Document - Safe schools, every girl's right

DES ÉCOLES PLUS SÛRES

UN DROIT POUR TOUTES LES FILLES






AMNESTY INTERNATIONAL

Document public

Index AI : ACT 77/001/2008

ÉFAI


Mars 2008








L'école est un lieu qui doit permettre à l'enfant d'apprendre et de grandir. Malheureusement, un peu partout dans le monde, de nombreuses fillettes vont à l'école la peur au ventre.

Chaque jour, en effet, des filles se font agresser sur le chemin de l'école ou à l'intérieur même de leur établissement. Certaines sont menacées de sévices sexuels par des condisciples ; d'autres se voient promettre de bonnes notes par des enseignants, en échange de faveurs sexuelles. On a même signalé des cas de viols dans la salle des professeurs. Nombreuses sont celles qui sont victimes de violences psychologiques, sous formes de brimades et d'humiliations diverses. Certaines sont soumises à des châtiments corporels, et notamment à la bastonnade, sous prétexte de discipline.

D'innombrables fillettes se retrouvent ainsi exclues de l'école : elles n'y vont pas du tout, ou renoncent à la fréquenter, ou n'ont pas la possibilité de participer complètement à la vie scolaire.

Toute jeune fille a un droit à l'éducation qu'elle doit pouvoir exercer en toute sécurité. Nous exigeons des États qu'ils prennent sans attendre des mesures pour respecter les obligations internationales qui sont les leurs afin que les écoles deviennent des lieux sûrs pour toutes les filles.






HALTE À LA VIOLENCE CONTRE LES FEMMES


Cette synthèse s'appuie sur des informations recueillies par Amnesty International et par de nombreuses autres organisations travaillant sur ce sujet dans le monde. Elle n'aurait pas pu être élaborée sans la générosité, les compétences et les connaissances d'un grand nombre d'organisations et de personnes militant dans le mouvement pour le respect des droits des femmes. Amnesty International aimerait remercier en particulier Alison Symington, de Toronto (Canada), chercheuse spécialisée dans les droits humains et analyste politique.

Ce document est dédié à toutes les jeunes filles d'âge scolaire, dans l'espoir que nous puissions ensemble avancer vers un monde où plus aucune fille ne verra son droit fondamental à l'éducation considéré comme facultatif, sans importance ou conditionné par des contingences économiques.




Photo de couverture :

Fillette franchissant victorieusement la ligne d'arrivée, lors d'une course organisée à Dacca, la capitale du Bangladesh.

© 2004 Roobon/The Hunger Project-Bangladesh, avec la permission de Photoshare


TABLE DES MATIÈRES





Légende photo :

Monkeybiz, une association de femmes sud-africaines qui assure un revenu à ses membres, a fabriqué ces broches pour la campagne Halte à la violence contre les femmes.

© AI


INTRODUCTION


Lorsqu'une fillette ou une jeune fille prend ses affaires pour aller à l'école, le matin, elle se réjouit de retrouver ses camarades de classe, d'acquérir des connaissances, de découvrir le monde sous la conduite d'enseignants attentifs et d'aller se dépenser sur un terrain de sport. Mais est-ce bien toujours le cas ? N'y a-t-il pas aussi des filles qui partent le matin la peur au ventre, craignant les humiliations et les violences, ou, simplement, espérant que la journée ne sera pas trop dure ?


L'école reflète la société en général. Les formes de violence dont sont victimes les femmes au quotidien (qu'elles soient physiques, sexuelles ou psychologiques) se retrouvent dans la vie quotidienne des filles qui fréquentent des établissements scolaires.


Tous les jours, des fillettes se font agresser sur le chemin de l'école. D'autres sont bousculées dans la cour de leur établissement, reçoivent des coups, des moqueries, des injures, ou sont humiliées à cause de rumeurs colportées à leur propos, entre autres, sur les téléphones mobiles ou sur Internet. Certaines sont menacées de sévices sexuels par des condisciples ; d'autres se voient promettre de bonnes notes par des enseignants, en échange de faveurs sexuelles. On a même signalé des cas de viols dans la salle des professeurs. Certaines reçoivent des coups de bâton ou se voient infliger d'autres châtiments corporels sous prétexte de discipline.


Là où la guerre fait rage, des fillettes et des jeunes filles sont capturées par des groupes armés ; d'autres sont blessées ou tuées lors d'attaques lancées contre leur établissement scolaire ou sur le trajet qui conduit à celui-ci. Les filles qui vivent dans des camps de réfugiés ou de personnes déplacées risquent encore plus que les autres d'être soumises à des sévices sexuels et d'être exploitées.


Tous les enfants en âge d'être scolarisés, garçons et filles, peuvent être victimes de la violence – une violence qui porte atteinte à leurs droits les plus fondamentaux.

Les filles sont toutefois plus exposées à certaines formes de violence, comme le harcèlement ou les agressions à caractère sexuel, qui nuisent à leur estime d'elles-mêmes et compromettent leurs chances de succès dans leurs études, ainsi que leur santé et leur bonheur à long terme.


« Les violences faites aux femmes par des hommes continuent de faire plus de victimes que la guerre. »

Millennium Project, 2007 State of the Future1


Certaines filles sont plus directement menacées que d'autres par la violence à l'école, du fait de leur identité propre. Les lesbiennes, par exemple, sont victimes à la fois du sexisme et de l'homophobie. Elles subissent plus souvent que leurs camarades hétérosexuelles des actes de harcèlement sexuel et des menaces à caractère sexuel. Les jeunes handicapées, quant à elles, doivent faire face à la fois au sexisme et à des discriminations liées à leur handicap. Elles sont la cible de moqueries, de sévices physiques et de violences sexuelles. Les taux d'agression sont plus élevés pour les jeunes handicapées, et les violences dont elles sont victimes sont souvent particulièrement graves2.


Certaines filles sont particulièrement exposées à des abus en raison d'autres éléments constitutifs de leur identité (elles peuvent être, par exemple, immigrées, orphelines, réfugiées, ou encore séropositives au VIH, ou appartenir à telle ou telle caste, ethnie ou minorité) ; ces aspects déterminent parfois la nature des violences qu'elles risquent de subir.


Les violences infligées à une fillette ou à une jeune fille par ses camarades d'école constituent la forme la plus extrême de toute une série de comportements, qui commencent souvent par des injures et des gestes menaçants. Lorsque les détenteurs de l'autorité s'abstiennent de réagir face à ces manifestations agressives relativement bénignes, celles-ci sont fréquemment suivies d'actes de violence. La violence subie aux mains d'enseignants ou d'autres adultes est quant à elle l'aboutissement d'un autre type de conduite portée à son paroxysme : l'abus de pouvoir. Les professeurs, et les adultes en général, exercent un pouvoir colossal sur la vie des enfants – un pouvoir dont ils font parfois mauvais usage.


Les fillettes et jeunes filles ont toutes le droit d'être scolarisées dans un environnement sûr.


L'éducation est un droit humain

La privation du droit à l'éducation est souvent associée à des atteintes à d'autres droits humains. Ainsi, si le droit d'une fillette à disposer d'un logement décent est bafoué (par exemple à la suite d'une expulsion), elle risque d'être déscolarisée. Celles dont le droit à jouir de la meilleure santé possible n'est pas respecté (qui ne reçoivent pas, par exemple, les médicaments dont elles auraient absolument besoin) auront du mal à poursuivre leurs études dans de bonnes conditions. Si les filles ne reçoivent aucune protection face aux violences physiques, psychologiques et sexuelles, cela constitue une atteinte à leur droit de ne pas subir de violences qui les empêche aussi d'exercer librement leur droit à l'éducation. Les fillettes et les jeunes filles victimes de violences disent avoir des difficultés d'apprentissage, ont une vision d'elles-mêmes dévalorisante et en viennent parfois à abandonner purement et simplement leurs études. Or, une fois qu'elles ont quitté le système scolaire, c'est généralement pour ne plus y revenir. Les familles sont souvent obligées d'acquitter des frais de scolarité, alors même que le droit international prévoit la gratuité de l'enseignement primaire. Cette pratique illégale empêche totalement ou partiellement la scolarisation, même primaire, de nombreuses filles dont les parents ont de faibles moyens. Lorsque l'accès à l'éducation est conditionné au paiement de frais de scolarité, les familles choisissent, parmi leurs enfants, ceux qu'elles souhaitent envoyer en priorité à l'école. La sélection se fait alors systématiquement au détriment des filles. Aux termes du droit international, tout enfant doit avoir accès, au minimum, à un enseignement primaire gratuit. Cela signifie que cet enseignement doit lui être dispensé sans qu'aucune condition financière (frais de scolarité, de transport ou d'examen, ou toute autre charge indirecte) ne fasse obstacle.



LE DROIT À L'ÉDUCATION DANS LE DROIT INTERNATIONAL


Le droit à l'éducation est inscrit dans de multiples normes et traités internationaux en matière de droits humains, et notamment dans la Déclaration universelle des droits de l'homme, dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, dans la Convention relative aux droits de l'enfant, dans la Convention concernant la lutte contre la discrimination dans le domaine de l'enseignement et dans la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes. Plusieurs traités régionaux relatifs aux droits humains garantissent également le droit à l'éducation.

En vertu du droit international relatif aux droits humains, les États doivent veiller, de manière prioritaire, à ce que l'enseignement primaire soit obligatoire et gratuit pour tout enfant en âge d'être scolarisé. Ils doivent par ailleurs développer l'accès à l'enseignement secondaire, technique, professionnel et supérieur. Le contenu de cet enseignement doit en outre être conforme aux principes des droits humains. Cela signifie qu'il doit, entre autres, encourager la diversité, la tolérance et l'égalité entre les sexes, et combattre la ségrégation, les préjugés et la discrimination.


Le droit international oblige par ailleurs les États à œuvrer à la mise en place d'un enseignement secondaire gratuit. Or, cela n'empêche pas de nombreux établissements scolaires dans différents pays de faire payer leurs élèves. Ces frais constituent un obstacle insurmontable pour de nombreux enfants. De plus, lorsque l'argent manque dans une famille, une fille risque davantage qu'un garçon d'être privée de scolarité. La violence à laquelle sont confrontées les fillettes et les jeunes filles au cours de leurs études constitue une atteinte à leurs droits les plus élémentaires : droit de vivre dans la dignité et la sécurité, droit de ne subir aucune forme de violence, droit à l'éducation. La violence contre les filles est toujours injustifiable. Et elle n'est jamais inéluctable.

Inégalité et passivité

La violence contre les filles à l'école est un phénomène universel, qui prend différentes formes et est plus ou moins répandu selon les endroits. Pourquoi les filles sont-elles visées ? L'origine de ce problème est à rechercher dans des cultures marquées par la domination masculine, qui tolèrent les violences liées au genre et traitent les femmes et les filles comme des êtres inférieurs, moins dignes que les hommes de bénéficier d'une éducation et de jouir des autres droits de la personne humaine. L'inégalité des sexes, la violence généralisée au sein de la société, l'incapacité à contraindre les auteurs d'abus à rendre compte de leurs actes et le refus d'appliquer certaines lois ou certaines politiques sont autant de facteurs qui y contribuent.


Si la violence peut frapper les garçons comme les filles dans les établissements scolaires, l'inégalité entre les sexes agit au détriment des femmes et des fillettes, qui subissent davantage ce fléau, aussi bien à l'école que dans la société en général. Un peu partout dans le monde, les hommes continuent d'avoir plus de pouvoir et de jouir de plus de privilèges que les femmes, tout en exerçant un rôle dominant sur elles, dans leur existence quotidienne. La violence est un moyen de contrôle et de maintien du rapport de forces.


« La violence contre les enfants a des coûts incalculables pour les générations présentes et futures et elle porte atteinte au développement humain. Nous reconnaissons que toutes les formes de violence sont liées à des rôles et inégalités sexistes profondément ancrés, et que les violations des droits de l'enfant sont liées au statut de la femme. »

Déclaration africaine sur la violence contre les filles, 20063


Les établissements scolaires se caractérisent par des relations de pouvoir asymétriques : on s'attend à ce que les enseignants contrôlent les comportements de leurs élèves, à ce que l'administration élabore le règlement et distribue les sanctions, à ce que les élèves les plus âgés donnent l'exemple aux plus jeunes. Il est facile à des enseignants ou à des membres du personnel peu scrupuleux, voire aux élèves les plus anciens, de profiter de ces statuts et de ces rôles inégaux.


Certains stéréotypes renforcent les inégalités entre sexes à l'école. La participation à certaines corvées, comme le ménage, peut par exemple être attendue des filles, mais pas des garçons. Certains enseignants vont excuser les bagarres entre garçons ou ne pas prêter attention aux railleries qu'ils infligent aux filles, tout en exigeant des filles qu'elles fassent preuve de réserve et de discrétion. Certaines conceptions profondément enracinées de la sexualité et des comportements sexuels mènent à une relative tolérance de l'emploi de la force chez les hommes et les jeunes garçons, alors que l'on attend des femmes et des jeunes filles qu'elles restent passives4.


Lorsqu'il n'existe pas de mécanismes permettant de signaler, de surveiller et de sanctionner les actes de violence perpétrés à l'école contre des filles, et que l'impunité est la règle, les violences liées au genre ont tendance à se multiplier. Et lorsqu'une fille dénonce un cas de violence, et notamment de violence sexuelle, c'est trop souvent son attitude à elle qui est jugée, plutôt que l'acte commis par l'agresseur présumé. Une fille qui se plaint d'avoir été victime de sévices est parfois accusée d'en être elle-même responsable, par une conduite jugée légère ou une tenue considérée comme provocante, ou parce qu'elle se trouvait à un endroit où elle n'aurait pas dû être. D'autres sont tournées en ridicule ou traitées de menteuses par des condisciples qu'elles prenaient encore récemment pour leurs amis. Elles peuvent se heurter à l'indifférence de l'administration ou être encouragées par leurs parents à se taire.


De toute évidence, une victime hésitera à signaler les sévices dont elle a fait l'objet si elle craint de subir de nouveaux abus, d'être ridiculisée ou de ne susciter aucune réaction. Et tant que les auteurs d'actes criminels pourront se croire libres d'agir en toute impunité, les pratiques violentes se perpétueront.


L'éducation n'est pas seulement un droit en tant que tel : c'est aussi le moyen de jouir d'autres droits. Lorsque des filles ne peuvent pas être scolarisées, abandonnent leurs études ou ne peuvent pas participer réellement aux cours, les perspectives qu'ouvre l'éducation leur sont nécessairement bouchées.


Légende photo :

Fillettes mayas du Guatémala jouant dans un centre pédagogique géré par l'organisation non gouvernementale Save the Children. Ces enfants travaillent dans la journée comme domestiques et se retrouvent au centre le soir.

© Stuart Freedman


Lorsque les pouvoirs publics sont confrontés au phénomène de la violence contre les filles, leur réaction est souvent d'imposer à ces dernières des règles de comportement plus strictes, leur dictant ce qu'elles doivent faire pour « se protéger » : avoir une tenue « décente », ne jamais se déplacer seule, rester chez elles, etc. Dans le pire des cas, il arrive que des filles soient elles-mêmes sanctionnées, sous prétexte de les « protéger ». Ainsi, la mutilation génitale est parfois présentée comme une manière de préserver la vertu des jeunes filles, en leur ôtant tout désir d'exprimer leur sexualité. Certaines familles, persuadées de rétablir ainsi leur honneur bafoué, n'hésitent pas à punir, voire à tuer des adolescentes victimes de sévices.


