Somalie

حقوق الإنسان في RÉPUBLIQUE DE SOMALIE

منظمة العفو الدولية  تقرير 2013


The 2013 Annual Report on
الصومالالصادر حديثاً

Chef de l’État :
Sharif Sheikh Ahmed, président du gouvernement fédéral de transition, remplacé par Hassan Sheikh Mohamoud le 16 septembre
Premier ministre :
Abdiweli Mohamed Ali, remplacé par Abdi Farah Shirdon Said le 17 octobre
Président de la République du Somaliland :
Ahmed Mohamed Mahamoud Silanyo

Contexte

Le GFT et l’AMISOM ont gardé le contrôle de la capitale, Mogadiscio. Les affrontements avec Al Shabab se sont poursuivis tout au long de l’année, mais les épisodes signalés étaient moins fréquents que les années précédentes et le nombre de pertes civiles a diminué. Al Shabab a perdu le contrôle de plusieurs villes importantes, dont Baidoa, Afgoye, Merka et Kismayo, mais une grande partie de la campagne était toujours entre ses mains. L’insécurité restait généralisée. Les civils risquaient d’être victimes de tirs aveugles ou d’attentats-suicides ou d’être directement visés par des attaques ciblées.

En juillet, les troupes kényanes ont été formellement intégrées à l’AMISOM à la suite de leur intervention en octobre 2011. La communauté internationale continuait de soutenir les forces de sécurité gouvernementales et les milices alliées, bien qu’elles n’aient pas été amenées à rendre de comptes pour les atteintes graves et persistantes aux droits humains commises.

En juillet, le Groupe de contrôle des Nations unies a attiré l’attention sur les violations persistantes de l’embargo sur les armes à destination de la Somalie.

L’ONU a déclaré en février que la famine avait pris fin en Somalie, tout en indiquant que la crise humanitaire persistait. À la fin de l’année, 31 % de la population était touchée par la crise alimentaire et avait besoin d’aide.

Le mandat du GFT a pris fin en août. La date butoir du 20 août pour la transmission du pouvoir à un nouveau gouvernement plus représentatif a été repoussée à plusieurs reprises. Le Parlement a été choisi en août et un nouveau président a été désigné en septembre. Un groupe de 135 chefs traditionnels ont été désignés pour former une Assemblée nationale constituante chargée de choisir 275 nouveaux députés et d’approuver la nouvelle Constitution du pays. Le 1er août, l’Assemblée constituante adoptait la Constitution. Elle n’en a pas modifié le texte, mais elle a néanmoins formulé un certain nombre de recommandations que le nouveau Parlement devait examiner. Un référendum était nécessaire pour que la Constitution devienne définitive, mais il n’avait pas encore été organisé à la fin de l’année. Un Comité technique de sélection a aidé l’Assemblée nationale constituante à choisir les futurs députés. Les candidats ont été évalués en fonction d’une série de critères, dont d’éventuelles allégations d’atteintes aux droits humains. Le Comité technique de sélection a décidé de rejeter les noms de 16 députés au motif qu’il s’agissait de chefs de guerre présumés, décision que la Haute Cour a annulée. En septembre, le Parlement a élu à la présidence Hassan Sheikh Mohamoud. Le président sortant, Sharif Sheikh Ahmed, a été battu au deuxième tour par 190 voix contre 79. En octobre, le président a désigné Abdi Farah Shirdon Said au poste de Premier ministre et, en novembre, le Parlement a approuvé la composition du gouvernement. Il comprenait la première femme ministre des Affaires étrangères de Somalie.

L’État de Khatumo, créé en janvier, déclarait se composer des régions de Sool, Sanag et Ayn et affirmait faire allégeance au gouvernement basé à Mogadiscio. Or, le Somaliland et le Puntland se disputent le contrôle de ces régions. Des milliers de personnes ont été déplacées à la suite d’affrontements entre les forces armées du Somaliland et des milices alliées à l’État de Khatumo.

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Atteintes aux droits humains perpétrées par les parties au conflit

Attaques menées sans discernement

Des centaines de civils ont été tués ou blessés dans des attaques aveugles menées par toutes les parties au conflit. Les tirs de mortier ont diminué, mais certains auraient entraîné des pertes civiles. Des civils ont également été tués ou blessés lors d’échanges de tirs et d’affrontements entre différentes unités du GFT et des milices, en particulier à Mogadiscio, ainsi que par des engins explosifs improvisés et des grenades, de plus en plus utilisés par la milice Al Shabab et ses sympathisants. Al Shabab a revendiqué des attentats-suicides qui ont blessé ou tué des centaines de personnes. Des frappes aériennes, certaines menées par le Kenya, ont également blessé ou tué des civils dans le sud et le centre de la Somalie.

