullement mention des actes de torture spécifiquement liés au genre. Les choses ont commencé à changer vers la fin des années 80, avec une tendance croissante à lire les conventions internationales existantes sous l’angle des atteintes et violations spécifiquement liées au genre.

La troisième phase de la mise en place des droits des femmes en tant que droits humains a commencé au début des années 90. Ici se place la tentative d’intégrer d’une manière beaucoup plus systématique la question des droits humains des femmes dans les traités des Nations unies relatifs aux droits humains. Voir ci-après.

Les droits des femmes et le droit international

Grâce aux actions incessantes menées par les militants des droits des femmes et d’autres militants au cours des dernières décennies, le droit international a accusé des progrès considérables et la communauté internationale a intensifié son engagement à surveiller et à combattre les atteintes aux droits des femmes.

Trois phases

Militantisme centré sur

Résultats (droit international)




Années 60

Statut civil et politique

- Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH)

- Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP)




Années 70

Égalité et discrimination

- Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (1979)




Années 80 et 90

Droits humains des femmes et accent sur la violence contre les femmes

- Reconnaissance par le Conseil économique et social des Nations unies (ECOSOC) de la violence dans la famille comme «une violation grave des droits des femmes» (1986).

- La Conférence mondiale de Nairobi et, en particulier, le forum parallèle non gouvernemental, ont désigné la violence contre les femmes comme un sujet de préoccupation internationale majeur. La Conférence a adopté des stratégies résolument tournées vers l’avenir, liant la promotion et la pérennisation de la paix à l’éradication de la violence contre les femmes tant dans la sphère publique que dans la sphère privée.

- Recommandation générale 19 du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (1992)

- «Les droits des femmes [sont] des droits de la personne humaine» – Vienne, 1993

- Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes (1993)

- Nomination de la rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes (1994)

- Conférence du Caire

- Quatrième conférence mondiale sur les femmes, Beijing (1994)

- Création de la Cour pénale internationale par le Statut de Rome

- Protocole facultatif à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (2000)





Pour de plus amples informations, lire «Droit international et droits des femmes», in Mettre fin à la violence contre les femmes : un combat pour aujourd’hui(index AI : ACT 77/001/2004), et Pour que les droits deviennent réalité. Les États ont le devoir de combattre la violence contre les femmes(index AI : ACT 77/049/2004), chapitre 2.


Définitions de la violence contre les femmes

Déclaration sur l’élimination de la violence contre les femmes (Nations unies, 1993)

Article premier

«Aux fins de la présente Déclaration, les termes "violence à l'égard des femmes" désignent tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée.»

Déclaration et Programme d’action de Beijing (1995)

Diagnostic de la violence contre les femmes

«113. L’expression "violence à l’égard des femmes" désigne tous actes de violence dirigés contre des femmes en tant que telles et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée. En conséquence, la violence à l’égard des femmes s’entend comme englobant, sans y être limitée, les formes de violence énumérées ci-après :

«a) La violence physique, sexuelle et psychologique exercée au sein de la famille, y compris les coups, les sévices sexuels infligés aux enfants de sexe féminin au foyer, les violences liées à la dot, le viol conjugal, les mutilations génitales et autres pratiques traditionnelles préjudiciables à la femme, la violence non conjugale et la violence liée à l’exploitation ;

«b) La violence physique, sexuelle et psychologique exercée au sein de la société, y compris le viol, les sévices sexuels, le harcèlement sexuel et l’intimidation sur les lieux de travail, dans les établissements d’enseignement et ailleurs, le proxénétisme et la prostitution forcée ;

«c) La violence physique, sexuelle et psychologique perpétrée ou tolérée par l’État, où qu’elle s’exerce.

«114. Constituent également des actes de violence à l’égard des femmes les violations de leurs droits fondamentaux dans les zones de conflit armé, notamment le meurtre, le viol systématique, l’esclavage sexuel et la grossesse forcée.

«115. La violence à l’égard des femmes comprend aussi les stérilisations forcées et les avortements forcés, la contraception imposée par la contrainte ou la force, la sélection prénatale en fonction du sexe et l’infanticide des petites filles.»


Support n°6 : Principe de non-discrimination

Amnesty International se donne pour mission de mener des recherches et des actions visant principalement à prévenir et empêcher les graves atteintes aux droits à l’intégrité physique et mentale, à la liberté de conscience et d’expression et au droit de ne pas être victime de discrimination,dans le cadre de son action visant à promouvoir tous les droits humains. (C’est Amnesty International qui souligne.)

Principe de non-discrimination dans le droit relatif aux droits humains

La discrimination s’attaque à la notion même de droits humains ; elle nie que tous les êtres humains sont égaux en dignité et en valeur. C’est pour cette raison que le droit international relatif aux droits humains est fondésur le principe de la non-discrimination. Les rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) ont explicitement déclaré qu’ils considéraient le principe de non-discrimination comme le fondement de la Déclaration.

La DUDH dispose en son article 2 que chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la Déclaration, sans distinction aucune, notamment «de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation».

La même formulation relative à l’identité de la personne apparaît dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC). On la retrouve encore, quasiment identique, dans les stratégies régionales relatives aux droits humains en Amérique, en Afrique et en Europe et dans la Convention relative aux droits de l’enfant (1989). On retrouve une clause semblable dans la Convention relative au statut des réfugiés, de 1951.

La non-discrimination fondée sur l’identité de la personne est si fondatrice du droit international relatif aux droits humains que la clause relative à l’identité de la personne apparaît soit à l’article premier, soit à l’article 2 de chacun de ces instruments. La pensée sous-jacente à cette clause est que le fait d’être privé de l’un de ces droits en raison d’une caractéristique impossible à modifier – telle que la race ou l’origine ethnique ou (généralement) le genre – ou en raison d’une caractéristique tellement essentielle à la personne que l’on ne saurait être contraint à la changer, comme la religion, constitue une violation des principes du droit international relatif aux droits humains.


Support n°7 : La diligence voulue (obligation d’agir)

Partie 1 : Qu’est-ce que la diligence voulue ? – quelques définitions

«[L]es États peuvent être également responsables d'actes privés s'ils n'agissent pas avec la diligence voulue pour prévenir la violation de droits ou pour enquêter sur des actes de violence, les punir et les réparer.»(Recommandation générale n°19 du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes - ONU)

Les gouvernements ont la responsabilité de :

  1. respecter, c’est-à-dire de s’abstenir d’entraver, directement ou indirectement, les droits ;

  2. protéger, c’est-à-dire d’empêcher les violences contre des individus particulièrement et immédiatement menacés, ou protéger plus en amont et de manière plus générale toutes les personnes susceptibles d’être victimes d’actes de violence ;

  3. concrétiser et promouvoir les droits, de sorte qu’ils soient respectés par tous :

- adopter des mesures appropriées d’ordre législatif, administratif, budgétaire, judiciaire, incitatif ou autre pour assurer la pleine réalisation des droits ;

- prendre des mesures afin d’éduquer les citoyens sur ces droits en utilisant divers outils, dont l’enseignement scolaire, la diffusion publique d’informations, la sensibilisation des usagers des services.

La diligence voulueest le seuil des actes et des entreprises dont un État doit faire la démonstration pour remplir son devoir de protection des particuliers contre les atteintes à leurs droits

  1. dans les cas où l’auteur ainsi que la victime ne sont pas des agents gouvernementaux (la violence domestique est ici incluse),

  2. lorsqu’il est informé, ou devrait l’être, d’atteintes aux droits humains, et n’a pas pris les mesures nécessaires pour les empêcher.

(L’obligation des États de traduire en justice leurs agents qui se rendent coupables de violations des droits humains est impérative et ne fait pas partie de la norme de diligence voulue.)

Le droit international exige des gouvernements qu’ils agissent avec la diligence voulue pour assurer aux femmes les droits à l’égalité, à la vie, à la liberté et la sécurité, ainsi que le droit de ne pas être soumises à la discrimination, à la torture et à des traitements cruels, inhumains et dégradants. Ils doivent avoir des politiques et des plans pour concrétiser ces droits et apporter réparation aux personnes dont les droits ont été violés.

Les gouvernements nationaux sont tenus d’agir, en tout premier lieu, pour empêcher les atteintes aux droits des femmes – notamment la violence exercée contre elles – ainsi que pour traduire en justice les auteurs présumés après les faits. En d’autres termes, les gouvernements sont dans l’obligation de prendre des mesures éducatives, législatives et concrètes pour réduire l’incidence de la violence, par exemple en améliorant l’éclairage public dans les rues où des femmes ont été violées.