L'État a pourtant l'obligation, à laquelle il ne peut se soustraire, d'empêcher que les femmes et les fillettes ne soient victimes de violences et, lorsqu'elles le sont, de tout faire pour traiter le problème. Il est aussi tenu de veiller à ce que tous et toutes aient accès à l'enseignement primaire et à ce que l'enseignement secondaire soit ouvert aux élèves des deux sexes sans distinction. Si les filles ont peur de se rendre à l'école à cause du climat qui règne dans les établissements, ces obligations ne sauraient être remplies.


Les États ont le devoir de veiller à ce qu'aucun de leurs agents, y compris ceux qui appartiennent au corps enseignant et à l'administration, ne commettent de violences, à ce que des mesures appropriées soient prises pour empêcher les actes de violence et dissuader ceux qui seraient tentés de s'y livrer, et à ce que les victimes d'éventuelles violations reçoivent réparation. Aucun pays ne peut se soustraire à ces obligations sous prétexte qu'il ne dispose pas de moyens suffisants. Lorsque les pouvoirs publics ne font rien pour que cesse la violence à l'école, c'est qu'ils n'en ont pas la volonté politique.


La violence contre les filles est à la fois le symptôme et la conséquence du vaste problème de l'inégalité entre hommes et femmes, qu'il est indispensable de combattre dans tous les domaines.


Le moment d'agir est venu

Le présent rapport traite de la violence dans les établissements scolaires et de ses conséquences sur le droit des filles à l'éducation. Il est fondé sur des informations directement reçues par Amnesty International, ainsi que sur des données recueillies par d'autres organisations non gouvernementales (ONG), par les Nations unies (ONU) et par divers chercheurs. S'il ne constitue qu'un aperçu de la situation, il permet d'appréhender toute l'ampleur du phénomène et l'urgence d'agir pour y mettre fin.


Ce document s'intéresse particulièrement à la manière dont la violence entrave la scolarisation des filles, en raison de l'ampleur des souffrances qu'elle provoque. Le rapport souligne qu'il est urgent de mener des actions efficaces sur cette question. Deux autres raisons expliquent que l'on s'y intéresse aujourd'hui.

La première, c'est que les cas de violence contre les fillettes et les jeunes filles sont très peu signalés. La situation à Haïti n'a rien d'exceptionnel. Les personnes interrogées par Amnesty International estimaient toutes que la violence était très répandue dans les écoles. Mais il était impossible d'obtenir des données précises à ce sujet. C'est un sujet tabou. Très peu de cas sont officiellement signalés. Les châtiments corporels sont interdits dans les écoles haïtiennes. Pourtant, leur existence était fréquemment évoquée lors des entretiens. Les enfants, semble-t-il, sont parfois fouettés ou frappés à coups de câble électrique, ou encore contraints de rester agenouillés en plein soleil. Les personnes interrogées parlent également de privation de nourriture, de sévices sexuels infligés à des jeunes filles par des enseignants ou des membres du personnel administratif, d'insultes et de violences morales. Selon plusieurs ONG locales, élèves et professeurs rejettent les filles victimes de violences sexuelles, et celles-ci sont souvent obligées de changer d'école pour échapper à l'opprobre dont elles sont l'objet.


Par ailleurs, les Objectifs du millénaire pour le développement relatifs à l'éducation ne soulignent pas à quel point il est important de mettre un terme à la violence contre les filles. Ces Objectifs du millénaire pour le développement constituent des buts majeurs que se sont fixés en l'an 2000 plus de 190 gouvernements dont l'objectif est d'éliminer la pauvreté. Ce document préconise entre autres l'accès universel à l'enseignement primaire et l'égalité des sexes. Il mesure cependant les progrès accomplis au nombre de filles scolarisées sans chercher à agir contre la violence et la discrimination qui nuisent à la qualité des études suivies par les filles et empêchent même parfois toute scolarisation.


La présente étude s'inscrit dans le cadre plus large du programme d'action mis en place par Amnesty International à l'occasion de sa campagne Halte à la violence contre les femmes. Elle sera suivie par une série d'analyses de la situation pays par pays et par des actions ciblées.


Un grand nombre de jeunes filles, de groupes de femmes et d'organisations de défense des droits humains interviennent déjà, au niveau local, sur cette question.


L'éducation fait partie des droits humains. Les gouvernements ont le devoir de garantir un cadre sûr, dont la violence est exclue.


Ainsi, en 2005, un groupe de jeunes filles de Sotouboua, au Togo, a créé Arc-en-ciel, une association d'entraide qui œuvre contre le harcèlement sexuel à l'école et contre la propagation du virus VIH et du sida, et met à la disposition des jeunes filles et femmes une structure au sein de laquelle elles pourront apprendre à défendre leurs intérêts5. Le Comité international de secours envoie des assistantes scolaires dans les classes des écoles pour réfugiés d'Afrique occidentale. Elles sont chargées d'empêcher, dans toute la mesure du possible, que les élèves ne soient victimes de sévices ou ne soient exploitées, et de faire en sorte que le cadre scolaire soit plus accueillant pour les filles6.


Légende photo :

Groupe d'élèves de Porto-Novo, participant avec Amnesty International Bénin au lancement de la campagne Halte à la violence contre les femmes, en 2004.

© AI


On peut également citer l'exemple du Programme H, au Brésil et au Mexique, qui encourage les jeunes hommes à remettre en question les préjugés traditionnellement attachés à la notion de virilité, et qui fait la promotion d'une bonne hygiène et de l'égalité des genres7. Le Forum for African Women Educationalists (FAWE), ONG panafricaine de promotion de l'éducation des filles et des femmes en Afrique subsaharienne, organise des programmes dont le but est d'augmenter le nombre de fillettes scolarisées, d'aider ces enfants à rester à l'école, et d'améliorer le niveau de l'éducation dispensée aux filles8.


Amnesty International constate que, dans le monde entier, des jeunes filles se montrent déterminées à faire valoir leur droit à l'éducation. Nous nous félicitons de toutes ces initiatives originales et dynamiques, qui visent à protéger les filles de la violence et à aider celles qui en sont victimes, mais nous exigeons également des États qu'ils prennent immédiatement des mesures pour s'acquitter de leurs engagements internationaux et donner enfin à toutes les fillettes et jeunes filles la possibilité de fréquenter des écoles sûres.


1. RECENSER LES VIOLENCES, RÉDUIRE LES EFFETS NÉFASTES

Lorsqu'une jeune fille est victime de violences à l'école, ou qu'elle craint de l'être, ses résultats scolaires risquent fort de s'en ressentir. Peut-être lui sera-t-il difficile de se concentrer sur ses études, peut-être ne percevra-t-elle plus le travail scolaire comme une priorité. Cette baisse de niveau sera encore plus prononcée si la jeune fille est forcée d'être régulièrement en contact avec la personne qui la fait souffrir.


La violence à l'intérieur et aux abords des établissements scolaires est un phénomène constaté partout dans le monde. Nombreuses sont les filles qui finissent par considérer que les brimades, les plaisanteries et les gestes à connotation sexuelle, les punitions abusives ou même les actes sexuels imposés sont le prix qu'elles doivent payer pour faire des études.


Ces violences paraissent banales, mais elles sont gravement préjudiciables. La violence contre les filles dans les écoles et aux alentours constitue un obstacle qui empêche les victimes de jouir pleinement de leur droit à l'éducation. Elle porte atteinte à leur vision d'elles-mêmes, compromet leurs résultats scolaires et a des effets aussi bien immédiats qu'à long terme sur leur santé physique et mentale, ainsi que sur leur indépendance socioéconomique.


Des études montrent que les femmes qui ont été victimes d'une agression sexuelle risquent plus que les autres d'être de nouveau agressées. Pas moins de 60 p. cent des femmes dont la première expérience sexuelle a eu lieu sous la contrainte sont plus tard victimes d'autres violences sexuelles9.


Une personne qui n'a pu mener à bien ses études en subira les conséquences sa vie durant. Dans le cas particulier des jeunes filles, celles qui ont un faible niveau d'instruction ont moins de chances de parvenir à l'indépendance financière. La probabilité est forte qu'elles se marient très jeunes, avec toutes les conséquences que cela peut avoir en termes de santé et d'équilibre affectif. Elles sont beaucoup plus exposées au danger d'être infectées par le VIH ou de mourir en accouchant. Elles auront plus de mal à se faire une place dans la société et à faire valoir leurs droits.


Les relations que peuvent avoir les enfants entre eux et avec les adultes déterminent celles qu'ils auront plus tard, lorsqu'ils auront grandi. Si la société impose dès l'école des définitions rigides de la féminité et de la masculinité qui se traduisent par des moqueries, des actes de harcèlement ou des violences, les lesbiennes, les gays et les personnes bisexuelles et transgenres risquent fort, dans le contexte scolaire, de ne pas pouvoir exprimer leur véritable identité. Si les premières expériences sexuelles d'une jeune fille se font sous la contrainte, elle risque davantage de connaître la violence dans sa vie d'adulte10.


À terme, les sociétés qui ne font rien contre les violences infligées aux filles subissent les conséquences de leur passivité. Le niveau scolaire de leurs élèves est bas, et la discrimination entre hommes et femmes y atteint un degré élevé.


M., une mère de famille rencontrée en Macédoine par des délégués d'Amnesty International, a reconnu qu'aucune de ses trois filles adolescentes n'était scolarisée : « Je ne veux pas qu'elles aillent à l'école en ville… J'ai peur qu'elles ne soient pas en sécurité si elles sortent. J'ai peur qu'elles se fassent enlever et qu'elles perdent leur virginité. »


Lésions physiques et autres conséquences graves

Un nombre croissant d'éléments, recueillis dans le monde entier, indiquent que les violences liées au genre qui touchent les femmes et les fillettes peuvent entraîner la mort, par homicide, par suicide, ou des suites du sida11.


Les filles qui sont victimes de violences subissent des blessures diverses, de l'ecchymose à la fracture, ou des incapacités graves. Dans les cas les plus extrêmes, elles perdent la vie. La violence a également des effets durables sur la santé, qui peuvent prendre la forme, par exemple, de douleurs chroniques ou de troubles gastro-intestinaux12.


« La tolérance de la violence contre les enfants est un obstacle important à la santé et au développement en Europe. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser cette violence s'installer sans rien faire ; nous devons agir immédiatement pour changer les conditions qui font que les enfants en sont victimes. »

Marc Danzon, directeur régional pour l'Europe, Organisation mondiale de la santé13


Selon un rapport publié par l'ONU en 2006 sur la violence à l'égard des enfants, plusieurs études, menées dans le monde entier, insistent toutes sur la gravité des conséquences de ce phénomène. Ainsi :

  • Une étude réalisée en Europe montre que, parmi les enfants souffrant de dépression, le point commun le plus fréquemment relevé est l'infliction de châtiments corporels dans le passé.

  • Une autre étude, menée au Cameroun, indique que les punitions corporelles, à la maison et à l'école, inhibent la socialisation de ceux qui en étaient victimes, qui ont tendance à devenir passifs et excessivement prudents, craignent d'exprimer leurs idées et leurs sentiments et, dans certains cas, se livrent à des violences psychologiques sur d'autres.

  • Les victimes et les auteurs de brimades ont fréquemment de moins bonnes notes que leurs camarades.

  • Selon une étude réalisée au Népal, 14 p. cent des élèves qui abandonnaient leurs études en cours de route le faisaient par peur de leur professeur.

  • Plusieurs travaux de recherche menés en Afrique du Sud montrent que les élèves qui se plaignent d'être victimes de violences sexuelles se heurtent ensuite à une telle hostilité qu'elles doivent arrêter l'école pendant quelque temps, changer d'établissement ou même mettre un terme à leurs études.

  • Plusieurs études réalisées dans des pays d'Afrique, d'Asie et des Antilles soulignent que les jeunes filles qui se retrouvent enceintes à la suite d'agressions sexuelles ou de rapports forcés sont souvent contraintes de quitter l'école14.


Quand une fille subit une bastonnade punitive, quand un camarade l'agresse sexuellement, quand elle est la cible d'une projection d'acide, elle endure une souffrance incontestable et inacceptable. Quels que soient les sévices subis, qu'ils soient le fait d'autres élèves ou d'adultes, leur gravité ne peut toutefois pas s'évaluer uniquement à l'intensité de la douleur physique infligée. Il est plus facile de mesurer la longueur d'une cicatrice sur le corps d'un enfant que d'apprécier les autres traces, bien plus durables, que la violence a pu laisser en portant atteinte à son équilibre mental et au sentiment qu'il a de son intégrité.


Dans certains pays d'Asie du Sud, des filles ont été la cible de jets d'acide. Ces agressions sont perpétrées dans des contextes divers : différends familiaux ou fonciers, conflits liés au montant de la dot, vengeance d'un prétendant éconduit, etc. Selon la Fondation pour les victimes des agressions à l'acide, une ONG du Bangladesh, 27 p. cent des attaques à l'acide recensées dans ce pays visaient des mineures, et plusieurs actes de ce type auraient eu lieu dans des écoles15.

Exploitation et sévices sexuels

« L'an dernier, j'avais peur de mon professeur. Il voulait absolument que j'aie des rapports sexuels avec lui. […] J'en ai parlé à mes parents, mais ils n'ont rien fait contre mon professeur. Ils ne l'ont même pas dit au directeur. Ils ont peur des enseignants. Ils s'estiment inférieurs à eux. Maintenant, quand je suis à l'école, j'ai peur, et je manque souvent les cours. »

Témoignage d'une jeune Béninoise, cité par B. Wilbe, dans Making School Safe for Girls : Combating Gender-Based Violence in Benin.



Légende photo :

Deux élèves d'une école élémentaire de Philadelphie rentrant chez elles. La multiplication des incidents impliquant des armes à feu dans les établissements scolaires américains a entraîné un certain nombre de mesures de sécurité faisant appel à des technologies avancées, d'une efficacité et d'une légalité contestables, sans qu'aucune initiative visant à traiter systématiquement les causes profondes du problème de la violence dans les écoles n'ait été mise en œuvre.

©AP Mark Stehle/AP/PA Photos


Le harcèlement sexuel à l'école est une réalité dans de nombreux pays du monde. Une étude réalisée aux États-Unis révèle ainsi que 83 p. cent des élèves du secondaire (âgées de douze à seize ans environ) scolarisées dans le public disent avoir été victimes de harcèlement sexuel, sous une forme ou une autre16. Selon une autre étude, menée en 2006 auprès de filles scolarisées au Malawi, 50 p. cent d'entre elles disaient avoir subi des attouchements sexuels « sans leur consentement, soit par leurs enseignants soit par leurs condisciples masculins17 ». Le harcèlement sexuel à l'école est également répandu en Amérique latine, notamment en République dominicaine, au Honduras, au Guatemala, au Mexique, au Nicaragua et au Panama18.


Selon un rapport des Nations unies de 2006 sur la violence à l'égard des enfants, le phénomène « est particulièrement courant, voire extrême, dans les endroits où d'autres formes de violence scolaire sont également prévalentes19 ».


Selon l'organisation non gouvernementale Plan Togo, le harcèlement sexuel des filles scolarisées par les enseignants est tellement répandu au Togo qu'il a donné naissance à un véritable argot spécialisé. Ainsi, l'expression « notes sexuellement transmises » désigne des bonnes notes qui seraient dues aux relations sexuelles d'une élève avec son enseignant. On appelle parfois « cahier de roulement » une élève présumée avoir eu des relations avec plusieurs enseignants. Les lettres BF (marque de savon connue au Togo) sont censées signifier « bordelle fatiguée », formule désignant une jeune fille qui serait épuisée par ses multiples rapports sexuels avec des enseignants20.