  • Le 15 janvier, sept personnes au moins, dont cinq enfants, ont trouvé la mort lors de frappes aériennes sur Jilib. Cette attaque n’a pas été revendiquée.
  • Le 28 mars, un tir de mortier qui visait semble-t-il des miliciens progouvernementaux a atteint le camp de personnes déplacées de Beerta Darawiishta, à Mogadiscio ; trois personnes, dont un enfant de trois ans, ont été tuées. Huit autres auraient été grièvement blessées.
  • En avril, 22 personnes au moins ont trouvé la mort lors d’attentats-suicides perpétrés à Mogadiscio et à Baidoa. Dix personnes au moins, dont le président du Comité olympique somalien et le président de la Fédération somalienne de football, ont été tuées lors d’une attaque contre le théâtre national de la capitale qui venait de rouvrir. À Baidoa, une attaque non loin d’un marché très fréquenté a coûté la vie à 12 personnes au moins ; plus de 30 autres, dont 10 journalistes, ont été blessées.

Les civils directement pris pour cible

À Mogadiscio, les civils risquaient toujours d’être directement la cible d’attaques et d’homicides.

  • Le 9 novembre, Malaaq Isaac Uus, l’un des chefs traditionnels chargés de désigner les nouveaux députés, a été abattu devant une mosquée dans le quartier de Waberi, à Mogadiscio.

Les factions d’Al Shabab continuaient de torturer et de tuer illégalement des personnes qu’elles accusaient d’espionnage ou qui ne se conformaient pas à leur interprétation de la loi islamique. Elles ont procédé à des exécutions en public, notamment par lapidation, ainsi qu’à des amputations et à des flagellations. Elles ont aussi imposé des codes de conduite restrictifs aux hommes et aux femmes.

  • Trois hommes auraient été abattus en public à Merka en juillet par des membres d’Al Shabab qui les accusaient d’espionnage pour le compte de la CIA et du MI6, les services américain et britannique du renseignement, et d’être responsables de tirs de drones.
  • En août, une femme a été enlevée et décapitée à proximité de Baidoa. Selon certaines sources, des membres d’Al Shabab l’avaient menacée quelques jours plus tôt pour qu’elle cesse de vendre du thé aux forces gouvernementales dans la région.

À Baidoa et Beletweyne, des milices alliées au gouvernement se seraient rendues responsables d’exécutions extrajudiciaires, de détention arbitraire, d’actes de torture et de mauvais traitements, le plus souvent en réaction à l’insécurité persistante et aux attaques des miliciens d’Al Shabab.

  • En août, des soldats éthiopiens auraient abattu un homme sourd à Baidoa car il n’avait pas obtempéré quand ils lui avaient demandé de s’arrêter.
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Enfants soldats

Cette année encore, Al Shabab a recruté par la force des enfants avant et pendant les opérations militaires. La plupart étaient envoyés au front. Les milices alliées au gouvernement étaient elles aussi accusées de continuer à recruter des enfants soldats et à les utiliser.

En juillet, le GFT a signé un plan d’action avec les Nations unies pour mettre un terme au recrutement et à l’utilisation d’enfants dans l’armée nationale. Ce plan n’avait pas démarré à la fin de l’année et des enfants servaient toujours dans les forces armées gouvernementales.

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Liberté d’expression

Les parties au conflit ont continué d’agresser, de harceler et d’intimider des journalistes et des employés des médias somaliens. Au moins 18 personnes travaillant pour les médias ont été tuées. En novembre, le président a annoncé la création d’un groupe de travail chargé d’enquêter sur les meurtres de journalistes et d’en identifier les auteurs. Aucun membre de ce groupe de travail n’avait toutefois été nommé à la fin de l’année et personne n’avait eu à rendre de comptes. Les autorités du Puntland continuaient elles aussi d’imposer des restrictions arbitraires à la liberté des médias.

  • Hassan Osman Abdi (connu sous le nom de « Fantastic »), directeur du réseau de médias Shabelle, a été abattu le 28 janvier par des inconnus. Il serait mort pendant son transfert à l’hôpital.
  • Le 20 septembre, trois journalistes – Abdirahman Yasin Ali, directeur de Radio Hamar, Abdisatar Daher Sabriye, directeur de l’information de Radio Mogadiscio, et Liban Ali Nur, directeur de l’information de la télévision nationale somalienne – ont trouvé la mort dans un attentat-suicide contre un restaurant populaire de la capitale. Au moins 12 autres personnes ont été tuées, et plusieurs dizaines ont été blessées, dont quatre journalistes.
  • Le 27 septembre, le corps d’Abdirahman Mohamed, qui travaillait pour un site Internet consacré aux sports, a été retrouvé décapité non loin d’un marché aux bestiaux de Mogadiscio.
  • Ali Ahmed Abdi, journaliste à Radio Galkayo, a été abattu le 4 mars par des hommes non identifiés. Farhan Jemiis Abdulle, reporter de Radio Daljir, a été tué le 2 mai par deux tireurs inconnus alors qu’il rentrait chez lui. Ces deux homicides ont eu lieu dans le nord de la ville de Galkayo, contrôlé par les autorités du Puntland.
  • En octobre, le ministre de l’Intérieur du Puntland a fermé Radio Horseed, qu’il accusait de diffuser de fausses nouvelles en vue de déstabiliser le Puntland. L’accès au site Internet de Horseed Media, propriétaire de Radio Horseed, a également été restreint dans certaines zones du Puntland.
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Personnes déplacées, réfugiés et demandeurs d’asile