Certains pays interprètent à tort le droit international relatif aux droits humains comme signifiant que leur responsabilité se limite à veiller à ce que ce droit soit respecté par les personnes agissant en leur nom (les agents gouvernementaux). En fait, les États sont tenus d’empêcher tant les agents gouvernementaux que les agents non gouvernementaux de commettre des violences, d’enquêter sur celles qui sont commises, et d’en punir les auteurs.

Définitions

Agent non gouvernemental – Simple particulier agissant indépendamment de toute organisation gouvernementale ou fonction d’autorité. (Sont compris ici les acteurs économiques tels que les entreprises).

Agent gouvernemental –Personne agissant au nom de l’État (dans cette catégorie entrent notamment les représentants du gouvernement, les policiers, les juges, les gardiens de prison, les forces de sécurité et le personnel des hôpitaux publics ou des établissements d’enseignement).

Obligation pour l’État de répondre de ses actes –Responsabilité de l’État eu égard aux actes de violence contre les femmes, qu’ils soient commis par des agents gouvernementaux ou non gouvernementaux. Une grande diversité d’acteurs sont concernés, notamment les autorités parajudiciaires, les autorités locales, régionales et municipales, les groupes armés.

La famille – Le terme de famille est souvent compris comme désignant la «cellule familiale», mais il existe de nombreuses formes de familles, telles que les familles élargies, les familles monoparentales et les familles où les parents sont du même sexe. Une approche globale de la famille consisterait à la traiter comme un lieu de relations interpersonnelles étroites, plutôt que comme une institution définie par l’État.

Violence contre les femmes – Amnesty International fonde son travail sur la définition donnée par la Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes des Nations unies : «tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée»

Cette violence (fondée sur le genre) a été définie par la Recommandation générale 19 du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes comme une violence «exercée contre une femme parce qu'elle est une femme ou qui touche spécialement la femme». En d’autres termes, tous les actes qui nuisent à une femme ne sont pas fondés sur le genre et toutes les victimes de violences fondées sur le genre ne sont pas de sexe féminin. Certains hommes sont victimes de ce type de violence, par exemple les homosexuels qui sont harcelés, passés à tabac ou tués parce qu’ils ne se conforment pas à la vision socialement admise de la masculinité.

Des interprétations progressistes de la définition fournie par la Déclaration sur l’élimination de la violence contre les femmes posent que des actes d’omission – comme l’inaction ou la privation – peuvent être constitutifs de violence contre les femmes. Des instruments juridiques internationaux plus récents élargissent la définition, pour y inclure en particulier la violence structurelle – c'est-à-dire les torts résultant des impacts de l’organisation économique sur la vie des femmes.

La violence contre les femmes comporte, sans s’y limiter :

§ La violence familiale.Les sévices infligés par les compagnons, les atteintes sexuelles aux fillettes au sein du foyer, les violences liées à la dot, le viol conjugal et les mutilations génitales et autres pratiques traditionnelles préjudiciables à la femme. Les atteintes aux droits des employés de maison – notamment leur enfermement contre leur gré, la brutalité physique, les conditions de vie assimilables à l’esclavage et les agressions sexuelles – peuvent aussi être rangées dans cette catégorie.

§ La violence contre les femmes dans la collectivité.Sont compris ici le viol, les sévices sexuels, le harcèlement sexuel et l’intimidation au travail, dans les établissements éducatifs et ailleurs. La traite des êtres humains, la prostitution forcée et le travail forcé tombent dans cette catégorie, qui couvre aussi le viol et autres exactions commises par des groupes armés.

§ La violence liée au genre perpétrée ou tolérée par l’État ou par des «agents de l’État»– policiers, gardiens de prison, soldats, gardes frontaliers, fonctionnaires de l’immigration, etc. On peut citer à titre d’exemple le viol par des forces gouvernementales lors de conflits armés, la stérilisation forcée, la torture en garde à vue et la violence exercée par des fonctionnaires contre des réfugiées.

Dans chacune de ces catégories, la violence peut être physique, psychologique et sexuelle. Elle peut se manifester par la privation ou l’inaction, en contraste avec les actes flagrants de violence ou de harcèlement. La violence physique exercée par des compagnons est souvent accompagnée de violence sexuelle, de privation, d’isolement et d’abandon, ainsi que de violence psychologique.

Pour de plus amples informations, lire Pour que les droits deviennent réalité : les États ont le devoir de combattre la violence contre les femmes(index AI : ACT 77/049/2004), chapitre 3.


Support n°8 : Responsabilité de l’État de respecter, protéger, concrétiser, promouvoir – quelques exemples

Pensez aux lois de votre pays, aux politiques et programmes de votre gouvernement, et demandez-vous si cet ensemble est susceptible de faire cesser la violence contre les femmes. Voici un choix de questions, adapté de l’annexe 2 de Pour que les droits deviennent réalité. Agir pour mettre fin à la violence contre les femmes(index AI : ACT 77/052/2004) :

Respecter : Responsabilité de l’État en matière de violences contre les femmes perpétrées ses agents

§ Existe-t-il un cadre juridique et politique visant à empêcher les violations des droits humains commises par l’État et à les punir ?

§ Quelles sont les pratiques dans les prisons ? Les fouilles à corps sont-elles pratiquées ?

§ Comment les femmes sont-elles traitées dans les centres de détention ?

§ Comment vivent les fillettes placées dans des familles d’accueil ou dans des institutions étatiques ?

Protéger : Responsabilité de l’État en matière de violences contre les femmes perpétrées par des agents non gouvernementaux

§ Existe-t-il un cadre juridique et politique permettant d’empêcher les atteintes aux droits humains commises par des agents non gouvernementaux et de punir ces atteintes ?

§ Y a-t-il des fonds suffisants pour que les femmes qui courent un danger immédiat puissent échapper à la violence familiale ?

§ Y a-t-il des fonds suffisants pour que toutes les femmes, y compris celles qui se trouvent dans les régions isolées et les membres de groupes marginalisés, puissent aller dans des foyers et bénéficier d’un soutien ?

§ Les femmes bénéficient-elles de services d’assistance ?

§ Le viol conjugal est-il une infraction pénale ?

§ Les agressions sexuelles sont-elles reconnues comme des infractions pénales par toutes les juridictions ?

§ Les taux d’enquêtes et de poursuites pour les cas de violence contre des femmes sont-ils similaires à ceux concernant les autres infractions graves ?

§ Les voies de recours civiles (ordonnances restrictives) sont-elles possibles dans tout type de relation ?

§ Sont-elles efficaces ?

Exercice des droits : Garantir l’accès à la justice

§ Existe-t-il des services juridiques spécifiquement destinés aux femmes ?

§ Les femmes peuvent-elles bénéficier d’une aide judiciaire ?

§ Existe-t-il des lois discriminatoires envers les femmes ?

§ Les autorités judiciaires utilisent-elles la culture ou la religion pour «excuser» les hommes qui commettent des violences contre des femmes ?

§ Les «crimes d’honneur» sont-ils jugés de manière plus clémente que les autres crimes de même gravité ?

§ Y a-t-il des voies de recours civiles en cas de violence domestique ou familiale ?

§ Ces voies sont-elles accessibles à tous les groupes de femmes, notamment les femmes handicapées, les femmes indigènes et les lesbiennes ?

§ Les policiers et les autres agents de sécurité sont-ils formés à la violence domestique et notamment à la façon de réagir face à une agression sexuelle ?

§ Cette question est-elle prise en compte de façon sérieuse dans les enquêtes menées ?

§ La sécurité de la victime passe-t-elle avant tout ?

§ Cela est-il vrai quels que soient l’endroit où habite la femme ou sa communauté d’origine?

§ Quelles mesures sont en place pour empêcher la violence, voire la mort, dans les communautés où la police mettra du temps à intervenir ?

§ Les femmes ont-elles accès à des services ?

§ Les femmes ont-elles l’argent et les moyens de transport nécessaires pour partir et la possibilité de le faire ?

§ La communauté locale accepte-t-elle la violence et aide-t-elle à empêcher la femme de partir ?

§ Quelles mesures ont été prises pour sensibiliser les communautés rurales ?


Support n°9 : Cas particuliers

Maria Teresa Macias / USA

«Si je meurs, racontez au monde entier ce qui m’est arrivé. Je ne veux pas que d’autres femmes souffrent comme j’ai souffert. Je veux qu’on les écoute»

María Teresa Macias (Teresa)

avait de bonnes raisons de craindre que son époux ne la tue.


Au cours des dix-huit mois qui ont précédé sa mort, Teresa a contacté la police plus de 20 fois.