La Cour constitutionnelle de Colombie a estimé que le fait d'exclure contre son gré du cycle scolaire normal une jeune fille enceinte constituait une forme de punition, qui portait atteinte à ses droits : « Faire de la grossesse, dans le cadre du règlement scolaire, un motif de punition constitue une violation des droits fondamentaux à l'égalité, au respect de la vie privée, au libre épanouissement de la personnalité et à l'éducation21. »


Lorsqu'une très jeune fille est contrainte à avoir des rapports sexuels, les lésions causées par cette activité sexuelle forcée entraînent parfois des complications diverses (fistules, infections génitales hautes ou autres troubles gynécologiques). La violence sexuelle peut entraîner toutes sortes de conséquences : infections sexuellement transmissibles, y compris le sida, grossesse non désirée, dysfonctionnement sexuel, douleurs pelviennes chroniques, avortements à risques, etc22.


Les grossesses chez les très jeunes filles, qu'elles soient ou non désirées, peuvent résulter de violences liées au genre. Dans le monde entier, il arrive que des filles scolarisées soient enceintes sans le vouloir. Le responsable est parfois un enseignant, ou un garçon plus âgé, ou un prétendu protecteur qui a donné argent ou cadeaux à la jeune fille en échange de ses faveurs. Malgré l'existence dans certaines régions de politiques visant à permettre aux jeunes mères de reprendre leurs études après la naissance de leur enfant, ces grossesses marquent le plus souvent la fin définitive de la scolarisation de la jeune fille, qui voit ainsi s'éloigner ses espoirs d'indépendance socioéconomique.


Les grossesses non désirées peuvent avoir de graves répercussions : avortements à risque, suicides, réactions brutales des familles, qui peuvent aller du rejet au meurtre, en passant par l'ostracisme. Un avortement pratiqué dans de mauvaises conditions pour mettre fin à une grossesse non désirée peut lui aussi nuire gravement à la santé de l'adolescente et même mettre sa vie en danger.


Selon Margaret Sitta, ministre de l'Éducation et de la Formation professionnelle de Tanzanie, entre 2003 et 2006, plus de 14 000 filles scolarisées dans le primaire ou dans le secondaire ont été exclues de leur établissement parce qu'elles étaient enceintes. Selon elle, la pauvreté mettait certaines jeunes filles à la merci d'hommes sans scrupules ; le viol, le manque d'attention parentale, les mariages précoces et les distances à parcourir pour se rendre à l'école étaient, a-t-elle précisé, autant de facteurs de grossesses non désirées23.


Le mariage précoce crée évidemment les conditions d'une activité sexuelle prématurée, qui constitue une forme de violence sexuelle. De plus, cette pratique entraîne souvent l'arrêt des études de la jeune mariée. En cela, elle constitue une forme de violence contre les jeunes filles, qui a des conséquences sur l'exercice de leur droit à l'éducation24.


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Dans le cadre d'une campagne nationale visant à scolariser davantage de fillettes et de jeunes filles des zones rurales et des milieux défavorisés, une enseignante cherche à convaincre une adolescente d'un quartier pauvre de Van, dans l'est de la Turquie, qu'elle doit aller à l'école. Traditionnellement, les filles sont astreintes à des corvées et à des tâches dont les garçons sont exemptés, ce qui limite leurs possibilités de fréquenter un établissement scolaire.

Préjudice affectif et psychologique

Les victimes de violences perpétrées dans le cadre scolaire souffrent de nombreuses séquelles affectives et comportementales, allant de l'insomnie aux tentatives de suicide, en passant par la perte d'appétit, la dépression, les angoisses, le désespoir, la dépréciation de soi, l'agressivité, l'alcoolisme, la toxicomanie ou encore des activités sexuelles à haut risque. La dépression est l'une des conséquences les plus fréquentes de la violence sexuelle et physique exercée contre les filles.


Une étude réalisée en 2005 en Jamaïque révèle que 66 p. cent des hommes et 49 p. cent des femmes étaient d'accord avec la phrase « Lorsque des femmes et des jeunes filles se font violer, ce sont parfois elles qui l'ont cherché25 ».


Quand les enseignants insultent des élèves, ces derniers peuvent se sentir dévalorisés26. La discrimination pratiquée par certains professeurs à l'égard des filles, qu'ils considèrent comme moins intelligentes ou moins dynamiques que les garçons, peut avoir le même effet.

Un obstacle à la prévention du sida

L'éducation est un élément déterminant dans la lutte contre la propagation du VIH et du sida. Lorsque la violence force une jeune fille à abandonner ou à négliger ses études, elle l'empêche d'acquérir des connaissances qui pourraient lui permettre d'être moins vulnérable à une éventuelle infection par le VIH. L'accès à un enseignement de qualité est essentiel pour que la femme, une fois adulte, jouisse d'une véritable indépendance économique et soit donc mieux armée pour négocier les termes de sa vie sexuelle, notamment en évitant les pratiques à risque.


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Moment de détente pour trois adolescentes, après un rituel de passage alternatif, organisé dans un foyer pour jeunes filles fuyant les mutilations génitales et le mariage forcé, dans le sud de la vallée du Rift, au Kenya. La violence est l'une des causes principales de l'échec scolaire chez les filles. Cette situation a de nombreuses conséquences : faible scolarisation, taux élevé d'abandon scolaire, mariages et grossesses précoces, maladies sexuellement transmissibles, etc. Décembre 2005.

©Paula Allen


Tout être humain a le droit d'aspirer au meilleur état de santé possible. Ce droit comprend notamment le droit à l'éducation et à l'information en matière de santé. Dans les établissements scolaires, les enfants et adolescents peuvent bénéficier d'une information sur la santé. De plus, grâce à l'enseignement général que l'on y dispense, ils comprennent mieux et peuvent mettre en pratique les notions qui leur sont transmises. En privant les enfants de leur droit à l'éducation, on compromet donc leur droit à la santé.


En outre, si les filles scolarisées courent un risque d'agressions sexuelles dans leur établissement ou à proximité, elles sont exposées au danger de l'infection par le VIH. Dans les pays où le taux d'infection par le VIH est élevé et où la violence sexuelle est un phénomène endémique, les femmes risquent d'être contaminées à la suite d'un viol. Les jeunes filles sont particulièrement vulnérables. Dans un contexte de violence, il y a peu de chances pour que des mesures de prévention soient prises. Les pressions et la contrainte s'exerceront plus facilement lorsque la différence d'âge entre une jeune fille et son « partenaire » est importante (élève plus âgé, enseignant, « protecteur » adulte27).


La Campagne mondiale pour l'éducation estime que, chaque année, 700 000 cas nouveaux d'infection par le VIH pourraient être évités si l'enseignement primaire était universel.


Une fillette contrainte à avoir des rapports sexuels peut ensuite souffrir de nombreuses complications gynécologiques.


Les jeunes filles séropositives risquent d'être exclues de l'école ou de faire l'objet de réactions de rejet, d'actes de harcèlement, voire d'agression au sein de leur établissement. Enfin, dans les familles où quelqu'un est malade du sida, ce sont généralement les filles qui restent à la maison pour en prendre soin.


De nombreux conflits armés sont marqués par une généralisation de la violence sexuelle contre les femmes et les fillettes, ce qui entraîne une forte propagation du VIH. Ainsi, 70 p. cent des 250 000 à 500 000 femmes et fillettes qui ont survécu après avoir été violées ou avoir subi d'autres violences sexuelles lors du génocide commis en 1994 au Rwanda sont aujourd'hui séropositives au VIH ou malades du sida28.


2. POUR DES ÉCOLES PLUS SÛRES : QUELS SONT LES DANGERS ?

Le trajet jusqu'à l'école

Pour les filles scolarisées, le trajet entre le domicile et l'école peut s'avérer périlleux. Selon de nombreux récits, elles ont souvent à subir des avances, des gestes déplacés, des insultes ; des hommes se serrent contre elles dans les bus ou les trains bondés. Des agressions plus graves, qui peuvent aller jusqu'au viol, sont également signalées. Cinquante p. cent des adolescentes interrogées dans le cadre d'une étude menée auprès de collégiennes zimbabwéennes racontent que des inconnus leur ont infligé des caresses sexuelles pendant qu'elles se rendaient à l'école ; 92 p. cent affirment que des hommes adultes leur ont fait des avances29.


Plus le trajet est long, plus le danger est grand, surtout si la fillette doit faire le chemin à pied ou se déplacer après la tombée de la nuit. À San Salvador, la capitale du Salvador, par exemple, les jeunes employées de maison ne peuvent généralement pas aller en cours aux horaires normaux. Certaines fréquentent donc des cours du soir, au prix de risques considérables pour leur sécurité sur le trajet entre leur domicile et leur école30.


Plus le déplacement est long, plus les risques de harcèlement ou d'agression sur le chemin de l'école sont importants. Dans de nombreux pays – dans certaines parties du Pakistan ou de l'Inde, par exemple –, les filles qui entendent poursuivre des études secondaires sont bien souvent obligées d'effectuer de longs trajets, car les écoles secondaires sont peu nombreuses et généralement situées loin des villages. Dans certains cas, la distance est telle que la jeune fille est contrainte d'aller vivre loin du domicile familial. Aux îles Fidji, de nombreux enfants sont forcés d'habiter chez des membres de leur famille élargie faute d'avoir un établissement scolaire près de leur domicile. Une étude consacrée aux filles ayant abandonné l'école constate que 26 p. cent d'entre elles disent avoir subi des sévices sexuels infligés par des hommes de leur famille pendant qu'elles vivaient ailleurs que chez leurs parents31.



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Deux fillettes rentrant de l'école, dans une zone rurale du sud de la province du Kwazulu-Natal, en Afrique du Sud. Dans les campagnes, l'école est souvent située loin du domicile. Le long des sentiers isolés qu'elles sont obligées d'emprunter, les fillettes et les jeunes filles sont à la merci d'éventuels agresseurs. En mai 2007, des chercheurs d'Amnesty International ont rendu visite, en compagnie d'une assistante sociale, à la famille d'une fillette de neuf ans qui avait été violée alors qu'elle se rendait à l'école, dans un secteur très boisé de la province de Mpumalanga. La mère de la jeune victime refusait de la laisser retourner à l'école, de peur qu'un tel drame se reproduise.

© Per-Anders Pettersson/Getty Images



« J'allais à l'école. J'ai remarqué qu'une jeune femme, près de la cour de l'école, me regardait. Je me suis arrêtée devant un marchand de beureks[petits pâtés fourrés] et j'ai jeté un coup d'œil à l'intérieur. L'inconnue s'est approchée de moi et m'en a proposé un. Elle me l'a payé. Cela a continué, plusieurs jours, jusqu'à ce que nous devenions amies. Un jour, elle m'a proposé une promenade dans sa voiture. Je l'ai accompagnée. J'ai été gardée dans un motel pendant trois semaines d'affilée. Quatre hommes m'ont violée. Je hurlais mais personne ne pouvait m'entendre parce que j'étais bâillonnée. D'autres hommes encore sont venus [...] Je ne pouvais plus suivre l'école […] J'ai honte, j'ai l'impression que tout le monde me regarde comme si j'étais une criminelle. »

Témoignage d'une Albanaise du Kosovo âgée de treize ans32


Dans de nombreux pays, les jeunes filles en âge d'être scolarisées risquent d'être victimes de la traite à des fins de prostitution forcée. C'est sur le chemin de l'école qu'elles sont parfois les plus exposées. Amnesty International a ainsi connaissance de plusieurs cas précis, au Kosovo, montrant que l'insécurité et l'absence de mesures de prévention ou de sensibilisation des jeunes filles aux risques, ainsi qu'aux moyens de s'en prémunir, exposaient celles-ci aux agissements des trafiquants. Certains parents préfèrent interdire à leurs filles d'aller à l'école, pour ne pas les mettre en danger.


Pour les jeunes Palestiniennes des territoires occupés, les points de contrôle mis en place par l'armée israélienne, les barrages et autres entraves aux déplacements continuent d'entraver sérieusement l'exercice du droit à l'éducation. Les transports reviennent beaucoup plus cher, car tout déplacement oblige aujourd'hui à faire de longs détours et à changer de véhicule à chaque point de contrôle. L'augmentation du coût et de la durée des déplacements, à laquelle vient s'ajouter le risque de ne pas pouvoir rentrer chez soi en raison des bouclages et des couvre-feux divers, rend la situation particulièrement difficile pour les filles. Confrontées à une grave détérioration de la situation économique, de plus en plus de familles choisissent de privilégier les études des garçons, au détriment de celles des filles. Certaines ne souhaitent pas prendre le risque de voir leurs filles bloquées à un point de contrôle fermé et, pour cette raison, dans l'incapacité de regagner leur domicile le soir33.

En danger à l'école

Dans le monde entier, des témoignages évoquent brimades, railleries, actes de harcèlement sexuel et sévices corporels infligés à des filles dans les locaux scolaires, y compris en classe. Une étude menée sur sept ans auprès de plus de 3 000 enfants vivant au Royaume-Uni montre que plus de la moitié d'entre eux ont été victimes de brimades ou d'actes d'agression. La plupart des faits signalés étaient des délits commis dans un établissement scolaire34.


Parfois, des bandes de garçons font peur aux filles ou les agressent. Les garçons ont tendance à s'approprier certaines zones de l'école, où ils s'adonnent à des jeux violents ; les filles apprennent alors à éviter ces secteurs, pour leur propre sécurité35.


Selon un rapport de l'Organisation mondiale de la santé, c'est dans le cadre scolaire que le risque de harcèlement sexuel et de contrainte est le plus grand36.


Les garçons tiennent parfois des propos salaces ou font des gestes obscènes devant de très jeunes filles. Ce type de harcèlement sexuel, désigné en Asie du Sud par le terme apparemment anodin de « eve-teasing »(littéralement « taquiner Ève »), semble très répandu au Bangladesh, en Inde, au Népal, au Pakistan et à Sri Lanka37. Au Royaume-Uni, des filles décrivent le comportement de garçons qui les traitent de « putes »ou autres noms désobligeants, les enlacent, ou les caressent contre leur gré38.


Au Zimbabwe, une sorte de rituel s'est mis en place : lorsque des « nouvelles » arrivent à l'école, les « grands » garçons leur font des avances, de vive voix ou en leur envoyant un mot, souvent par le biais d'un ou d'une ami(e). Une fille qui refuse s'expose à des menaces et à des violences39. En Jamaïque, des jeunes filles racontent que certains de leurs camarades pratiquent le harcèlement sexuel, demandent avec insistance à avoir des relations sexuelles, leur tripotent les seins et les fesses. Ces conduites sont si courantes qu'elles sont perçues comme normales, aussi bien par les filles que par les garçons40.


Les latrines et les toilettes sont souvent des zones à risque. Ainsi, en Grèce, une fille de seize ans aurait récemment été agressée sexuellement pendant une heure dans les toilettes de son établissement scolaire par quatre garçons, sous les yeux de trois autres filles et tandis qu'une quatrième filmait la scène à l'aide de son mobile. La jeune fille a déclaré que ses violeurs l'avaient en outre insultée en termes racistes (c'est une Bulgare41). Le danger est encore plus grand lorsque les filles ne disposent pas de toilettes séparées, comme c'est souvent le cas dans les établissements scolaires d'Afrique.