Cette année encore, les combats, l’insécurité et la malnutrition sévère ont contraint des centaines de milliers de personnes à quitter leur foyer. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), près de 1,36 million de Somaliens ont été déplacés à l’intérieur du pays en 2012, essentiellement dans le sud et le centre.

Les camps de personnes déplacées continuaient de s’étendre à Mogadiscio. Des informations provenant notamment du Groupe de contrôle des Nations unies faisaient régulièrement état de manœuvres de détournement de l’aide par des responsables gouvernementaux et des gestionnaires de camps. L’insécurité avait également un impact sur la fourniture de services aux camps. De nouvelles informations ont fait état de violences sexuelles infligées à des femmes et des filles. Des personnes déplacées auraient été expulsées de force d’anciens bâtiments gouvernementaux pour faire place à des projets de réhabilitation, ainsi que de camps proches de l’aéroport pour des raisons de sécurité.

  • En février, au moins 60 000 personnes ont fui le couloir d’Afgoye, la route reliant Mogadiscio à la ville d’Afgoye, en prévision d’une offensive du gouvernement et de l’AMISOM pour reprendre la ville à la milice Al Shabab.
  • En septembre, plus de 100 000 personnes ont quitté Kismayo à la veille d’une offensive qui a permis de reprendre le port jusqu’alors contrôlé par Al Shabab.

On recensait plus d’un million de réfugiés somaliens dans la région, particulièrement en Éthiopie et au Kenya. En novembre, le complexe de réfugiés de Dollo Ado, en Éthiopie, est devenu le deuxième plus grand au monde après celui de Dadaab au Kenya, qui accueille lui aussi des réfugiés somaliens.

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Restrictions à l’aide humanitaire

Les opérations humanitaires étaient toujours entravées par les combats, l’insécurité généralisée et les restrictions imposées à l’accès aux populations.

  • En janvier, Al Shahab a annoncé qu’il interdisait au CICR d’opérer dans les régions sous son contrôle. La milice a affirmé que le CICR avait distribué de la nourriture impropre à la consommation et qu’il avait accusé Al Shabab de bloquer l’aide. En mars, Al Shabab a interdit à l’ONG Save the Children de continuer à travailler, l’accusant de corruption, de distribution de nourriture avariée et de non-respect des règles de la milice s’appliquant aux organisations humanitaires. Le 8 octobre, Al Shabab annonçait sur le réseau Twitter qu’il interdisait Islamic Relief Worldwide.
  • En mai, Ahmed Mohamed Noor, qui travaillait pour une organisation humanitaire, a été abattu par des hommes non identifiés alors qu’il sortait d’une mosquée après la prière du soir à Mursil, non loin de Baidoa.
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Peine de mort

Les statistiques gouvernementales, à Mogadiscio, ont fait état de quatre exécutions en 2012. Selon certaines sources, toutefois, leur nombre serait de cinq, voire plus. Au moins 51 sentences capitales ont été prononcées par des tribunaux militaires à l’issue de procès qui ne respectaient pas les garanties d’équité.

Au Puntland, sept condamnations à mort ont été signalées et au moins une exécution a eu lieu.

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Somaliland

Des milliers de personnes ont fui leur foyer à la suite d’affrontements dans l’est du pays entre l’armée du Somaliland et des milices affiliées au nouvel État de Khatumo.

La liberté d’expression faisait l’objet de restrictions croissantes. Plusieurs dizaines de journalistes ont été arrêtés de manière arbitraire et incarcérés. Certains se sont plaints d’avoir été battus en détention. Un journaliste a été tué. Un chef traditionnel a été détenu pendant quatre mois pour avoir fait des déclarations critiquant le gouvernement.

  • Ahmed Saakin Farah Ilyas, journaliste de la chaîne de télévision Universal TV, a été abattu par des inconnus le 25 octobre dans la ville de Las Anod.
  • Boqor Osman Mohamoud Buurmadow a été arrêté le 15 mars à Hargeisa. Il a été inculpé le 24 avril d’avoir mené des « activités contre le régime depuis l’étranger », diffusé de la « propagande antinationale ou subversive » et commis une « infraction continue » à cause de commentaires qu’il avait faits aux Émirats arabes unis réprouvant la visite du président du Somaliland en Chine. Déclaré coupable le 8 juillet, il a été condamné à un an d’emprisonnement pour « outrage à un représentant de l’État ». Il a été remis en liberté le 18 juillet.
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