Son époux la battait et l’agressait sexuellement.

Il s’attaquait aussi à leurs trois enfants. Après que Teresa s’est enfuie du domicile familial, il n’a cessé de la harceler, de la terroriser et de la menacer de mort. Le 15 avril 1996, il a tiré sur elle et l’a tuée, puis il a tiré deux fois sur la mère de Teresa avant de retourner l’arme contre lui.

L’époux de Teresa n’a jamais été arrêté durant les mois précédant le drame ; il enfreignait pourtant les décisions de justice lui interdisant de s’approcher d’elle ou d’entrer en contact avec elle. Les policiers ont fait la sourde oreille aux appels de Teresa ; ils ne les ont que rarement enregistrés et n’y ont jamais donné suite. Des groupes luttant pour les droits des femmes ont enquêté sur cette affaire, apporté assistance juridique et soutien à la famille de Teresa et lancé une campagne nationale.

Ce n’est qu’après six ans de procédure que les services du shérif du comté de Sonoma, en Californie, ont dû rendre compte de l’insuffisance de la protection qu’ils avaient apportée à María Teresa Macias

La famille de Teresa a entamé une procédure fédérale pour violation des droits civils, en soutenant que ses droits constitutionnels avaient été bafoués car une protection juridique équitable ne lui avait pas été octroyée en raison de son sexe, de la nature des faits et de son appartenance à une minorité ethnique. En juillet 2000, la cour fédérale d’appel a reconnu que les droits constitutionnels de Teresa à bénéficier sans discrimination d’une protection policière avaient été bafoués, annulant ainsi une décision antérieure qui avait classé l’affaire sans suite. En juin 2002, les services du shérif ont versé une indemnité d’un million de dollars des États-unis (soit environ 791 390 euros) à la famille de Teresa.

Cette décision de justice faisant jurisprudence est venue rappeler aux organes responsables de l’application des lois aux États-Unis leur devoir de protection à l’égard des femmes victimes de violences. Elle a également souligné l’obligation de prendre des mesures concrètes visant à prévenir et à sanctionner les actes de violence perpétrés contre des femmes, quels qu’en soient les auteurs.

Cependant, de telles décisions de justice ne suffisent pas. Selon les dernières statistiques officielles, on a dénombré presque 700 000 actes de violence domestique pour 2001 aux États-Unis. Près d’un tiers des femmes assassinées chaque année le sont par leur compagnon ou un ancien compagnon.

Malgré l’augmentation des budgets nationaux et des initiatives visant à combattre la violence à l’égard des femmes – notamment les centres de justice familiale (family justice centers),qui offrent un soutien aux victimes de violences domestiques – des femmes comme Teresa continuent à souffrir parce qu’elles ne bénéficient pas d’une protection adéquate.

Source : Halte à la violence contre les femmes ! États-Unis – «Si je meurs, racontez ce qui m’est arrivé»(index AI : AMR 51/001/2004)


Esperanza Amaris Miranda / Colombie

Esperanza Amaris Miranda aurait été enlevée par trois hommes armés le 16 octobre 2003 alors qu’elle se trouvait à son domicile. Ces hommes – qui appartiennent, semble-t-il, à un groupe paramilitaire soutenu par l’armée – l’ont contrainte à monter dans un taxi et ont démarré. Lorsque sa fille, âgée de vingt et un ans, s’est accrochée à la portière du véhicule en mouvement, les hommes en sont descendus et l’ont rouée de coups de pied. Quelques minutes plus tard, le corps d’Esperanza a été abandonné sur la chaussée. Elle avait été tuée par balle.

Esperanza avait quarante ans et assurait la subsistance de ses enfants en vendant des tickets de loterie dans la ville de Barrancabermeja, en Colombie. Elle était également membre de l’Organización Femenina Popular (OFP, Organisation populaire de femmes), qui mène une action en faveur des droits des femmes depuis plus de trente ans.

En Colombie, les femmes qui réclament que l’on respecte leurs droits s’exposent aux manœuvres d’intimidation et aux violences. Elles risquent même d’être tuées par les groupes armés des deux camps qui s’opposent dans le conflit qui déchire le pays depuis de longues années. Les forces de sécurité du gouvernement et leurs alliés paramilitaires considèrent que les responsables d’associations féminines, les militants et les défenseurs des droits humains collaborent avec la guérilla, et constituent à ce titre des cibles légitimes lors des opérations anti-insurrectionnelles. Les groupes d’opposition armés ont tué des femmes qu’ils accusaient de pactiser avec leurs ennemis. Ils ont recours au viol, à la mutilation et aux mauvais traitements contre les femmes et les jeunes filles afin d’effrayer la population et de contraindre au silence ceux qui défendent les droits sociaux, économiques et politiques.

Les ravisseurs d’Esperanza auraient dit appartenir au Bloque central Bolívar(Bloc central Bolívar), un groupe paramilitaire qui lui avait déjà adressé des menaces. Elle en avait informé les services du procureur régional. La police n’a cependant pris aucune mesure efficace afin d’assurer sa sécurité, et n’a répondu à aucun appel téléphonique de l’OFP après son enlèvement. Barrancabermeja a été le théâtre de plus de 90 meurtres et de 50 «disparitions» pour la seule année 2003. Ces chiffres alarmants sont la preuve de l’impunité dont jouissent les groupes paramilitaires et la guérilla.

Le cas d’Esperanza est loin d’être isolé. Leonora Castaño, la présidente de l'Asociación Nacional de Mujeres Campesinas, Negras e Indígenas de Colombia(ANMUCIC, Association nationale des femmes paysannes, noires et indigènes de Colombie) une organisation œuvrant en faveur des droits des femmes, et notamment de leur droit à la terre, a été la cible de nombreuses menaces de mort. Militante elle aussi au sein de l'ANMUCIC, Blanca Nubia Díaz a été contrainte de quitter son foyer après que sa fille de seize ans eut été tuée par des paramilitaires en mai 2001. En septembre 2003, une lettre adressée à l'ANMUCIC lui a appris que son fils avait été enlevé.

Le gouvernement colombien n’a pas garanti la sécurité des défenseurs des droits humains, parmi lesquels figure un grand nombre de femmes, ni cherché à combattre ou à démanteler les groupes paramilitaires. Aujourd’hui, il propose même des lois qui permettraient à ceux qui portent atteinte aux droits humains de se soustraire à la justice, au mépris des recommandations qui lui ont été adressées à plusieurs reprises par la communauté internationale.

Source : Halte à la violence contre les femmes ! Colombie – Assassinée pour avoir parlé – des militantes en faveur des droits des victimes de persécution en Colombie(index AI : AMR 23/001/2004)


Alicia Arístregui / Espagne

Alicia Arístregui a été battue et maltraitée par son époux tout au long de leurs quatorze années de mariage. Elle subissait des agressions aussi bien physiques que psychologiques. Elle l’a quitté, mais il a continué à la menacer et a enfreint à plusieurs reprises une décision de justice lui interdisant de s’approcher d’elle. Avec sa famille, elle a prévenu la police et les tribunaux mais ses plaintes n’ont pas été prises en considération.

Son époux est parvenu à la retrouver quatre mois après leur séparation. Elle venait de laisser ses enfants à l’arrêt du bus scolaire. Il l’a tuée à coups de couteau.

Alicia avait quitté son époux en janvier 2002 et trouvé refuge dans un centre dépendant de l’État. Lorsqu’elle a demandé que la justice interdise à son époux d’entrer en contact avec elle, elle a indiqué avoir eu besoin d’une prise en charge psychologique à cause des mauvais traitements qu’il lui avait infligés. Selon elle, il exigeait la garde des enfants et le logement familial et avait lancé des menaces contre elle et ses proches pour obtenir satisfaction ; elle craignait qu’il ne mette ses menaces à exécution.

À maintes reprises, Alicia et ses frères ont signalé au juge que l’époux d’Alicia avait enfreint l’interdiction de s’approcher d’elle. Cependant, ces informations n’ont pas été transmises à la police municipale de la ville où Alicia résidait. Les multiples demandes de protection provenant de sa famille sont également restées sans effet. En juillet 2003, la plus haute instance judiciaire espagnole (le Conseil général du pouvoir judiciaire) a apporté son soutien au juge, en soulignant qu’il n’appartenait pas au système judiciaire d’assurer la coordination entre les différents corps de police.