La sécurité n'est pas non plus toujours suffisante dans les internats. La Commission des droits humains du Népal a par exemple rendu public le cas de deux jeunes filles aveugles, régulièrement violées, pendant des années, par le gardien d'un foyer42.


Une salle de classe devrait être une oasis de savoir, où les élèves viennent renforcer leur capacité d'agir et acquérir les compétences et les connaissances qui leur permettront de s'épanouir et d'obtenir leur indépendance économique. Malheureusement, les filles y sont bien trop souvent exposées à des injures et à des brimades verbales, à des châtiments humiliants et même à des agressions. Au lieu de protéger et d'aider les filles dont ils ont la charge, certains enseignants peuvent être les instigateurs et les auteurs des sévices dont elles sont victimes.


Certains enseignants tolèrent les brimades ou les actes de harcèlement dont sont victimes certaines de leurs élèves. Ils ne font rien, par exemple, lorsque des garçons leur crient des injures ou cherchent à les empêcher de participer. Les filles n'appartenant pas à la même ethnie que la plupart de leurs camarades, celles qui sont issues de familles pauvres, qui sont handicapées, moins « féminines » ou qui, de façon générale, ne sont pas dans la norme, sont les cibles privilégiées de ces comportements.


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Quelques-unes des 600 élèves de l'école de filles Maru Chera, dans le centre de Kaboul. Bien qu'un certain nombre d'écoles pour filles aient rouvert dans certaines régions d'Afghanistan, beaucoup de filles ne sont pas scolarisées. Les raisons de ce problème sont complexes. Nombre d'écoles sont obligées de fermer en raison des attaques dirigées contre elles ou contre des enseignants. D'autre part, les familles hésitent bien souvent à envoyer leurs enfants à l'école, par crainte des attentats.

Les facteurs culturels ne sont pas négligeables : beaucoup de parents estiment qu'une fille n'a plus besoin de faire d'études, dès lors qu'elle a atteint l'âge de se marier.

© AP Photo/Marco Di Lauro


Les brimades dont sont victimes les filles ont souvent une connotation sexuelle. En cours de sciences naturelles, par exemple, certains garçons vont tenir des propos ou faire des dessins d'une grande crudité, pour provoquer un malaise chez les filles.


Les éducateurs jouent un rôle déterminant dans le domaine de la violence contre les filles. Si, dans certains cas, ils en sont les auteurs, il leur arrive aussi de protéger les droits de leurs élèves.


Certains enseignants abusent des rapports quotidiens qu'ils peuvent avoir avec leurs élèves. Un professeur peut ainsi passer le bras autour des épaules d'une jeune fille, sous prétexte de l'aider à faire un exercice, ou la toucher en feignant d'admirer ses vêtements. Parfois, les intentions de l'enseignant qui a ce genre de conduite ne sont pas évidentes, mais certains font des avances sans se cacher, en pleine salle de classe.


Aux États-Unis, une organisation américaine de détection et de prévention des violences en milieu scolaire a recensé 18 agressions sexuelles dans des établissements scolaires du pays, en l'espace de seulement dix jours, au début de l'année 2007. Parmi les cas signalés, citons :

  • l'agression sexuelle d'une fille de seize ans, à Mission, en Californie, par un informaticien des services scolaires du district, qui aurait passé un temps considérable à tenter de séduire la victime ;

  • l'agression sexuelle grave commise par trois élèves de Groveton (Texas), âgés de quinze à dix-sept ans, sur une condisciple de treize ans qu'ils avaient emmenée dans les vestiaires du terrain de sport ;

  • l'arrestation d'un enseignant du primaire à Urbana (Illinois), pour sévices sexuels infligés à ses élèves : trois fillettes auraient été contraintes, les yeux bandés, de participer à des jeux sexuels avec leur maître43.


Dans différents pays du monde, selon les récits des élèves, des professeurs proposent de donner de bonnes notes en échange de faveurs sexuelles, cherchent à séduire en offrant des friandises ou de l'argent, ou menacent de mal noter celles qui refusent de répondre à leurs avances.


Un nombre alarmant de violences sexuelles sont le fait d'enseignants. Une étude menée au niveau national en Afrique du Sud a révélé que 32 p. cent des viols de mineurs signalés avaient été commis par des enseignants44.


Les filles sont souvent mises à contribution, après l'école, pour effectuer des corvées et des tâches dont les garçons sont dispensés. Ces travaux les empêchent d'aller retrouver leur famille et leurs amis et empiètent sur le temps qu'elles pourraient consacrer à leurs leçons et à leurs devoirs. Cette pratique peut en outre les exposer à une exploitation sexuelle. Une élève ougandaise raconte : « [Il nous obligeait] à lui laver les pieds et à lui apporter de l'eau dans la salle de bains, mais quelquefois, il était nu et il nous demandait d'être gentilles avec lui45. »


Je ne sais pas comment l'appeler :

professeur,


Mari de Monica,


Ou protecteur de Prisca


En salle 3A1, il a embrassé Teclar


En4A1, il a mis Daizy enceinte


En 2A2, il a peloté les seins de Lucia


Dans sa réserve, je n'en sais rien :


Seuls les livres sont témoins


Je ne sais comment l'appeler –


Professeur, tricheur, joli cœur,

agresseur ou consommateur


Pour qui te prends-tu, tricheur ?


Poème écrit par une élève zimbabwéenne46


« Un jour, je suis partie un peu en retard pour l'école. J'ai couru pour rattraper mon retard. Quand je suis arrivée à l'école, j'ai essayé de me faufiler sans qu'on me voie, mais le gardien est arrivé et m'a cogné le dos très fort avec un gros bâton. Je suis tombée par terre. J'ai dû aller chez un docteur pour me faire soigner. »

Témoignage d'une élève éthiopienne d'une douzaine d'années

The African Child Policy Forum, Born to High Risk: Violence against Girls in Africa

La violence utilisée comme châtiment

Dans certains établissements, la violence est institutionnalisée et prend la forme de châtiments corporels. Le Comité des droits de l'enfant (l'organe de suivi de la Convention relative aux droits de l'enfant de l'ONU) en a décrit les différentes modalités.


La plupart du temps, il s'agit de coups (claques, gifles, fessées) portés à l'enfant, avec la main ou au moyen d'un instrument, qui peut être un fouet, une baguette, une ceinture, une chaussure, une cuiller en bois, etc. Il arrive aussi que des enfants reçoivent des coups de pied, qu'ils soient secoués ou projetés au loin, griffés, pincés ou même mordus. On leur tire parfois les cheveux ou on leur frappe les oreilles. Certains sont contraints de rester dans des positions pénibles. D'autres se voient infliger des brûlures, notamment à l'eau chaude, ou doivent ingurgiter des substances désagréables (par exemple, on « lave » la bouche d'un enfant avec du savon ou on le force à avaler du piment47).


En juin 2006, 98 pays seulement avaient officiellement interdit les châtiments corporels à l'école (selon l'Initiative internationale pour mettre fin à tous les châtiments corporels infligés aux enfants48).


Légende photo :

Une petite Irakienne se rendant à l'école, à Bagdad. Elle marche au milieu des débris, dans une rue où, peu de temps auparavant, un attentat à la bombe a fait au moins 10 morts. Les atteintes aux droits humains, et notamment les homicides, continuent de faire partie de la réalité quotidienne des Irakiens. Dans de telles conditions, il est très difficile d'assurer un enseignement digne de ce nom et ce sont les filles qui en souffrent le plus.

© AP Photo/Hadi Mizban


Dans de nombreuses régions du monde, les châtiments corporels sont considérés comme une façon normale d'assurer la discipline49. Partout, les enfants consultés dans le cadre de l'étude menée en 2006 par l'ONU sur la violence contre les mineurs demandaient qu'il soit mis fin aux punitions corporelles et aux autres châtiments cruels ou dégradants administrés dans les établissements scolaires50.


Le Comité des droits de l'enfant, qui fait autorité, considère que tout châtiment corporel est nécessairement dégradant, ne respecte pas la dignité propre à l'enfant, viole son droit à l'intégrité physique, porte atteinte à l'obligation qui incombe à l'État de protéger les mineurs de toute forme de violence physique ou mentale, et est incompatible avec la Convention relative aux droits de l'enfant51. Cette dernière indique en effet que la discipline à l'école doit être « appliquée d'une manière compatible avec la dignité de l'enfant en tant qu'être humain ».


Les châtiments corporels sont également dénoncés par d'autres organismes de l'ONU relatifs aux droits humains, dont le Comité contre la torture et le Comité des droits de l'homme.


Le Comité des droits de l'enfant a par exemple adressé en 2006 les remarques suivantes au Swaziland :

« Le Comité note avec une profonde préoccupation que les châtiments corporels sont légaux, traditionnellement acceptés et très répandus dans la famille, à l'école et dans d'autres cadres. Le Comité note aussi avec préoccupation que la nouvelle Constitution autorise l'usage de “châtiments modérés” à l'encontre des enfants. Le Comité recommande à l'État partie d'envisager à titre prioritaire d'amender la Constitution et d'interdire expressément par voie législative les châtiments corporels dans tous les cadres, en particulier la famille, l'école, le système pénal et toutes les structures de protection de remplacement. Il recommande aussi à l'État partie de mener des campagnes de sensibilisation et d'éducation en faveur de l'usage de formes autres de discipline, respectueuses de la dignité humaine de l'enfant52»

Les écoles situées dans des zones de conflit

Selon une étude publiée en 2007 par l'UNESCO, 40 p. cent des 77 millions d'enfants d'âge scolaire non scolarisés vivent dans des zones touchées par des conflits53. L'insécurité qu'entraîne tout conflit armé peut dissuader les parents d'envoyer leurs enfants à l'école et rendre très difficile la tâche des personnels scolaires chargés d'assurer la protection des enfants qui leur sont confiés. Généralement, les conflits armés qui font de nombreuses victimes dans la population civile ont des conséquences désastreuses pour le système scolaire local.


De surcroît, dans certains conflits récents, enseignants et élèves sont devenus des cibles pour certains belligérants. La Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies pour les enfants et les conflits armés a ainsi déploré, en 2006, que les écoles soient « de plus en plus souvent la cible de prédilection pour les attaques par des parties armées54 ». En Colombie, par exemple, toutes les parties au conflit (forces de sécurité, paramilitaires soutenus par l'armée et groupes d'opposition armés) s'en sont prises à des enseignants55. Au moins 310 enseignants ont été tués dans ce pays entre 2000 et 200656.


Citons, parmi les violences les plus souvent déplorées, des attentats à l'explosif, bombardements et mitraillages visant les accès, les aires de jeu, les locaux scolaires, ou les fêtes ou épreuves sportives organisées par les établissements ; des assassinats ; des destructions de bâtiments scolaires ; l'enlèvement, la détention illégale, la disparition forcée ou la torture d'élèves, d'enseignants et de responsables de l'administration ; l'enrôlement forcé d'enfants soldats ; enfin, l'enlèvement et le viol d'élèves et d'enseignantes par des membres des forces armées57.


Lorsque des établissements scolaires, des enseignants ou des élèves sont la cible de violences armées, l'enseignement est perturbé à de multiples égards. Les élèves, comme le personnel éducatif, peuvent choisir de rester chez eux, par crainte de nouvelles attaques. Des destructions de bâtiments et de matériel scolaires sont possibles. Dans certaines régions, les enseignants ne peuvent être remplacés. Les traumatismes, la peur et le stress provoqués par les attaques empêchent élèves et professeurs de travailler correctement, nuisant à leur motivation et compromettant leur assiduité en cours.


En Sierra Leone, par exemple, on estime à 1 200 le nombre d'écoles délibérément détruites pendant la guerre civile qui a fait rage dans ce pays jusqu'en 2001. Au cours de ce conflit, quelque 3 000 fillettes et jeunes filles ont été enlevées, pour servir d'« épouses » (c'est-à-dire d'esclaves sexuelles) à des combattants. De nombreux enfants ont été mutilés par des membres de groupes armés, qui cherchaient ainsi à faire régner la terreur dans le pays58.


Le ministère thaïlandais de l'Éducation a déclaré en décembre 2006 que 71 enseignants avaient été tués et 130 écoles brûlées au cours des trois années précédentes. Au moins 112 autres enseignants auraient été blessés. Dans les trois provinces les plus méridionales du pays, 16 élèves sont morts et 58 autres ont été blessés au cours de la même période59.


La République démocratique du Congo est en proie depuis près de dix ans à un conflit qui a vu s'affronter les forces régulières, des groupes armés et, à des moments divers, des contingents venant de plusieurs pays voisins. Un grand nombre de femmes et de fillettes ont été violées, aussi bien par des soldats des forces gouvernementales que par des combattants de groupes armés. Selon un expert de l'ONU, dans la seule province du Sud-Kivu, 4 500 viols auraient été commis au premier semestre 200760. Les victimes sont très souvent des filles d'âge scolaire. Dans la province du Nord-Kivu, où des dizaines de viols auraient été perpétrés, début 2006, lors de l'occupation de la ville de Kibirizi par une brigade de l'armée entrée en dissidence, la plupart des victimes avaient entre douze et dix-huit ans et appartenaient aux ethnies Nande et Hunde61.


« Ces derniers temps, le véritable problème des femmes de Kandahar est la sécurité à l'extérieur de chez elles : les menaces terroristes des extrémistes et des talibans, qui se sont réorganisés, et les combats persistants entre les forces gouvernementales et les activistes de la région sont autant de facteurs de risque. Pour cette raison, les femmes n'osent pas sortir de leur foyer, ni envoyer leurs filles à l'école […] Dans les zones rurales, les écoles pour filles sont incendiées, ou encore fermées à cause de la menace continuelle des talibans. »

Extrait d'une lettre écrite par une militante des droits humains en Afghanistan, 200762


Pendant la guerre civile qui a ravagé le Népal entre 1996 et 2006, et qui a opposé les forces de sécurité gouvernementales au Parti communiste népalais (PCN) maoïste, des dizaines de milliers d'enfants ont été enlevés dans leur école par des combattants maoïstes qui les ont contraints de participer à des stages « d'éducation politique ». Certains étaient affectés au service armé. De nombreux parents ont donc gardé leurs enfants chez eux, au lieu de les envoyer à l'école, de peur qu'ils ne se fassent enlever. Des centaines d'établissements scolaires ont été fermés, détruits ou transformés en casernes63.


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Des écolières palestiniennes à un barrage israélien sur le chemin de l'école, Hébron, novembre 2005.

© Nasser Shiyoukhi/AP/EMPICS


En Afghanistan, les incendies volontaires d'écoles, en particulier d'écoles de filles, se multiplient depuis quelques années. En outre, les jeunes filles qui vont à l'école sont de plus en plus souvent victimes de menaces, voire d'agressions. Il y a eu au moins 172 attaques contre des écoles au cours du premier semestre 2006. Ces actes ont été attribués à différents groupes, notamment aux talibans et au Hezb-e Islami, ainsi qu'à des seigneurs de la guerre locaux et à des bandits. Ils visent notamment à saper l'autorité du pouvoir central et à marquer l'opposition de leurs auteurs à l'éducation des filles64. Entre 2005 et 2006, 359 écoles ont été fermées dans les provinces de Kandahar, du Paktika, de Zaboul, de Ghazni, de Khost, du Helmand, de l'Uruzgan et de Daikandi, la sécurité des élèves et des enseignants ne pouvant plus être assurée. Quelque 132 000 enfants ont ainsi été privés de cours65.