Depuis la mort d’Alicia, un de ses frères a fondé une organisation destinée à obtenir une protection policière pour les personnes victimes de violences liées au genre. Dans de nombreux cas, les tribunaux n’ont pas pris au sérieux les femmes signalant les menaces de mort et les agressions de leurs compagnons et n’ont pas ordonné aux auteurs présumés de ces actes de ne plus s’approcher des plaignantes, ce qui a parfois entraîné des issues fatales. En outre, les fonds de l’État alloués aux centres d’urgence et aux refuges sont insuffisants ; ces structures sont mal réparties sur le territoire car elles dépendent essentiellement des capacités des organisations non gouvernementales à les ouvrir et les faire fonctionner.

En mai 2003, la Cour suprême a refusé d’admettre la responsabilité de l’État dans la protection des femmes contre la violence domestique. La Cour a annulé les dommages et intérêts accordés par un tribunal de première instance à la famille de Mar Herrero, assassinée par son ancien compagnon après des mois de menaces et de harcèlement qu’elle avait d’ailleurs signalés aux autorités. La Cour a statué que la responsabilité de l’État n’était impliquée que lorsque le crime était commis par des agents de l’État ou avec leur accord ou consentement.

Mar Herrero a été tuée en octobre 1999 par un homme qui avait déjà été condamné pour tentative de meurtre sur une ancienne compagne. Cet homme avait obtenu une libération conditionnelle sept mois auparavant, contre l’avis du psychologue de la prison. Sept jours avant le meurtre, le bureau du procureur général avait demandé l’annulation de sa libération conditionnelle. Cette demande avait été rejetée.

Source : Halte à la violence contre les femmes ! Espagne – Ignorées par la loi(index AI : EUR 41/001/2004)


Juliette / Belgique

Juliette (le nom a été modifié) n’a pas osé dire à ses proches que son compagnon la battait. «On se sent sale… On essaie de le défendre, on a pitié de lui… J’avais peur d’être rejetée et j’avais honte, alors je me suis coupée du monde. J’ai raconté à mon médecin que j’avais été agressée dans la rue»,déclare-t-elle aujourd’hui.

«Nous nous sommes connus en octobre 2000. Il était très jaloux et me harcelait sans arrêt au téléphone ou lorsque nous étions ensemble pour que je lui dise où j’étais, avec qui, etc. En mars 2001, les violences physiques ont commencé. Fin novembre, c’était devenu insupportable, il m’avait battue une nouvelle fois et j’étais à bout… J’ai quitté mon domicile et j’ai roulé jusqu’au poste de police. Il était à mes trousses.»

Juliette a été orientée vers un foyer de Bruxelles où elle a porté plainte contre son compagnon. Deux mois après environ, espérant se réconcilier avec elle, celui-ci s’est présenté au foyer, et Juliette a de nouveau appelé la police. En dépit de la gravité des plaintes déposées par Juliette, aucune mesure n’a à sa connaissance été prise par les pouvoirs publics, si l’on excepte la demande d’informations complémentaires que lui a adressée le parquet. «Au début, j’ai hésité à porter plainte, car je craignais les représailles»,révèle-t-elle. «Aujourd’hui, je me demande ce qui se passe. J’ai déposé deux plaintes et la police a un dossier ; va-t-il y avoir un procès ou un jugement, et si oui, quand ?»

Bien qu’un certain nombre de dispositions légales aient été adoptées en Belgique depuis 1997 afin de s’attaquer au problème de la violence contre les femmes, il semble que la plupart des plaintes déposées pour violences conjugales ne débouchent sur aucune poursuite. La police n’est pas à ce jour en mesure de publier des statistiques précises sur ce type de plaintes ; en effet, les affaires de violence domestique ne sont traitées séparément des autres agressions que depuis peu. Toutefois, une étude datant de 1998 conclut que plus de 50 p. cent des femmes ont subi des violences au sein de leur famille ; dans près de 30 p. cent des cas, ces violences leur avaient été infligées par leur conjoint.

Juliette a finalement trouvé réconfort et soutien auprès de son médecin et de ses collègues de travail. «Ceci dit, lorsqu’une femme a un bleu sur le visage, la réaction immédiate des gens consiste généralement en un"Toi, ton mec te bat" rigolard. Je trouve cela inacceptable. Ces soi-disant blagues ne devraient pas être tolérées.»

La douloureuse expérience vécue par Juliette s’est inscrite dans un véritable engrenage de la violence. «Mon compagnon et agresseur a subi de graves violences lorsqu’il était enfant. Ça l’a rendu très anxieux… Son père frappait également sa mère, et sa sœur est battue par son mari.»

Les organisations militant en faveur des droits des femmes en Belgique réclament la mise en place de services d’aide spécialisés pour toutes les victimes de violences domestiques. Elles demandent en outre que les agresseurs reçoivent des soins, notamment thérapeutiques, visant à prévenir les récidives. Enfin, elles exigent que les enfants appartenant à des familles où la violence s’exerce contre des femmes soient soutenus et suivis, ceux-ci gardant souvent des séquelles de ce type d’expérience et risquant, une fois adultes, de reproduire les comportements dont ils ont été témoins.

Source : Halte à la violence contre les femmes ! Belgique – Briser le cycle de la violence(index AI : EUR 14/001/2004)


Fatima / Irak

«Il était furieux et a pris sa kalachnikov… Les voisins lui ont dit : "Laisse-la tranquille."Mais ça ne l’a pas arrêté, et il m’a tiré dans les jambes. Je ne les sentais plus, elles étaient comme anesthésiées. Le soleil se couchait ; j’ai regardé le ciel et j’ai dit aux hommes : "Je ne veux pas mourir."Ils m’ont conduite à l’hôpital.»

C’est son mari qui, devant sa propre famille et des voisins, a tiré dans les jambes de Fatima (le nom a été modifié), dix-neuf ans, le 21 mai 2003. Mariée à douze ans, elle était considérée comme une domestique dans la maison familiale de son époux et était régulièrement battue. Elle a tenté de se réfugier chez ses parents, mais son mari est venu l’y chercher et lui a ordonné de revenir. Devant le refus de la jeune femme, il s’est emporté et a pris un morceau de bois pour la frapper. Lorsque celui-ci s’est brisé, il est devenu fou de colère, s’est saisi de son pistolet et a tiré sur Fatima.

Malgré le nombre de personnes ayant assisté à la scène et la gravité du crime, nul dans la famille ou à l’hôpital n’a porté l’affaire à la connaissance de la police, et le mari n’a pas été arrêté. La famille a estimé que le problème devait être réglé au sein de la tribu. À sa sortie de l’hôpital, Fatima est revenue chez son père. Son mari a exprimé des regrets, lui a proposé une indemnisation et a tenté d’obtenir la réconciliation par le biais des anciens de la tribu de la jeune femme. Cependant, malgré les pressions, Fatima refuse de retourner auprès de lui.

Depuis des dizaines d’années, les Irakiennes vivent un véritable calvaire : décès d’hommes de leur famille dans la guerre Iran-Irak (1980-1988) ; expulsions de masse vers l’Iran de familles entières déclarées «d’origine iranienne»par les autorités ; répression d’État, notamment les attaques chimiques lancées contre les Kurdes à Halabja en 1988 ; la guerre du Golfe en 1991 et l’étouffement du soulèvement chiite qui s’en est suivi ; treize ans de sanctions imposées par les Nations unies de 1990 à 2003 ; et enfin l’action militaire menée par les États-Unis en 2003. Sous la présidence de Saddam Hussein, des femmes ont été arrêtées de façon arbitraire, torturées, ont «disparu» ou ont été exécutées par les autorités pour des raisons politiques. En 2000, des dizaines de femmes accusées d’être des prostituées auraient été décapitées en public par un groupe paramilitaire.

Le vide politique et sécuritaire qui s’est installé en Irak à la suite de l’invasion et de l’occupation du pays par les États-Unis en 2003 a fourni un terrain favorable à la multiplication des pillages et des crimes par armes à feu. Les informations publiées dans les journaux quotidiens faisant état d’enlèvements et de viols ont conduit un grand nombre de femmes à abandonner leur emploi ou leurs études ; elles restent désormais cloîtrées chez elles. Selon la Ligue des femmes irakiennes, une organisation de défense des droits des femmes, plus de 400 femmes ont été «enlevées, violées et, parfois, vendues»entre le mois d’avril, qui a marqué la fin de la guerre, et le mois d’août 2003.

Même chez elles, les Irakiennes ne sont pas toujours en sécurité. Le chaos consécutif à la chute de Bagdad, le démantèlement des effectifs de police souhaité par les forces d’occupation et la prolifération des armes à feu ont contribué à la recrudescence des «crimes d’honneur»et de la violence domestique. Ces crimes sont souvent négligés par la police, comme dans le cas de Fatima. Certains dirigeants islamistes profitent de l’instabilité de la situation en Irak pour répandre certaines de leurs idées, qui, si elles trouvaient un écho favorable, conduiraient à une restriction des libertés d’expression et de mouvement pour les femmes.

Source : Halte à la violence contre les femmes ! Irak – «Je ne veux pas mourir» : la violence domestique en Irak(index AI : MDE 14/001/2004)


Asma / Irak

Asma (son prénom a été modifié), une jeune femme ingénieur, a été enlevée à Bagdad en 2003. Elle faisait des courses avec sa mère, sa sœur et un parent du sexe masculin lorsque six hommes armés l'ont obligée à monter dans une voiture et l'ont emmenée dans une ferme hors de la ville. Là, elle a été violée à plusieurs reprises. Le lendemain, Asma a été reconduite dans son quartier et poussée hors du véhicule.

En Irak, les femmes vivent dans la peur et l’insécurité, car la violence dont elles sont l’objet continue. Même si les enlèvements suivis de viols ou de violences sexuelles semblent avoir diminué depuis la fin de l’année 2003, le manque de sécurité pour les femmes demeure une menace sérieuse. Les femmes et les fillettes vivent constamment dans la peur d'être enlevées, violées ou tuées.

Les femmes et les fillettes sont également menacées dans leurs propres maisons. À la faveur du chaos grandissant, les crimes «d'honneur» se sont poursuivis. Les victimes de ces crimes sont des femmes, des jeunes filles ou des fillettes tuées par des hommes de la famille pour des comportements considérés comme immoraux. On sait que, par le passé, de tels agissements ont été ignorés par la police.

«J’ai pris le voile parce que l'insécurité ne permet plus aux jeunes filles de paraître non voilées en public, ou même partiellement voilées»,a déclaré une étudiante de vingt-trois ans à Amnesty International. De plus en plus de jeunes filles et de femmes se sentent obligées de porter le hijabpour des raisons de sécurité ou à cause des menaces de groupes islamistes à l’égard des femmes qui n’observent pas strictement le code vestimentaire islamique.

Les femmes investies d’un rôle politique important et les militantes pour les droits ont été la cible d’attaques de la part des groupes armés d’opposition. Aqila al Hashimi, l’une des trois femmes du désormais dissous Conseil de gouvernement irakien nommé par les États-Unis, a été tuée en septembre 2003, apparemment par des hommes armés opposés à l’occupation. Yanar Mohammed, militante de l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak, aurait reçu plusieurs menaces de mort.

Depuis la guerre livrée en 2003, ni l’autorité de la coalition menée par les États-Unis ni les organes du gouvernement intérimaire de l’Irak n'ont pris de mesures effectives pour garantir une protection adaptée des femmes et des défenseurs des droits des femmes. Au contraire, selon certaines informations, les femmes maintenues en détention par les forces d’occupation étasuniennes ont été victimes de violences sexuelles, voire de viols. L’enquête de l’armée étasunienne menée par le général de division Antonio Taguba a constaté que des violences «systématiques»et «illégales»avaient été infligées à des détenus de la prison d'Abou Ghraib entre août 2003 et février 2004. Parmi les faits recensés figuraient l’«enregistrement vidéo et la photographie de prisonniers et de prisonnières»et «un membre de la police militaire ayant un rapport sexuel avec une détenue».

Les forces d’occupation ont incarcéré des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sans inculpation ni jugement. D’anciennes détenues, qui souhaitent rester anonymes, ont expliqué à Amnesty International qu’elles avaient été frappées, menacées (y compris de viol) et qu’elles subissaient des traitements humiliants pendant des périodes d’isolement cellulaire prolongé.

Source : Halte à la violence contre les femmes ! Irak – Vivre dans la peur(index AI : MDE 14/014/2004)


Marita / Philippines

Marita était battue par son époux chaque fois qu’elle tentait d’éviter d’avoir des rapports sexuels avec lui. Un jour, il lui a même placé un couteau sous la gorge. Mariée depuis quinze ans et mère de neuf enfants, cette femme de trente-quatre ans craignait de tomber à nouveau enceinte.

Son époux ne supportait pas qu’elle rentre tard après avoir passé de longues heures à vendre de la nourriture afin d’assurer la subsistance de la famille. Lorsqu’il ne trouvait pas de travail, il la battait encore plus. Il l’a aussi brûlée aux bras avec ses cigarettes. Marita a perdu presque toutes ses dents à la suite de ces violences incessantes.

Lorsque son époux a commencé à battre aussi les enfants, Marita l’a quitté en les emmenant avec elle. Elle craignait que son fils aîné ne cherche à rendre les coups. Jusqu’à présent, elle n’a pas cédé aux nombreuses menaces et promesses de son époux, qui veut la persuader de revenir.

Aux Philippines, les femmes sont soumises à des règles morales strictes. Elles doivent être dociles dans le cadre de la famille et des relations intimes. Pour une femme, il est très difficile de quitter un conjoint violent car l’idée que le mariage est un sacrement inviolable est très largement répandue. Des études montrent qu’avant de chercher à obtenir de l’aide, les femmes victimes de mauvais traitements supportent en moyenne pendant dix ans des actes de violence répétés et de gravité croissante.

Marita a trouvé le courage de partir grâce au soutien d’une organisation de défense des droits de la femme. Cet exemple démontre l’efficacité des actions coordonnées par un réseau dynamique d’organisations de défense des droits humains et des droits des femmes aux Philippines. Ces groupes viennent en aide aux victimes d’actes de violence domestique, militent pour réformer la législation et améliorer les institutions agissant dans ce domaine. Ils organisent par ailleurs des campagnes de sensibilisation, d’éducation et de formation pour que les femmes soient moins démunies.

Les pressions exercées par des groupes de femmes ont contribué, en 1997, à l’élaboration d’une nouvelle législation concernant la violence sexuelle. Avant cette date, le viol était simplement considéré comme un «crime contre la chasteté»et non comme un crime violent contre la personne. Les femmes violées devaient prouver qu’elles n’étaient pas consentantes. En 2000, la Cour suprême a décidé d’annuler le jugement d’une femme condamnée à mort pour avoir tué son époux ; l’affaire a été rouverte. Toutefois, les fonds destinés à des projets concernant la lutte contre la discrimination envers les femmes sont insuffisants et les lois visant à protéger ces dernières ne sont pas correctement appliquées.

Malgré les efforts des organisations de défense des droits de la femme et bien que la Constitution proclame l’égalité entre les sexes, la violence domestique est omniprésente aux Philippines et des femmes telles que Marita continuent à souffrir.

Source : Halte à la violence contre les femmes ! Philippines – En finir avec la violence domestique(index AI : ASA 35/001/2004)


Mutia / Indonésie

Mutia (le nom a été modifié) était en larmes quand elle racontait à Amnesty International comment six soldats lui ont arraché les vêtements et l’ont violée alors qu’elle se trouvait en détention militaire, en 2003. Elle a été frappée à coups de poing et avec une planche, et un jour elle a été obligée de rester debout pendant neuf heures dans une cuve remplie d’eau froide qui lui arrivait jusqu’au cou, dit-elle. Lorsqu’elle demandait à voir ses trois jeunes enfants, on menaçait de les tuer. Ses proches n’avaient pas été avertis de son arrestation ni du lieu de sa détention, et ils n’ont su où elle était qu’un mois plus tard. Par la suite, Mutia a été remise en liberté et s’est enfuie en Malaisie.

Sa famille est signalée comme ayant des liens étroits avec un groupe d’opposition armé, accusation rejetée par Mutia. Au cours des dix dernières années, son mari et ses quatre frères ont été abattus par l’armée. Mutia pense qu’ils ont été pris pour cibles en raison de la fortune de son père et de son refus de verser des pots-de-vin aux forces armées.

Les femmes font partie des milliers de personnes qui ont été victimes d’homicides illégaux, d’actes de torture ou de détentions arbitraires infligés par les forces de sécurité lors du conflit qui oppose depuis vingt-huit ans ces forces au Gerakan Aceh Merdeka(GAM, Mouvement pour l’Aceh libre), dans la province de Nanggroe Aceh Darussalam.

De nombreuses femmes se retrouvent démunies à la suite d’années de conflit armé dans la province. Des milliers d’hommes ont fait l’objet d’homicides illégaux, ont «disparu»ou ont fui la région, laissant leurs épouses et leurs autres parentes en butte à de graves difficultés économiques en tant que soutiens de famille.