« Le dimanche 5 mars 2006, je suis sortie avec des camarades […] Des éléments du CECOS [Centre de commandement des opérations de sécurité] nous ont suivies […] Un des éléments du CECOS m'a demandé de passer la nuit avec lui. Je lui ai dit que j'étais fatiguée et il ne voulait rien entendre. Il m'a brutalisée et a défait mon pantalon. Je crois que j'ai perdu connaissance. Après le départ du CECOS, les frères de mon amie sont venus me trouver et m'ont emmenée à l'hôpital où j'ai appris que j'avais été violée [...] Je ne veux plus vivre à Alépé, j'ai quitté l'établissement scolaire que je fréquentais. »

Catherine, élève violée par un membre des forces de sécurité à Abidjan (Côte d'Ivoire)66.


En Irak, le système scolaire est au bord de l'effondrement total. En 2006, seuls 30 p. cent des enfants en âge d'être scolarisés allaient encore à l'école, contre 75 p. cent l'année précédente67. De nombreux enfants sont morts, victimes des violences qui opposent quotidiennement divers groupes armés, les forces irakiennes régulières et la Force multinationale (FMN) [conduite par les États-Unis]. Plus de quatre millions d'Irakiens ont dû partir de chez eux, ce qui a eu de très graves répercussions sur l'éducation des enfants. Les écoles sont souvent la cible d'actes de violence. Ainsi, en janvier 2007, un obus de mortier a frappé une école secondaire de Bagdad, tuant au moins cinq jeunes filles, tandis que, le même jour, un attentat suicide faisait deux morts et 10 blessés parmi les élèves d'une école primaire de Ramadi, au nord-ouest de la capitale68. Certains enfants irakiens sont en outre pris pour cible par des bandes de malfaiteurs, qui les enlèvent pour les rançonner. Ces bandes ne s'en prennent pas uniquement aux enfants de familles riches. Les parents sont extrêmement inquiets, au point que certains décident de ne plus envoyer leurs enfants à l'école. Au-delà des morts et des blessés, les effets à long terme de cette situation sur l'équilibre mental des enfants concernés restent à évaluer. « Les enfants irakiens présentent couramment des signes de traumatisme – cauchemars, angoisses, repli sur eux-mêmes », explique ainsi un porte-parole de l'UNICEF69. Dans de nombreuses régions irakiennes, des pressions croissantes sont en outre exercées sur les filles pour leur imposer un code strict en matière de vêtements et de comportement, ce qui compromet leurs chances de mener à bien leurs études.


Dans certains conflits, les forces régulières et les groupes armés n'hésitent pas à enrôler des enfants. Dans le nord de l'Ouganda, par exemple, l'UNICEF estime que 80 p. cent des membres de la Lord's Resistance Army (LRA, Armée de résistance du Seigneur), un groupe d'opposition armé, ont été enlevés alors qu'ils étaient enfants70. Au Myanmar, 70 000 mineurs servaient dans les forces armées en 200271. Les garçons sont généralement recrutés en tant que combattants. Les filles participent parfois aux opérations armées, mais sont également chargées de fournir divers services aux membres de l'unité. Très souvent, elles subissent des violences sexuelles ou sont contraintes d'« épouser » des combattants. Dans ce contexte, les écoles sont parfois délibérément visées, car elles constituent des concentrations d'enfants. Au Libéria, pays qui a connu de très nombreux actes de violence sexuelle au cours de la guerre civile, de 1989 à 1997, puis de nouveau en 2003, certains groupes armés forçaient les jeunes garçons qu'ils venaient de recruter à violer des fillettes, à titre de rite initiatique72.


Dans les camps de réfugiés ou d'autres situations d'urgence, le personnel humanitaire, y compris les enseignants, se rend parfois coupable de nombreux abus. Dans un rapport publié en 2002 et qui a fait date, le Haut-Commissariat pour les réfugiés73et l'organisation Save the Children (Royaume-Uni) dénonçaient les abus commis par certains enseignants, en poste dans des camps d'Afrique occidentale, qui proposaient à leurs élèves de bonnes notes et d'autres avantages scolaires en échange de relations sexuelles, profitant ainsi de leur position d'autorité. Selon certaines informations, des personnes censées protéger et aider les habitants des camps continueraient de se livrer à l'exploitation sexuelle des jeunes filles, et parfois des jeunes garçons, y compris par la violence et dans le cadre scolaire. Les jeunes filles réfugiées sont économiquement vulnérables et extrêmement dépendantes de l'aide extérieure. L'éducation étant essentielle à l'amélioration de leur situation, elles veulent absolument réussir74.


Le risque de sida aggrave les conséquences des violences envers les filles. Le viol peut désormais avoir une conséquence supplémentaire : la contamination par le VIH. Or, les jeunes filles séropositives sont souvent exposées à la discrimination. De plus, ce sont surtout les filles qui doivent quitter l'école pour assurer les soins lorsque quelqu'un est malade dans leur famille.


Dans certains pays, la militarisation du système scolaire est préjudiciable aux études des filles. Lorsque les élèves sont tenus d'effectuer régulièrement des exercices militaires, dans le cadre de leur formation générale, la perception de l'école par les forces combattantes risque d'être altérée, ce qui peut avoir des contrecoups sur la sécurité au sein même de l'établissement. Le climat général de violence peut s'aggraver, du fait de bizutages (cérémonies d'initiation), ou en raison de la libre circulation d'armes habituellement réservées aux militaires.

Le cyberespace

Un peu partout dans le monde, les enfants et les adolescents font un usage croissant des nouvelles technologies de l'information et de la communication, ce qui expose les filles à une nouvelle forme de violence, qui vient s'ajouter à celles qui les menacent déjà. Elles peuvent en effet subir des brimades exercées par le biais d'Internet ou du téléphone mobile. Les auteurs de ces actes vont leur envoyer des menaces, se faire passer pour quelqu'un d'autre ou faire circuler des informations diffamatoires ou embarrassantes pour la personne, des photos, réelles ou trafiquées, ou encore des rumeurs. Sur la toile ou sur les réseaux de mobiles, les personnes mal intentionnées peuvent agir en tout anonymat, en se cachant derrière un pseudonyme, avec la quasi-certitude de rester impunies et de disposer d'un large public. Le préjudice causé à la victime peut donc être bien supérieur à celui qu'elle subirait dans le cadre de brimades plus « classiques75 ».


L'acharnement « virtuel » peut venir renforcer l'effet de rumeurs ou d'agressions plus directes, la technologie fournissant alors au persécuteur un moyen de plus pour harceler sa victime. Cette pratique diffère de la persécution directe, dans la mesure où elle implique une invasion de l'espace privé et se poursuit jusqu'au domicile des personnes visées. Il est en outre difficile de contrôler les messages qui circulent par voie électronique et d'en limiter l'audience.


Les actes le plus souvent cités par les personnes interrogées lors d'une enquête sur les brimades récemment menée au Royaume-Uni par une commission parlementaire sont le harcèlement par Internet ou téléphone mobile, ainsi que les brimades motivées par des préjugés76. Une étude portant sur 11 000 élèves britanniques a révélé que les persécutions utilisant Internet ou le téléphone mobile étaient en augmentation77.

3. LES FACTEURS DE RISQUE EN MATIÈRE DE VIOLENCE ET D'EXCLUSION

La violence en milieu scolaire est un phénomène qui touche tous les pays du monde, mais certains établissements sont plus dangereux que d'autres. Certaines filles risquent davantage que d'autres d'être victimes d'actes de violence. Celles qui appartiennent à certaines catégories, (minorités ethniques, lesbiennes, handicapées…) sont plus menacées que leurs camarades. L'attitude de certains enseignants, qui estiment inutile de réagir quand le harcèlement est verbal, peut favoriser les actes de violence. D'autres facteurs n'ont rien à voir avec le comportement des individus : la distance entre le domicile et l'établissement scolaire, l'insuffisance des infrastructures et l'existence de droits de scolarité ou d'autres frais relatifs à la poursuite des études sont autant d'éléments qui peuvent augmenter les risques de violence.

Comportements discriminatoires

« Si on les frappe chez eux, ils vont frapper à leur tour. Autrement dit, les enfants maltraités par leurs parents et à qui on ne parle pas infligeront aux autres ce qu'on leur inflige à eux-mêmes. Ils vont traîner avec eux ce qu'ils voient à la maison. C'est là le fondement même de la violence. »

Témoignages d'adolescentes d'Amérique latine (2005)

World Report on Violence against Children78


Selon l'African Child Policy Forum, dans certaines régions, « la violence contre les femmes et les fillettes fait tellement partie des mœurs, que les personnes qui en sont victimes estiment parfois qu'elles en sont elles-mêmes responsables. Nombreux sont les auteurs de violences qui considèrent que leurs actes sont justifiés par des messages sociétaux forts, qui laissent penser que le viol, les coups, le harcèlement sexuel, les violences sur mineur et diverses autres formes de violence sont des pratiques acceptables79. »


En Éthiopie, environ 93 p. cent des élèves et étudiants de sexe masculin qui ont répondu à une enquête ont déclaré qu'ils savaient que la violence contre des femmes ou des fillettes constituait un acte criminel réprimé par la loi. Cela n'empêchait pas le tiers d'entre eux d'estimer qu'il était normal qu'un garçon obtienne ce qu'il désire, par la séduction ou par la force, et 21 p. cent de reconnaître agir eux-mêmes de la sorte80.


« L'école est “le lieu où se reflète la discrimination qui a cours dans la société en général”. »81

Rapport régional sur l'Europe et l'Asie centrale destiné à l'étude de l'ONU sur la violence contre les enfants.


La discrimination sexiste contre les femmes et les fillettes vient s'ajouter à d'autres formes de discrimination, qui peuvent être liées, notamment, à l'appartenance ethnique, à l'orientation sexuelle ou au handicap. Une étude révèle par exemple que « si la violence est un obstacle pour l'éducation de toutes les jeunes filles, elle peut affecter davantage encore celles qui souffrent d'un handicap. Les informations dont nous disposons montrent que les filles handicapées sont, plus que leurs camarades, victimes de violences au sein de la famille, des institutions et de la société en général. La violence à laquelle elles sont exposées risque en outre d'être plus constante et plus grave, et de prendre des formes spécifiques (comme le fait de ne pas subvenir à leurs besoins les plus essentiels82). »


Une enquête menée sur la sécurité dans une école secondaire de Toronto, au Canada, a révélé une tendance troublante à la violence contre les musulmanes. Une jeune musulmane avait ainsi été poussée à terre dans l'entrée de l'établissement, puis avait fait l'objet de sarcasmes à connotation sexuelle de la part d'un autre élève. Une autre jeune fille, également musulmane, a été contrainte de pratiquer une fellation sur un garçon, dans les toilettes, tandis qu'un autre élève montait la garde devant la porte. Ces agressions s'inséraient apparemment dans une série d'actes similaires n'ayant pas donné lieu à de fortes mesures de protection des victimes83.


Les lesbiennes sont plus souvent victimes d'actes de harcèlement sexuel et de menaces à caractère sexuel que leurs camarades hétérosexuelles. Selon leurs témoignages, le harcèlement dont elles sont victimes est différent, dans sa forme, de celui que peuvent subir les garçons homosexuels ou bisexuels. « Les hommes homosexuels font plutôt l'objet de menaces physiques, tandis que les jeunes filles risquent davantage d'être harcelées sexuellement ou d'être menacées de violence sexuelles », a expliqué une jeune lesbienne du Texas à l'organisation Human Rights Watch. « On vous sort des choses du genre :“Moi, je peux te rendre normale” ou “Invite quelques-unes de tes amies et on se fera une partouze”84. » Dans le même esprit, les jeunes filles qui se plaignent d'être victimes de harcèlement sexuel sont parfois accusées de ne pas aimer les garçons. Selon une série d'études menées par une ONG85en Afrique du Sud, 14 p. cent des homosexuels, hommes et femmes confondus, de la province du Gauteng et 19 p. cent de ceux de la province du Kwazulu-Natal disaient avoir été victimes de violences sexuelles à l'école, du fait de leur homosexualité86.


Légende photo :

Les fillettes handicapées sont souvent la cible d'actes de harcèlement, voire de violences. Cette école située à Bélize est soutenue par l'ONG Sightsavers, qui lutte contre la cécité dans les pays en développement.

© Jenny Matthews


Les fillettes handicapées sont souvent la cible d'actes de harcèlement, voire de violences. Cette école située à Bélize est soutenue par l'ONG Sightsavers, qui lutte contre la cécité dans les pays en développement.


Les fillettes et les jeunes filles qui appartiennent à des minorités ethniques ou à des populations dites indigènes, ou qui se distinguent de la majorité par la couleur de leur peau, peuvent être aussi la cible de violences et se heurter à des obstacles qui les gênent dans le déroulement de leurs études87. Ainsi, dans plusieurs pays d'Europe, les filles roms sont en butte à de nombreuses difficultés en matière d'éducation (discrimination, pauvreté, traditions patriarcales se traduisant par des ambitions plus modestes pour l'avenir des filles et par un taux élevé d'abandon scolaire, obligations familiales, mariages précoces, etc.). En Slovaquie, de très nombreux enfants sont relégués dans des écoles uniquement réservées aux Roms, tandis que d'autres sont placés dans des établissements « spécialisés », alors qu'ils ne souffrent d'aucun handicap mental ni d'aucune difficulté d'apprentissage. Dans certains secteurs de l'est de la Slovaquie, la ségrégation touche la totalité des établissements. Les enfants roms reçoivent souvent un enseignement de qualité inférieure et ont très peu de chances d'aller au-delà du cycle d'études correspondant à la scolarité obligatoire. En 2006, seuls 3 p. cent des jeunes Roms passaient dans le secondaire88.


Légende photo :

À New Delhi, des écolières dépassent une fillette qui porte une lourde pelle. Ses parents travaillent sur le chantier de la route. Alors que le sous-continent connaît une croissance économique sans précédent, les enfants des milieux pauvres ne peuvent guère fréquenter l'école, même primaire. Plusieurs études de l'ONU montrent qu'investir dans l'éducation des filles est l'un des plus sûrs moyens pour réduire la pauvreté.

©AP Photo/Gurinder Osan


« Je suis inquiète pour ma fille. Elle est dans la troisième classe de l'école élémentaire et elle revient tous les jours de l'école en pleurant. Elle est assise toute seule au fond de la classe. C'est la seule enfant d'origine rom de la classe. Les autres enfants la frappent presque quotidiennement et, si quelqu'un fait une bêtise dans la classe (si une fenêtre est cassée, par exemple), c'est elle que tous les enfants accusent. »

Témoignage d'une habitante de Niš, en Serbie89


Les femmes victimes de violences, et notamment de violences sexuelles, risquent d'être mises à l'écart, voire exclues, par leurs familles, leurs amis et leur communauté. Les filles qui appartiennent à des groupes marginalisés ont souvent plus de difficultés que les autres à porter plainte ou à accéder à des services de soutien.

L'escalade de la violence

La violence ne surgit pas de nulle part. Il est important de combattre les comportements discriminatoires. La violence à l'école est à la fois le résultat d'attitudes discriminatoires et la conséquence d'un laisser-faire face à des comportements moins graves.