Une pratique persistante de viols et d’autres formes de violence sexuelle s’exerce contre les femmes des villages de la région. Pendant les opérations militaires actuelles, qui ont commencé en mai 2003, des informations faisant état de violences de cette nature se sont succédé. En août 2003, une fillette de douze ans aurait été violée par des militaires dans un village du nord de l’Aceh. Il semble que les autorités militaires et civiles locales aient refusé d’accorder l’attention voulue à la dénonciation de l’agression faite par les villageois. Des femmes ont été maintenues en détention, pour ainsi dire en otages, à la place d’hommes de leur famille appartenant au GAM et ayant échappé à l’arrestation. Selon certaines sources, des femmes ont été contraintes de se déshabiller pour que des membres des forces de sécurité vérifient si elles portaient sur les seins des tatouages censés indiquer leur appartenance au mouvement.

Quelques allégations de violences sexuelles commises par l’armée au cours des opérations militaires actuelles ont fait l’objet d’enquêtes. La peine la plus longue prononcée jusqu’à présent à l’issue de poursuites engagées devant des tribunaux militaires est de trois ans et demi d’emprisonnement, pour viol. Toutefois, une part croissante de l’opinion s’élève contre le fait de recourir aux tribunaux militaires pour juger les membres des forces armées accusés d’infractions reconnues par le droit international, parce que ces tribunaux manquent ou semblent manquer d’indépendance et d’impartialité dans de telles affaires. Malgré de multiples allégations de violences perpétrées contre des femmes par les forces de sécurité lors de précédentes opérations militaires, à notre connaissance une seule affaire a été instruite et personne n’a été déféré à la justice.

Source : Halte à la violence contre les femmes ! – Indonésie – Des violences sexuelles commises par les forces de sécurité(index AI : ASA 21/047/2004)


Sibongile / Swaziland

Sibongile (le nom a été modifié) n’avait que sept ans quand son oncle a abusé d’elle pour la première fois. Sibongile vivait chez sa tante depuis la mort de son père. Conformément à la tradition, sa mère avait épousé son beau-frère à la suite de ce décès. Avec la naissance d’autres enfants, la mère de Sibongile s’est appauvrie ; c’est pourquoi Sibongile a été envoyée vivre chez une tante qui n’avait pas d’enfants.

Quand Sibongile a expliqué à sa tante ce qui se passait, celle-ci n’a rien fait pour mettre un terme aux agissements de son époux. Sibongile a alors cherché à obtenir l’aide d’un voisin pasteur. Ce dernier l’a à son tour violée dans les toilettes ; comme elle hurlait, il l’a menacée d’un couteau.

Finalement, un autre voisin l’a aidée à se rendre au commissariat de police. En janvier 2000, Sibongile a contracté des infections causées par ces agressions sexuelles répétées. Les policiers l’ont emmenée au bureau du Swaziland Action Group Against Abuse (SWAGAA, Groupe d’action du Swaziland contre les violences), une organisation nationale qui vient en aide aux femmes et aux enfants victimes ou risquant d’être victimes d’actes de violence domestique et sexuelle.

Cette organisation a trouvé une place pour Sibongile dans un refuge public et a collecté des fonds pour lui acheter des vêtements. Elle a également veillé à ce qu’elle bénéficie d’un traitement médical. En revanche, Sibongile n’a pas pu passer de test de séropositivité au VIH car aucun membre de sa famille n’était présent pour en donner l’autorisation.

En juillet 2003, deux hommes accusés de viol ont été présentés devant un tribunal. Sibongile a fait une déposition en présence des auteurs présumés des actes. Selon certaines sources, les deux hommes ont été acquittés.

Le cas de Sibongile fait partie du petit nombre d’affaires portées devant un tribunal. La plupart des viols et des agressions sexuelles au sein de la famille sont commis en toute impunité ; des pressions sont exercées sur les victimes pour qu’elles règlent ces affaires à l’amiable. De plus, les lois et les procédures judiciaires peuvent nuire aux droits des plaignants.

Au Swaziland, les femmes et les filles sont souvent victimes de violences domestiques et sexuelles. En outre, elles subissent une importante discrimination au niveau économique, social et juridique. L’épidémie du sida a eu un impact dévastateur sur les femmes et les filles. En 2002, 38,6 p. cent des femmes enceintes effectuant des examens prénataux étaient séropositives. Selon le programme de développement des Nations unies, «la plupart des pratiques et des exigences culturelles [au Swaziland]contribuent à la vulnérabilité des femmes vis-à-vis du VIH/sida».

Un nouveau projet de constitution, qui devait être adopté en 2004, garantit pour la première fois l’égalité des droits pour les femmes. Toutefois, plusieurs dispositions essentielles constituent encore une discrimination envers les femmes ou ne précisent pas quel type de droit prévaut, droit constitutionnel ou droit coutumier. La procédure de réforme constitutionnelle pourrait également être mise en péril si le gouvernement persiste à ignorer les décisions de justice, comme il l’a fait depuis 2002, et s’il continue à porter atteinte à l’indépendance du pouvoir judiciaire.

Source : Halte à la violence contre les femmes ! Swaziland. La violence aggrave la pandémie du sida au Swaziland(index AI : AFR 55/003/2004)


Kavira Muraulo / République démocratique du Congo

Un soldat s’est introduit tard un soir chez Kavira Muraulu et l’a violée. Le lendemain, après qu’elle eut porté plainte, cet homme est revenu accompagné d’amis, et ils l’ont battue. Déterminée à ne pas se laisser intimider, elle a de nouveau porté plainte. Cette fois, ils lui ont enfoncé une baïonnette dans le ventre.

Agricultrice d’une cinquantaine d’années, Kavira Muraulu vit à proximité d’un camp militaire à Mangangu, près de la ville de Beni (province du Nord-Kivu) dans l’est de la République démocratique du Congo. Cette région est le théâtre d’affrontements sanglants qui opposent différents groupes armés depuis cinq ans ; de nombreuses femmes et fillettes ont été violées, mutilées et tuées depuis le début du conflit sans que les responsables aient été traduits en justice.

L’homme qui a violé Kavira le 16 mai 2003 était un soldat vivant dans le camp militaire voisin. Lorsqu’elle s’est plainte à son supérieur, celui-ci a ordonné au soldat d’indemniser Kavira à hauteur d’environ 2,3 euros, mais aucune autre sanction n’a été prise quand il a refusé d’obtempérer. Kavira s’est donc adressée au gouverneur du district, qui lui a assuré que son cas serait étudié et lui a conseillé de rentrer chez elle, mais n’a pris aucune mesure pour assurer sa sécurité.

Par la suite, l’agresseur et d’autres soldats ont empoigné Kavira alors qu’elle se trouvait sur ses terres, puis l’ont attachée et rouée de coups, ce qui lui a valu une dent cassée et une blessure à la mâchoire. Ils ne se sont arrêtés que lorsqu’une autre femme les a menacés avec une arme à feu. Kavira a ensuite été ramenée au bureau du gouverneur, qui a vainement tenté de la persuader de se rétracter. Les soldats sont revenus et c’est là qu’ils lui ont enfoncé une baïonnette dans le ventre.

En dépit des pressions régulièrement exercées sur elle par les autorités et des menaces pesant sur sa vie, Kavira est déterminée à ce que justice soit faite et entend obtenir réparation.

Toutes les forces en présence dans le conflit faisant rage dans l’est de la République démocratique du Congo ont eu recours au viol de masse et à d’autres formes de violences sexuelles afin de terroriser la population civile et ainsi mieux la soumettre. D’après une estimation du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires, quelque 5 000 femmes ont été violées dans la province du Sud-Kivu entre octobre 2002 et février 2003, soit une moyenne de 40 par jour.

Dans bien des cas, les victimes de viols ont été délibérément blessées ou tuées. Des milliers de femmes et de fillettes ont été enlevées ou contraintes par une extrême pauvreté à devenir des esclaves sexuelles ou des combattantes envoyées en première ligne des affrontements. Ces expériences traumatisantes s’accompagnent d’un risque élevé de contamination par le virus du sida. Les traitements médicaux et psychologiques dont ces femmes ont besoin sont quasiment inexistants dans le pays.

Les viols, les autres formes de violence sexuelle et les meurtres commis actuellement en République démocratique du Congo constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ; pourtant, jusqu’à présent, très peu de responsables présumés ont été traduits en justice.

Source : Halte à la violence contre les femmes ! République démocratique du Congo. Le combat d’une femme en quête de justice(index AI : AFR 62/001/2004)


Support n°10 : Les coûts de la violence contre les femmes

Les coûts sociaux

Troubles psychologiques

• Une femme menacée de nouvelles violences perd confiance en sa propre valeur ; sa capacité à se défendre ou à agir contre l’auteur des mauvais traitements se paralyse.

• Lorsque la violence n’est ni reconnue ni considérée comme telle, les conséquences psychologiques s’aggravent et la victime s’en trouve moins susceptible encore de rechercher de l’aide.

• La violence contre les femmes peut déboucher à long terme sur l’alcoolisme ou la toxicomanie, la dépression ou d’autres troubles mentaux, le suicide.

• Si une femme violée tombe enceinte, elle risque d’être rejetée par son groupe social dans certaines cultures et, si elle est mariée, d’être répudiée par son mari ou sa famille.

• La violence effective ou la menace de violence créent un climat de peur envahissant, qui borne la vie des femmes, restreint leur liberté de mouvement et leur capacité à participer aux prises de décisions publiques et diminue leur niveau de vie.

Une fillette de six ans habitant à Santander, en Colombie, a été violée par deux voisins, en 1997. Lorsqu’un groupe local paramilitaire soutenu par l’armée a découvert les faits, il a exécuté les deux hommes devant elle, «pour que cela ne se reproduise jamais». La fillette, craignant de subir le même sort, a été frappée de mutisme pendant très longtemps et s’est sentie coupable de la mort de ces hommes.

• La violence contre les femmes se répercute dans toute la famille et le groupe social.

Des études montrent que les enfants qui ont subi la violence sont plus susceptibles que d’autres de devenir à la fois victimes et auteurs d’autres violences. Au Nicaragua, le risque que des enfants qui ont vu leur père battre leur mère présentent des troubles d’apprentissage, émotionnels ou comportementaux est plus de deux fois supérieur au même risque chez d’autres enfants. Les amis et les voisins peuvent également souffrir. Des données récentes émanant de Tokyo, au Japon, montrent que lorsqu’une ordonnance interdisant à une personne d’en approcher une autre est enfreinte, les parents et les amis qui ont offert l’hospitalité aux victimes deviennent eux-mêmes les cibles des auteurs de violences.

Les coûts économiques

La violence contre les femmes appauvrit économiquement, politiquement et culturellement la société ; elle induit :

• des limites à la participation active des femmes au développement de leur environnement social ;

• des pertes de temps de production ;

• des pertes de revenus ;

• des frais médicaux ;

• des frais de justice (le cas échéant), si la victime veut engager une procédure pour les violences subies ;

• des frais de psychothérapie ;

• des frais médicaux et des coûts d’entretien d’un enfant, si une grossesse intervient après le viol.

Les coûts de la violence et du viol domestiques en matière de santé sont identiques dans les pays industrialisés et dans les pays en développement, mais le poids global de la maladie étant bien plus élevé dans ces derniers, le pourcentage des budgets alloués aux victimes de la violence liée au genre est plus faible. Dans les pays en développement, selon la région, on estime à entre 5 et 16 p. cent le nombre d’années que des femmes en bonne santé et en âge de procréer perdent ainsi du fait de la violence domestique.

Dans ces mêmes pays, la violence liée au genre, ou le viol, et les handicaps ou maladies qui en résultent, seraient à l’origine d’une perte d’environ 5 p. cent du temps de travail chez les femmes.

Des recherches effectuées en Inde concluent que les femmes perdent en moyenne sept jours de travail ouvrables après chaque violence dont elles sont victimes. En 1996, les femmes victimes de violences domestiques au Chili ont subi une perte de revenus d’environ 1,56 milliard de dollars des États-Unis, soit environ 2 p. cent du PNB du pays.

Pour le Canada, le coût annuel direct de la violence contre les femmes s’élève selon les estimations à 684 millions de dollars canadiens pour l’appareil judiciaire et à 187 millions pour la police. Les services de conseil et de formation représenteraient un coût supplémentaire de 294 millions.

Pour les États-Unis, une étude estime ces coûts à entre cinq et dix millions de dollars américains, chaque année.


Support n°11 : Imaginer un monde libéré de la violence contre les femmes

Pouvez-vous imaginer un monde sans violence contre les femmes ?

Au premier abord, beaucoup de gens ont des difficultés à imaginer un monde où les femmes et les filles vivraient sans violence, ou sans menace de violence.

La violence contre les femmes est en effet devenue si normale dans nos vies que beaucoup d’entre nous ne saisissent même pas à quel point elle affecte nos habitudes quotidiennes, nos échanges avec autrui, et même la manière dont nous participons à la vie de nos collectivités.

Demander aux gens d’imaginer un monde sans violence contre les femmes et les filles est le premier pas vers la concrétisation d’un tel monde.

Lorsque vous demandez à des personnes vivant dans votre propre collectivité si elles peuvent imaginer un monde sans violence contre les femmes et les filles, veillez à leur souffler quelques réponses pour les aider à faire ce premier pas. Vous trouverez dans cet envoi une «boîte à indices» – une série de statistiques et de faits, d’exemples de cas et, ce qui est important, de récits encourageants. Cela aidera vos interlocuteurs à imaginer cette nouvelle société.

À qui vous adresser ?

À tout le monde !

Nous avons besoin de bonnes lois, de bonnes politiques et de bonnes pratiques pour protéger les femmes et les filles de la violence, mais les bonnes lois ne peuvent suffire si les attitudes culturelles et les croyances ne changent pas aussi.

Dans un monde sans violence contre les femmes et les filles,

des petites filles naîtraient en Inde et en Chine,

je pourrais flirter

[Jordanie],

je marcherais dans la rue, la nuit, sans m’inquiéter parce que cette femme qui marche devant moi pense que je suis une menace

[homme britannique],

les refuges pour femmes et les foyers d’urgence pour femmes violées ne seraient plus nécessaires,

il y aurait moins d’impôts parce que les gouvernements n’auraient plus à dépenser des milliards de dollars pour traiter les conséquences de la violence contre les femmes.

Source : Imagine a world project, Amnesty International, section du Royaume-Uni, 2004


Support n°12 : Le programme d’Amnesty International

À la maison et dans le milieu où elles vivent, en temps de guerre comme en tant de paix, des femmes et des jeunes filles et des fillettes sont battues, violées, mutilées ou tuées en toute impunité. La violence et la menace de la violence diminuent la capacité des femmes à exercer leurs droits civils, politiques, sociaux, économiques et culturels. Tant que la violence contre les femmes continuera, la promesse faite à l’humanité par la Déclaration universelle des droits de l’homme ne pourra être tenue.

Il n’est pas question de nier les réalisations des mouvements de défense des femmes et des droits humains aux niveaux international, national et local, mais de reconnaître que d’innombrables femmes sont confrontées à des violences physiques, sexuelles et mentales infligées tant par de proches parents que par des étrangers. Trop souvent, les sociétés tolèrent la violence contre les femmes et les privent de la liberté de vivre leur vie. Les autorités locales, régionales et nationales ne préviennent ni ne punissent les actes de violence, et n’assurent pas un environnement exempt de violence. Dans les zones de conflit, les forces gouvernementales comme les groupes armés commettent en toute impunité des atrocités contre les femmes. Sur le plan international, le fonctionnement des organes des Nations unies est inégal et devrait être singulièrement amélioré dans de nombreuses régions. Quant aux institutions et aux sociétés financières internationales, elles ne s’acquittent pas de leurs responsabilités à l’égard des femmes.

La violence contre les femmes n’est jamais normale, légale ou acceptable, et ne doit jamais être tolérée ni justifiée. Chacun (particuliers, autorités locales, gouvernements et instances internationales) a la responsabilité d’y mettre un terme et de réparer les souffrances qu’elle cause.

Le changement doit intervenir au niveau international, national et local. Il doit être le fait des gouvernements et des acteurs privés, des institutions et des particuliers. Les traités internationaux doivent être respectés, des législations doivent être abolies et d’autres adoptées, des structures d’assistance doivent être mises en place et, par dessus tout, les comportements, les préjugés et les croyances sociales qui alimentent et renforcent la violence faite aux femmes doivent changer.

Prévenir la violence contre les femmes nous oblige à :

• dénoncer la violence faite aux femmes, écouter les femmes et les croire ;

• condamner la violence faite aux femmes comme étant le plus grand scandale de notre époque en matière de droits humains ;

• faire front à ceux qui sont au pouvoir lorsqu’ils ne préviennent ni ne punissent la violence faite aux femmes ou qu’ils n’ordonnent pas de réparer les dommages causés par cette violence ;

• dénoncer les comportements et les stéréotypes religieux, sociaux et culturels qui portent atteinte à l’humanité des femmes ;

• promouvoir l’égalité d’accès des femmes au pouvoir politique, aux prises de décisions et aux ressources ;

• aider les femmes à s’organiser pour faire cesser la violence.