Les chamailleries, voire les bagarres, qui ont lieu dans les établissements scolaires et aux alentours sont souvent minimisées par les enseignants et le personnel administratif qui les considèrent comme des enfantillages plus ou moins inoffensifs. Ces activités cessent pourtant à un moment donné de relever des jeux d'enfants pour devenir dangereuses. Il faut intervenir avant que des effets néfastes ne se fassent sentir au niveau physique ou psychologique. Le comportement incriminé doit cesser et les élèves doivent apprendre à se conduire autrement.


Les formes non physiques de harcèlement – le harcèlement verbal notamment – sont elles aussi préjudiciables. Selon le rapport consultatif sur l'Europe et l'Asie centrale destiné à l'étude de l'ONU sur la violence contre les enfants, les atteintes affectives et verbales – humiliation et recours à des stéréotypes, entre autres – « peuvent sembler constituer des formes mineures de violence, mais elles peuvent avoir de graves conséquences. Du point de vue de l'enfant, ce sont des manifestations de violence qui comptent et ce sont celles qu'il ressent avec le plus d'acuité90


Légende photo :

Fillettes roms à l'école, à Braila, en Roumanie. De nombreux enfants d'origine rom doivent faire des kilomètres pour aller à l'école. De plus, il leur est souvent difficile d'étudier ou de faire leurs devoirs dans des habitations surpeuplées et non chauffées. Ceux qui sont malgré tout scolarisés, pauvrement vêtus et identifiés d'autant plus facilement comme Roms, sont souvent la cible de brimades et de harcèlement.

©AP Photo/Bogdan Maran


Pour ces raisons, il est important d‘intervenir tôt. Les autorités scolaires ne doivent pas attendre, pour réagir, que le harcèlement verbal ait fait place à l'agression physique. Elles ne doivent pas non tolérer le climat hostile que peuvent engendrer, lorsqu'elles deviennent habituelles, les incivilités verbales.


Lors d'une enquête sur la violence contre les lesbiennes, les gays, les bisexuels et les transgenres dans les établissements scolaires américains, l'organisation Human Rights Watch a fait la constatation suivante : « lorsque les enseignants et le personnel administratif ne prennent aucune mesure de prévention des actes de harcèlement et de violence, ils font savoir que le harcèlement est une pratique admissible, et ils permettent l'instauration d'un climat dans lequel les élèves se sentent autorisés à passer du harcèlement des jeunes gays à des actes de violence physique et sexuelle91. »

Les frais de scolarité

Aux termes du droit international, tout enfant doit avoir accès, au minimum, à un enseignement primaire gratuit. Les gouvernements doivent en outre mettre progressivement en place un système d'enseignement secondaire gratuit92. Or, dans de nombreux pays, des écoles demandent aux familles d'acquitter des frais d'inscription ou diverses autres charges. Les sommes à payer peuvent être dénommées, selon le cas, contributions « volontaires », participation mensuelle, frais d'examen, frais pour fournitures, etc. Même dans les écoles qui n'exigent pas le paiement de tels droits, les élèves et leurs familles doivent souvent assumer d'autres dépenses liées aux études : transport, uniforme (dans de nombreux pays, les élèves doivent porter des chaussures noires, par exemple), fournitures scolaires, etc.


Pour que l'enseignement soit vraiment libre et gratuit, l'élève et sa famille ne doivent avoir à assumer aucune charge financière susceptible d'empêcher l'enfant d'aller, au minimum, jusqu'au bout du cycle d'enseignement obligatoire, qui devrait lui-même durer au moins jusqu'à l'âge minimum légal requis pour travailler. Cet âge ne devrait pas être inférieur à quinze ans (quatorze de façon temporaire93).


De nombreux enfants ne vont pas à l'école à cause des frais de scolarité. En 2006, une importante étude a montré que ces frais (ou divers autres coûts associés à un enseignement qui devrait être gratuit) étaient très répandus dans le monde94.


Aux termes du droit international, tout enfant doit avoir accès, au minimum, à un enseignement primaire gratuit. De plus, le droit international oblige les États à s'acheminer vers la mise en place d'un enseignement secondaire gratuit.


En Chine, par exemple, où le pouvoir central s'est engagé à ce que tous les enfants bénéficient d'un enseignement primaire gratuit, les établissements publics continuent d'exiger des frais de scolarité prohibitifs pour beaucoup, en particulier pour les familles des campagnes pauvres ou appartenant aux catégories issues du récent exode rural95. Toutes les femmes défenseurs des droits humains rencontrées au Zimbabwe par Amnesty International soulignent les difficultés qu'elles ont à faire face aux frais de scolarité96. Des habitantes des îles Salomon nous ont expliqué qu'elles étaient obligées de faire un choix et de n'envoyer que les garçons à l'école. Elles n'avaient pas suffisamment d'argent pour payer les frais de scolarité et estimaient qu'un garçon avait davantage besoin de faire des études pour trouver du travail97.


Le coût de l'éducation pousse certains enfants à travailler dans des conditions insalubres ou dangereuses, dans l'industrie du sexe, par exemple, ou dans l'agriculture ou à l'usine. Lorsque l'éducation coûte cher, certaines jeunes filles peuvent envisager des relations sexuelles qu'elles n'auraient pas souhaitées dans d'autres circonstances, avec des « protecteurs » par exemple. Ces relations fondées sur l'exploitation les mettent en danger, aussi bien physiquement qu'affectivement. Elles risquent de s'engager dans des rapports non protégés, avec tous les risques de grossesse non désirée et de maladies sexuellement transmissibles que cela comporte.


Plusieurs études parrainées par le Fonds de développement des Nations unies pour la femme (UNIFEM) et divers organismes publics d'aide montrent ainsi que certaines jeunes filles, aux îles Fidji, au Ghana et en Jamaïque, ont des relations sexuelles avec des hommes plus âgés, qui, en échange, les conduisent à l'école et paient leurs frais de scolarité ou d'autres frais relatifs à leurs études98. La pauvreté conduit également de nombreuses familles à marier leurs filles le plus tôt possible. Or, les filles qui se marient très jeunes ont moins de chances que les autres de poursuivre leurs études. Enfin, il arrive dans certains établissements que les enseignants ou le personnel administratif administrent des châtiments corporels aux élèves qui n'ont pas payé leurs frais de scolarité99.


4. UNE INEXCUSABLE PASSIVITÉ

Face à la violence à l'école, les pouvoirs publics font trop souvent preuve de passivité. Cette attitude contrevient souvent à la législation nationale ou au règlement scolaire. Dans certains pays, les autorités peuvent se heurter au silence de la loi. Ainsi, dans certains pays insulaires du Pacifique, la loi ne précise pas d'âge du consentement à l'acte sexuel, ce qui empêche les poursuites en ce domaine100.


Dans le pire des cas, ce sont les autorités qui se rendent coupables d'actes de violence. En ne réagissant pas et en laissant donc entendre que les auteurs de violences resteront impunis, les pouvoirs publics risquent de permettre la survenue de nouveaux sévices. Le harcèlement verbal peut, dans ces conditions, déboucher sur des faits plus graves d'agression physique.


En Serbie, la Loi sur les écoles primaires interdit toute discrimination et tout traitement dégradant à l'égard de personnes ou de groupes de personnes. Le Centre européen pour les droits des Roms relève pourtant que, sur 18 cas signalés de traitements humiliants ou dégradants à l'école (dont six mettant apparemment en cause des enseignants), aucun n'a connu une issue satisfaisante. Les autorités ne donnaient manifestement jamais suite aux plaintes portées par des parents roms estimant que leurs enfants étaient soumis à l'école à des traitements humiliants ou dégradants101.


Rien ne peut justifier la passivité des autorités. L'État et, par extension, ses agents – et notamment les enseignants et le personnel administratif scolaire – doivent enquêter sans attendre sur tous les signalements d'abus, sanctionner de façon appropriée les contrevenants, aider les victimes de violence à en surmonter les conséquences physiques et affectives, et prendre des mesures afin que de tels agissements ne se répètent pas.


« Aucune mère n'a envie d'exposer sa fille à des abus, mais la société nous oblige parfois à agir autrement. Dans ce cas, la mère recherche discrètement l'auteur des sévices et lui demande d'épouser sa fille. Les mères pensent qu'il vaut mieux faire face aux abus de manière simple, au niveau familial, car la société n'est pas prête à s'attaquer au problème des sévices sexuels. Telle est notre réalité. »

Témoignage d'une mère mozambicaine102


Les informations en provenance de différents pays montrent qu'il existe une tendance générale à minimiser, à ignorer ou même à cacher les actes de violence perpétrés contre des filles dans le contexte scolaire. Très souvent, les autorités et les responsables de l'enseignement ne font rien pour mettre en place les infrastructures nécessaires et pour prendre des mesures susceptibles de prévenir les violences. Fréquemment, il n'existe pas de loi ou de politique globale visant à interdire toutes les formes de harcèlement et de violence à caractère sexuel contre les élèves, en y incluant les rapports sexuels entre enseignants ou membres du personnel administratif et élèves. Plutôt que d'agir sans délai pour protéger les victimes, éviter qu'elles ne subissent de nouveaux sévices et les aider à soigner leurs blessures, les pouvoirs publics font souvent peu de cas des graves atteintes commises et des souffrances qui en découlent. Enfin, les auteurs de sévices envers des fillettes ou jeunes filles ne sont pas toujours punis. Souvent, ils ne sont pas poursuivis en justice, les enseignants et membres du personnel administratif coupables ne perdent pas nécessairement leur poste et les élèves du sexe masculin impliqués dans des violences ne sont pas sanctionnés d'une manière correspondant à la gravité des faits.


La violence (ou la peur de la violence) constitue une cause majeure du manque d'assiduité des élèves filles. Non seulement ce phénomène porte directement atteinte aux droits de ces dernières, mais il les empêche de jouir pleinement de leur droit à l'éducation.


Les jeunes filles victimes de violences hésitent souvent à se faire connaître, notamment parce qu'elles ont peur – peur des représailles, peur que leur démarche soit inutile ou qu'on ne les croie pas, peur de faire l'objet de nouvelles violences, peur qu'on ne respecte pas leur intimité, peur des réactions de leurs camarades ou de leur famille. Pour pouvoir se confier en toute sécurité, elles doivent pouvoir compter, au sein de leur établissement scolaire, sur une personne neutre, en qui elles aient confiance. Or, de nombreux établissements ne leur donnent pas cette possibilité.


Si de nombreux ministères de l'Éducation ont bien une politique déclarée, réglementant la discipline scolaire, prévoyant un code de conduite pour les enseignants et définissant la procédure disciplinaire et les mesures judiciaires à adopter en cas de manquement, il semble que, dans les faits, ces réglementations soient très peu appliquées. Les autorités cherchent souvent avant tout à préserver la réputation de l'établissement, en évitant que les actes de violence qui y surviennent ne soient portés à la connaissance du grand public. Un enseignant qui se rend coupable de sévices sexuels risque généralement, tout au plus, d'être muté dans une autre école103.


Légende photo :

Une jeune fille raconte à des élèves d'un établissement de Naivasha, au Kenya, comment elle a réussi à échapper à un homme qui tentait de l'agresser, alors qu'elle rentrait de l'école. Trois ans auparavant, l'organisation non gouvernementale de lutte contre le viol et le sida Dolphin Anti-Rape And Aids Control Outreach était passée dans son école, pour expliquer aux filles ce qu'elles devaient faire pour se défendre, en cas de tentative de viol.

© AP Photo/Michael Probst)


5. NORMES INTERNATIONALES

Les droits humains sont l'expression concrète de la valeur inhérente à chaque individu. Ils sont les éléments constitutifs permettant à chacun d'entre nous de vivre dans la dignité, les conditions minimum auxquelles nous pouvons tous prétendre, en notre qualité d'être humain. Les droits des fillettes et jeunes filles font partie des droits humains. Toutes les formes de violence perpétrées contre des filles constituent des atteintes aux droits de la personne humaine.


L'éducation n'est pas seulement un droit en tant que tel : c'est aussi le moyen de jouir d'autres droits. Elle permet aux individus de réaliser entièrement leur potentiel, de mieux participer à la vie de la société civile et de se défendre, eux, ainsi que leur famille et tous leurs semblables, lorsque leurs droits sont remis en cause. Comme le note Paul Hunt, rapporteur spécial des Nations unies sur le droit de toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale susceptible d'être atteint : « L'exercice du droit à l'éducation détermine celui de nombreux autres droits humains, notamment les droits relatifs à la sexualité et le droit de jouir du meilleur état de santé possible […] Le droit à l'éducation est un outil fondamental, qui permet aux enfants comme aux adultes de se sortir de la pauvreté et d'échapper à d'autres formes de handicap104. »


L'ancienne rapporteuse spéciale des Nations Unies sur le droit à l'éducation, Katarina Tomaševski, ne dit pas autre chose, lorsqu'elle constate : « Les droits liés à l'emploi […] ne sont pas accessibles à ceux qui n'ont pas reçu d'instruction. L'éducation a un effet multiplicateur. Lorsque le droit à l'éducation est garanti, le respect des droits et libertés individuels s'en trouve renforcé. Inversement, lorsque ce droit est nié ou violé, les individus sont privés de nombreux droits et libertés105. »


Le droit à l'éducation est garanti, entre autres, par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et par la Convention relative aux droits de l'enfant. Ces traités, comme d'autres (Pacte international relatif aux droits civils et politiques, Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, Convention concernant la lutte contre la discrimination dans le domaine de l'enseignement, etc.), prohibent par ailleurs toute discrimination fondée sur le sexe ou le genre de la personne.


Légende photo :

Une petite fille de huit ans écrivant au tableau les mots « éducation », « école »et « apprendre »(Francfort, Allemagne).

© AP Photo/Michael Probst)


Le droit à l'éducation est également garanti par plusieurs traités régionaux, dont la Charte sociale européenne, la Convention européenne des droits de l'homme, la Charte africaine sur les droits de l'homme et des peuples, la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant et le Protocole additionnel à la Convention américaine relative aux droits de l'homme traitant des droits économiques, sociaux et culturels.

D'autres droits prévus par divers traités internationaux relatifs aux droits humains soulignent l'importance du droit à l'éducation : ils prévoient des garanties particulières destinées à faire respecter ce droit, ou affirment que certains aspects particuliers de l'enseignement sont essentiels à sa concrétisation. Le droit de l'enfant d'être protégé contre l'exploitation économique implique notamment qu'il ne peut « être astreint à aucun travail comportant des risques ou susceptible de compromettre son éducation106 ». Le droit au meilleur état de santé susceptible d'être atteint implique quant à lui le droit à l'éducation et à l'information en matière de santé. La mise en œuvre de ce droit apparaît encore plus nécessaire aujourd'hui, sachant que l'information sur la santé joue un rôle déterminant dans la lutte contre la transmission du VIH/sida et d'autres maladies, ainsi que dans la réduction de la mortalité maternelle107.


Le droit de l'enfant à être protégé de la violence est explicitement reconnu par la Convention relative aux droits de l'enfant. Il est également un élément fondamental de la garantie prévue par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui dispose que l'enfant a le droit « aux mesures de protection qu'exige sa condition de mineur108 ». Selon le Comité des droits de l'homme, en vertu de cette disposition, « toutes les mesures possibles devraient être prises dans les domaines économique et social pour […] éviter que [les enfants] ne soient victimes d'actes de violence ou de traitements cruels et inhumains109 ». En considérant que la garantie de « mesures de protection »implique notamment la protection contre toute violence, le Comité constate que le harcèlement et la violence peuvent avoir pour conséquence de priver l'enfant de l'exercice d'autres droits, dont le droit à l'éducation.


Veiller à ce que la loi et les politiques mises en place permettent aux pouvoirs publics de combattre la violence à l'école constitue un premier pas essentiel, sans lequel ces droits ne peuvent être garantis. Mais il ne suffit pas de voter des lois et de définir des politiques : les enseignants, les responsables des établissements scolaires et les agents de l'État en général doivent réagir sans délai à toute violence qui leur signalée, en enquêtant sur les faits présumés et en prenant les sanctions qui s'imposent à l'encontre des auteurs. Cette obligation d'action s'applique également lorsqu'un membre du personnel scolaire a connaissance ou devrait normalement avoir connaissance d'un risque éventuel de violence, qu'il ait ou non reçu une plainte à ce sujet. Lorsqu'une fillette ou une jeune fille est victime de violences, l'État a l'obligation de « faciliter [sa] réadaptation physique et psychologique […] dans des conditions qui favorisent la santé, le respect de soi et la dignité de l'enfant110 ».


« Aucun compromis n'est possible lorsqu'il s'agit de s'attaquer à la violence contre les enfants. Le caractère unique des enfants – leur potentiel humain, leur fragilité et leur vulnérabilité, leur dépendance à l'égard des adultes pour pouvoir grandir et se développer – fait qu'il est impératif d'investir davantage – et non pas moins – dans la prévention de la violence et la protection contre la violence. »

Mettre fin à la violence contre les enfants111


Le droit international relatif aux droits humains constitue un précieux instrument dans la lutte contre les violences commises contre les filles dans les établissements scolaires, car il formule les obligations qui incombent aux autorités, met en place des mécanismes permettant de demander des comptes aux États lorsqu'ils ne respectent pas leurs engagements et définit des normes internationales auxquelles on peut se référer pour évaluer les mesures prises dans chaque pays.

Objectifs du millénaire pour le développement

Au nombre de huit, les Objectifs du millénaire pour le développement constituent un ensemble de buts que se sont fixés les gouvernements de la planète en l'an 2000 pour lutter contre la pauvreté, grâce à l'action conjuguée des pays développés et en développement. Il s'agit, à terme, d'en finir avec la pauvreté et la faim, de rendre l'enseignement primaire universel, de promouvoir l'égalité des genres, de réduire la mortalité infantile, d'améliorer la santé des mères, de lutter contre le VIH/sida, le paludisme et les autres maladies évitables, d'améliorer l'accès à l'eau et les conditions sanitaires, d'améliorer les conditions de vie dans les quartiers pauvres et de faire en sorte que tous les pays coopèrent pour faire disparaître la misère. On constate d'ores et déjà que le premier objectif du millénaire – nombre égal de filles et de garçons dans les établissements scolaires au plus tard en 2005 – n'a pas été atteint.


Les Objectifs du millénaire pour le développement oublient de souligner l'importance qu'il y a, en matière d'éducation, à mettre un terme à la violence contre les filles. Ils préconisent l'accès universel à l'enseignement primaire et l'égalité des sexes, mais ils proposent de mesurer les progrès accomplis au nombre de filles scolarisées, sans chercher à régler le problème de la violence et de la discrimination, qui peut empêcher certaines filles de poursuivre leurs études, et sans mettre l'accent sur l'autonomie que l'école est censée donner aux filles.


Le troisième objectif, par exemple, consiste à promouvoir l'égalité des sexes et l'émancipation de la femme, mais le but concret en ce domaine est d'éliminer les disparités entre les sexes (c'est-à-dire le déséquilibre des effectifs entre filles et garçons) dans les enseignements primaire et secondaire. Les Objectifs ne précisent pas les obstacles structurels (la violence, notamment) qui entravent l'éducation des filles. Les chiffres relatifs à l'assiduité en cours ne sont pas des indicateurs suffisants des progrès réalisés en matière de concrétisation du droit à l'éducation. Pour que ce droit soit une réalité, les pouvoirs publics doivent veiller à ce que l'enseignement soit disponible, accessible et acceptable, et à ce qu'il soit adapté aux conditions dans lesquelles vivent les populations concernées112.


Amnesty International soutient les efforts déployés pour réaliser les Objectifs du millénaire pour le développement. Elle considère cependant que, pour qu'il y ait une véritable égalité des sexes en matière d'enseignement, les pouvoirs publics doivent s'engager davantage et agir sans attendre pour mettre un terme à la violence contre les filles scolarisées.


6. SIX MESURES POUR METTRE FIN À LA VIOLENCE CONTRE LES FILLES DANS LES ÉCOLES

Dans le monde entier, les fillettes et jeunes filles sont exposées à des violences lorsqu'elles suivent des études. Parfois, leur santé mentale et physique subit des conséquences durables. Bien souvent, elles éprouvent de la peur à l'idée d'aller à l'école. C'est ainsi que d'innombrables fillettes ne bénéficient d'aucune scolarité, quittent l'école ou ne participent pas complètement aux activités scolaires. Leurs droits fondamentaux sont violés : droit de vivre à l'abri de la violence, droit à l'égalité, droit à l'éducation.


Les droits des fillettes et jeunes filles sont protégés par le droit international relatif aux droits humains, ainsi que par la législation nationale. Les autorités ont le devoir de respecter et de concrétiser les droits des fillettes ; elles doivent les protéger contre les exactions. Les enseignants et employés des écoles sont des agents de l'État et partagent cette responsabilité. D'autres acteurs ont un rôle important à jouer. Les parents, les responsables associatifs et les ONG peuvent soutenir les initiatives prises par les autorités et le système scolaire en participant aux plans d'action, en signalant les violences et en mettant en place des formations fondées sur les droits humains et des services.


Pour mettre fin aux violences liées à la fréquentation de l'école, il faut affronter les pratiques discriminatoires dans les établissements scolaires et dans la société. Cette action ne peut être menée que si l'on écoute les jeunes filles concernées, en prenant en considération leur vie quotidienne et leurs besoins. Amnesty International demande donc aux responsables et organes gouvernementaux, y compris les établissements scolaires, en collaboration avec les parties intéressées, de prendre dès maintenant les mesures suivantes.



IL NE PEUT Y AVOIR NI EXCUSES, NI EXCEPTIONS, NI TERGIVERSATIONS.



MESURE 1 :Interdire toutes les formes de violence envers les fillettes et jeunes filles, notamment les châtiments corporels, les insultes, la brutalité physique, la cruauté mentale, la violence et l'exploitation sexuelles. Promulguer et appliquer les lois, règlements et procédures appropriés.


MESURE 2 :Transformer les écoles en lieux sûrs pour les fillettes et jeunes filles, en lançant des plans d'action nationaux contre les violences faites aux filles dans le système scolaire. Ces plans doivent comporter des lignes directrices pour les écoles, une formation obligatoire pour les enseignant(e)s et les élèves, la désignation à l'échelon gouvernemental d'un(e) responsable chargé(e) de la prévention des violences et des enquêtes à leur sujet et un financement suffisant par des fonds publics. Les établissements doivent disposer de toilettes et de salles d'eau séparées pour les garçons et les filles, de dortoirs sûrs, de terrains de jeu et de sport surveillés.


MESURE 3 : En cas d'actes de violence infligés à des fillettes ou jeunes filles, recourir à des procédures de signalement confidentielles et indépendantes, engager des enquêtes efficaces et, le cas échéant, des poursuites pénales, permettre aux victimes de disposer des services appropriés. Veiller à ce que tous les actes de violence envers des fillettes ou jeunes filles soient signalés et répertoriés, et à ce qu'aucune personne reconnue coupable de viol, d'agression sexuelle ou d'autres infractions pénales à l'égard d'enfants ne soit employée dans une école.


MESURE 4 :Mettre sur pied des services d'assistance pour les fillettes et jeunes filles victimes de violences, en prévoyant une aide psychologique, des soins médicaux, des services d'information, de traitement et de soutien en matière de VIH/sida, une information complète sur les droits sexuels et reproductifs, un appui à la réinsertion dans le système scolaire des jeunes femmes qui vivent avec le VIH ou qui sont enceintes, mariées ou mères.


MESURE 5 : Éliminer les barrières empêchant les filles de fréquenter l'école en supprimant les frais directs ou indirects en matière d'enseignement primaire, en rendant les écoles secondaires accessibles à tous, et en créant des programmes en vue de favoriser la scolarisation des fillettes issues de groupes marginalisés.


MESURE 6 :Protéger les fillettes et jeunes filles des atteintes à leurs droits en élaborant et en appliquant des codes de conduite à l'intention de l'ensemble du personnel et des élèves des établissements scolaires. Dispenser au personnel scolaire une formation relative aux stratégies d'intervention rapide permettant de réagir aux actes de harcèlement et aux violences envers les fillettes et jeunes filles dans les écoles.



Amnesty International est un mouvement mondial regroupant 2 200 000 personnes, réparties dans plus de 150 pays et territoires, qui défendent les droits humains.

La vision d'Amnesty International est celle d'un monde où chacun peut se prévaloir de tous les droits énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l'homme et dans d'autres textes internationaux. Nous faisons des recherches sur la situation des droits humains, nous les défendons et nous nous mobilisons pour mettre fin aux violations de ces droits. Amnesty International est indépendante de tout gouvernement, de toute idéologie politique, de tout intérêt économique et de toute religion.

Notre action est en grande partie financée par les dons et les cotisations de nos membres.
























La version originale en langue anglaise de ce document a été publiée par Amnesty International, Secrétariat international, Peter Benenson House, 1 Easton Street, Londres WC1X 0DW, Royaume-Uni, sous le titre :
Safe Schools - every girl's right.

La version en langue française a été traduite et diffusée aux sections francophones et au Secrétariat international
par LES ÉDITIONS FRANCOPHONES D'AMNESTY INTERNATIONAL – ÉFAI – mars 2008


1NOTES :

1 GLENN, Jerome C. et GORDON, Theodore J., 2007 State of the Future, Washington, The Millennium Project, World Federation of UN Associations, p. 4, 2007.

2 COLCLOUGH, Christopher (sous la dir. de) Rapport mondial de suivi sur l'éducation pour tous - 2003/4. Éducation pour tous - Genre et éducation pour tous - le pari de l'égalité, UNESCO, collection L'éducation en devenir, p. 134.

3 The Second International Policy Conference on the African Child: Violence Against Girls in Africa, 11-12 mai 2006, Addis-Abeba, The African Child Policy Forum.

4 MIRSKY, J., Beyond Victims and Villains: Addressing Sexual Violence in the Education Sector, PANOS, 2003, p. 21, www.panos.org.uk/resources/reportdownload.asp?type=report&id=1060

5 Plan Togo, Souffrir pour réussir. Violence et maltraitance dans les écoles du Togo, p. 27, 2006.

6 KIRK, J. et WINTHROP, R., “Eliminating Sexual Abuse and Exploitation of Girls in Refugee Schools in West Africa: Introducing Female Classroom Assistants”, in F. Leach et C. Mitchell (sous la dir. de), Combating Gender Violence in and around Schools: Strategies for Change, p. 207-215, Trentham Books, 2006.

7 “Bringing Men and Boys into the Picture”, Gender Violence in Schools 6: What's New?, mars 2006, www.sussex.ac.uk/education/1-4-25-3-1.html.

9 UNFPA, État de la population mondiale 2005, La promesse d'égalité. Égalité des sexes, santé en matière de procréation et objectifs du Millénaire pour le développement, p. 66-67.

10 UNFPA, État de la population mondiale 2005, p. 67.

11 BOTT, S., MORRISON, A., ELLSBERG, M., Preventing and Responding to Gender-Based Violence in Middle and Low-Income Countries: A Global Review and Analysis, World Bank Policy Research Working Paper 3618, 2005.

12 Rapport du Secrétaire général, Étude approfondie de toutes les formes de violence à l'égard des femmes, doc. ONU A/61/122/Add.1, 2006.

13 Voir PINHEIRO, Paulo Sérgio, expert indépendant pour l'étude du Secrétaire général des Nations Unies sur la violence contre les enfants, Rapport mondial sur la violence contre les enfants, p. 145, 2006.

14 Voir PINHEIRO, Paulo Sérgio, expert indépendant pour l'étude du Secrétaire général des Nations Unies sur la violence contre les enfants, Rapport mondial sur la violence contre les enfants, p. 146-149, 2006. Voir aussi le Protocole à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples relatif aux droits des femmes et le Forum des éducatrices africaines (www.fawe.org)

16 American Association of University Women, Hostile Hallways: bullying, teasing, and sexual harassment in school, Washington D.C., 2001, document cité dans Rapport du Secrétaire général, Étude approfondie de toutes les formes de violence à l'égard des femmes, doc. ONU A/61/122/Add.1, 2006.

17 Enquête conduite en 2006 au Malawi sur la violence liée au genre à la demande d'Action Aid et de l'UNICEF, citée dans le rapport de l'agence IRIN “Malawi: Abuse of women a national shame”, Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), document cité dans Rapport du Secrétaire général, Étude approfondie de toutes les formes de violence à l'égard des femmes, doc. ONU A/61/122/Add.1, 2006.

18 Voir PINHEIRO, Paulo Sérgio, expert indépendant pour l'étude du Secrétaire général des Nations Unies sur la violence contre les enfants, Rapport mondial sur la violence contre les enfants, p. 138, 2006.

19 Voir PINHEIRO, Paulo Sérgio, expert indépendant pour l'étude du Secrétaire général des Nations Unies sur la violence contre les enfants, Rapport mondial sur la violence contre les enfants, p. 135, 2006.

20 Plan Togo, Souffrir pour réussir. Violence et maltraitance dans les écoles du Togo, p. 25, 2006.

21 Cristano Arcangel Martinez et Maria Suarez Robayo c. Colegio Ciudad de Cali, affaire n° T-177814, 11 novembre 1998.

22 MIRSKY, J., Beyond Victims and Villains: Addressing Sexual Violence in the Education Sector, PANOS, p. 27-29, 2003, www.panos.org.uk/resources/reportdownload.asp?type=report&id=1060.

23 THADEUS, Rodney, “Minister Calls for National Dialogue on school Pregnancies”, Daily News, 25 juin 2007.

24 MENSCH, B.S., BRUCE, J., GREENE, M.S., The uncharted passage: girls adolescence in the developing world, New York (NY), The Population Council, 1998.

25 Cité dans Amnesty International, Jamaïque. Il faut qu'il y ait volonté politique de mettre fin à la violence contre les femmes et les jeunes filles (AMR 38/006/2006).

26 BRENDGEN, Mara, WANNER, Brigitte et VITARO, Frank, “Peer and Teacher Effects on the Early Onset of Sexual Intercourse”, in American Journal of Public Health, vol. 97, n° 11, p. 2070-2075, 2007.

27 MIRSKY, J., Beyond Victims and Villains: Addressing Sexual Violence in the Education Sector, PANOS, 2003, p. 28-29, www.panos.org.uk/resources/reportdownload.asp?type=report&id=1060.

28 Amnesty International, Rwanda : « Vouées à la mort », les victimes de viol atteintes par le VIH/SIDA (AFR 47/007/2004).

29 LEACH, F., MACHAKANJA, P., MANDOGA, J., “Preliminary Investigation of the Abuse of Girls in Zimbabwean Junior Secondary Schools – Education Research Paper no. 39”, DFID, 2000, www.dfid.gov.uk/pubs/files/prelinvestgirlszimschoolsedpaper39.pdf.