La campagne mondiale d’Amnesty International

Halte à la violence contre les femmes


Amnesty International collaborera avec des militants des droits des femmes et des groupes de femmes qui dénoncent les différentes formes de violence et s’efforcent de réparer les dommages qu’elles causent. L’organisation effectuera des enquêtes sur les violences faites aux femmes, les dénoncera et demandera que ces violations soient reconnues, publiquement condamnées et réparées.

À l’échelon mondial, la campagne Halte à la violence contre les femmes :

• appelle les dirigeants, les organisations et les particuliers du monde entier à s’engager publiquement à ce que la Déclaration universelle des droits de l’homme – qui promet l’égalité des droits et de la protection pour tous – devienne une réalité pour toutes les femmes.

À l’échelon international, la campagne Halte à la violence contre les femmes :

engage tous les gouvernements à :

• ratifier et appliquer sans réserve la Convention des Nations unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et son Protocole facultatif ;

• ratifier le Statut de Rome de la Cour pénale internationale et adopter, pour la mettre en œuvre, une législation nationale visant à faire cesser l’impunité de la violence contre les femmes dans les conflits armés ;

ain • s’accorder sur un traité relatif au commerce international des armes afin de faire cesser la prolifération des armes utilisées pour commettre des violences contre les femmes.

Elle appelle les Nations unies et les organisations régionales à :

• aider les pays à développer des plans d’action pour faire cesser la violence contre les femmes et à établir des mécanismes pour surveiller leur mise en œuvre ;

• mettre en œuvre pleinement et rapidement la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies relative aux femmes, à la paix et à la sécurité, ainsi que les recommandations contenues dans le rapport du secrétaire général des Nations unies sur les femmes, la paix et la sécurité.

À l’échelon national, la campagne Halte à la violence contre les femmes :

• demande l’abolition de toutes les lois qui facilitent l’impunité en matière de viol et de meurtre de femmes ; qui pénalisent les rapports sexuels en privé entre personnes consentantes ; qui limitent le droit des femmes de choisir leur partenaire ; qui restreignent l’accès des femmes aux soins de santé touchant à la reproduction et au planning familial ;

• appelle à adopter et à appliquer des lois visant à protéger les femmes, à faire en sorte que la violence dans la famille soit traitée avec le même sérieux que les agressions se déroulant dans d’autres contextes, et que le viol et d’autres atteintes aux femmes soient pénalisés ;

• appelle les autorités nationales et locales à financer et à soutenir des mesures permettant à toutes les femmes de vivre sans être soumises à la violence, par exemple des programmes d’éducation civique, de formation, et des mécanismes soutenant et protégeant les victimes de violences, ainsi que les défenseurs des droits des femmes ;

• demande instamment aux gouvernements, aux institutions financières et aux entreprises de lutter contre l’appauvrissement des femmes en leur assurant l’égalité d’accès aux droits économiques et sociaux, notamment à la nourriture, à l’eau, aux biens propres, à l’emploi et aux prestations sociales, et en maintenant des filets de sécurité et de protection sociale, surtout en période de tensions économiques et de bouleversements.

À l’échelon local, la campagne Halte à la violence contre les femmes :

• engage les populations à créer un environnement qui soutienne les femmes et combatte la violence. À cette fin, il convient de mettre en place des structures et des mécanismes locaux qui protègent les femmes, de sensibiliser l’opinion à la violence contre les femmes et de veiller à ce que les défenseurs des droits des femmes puissent effectuer leur travail sans entraves ;

• demande que les femmes aient l’égalité d’accès aux processus décisionnels des instances et des structures locales ;

• appelle les institutions religieuses, les autorités traditionnelles et les autorités non institutionnelles à dénoncer et à abandonner toute action qui encourage ou tolère la violence contre les femmes, et à respecter les droits humains des femmes ;

• demande que les groupes armés fassent clairement savoir à leurs troupes et à leurs partisans que la violence contre les femmes n’est jamais acceptable, et qu’ils punissent de manière appropriée les responsables de tels actes placés sous leur commandement. Lorsqu’ils exercent un contrôle effectif sur un territoire, les groupes armés doivent prendre des mesures pour protéger les femmes contre la discrimination et la violence, et faire en sorte que tous les auteurs d’actes de violence contre les femmes soient traduits en justice ;

• exhorte chaque personne à s’élever contre les images négatives des femmes et à s’opposer aux médias, à la publicité et aux programmes scolaires qui renforcent les comportements discriminatoires et perpétuent la violence contre les femmes et les jeunes filles ;

• appelle les communautés locales à travailler avec les personnes les plus affectées par la violence pour développer et mettre en œuvre des stratégies locales de lutte contre cette violence.

Source : «Œuvrer en faveur du changement», in Mettre fin à la violence contre les femmes : un combat pour aujourd’hui(index AI : ACT 77/001/2004).


Support n°13 : Évaluation

Formulaire-type d’évaluation

1

Avez-vous le sentiment que l’atelier a satisfait, dans l’ensemble, à ses buts et objectifs ?





2

Quel aspect de l’atelier avez-vous trouvé le plus intéressant ?







3

Pensez-vous que certains aspects de l’atelier pourraient être améliorés ? Expliquez.







4

Avez-vous trouvé que la méthodologie était adaptée au contenu de l’atelier ?







5

L’animation de l’atelier vous a-t-elle convenu ?







6

À votre avis quel aspect de l’atelier sera le plus utile dans vos futures actions militantes en faveur des droits des femmes et pour faire cesser la violence contre les femmes ?







7

Ameriez-vous que cet atelier soit assorti d’un suivi, sous une forme ou une autre ?

C’est-à-dire de nouvelles formations, d’informations sur des ressources complémentaires, d’un lien direct avec la campagne d’Amnesty International, d’informations sur les réseaux

qui travaillent sur les droits des femmes dans votre pays/région ?







8

Tous autres commentaires ?








Bibliographie

Amnesty International, Mettre fin à la violence contre les femmes : un combat pour aujourd’hui(index AI : ACT 77/001/2004)

KANE, Liam. Popular Education and Social Change in Latin America. Londres : Latin America Bureau, 2001

PRETTY, J., GUIJT I., SCOONES I. et THOMSON J. A trainer’s guide for participatory learning and action.Londres : International Institute for Environment and Development (Institut international pour l’environnement et le développement), 1995

Advice for Handling Questions or Inquiries from persons Alleging Violence Against Themselves or Someone Else, section canadienne d’Amnesty International (anglophone), 2004.



********

Notes:


(1) PRETTY, J., GUIJT, I., SCOONES, I. et THOMPSON, J. A Trainer’s Guide for Participatory Learning and Action. Londres : International Institute for Environment and Development, 1995, p. 13.

(2) KANE L. Popular Education and Social Change in Latin America. Londres : Latin America Bureau, 2001, p. 63.

(3) "I kept the beatings secret for years", site Internet BBC News, 14 février 2003 ; SILVERMAN Jon, "Domestic violence hits home", site Internet BBC News, 28 mai 2003.

(4) Rana Husseini, "Amman man gets 1 year for killing sister" in Jordan Times, 1er juin 2003.

(5) "Sleeping with the enemy", in Barbados Daily Nation, 20 juillet 2003.

(6) Cité par Bev Clark, auteure de Lesbian Activism in Zimbabwe, dans une interview de décembre 1994.

(7) Ce terme, qui signifie «opprimés» est couramment utilisé pour désigner les membres des «castes répertoriées» appelées autrefois «intouchables».

Études de cas :

- Qui est l’auteur des actes de violence ?

- Qui tiendriez-vous pour responsable – penser aux agents gouvernementaux et aux agents non gouvernementaux.

- Les autorités ont-elle négligé d’agir avec la diligence voulue ? Si oui, quelles autorités (gouvernementales, locales ou municipales ; autorités au sein de la communauté ou chefs religieux) ?

- Si oui, quelles mesures ont-elles omis de prendre ?

- Que conviendrait-il de faire pour remédier à tel ou tel manquement ?

- Dans le pays X, quels mécanismes relatifs aux droits humains s’appliqueraient ? Quel intérêt y a-t-il à utiliser ces mécanismes, par rapport à d’autres canaux auxquels vous avez recours dans votre travail ?

- Existe-t-il des circonstances dans lesquelles le concept d’obligation d’agir serait inutile pour le cas étudié ?

Études de cas / Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes / feuilles de grand format et marqueurs de différentes couleurs.


Page 52 of 52

How you can help

AMNESTY INTERNATIONAL WORLDWIDE