30 Human Rights Watch, No Rest: Abuses Against Child Domestic Workers in El Salvador, 2004, p. 20-21.

31 ALI, Shamina, Violence against the Girl Child in the Pacific Islands Region, Division des Nations unies pour la promotion de la femme en collaboration avec l'UNICEF, réunion du Grouped'experts sur l'élimination de toutes les formes de discrimination et de violence à l'égard des filles, Centre Innocenti, Florence (Italie), 25-28 septembre 2006, http://www.un.org/womenwatch/daw/egm/elimdisc-violgirlchild/ExpertPapers/EP.14%20%20Ali.pdf.

32 Amnesty International, Serbie-et-Monténégro (Kosovo) : « Mais alors, on a des droits ? ». La traite des femmes et des jeunes filles prostituées de force au Kosovo : protéger leurs droits fondamentaux (EUR 70/010/2004).

33 Amnesty International, Israel and the Occupied Territories: Conflict, occupation and patriarchy - Women carry the burden (MDE 15/016/2005).

34 Howard League for Penal Reform, Children as victims: child-sized crimes in a child-sized world, 2007. www.howardleague.org.

35 Action Aid International, Stop Violence against Girls in School, 2004.

36 OMS, Rapport mondial sur la violence et la santé, 2002.

37 Voir Oxfam, Série sur l'éducation et l'égalité des genres, 9. L'éducation des filles en Asie du Sud. Aperçu de programme, 2006.

38 MIRSKY, J., Beyond Victims and Villains: Addressing Sexual Violence in the Education Sector, PANOS, 2003, p. 18, www.panos.org.uk/resources/reportdownload.asp?type=report&id=1060.

39 LEACH, F., MACHAKANJA, P., MANDOGA, J., “Preliminary Investigation of the Abuse of Girls in Zimbabwean Junior Secondary Schools – Education Research Paper no. 39”, DFID, 2000, www.dfid.gov.uk/pubs/files/prelinvestgirlszimschoolsedpaper39.pdf.

40 DevTech Systems, USAID, The Safe Schools Program Jamaica Assessment Program, April 11-22, 2005, 2005, p. 22.

41 LABROPOULOU, Elinda, “Greece horrified by racist gang rape in school”, The Independent, 5 novembre 2006 [édition en ligne].

42 Asian Human Rights Commission, programme d'actions urgentes, UA-27-2004: NEPAL: Rape of two blind girls by the hostel warden and danger of police inaction (9 mars 2004).

43 KeysToSaferSchools.com, Safer Schools News, vol. 110, “Sexual Assaults at Schools”

44 JEWKES, R., ABRAHAMS, N., “The epidemiology of rape and sexual coercion in South Africa: an overview”, Social Science & Medicine 2002, 55, p. 153-166.

45 Action Aid International, Stop Violence against Girls in School, 2004.

46 Cité dans Girl Child Network, Gravity of Girl Child Sexual Abuse in Zimbabwe: Towards Creating a Culture of Prevention, 2005.

47 Comité des droits de l'enfant, Observation générale no 8 (2006) : Le droit de l'enfant à une protection contre les châtiments corporels et les autres formes cruelles ou dégradantes de châtiments, doc. ONU CRC/C/GC/8 (207), § 11.

48 Initiative internationale pour mettre fin à tous les châtiments corporels infligés aux enfants, Ending Legalised Violence against Children: Global Report 2006, A Contribution to the UN Secretary-General's Study on Violence against Children, 2006, www.endglobalpunishment.org

49 Violence against Children: Regional Consultation, East Asia and the Pacific, étude du Secrétaire général des Nations Unies sur la violence contre les enfants, 2005, p. 13. Voir aussi, par exemple, Human Development Centre et UNICEF Albanie, Violence against Children in Albania, 2006.

50 Voir PINHEIRO, Paulo Sérgio, expert indépendant pour l'étude du Secrétaire général des Nations Unies sur la violence contre les enfants, Rapport mondial sur la violence contre les enfants, p. 133, 2006.

51 Comité des droits de l'enfant, Observation générale no 8, § 7, 11, 18. Voir aussi Comité des droits de l'enfant, Observation générale n° 1 (2001), Les buts de l'éducation, doc. ONU CRC/C/GC/2001/1, § 8.

52 Doc. ONU CRC/C/SWZ/CO/1, 29 septembre 2006, § 36-37.

53 UNESCO, L'éducation prise pour cible. Étude globale sur la violence politique et militaire visant le personnel éducatif, les étudiants, les enseignants, les membres de syndicats d'enseignants et de gouvernements et les institutions éducatives, doc. ONU ED/EFA/2007/ME/18, 2007.

54 Rapport de la représentante spéciale du secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, doc. ONU A/61/275, 2006.

55 ONU, Conseil économique et social, Commission des droits de l'homme, 60e session, Point 10 de l'ordre du jour provisoire, Le droit à l'éducation. Rapport présenté par la Rapporteuse spéciale, Katarina Tomaševski, Additif : Mission en Colombie (1er-10 octobre 2003), doc. ONU E/CN.4/2004/45/Add.2/Corr.1, § 39-42, 2004, consultable sur le site du Haut Commissariat aux droits de l'homme : http://ap.ohchr.org/documents/dpage_f.aspx?m=99

56 Chiffres fournis par la Fédération colombienne des enseignants (FECODE).

57 UNESCO, L'éducation prise pour cible. Étude globale sur la violence politique et militaire visant le personnel éducatif, les étudiants, les enseignants, les membres de syndicats d'enseignants et de gouvernements et les institutions éducatives, doc. ONU ED/EFA/2007/ME/18, 2007.

58 UNESCO, L'éducation prise pour cible. Étude globale sur la violence politique et militaire visant le personnel éducatif, les étudiants, les enseignants, les membres de syndicats d'enseignants et de gouvernements et les institutions éducatives, doc. ONU ED/EFA/2007/ME/9, 2007.

59 UNESCO, L'éducation prise pour cible. Étude globale sur la violence politique et militaire visant le personnel éducatif, les étudiants, les enseignants, les membres de syndicats d'enseignants et de gouvernements et les institutions éducatives, doc. ONU ED/EFA/2007/ME/9, 2007.

60 Rapporteuse spéciale des Nations unies chargée de la question de la violence contre les femmes, http://www.monuc.org/News.aspx?newsId=15062

61 Rapport de la MONUC : Human Rights Situation in February 2006, http://www.monuc.org/News.aspx?newsID=10348

62 Amnesty International, Afghanistan. « Tous ceux qui ne sont pas nos amis sont nos ennemis. » Les exactions commises par les talibans contre les civils. (ASA 11/001/2007).

63 Amnesty International, Nepal: Children caught in the conflict (ASA 31/054/2005).

64 Amnesty International, Afghanistan. « Tous ceux qui ne sont pas nos amis sont nos ennemis. » Les exactions commises par les talibans contre les civils. (ASA 11/001/2007). Voir aussi Human Rights Watch, Lessons in Terror: Attacks on Education in Afghanistan, 2006.

65 Chiffres du ministère afghan de l'Éducation nationale au 22 février 2007.

66 Amnesty International, Côte d'Ivoire. Paroles de femmes et de jeunes filles, victimes oubliées du conflit (AFR 31/002/2007).

67 UNESCO, L'éducation prise pour cible. Étude globale sur la violence politique et militaire visant le personnel éducatif, les étudiants, les enseignants, les membres de syndicats d'enseignants et de gouvernements et les institutions éducatives, doc. ONU ED/EFA/2007/ME/18, 2007.

68 BBC News [édition en ligne], 28 janvier 2007.

69 The Times [édition en ligne] 14 mars 2006.

70 Voir MCKAY, Susan et MAZURANA, Dyan, Où sont les filles? La vie des filles enrôlées dans les forces et groupes armés pendant et après un conflit : les cas du nord de l'Ouganda, de la Sierra Leone et du Mozambique, Droits et Démocratie, mars 2004, http://www.ddrd.ca/site/_PDF/publications/femmes/filles/filles_ousont.pdf

71 UNESCO, L'éducation prise pour cible. Étude globale sur la violence politique et militaire visant le personnel éducatif, les étudiants, les enseignants, les membres de syndicats d'enseignants et de gouvernements et les institutions éducatives, doc. ONU ED/EFA/2007/ME/18, 2007.

72 Voir Watch List on Children in Armed Conflict, Nothing Left to Lose: The Legacy of Armed Conflict and Liberia's Children, p. 24, juin 2004, http://www.watchlist.org/reports/pdf/liberia.report.pdf

73 Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

74 KIRK, J. et WINTHROP, R., “Eliminating Sexual Abuse and Exploitation of Girls in Refugee Schools in West Africa: Introducing Female Classroom Assistants”, in F. Leach et C. Mitchell (sous la dir. de), Combating Gender Violence in and around Schools: Strategies for Change, p. 207-215, Trentham Books, 2006.

75 CHISHOLM, J., “Cyberspace Violence against Girls and Adolescent Females,” Annals of the New York Academy of Sciences, vol. 1087, 2006, p. 81.

76 House of Commons, Education and Skills Committee, Bullying, troisième rapport de la session 2006–07, 2007.

77 Anti-Bullying Alliance, cité dans House of Commons, Education and Skills Committee, Bullying, troisième rapport de la session 2006-07, 2007.

78 Voir PINHEIRO, Paulo Sérgio, expert indépendant pour l'étude du Secrétaire général des Nations Unies sur la violence contre les enfants, Rapport mondial sur la violence contre les enfants, 2006.

79 The African Child Policy Forum, Born to High Risk: Violence against Girls in Africa, 2006, http://www.africanchildforum.org/Documents/Main%20Document%20(coloured).pdf

80 Action Aid International, Stop Violence against Girls in School, p. 4.

81 Stop Violence against Children: Act Now!, Europe and Central Asia Consultation Report, Consultation régionale en vue de l'étude du Secrétaire général des Nations Unies sur la violence contre les enfants, 5-7 juillet 2005, p. 30, Ljubljana, Slovénie, UNICEF, 2005.

82 ROUSSO, Harilyn, “Education for All: A Gender and Disability Perspective,” CSW, Disabilities Unlimited, for the World Bank, 2003, http://unesdoc.unesco.org/images/0014/001469/146931e.pdf

83 “School Assault Ignored: Sources”, Saturday Star, 30 juin 2007.

84 Human Rights Watch, Hatred in the Hallways: Violence and Discrimination against Lesbian, Gay, Bisexual, and Transgender Students in U.S. Schools, 2001, p. 50.

85 Études menées par l'ONG OUTLGBT Well-being, www.out.org.za

87 Voir, par exemple, ICARE, “Intersectionality of Race and Gender in the Asia-Pacific,” Asia Pacific NGO Position Paper Prepared for the Asia Regional Preparatory Meeting/NGO Forum, 45e session de la Commission des Nations unies sur la condition de la femme, Téhéran, Iran, 17-21 février 2001; New York, 6-16 mars 2001, http://icare.to/cswpospaper1.htm.

88 Amnesty International, Still separate, still unequal: Violations of the right to education for Romani children in Slovakia (EUR 72/001/2007).

89 Informations données par Ostalinda Maya Ovalle, chargée des droits des femmes, Centre européen pour les droits des Roms, Budapest (Hongrie).

90 Rapport régional sur l'Europe et l'Asie centrale destiné à l'étude de l'ONU sur la violence contre les 71enfants, p. 30, 5-7 juillet 2005, Ljubljana, Slovénie, UNICEF.

91 Human Rights Watch, Hatred in the Hallways: Violence and Discrimination against Lesbian, Gay, Bisexual, and Transgender Students in U.S. Schools, p. 31, 2001.

92 Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, art. 13-2 a et b ; Convention relative aux droits de l'enfant, art. 28-1 a et b.

93 Voir Amnesty International, République démocratique du Congo. Enfants en guerre : susciter un espoir d'avenir (AFR 62/017/2006).

94 TOMASEVSKI Katarina, The State of the Right to Education Worldwide, Free or Fee: 2006 Global Report, 2006.

95 Amnesty International, Chine. Les migrants de l'intérieur du pays face à la discrimination et aux atteintes aux droits humains : le coût humain du « miracle » économique (ASA 17/008/2007)

96 Amnesty International, Zimbabwe. Un pays en détresse – Les militantes des droits humains en danger (AFR 46/017/2007).

97 Amnesty International, Solomon Islands: Women confronting violence (ASA 43/001/2004).

98 Voir ALI, S., Violence against the Girl Child in the Pacific Islands Region, p.14 ; Dev Tech Systems Inc., “The Safe Schools Jamaica Assessment Report: April 11-22, 2005”, p. 25, 2005.

99 Voir PINHEIRO, Paulo Sérgio, expert indépendant pour l'étude du Secrétaire général des Nations Unies sur la violence contre les enfants, Rapport mondial sur la violence contre les enfants, p. 134, 2006.

100 Voir ALI, S., Violence against the Girl Child in the Pacific Islands Region, p. 14 ; Dev Tech Systems Inc., “The Safe Schools Jamaica Assessment Report: April 11-22, 2005”, p. 25, 2005.

101 Observations écrites des organisations Centre européen pour les droits des Roms, Bibija, Eureka etWomen's Space au sujet de la République de Serbie, à l'attention du Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes [ONU] lors de sa 38e session. Disponible en anglais à l'adresse http://www.errc.org/db/02/4F/m0000024F.pdf.

102 Open Society Initiative for Southern Africa and Action Aid International, Sustainable Strategies to End Violence against Girls in Schools: Conference Report, p. 8.

103 DUNNE, M., HUMPHREYS, S., LEACH, F., Gender and Violence in Schools, University of Sussex, p. 12, 2003.

104 HUNT, Paul, discours d'orientation, Sexual Rights and Development: Making the Linkages, atelier organisé par le ministère suédois des Affaires étrangères et l'Expert Group on Development Issues, Stockholm, Suède, 6 avril 2006, p. 4, http://egdi.gov.se/word/keynote_address.Doc

105 Rapport annuel de la rapporteuse spéciale sur le droit à l'éducation, Katarina Tomaševski, doc. ONU E/CN.4/2001/52, § 11, 9 janvier 2001.

106 Convention relative aux droits de l'enfant, article 32-1.

107 Voir, par exemple, COOK, Rebecca J., DICKENS, Bernard M., WILSON, O. Andrew F. et SCARROW, Susan E., Advancing Safe Motherhood through Human Rights, Organisation mondiale de la santé, p. 59-60, 2001.

108 Convention relative aux droits de l'enfant, art. 19 ; Pacte international relatif aux droits civils et politiques, art. 24.

109 Comité des droits de l'homme, Observation générale n° 17 [1989], Les droits de l'enfant, § 3.

110 Convention relative aux droits de l'enfant, article 39.

111 Comparer Objectifs du millénaire pour le développement [ONU], http://www.un.org/french/millennium goals/, objectifs 2 et 3, et Comité des droits économiques, sociaux et culturels, Observation générale 13 : Le droit à l'éducation (art. 13 du Pacte), doc. ONU E/C.12/1999/10 (1999), § 6. Voir aussi WILSON, D., “Promoting Gender Equality in and through Education,” Prospects, mars 2004, p. 11-27.

112 Voir PINHEIRO, Paulo Sérgio, expert indépendant pour l'étude du secrétaire général des Nations unies sur la violence contre les enfants, Rapport mondial sur la violence contre les enfants, 2006.

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